Au lendemain de la mort de Staline. les dirigeants de la bureaucratie soviétique proclamèrent un « cours nouveau » matière économique, réflexe de défense de la dictature devant le mécontentement croissant des masses.
Inauguré par une sensationnelle baisse des prix, ce « cours nouveau » fut amplifié dans deux déclarations dorénavant célèbres de Malenkov et de Mikoyan (août et septembre 1953). Ils mirent à nu la répartition disproportionnée des investissements entre l'industrie et l'agriculture. Ils révélèrent l'insuffisance de la production des biens de consommation, incapable de faire face aux besoins croissants des masses soviétiques. Ils promirent une modification rapide et radicale de cet état de choses : d'ici deux, trois ans, airent-lis, une abondance de vivres et de biens de consommation industriels sera mise à la disposition des consommateurs. Pour encourager les paysans à accroitre leur production, d'importantes réductions d'impôt leur furent concédées. Prises conjointement avec la réduction des prix de vente decidee en avril 1953, cette réduction d'impot signifiait une diminution sensible des revenus de l'Etat et de la bureaucratie. une redistribution du revenu national en faveur des travailleurs des villes et des champs.
Dix-huit mois plus tard, vers la fin de l'année 1954, une modification de ce
La source immédiate de ce tournant réside dans l'échec partiel de la politique suivie au cours des deux années précédentes.
En 1953-54, les dirigeants de la bureaucratie avaient distribué un pouvoir d'achat supplémentaire de 80 à 85 milliards de roubles. Ils avaient espéré que ce pouvoir d'achat serait absorbé par la production accrue de l'industrie légère d'une part (surtout des produits fabriqués en série : montres, appareils de TSF. cuisinières électriques, bicyclettes et motocylettes. frigidaires et machines à laver, etc.), par l'augmentachines à tion de la production agricole d'autre part. Ce calcul s'est révélé erroné. La structure des besoins ne s'est pas brusquement modifiée comme Malenkov et Mikoyan l'avaient espéré. . Ce que les masses cherchèrent à acheter avant tout, ce fut du pain blanc, des gâteaux, de la viande, du beurre. des œufs, du lard, des fruits méridionaux. 36
« cours nouveau » devint apparente. Elle commença, comme toujours, sur le plan doctrinal et propagandiste. Brusquement, quelques oracles de la bureaucratie découvrirent que les partisans du « cours nouveau » avaient violé la c loi fondamentale du socialisme » qui implique « le développement prioritaire de l'industrie lourde ». Cette polémique trouva sa conclusion logique à la session du Soviet Suprême de février 1955 où Malenkov, principal initiateur du « cours nouveau fut obligé de se démettre de ses fonctions de Président du Conseil des ministres. Son principal allié, Mikoyan, avait été démissionné préalablement. Lorsque le ministre des finances Zverev présenta le nouveau budget d'Etat de l'U.R.S.S., on s'aperçut que les investissements totaux (y compris ceux provenant de l'auto-financementi pour l'industrie légène étaient diminués de 5 milliards de roubles par rapport à 1954, alors qu'ils étaient acerus de plus de 30 milliards de roubles pour l'industrie lourde. Cet accroissement inclut 21.5 milliards de roubles prélevés sur le budget.
Et lorsque, finalement, le mois d'avril 1955 passa sans que le consommateur soviétique reçut la diminution des prix devenue habituelle depuis huit ans. il fallut conclure qu'un tournant avait à nouveau été opéré dans la politique économique de la bureaucratie. des vetements et des meubles, c'est-a-dire des produits dont la production ne pouvait étre brusquement augmentée par la reconversion d'une série d'usines d'industrie lourde. La production de ces biens ne s'accrut que d'une manière fort insuffisante, vu l'accroissement de la demande. De là, l'apparition d'une tendance inflationniste, et l'extension du marché noir avec tous ses phénomènes concomittants de spéculation. (1)
(r) Voici à ce sujet un aveu significatil des dirigeants staliniens polonais, aveu d'autant plus remarquable que la Pologne n'appliqua le « cours nosveau » qu'avec circonspection
« L'année courante a vu un accroissement considérable du pouvoir d'achat du peuple grâce à deux baisses de prix consécutives, ainsi qu'à l'accroissement de la productivité du travail et Paugmentation des salaires pour certaines catégories de travailleurs (notamment les mineurs et les cheminots)... Cela n'aurait pas produit d'ennuis. si l'on avait accru le rythme de l'expansion de la production agricole... Il ne faut pas non plos
INFLATION DU POUVOIR D'ACHAT
INFLATION DU POUVOIR D'ACHAT
Dans le discours qu'il prononça le 25 janvier 1955 devant le C.C. du P.C. de l'U.R.S.S., Nikita Khrouchtchev, le nouveau « boss » de la bureaucratie, admit franchement que la demande de la population en produits alimentaires de haute qualité s'était accrue davantage que la production. Il reconnut également qu'il y avait pénurie (c'est le mot même qu'il employa) de produits (Pravda. 3 tevrier 1955). Cette pénurie s'est exprimée dans la reapparition de queues devant les boucheries. ce qui a dû exacerber la masse des consommateurs. au même moment où la propagande officielle parla de l'ère de l'abondance (un article paru dans le n° de janvier 1955 de la revue Snamja parlait encore de cette abondance de vivres comme d'un but à atteindre à brève échéance).
Nous apprenons ainsi qu'à Tifis. le P. C. dút prendre d'urgence des mesures contre la spéculation en vivres et en biens de première nécessité (Saria Vostoka, 20 janvier 1955). A Riga. on arrêta un speculateur qui vendit du sucre et du beurre à des prix de marché noir
L'inflation du pouvoir d'achat est due avant tout au fait que l'agriculture n'a pas augmente sa production en rapport avec l'accroissement de la demande. Les mesures prises en 1953 n'ont pas eu Teffet escompté. surtout dans un laps de temps aussi limité que celui qui avait eté fixe à ce moment par Malenkov et Khrouchtchev. Ceci n'est pas étonnant. Nous l'avions prédit il y a plus d'un an. et nous avions, à cette occasion. mis l'accent sur le caractère restreint et insuffisant du cours nouveau, qui rendit son échec inévitable :
« Les mesures fiscales prises par MaJenkov ne peuvent changer radicalement ravers de plan qui connue a sor appar lattitude de la raitre comme une charge plutôt que comme une source de bien-être. Un tel changement radical ne peut resulter que d'une fourniture massive de produits industriels aux kolkhoz et aux kolkhoziens... Il y a 15 ou 20 ans, de tels programmes ne pouvaient étre, même sous le meilleur des gouvernements, que de vagues projets d'avenir. Aujourd'hui ils sont entrés dans le domaine de ce qui est réalisable à brève échéance. Le total de l'accroissement des objectifs des in-
TERNATIONALE comme celui de 22 roubles pour un kg. de sucre (Sovietskaia Latvia, 9 mars 1955). Les Isvestia du 20 mars 1955 dévoilent que Rostov est devehu un véritable paradis du marché noir. Parce qu'il y a « pénurie de certaines marchandises », des « masses de spéculateurs » vendent des biens « à des prix triplés ». On décrit leur commerce qui concerne les textiles. les vêtements pour enfants. les postes de TSF. les tapis, les disques de gramophone. les poissons, la viande. la volaille. les œufs. les legumes. les fruits et jusqu'au.. gaz (D. Ils apprennent « avant les directeurs » quand des marchandises arrivent dans les magasins. s'y précipitent. achètent tout le stock et le revendent avec profit. Sur le marché des poissons opèrent des douzaines de spéculateurs ». Ce « marché parallèle » est complété par des « usuriers » qui avanceat de l'argent aux spéculateurs. Quoi d'étonnant à ce que la Pravda du 7 avril 1955 soit obligée de publier un éditorial consacré à la lutte contre la speculation et le marché noir. contre lequel la « mobilisation de toutes les autorités est exigée. million et demi de tonnes d'acier, sur un accroissement total prévu de la production d'acier de 17 millions (et sur une production totale d'acier de 44 millions de tonnes :). C'est dire combien la politique de l'ère malenkoviste represente peu de changements qualitatifs d'orientation economique ». (Quatrième Internationale. mars-avril 1954) p. 19).
En fait. c'est un petit ruisseau de biens de consommation qui s'est dirigé de la ville à la campagne. alors qu'il ment la mentalit Dour
Aussi les paysans sont-ils restes plus méfiants que jamais. et ont profité des concessions faites en 1953 pour obtenir plus d'argent pour leur production. plutôt que d'accroitre celle-ci.
La production agricole n'a donc fait que des progres insignifiants au cours des deux dernières années sauf pour les cultures industrielles. La production de céréales n'a augmenté que de 2 à 3 % par rapport a 1950. alors que la surface emblavée s'est accrue de plus de 10 % : c'est donc qu'il y a eu diminution de rendement ! Depuis la proclamation du programme de septembre 1953 d'accroissement du cheptel. les objectifs de la première année n'ont pas été atteints. comme il apparait du tableau suivant : en millions de têtes oetobre 1954 prévisions résultats 65.9 64.9 29.2 27.5 127.4 117.5 consommation indispensables provoque une demande accrue de produits alimentaires et accentue les disproportions à ce sujet. » (a Trobama Ludu ». 19 novembre 10543- dustries de moyens de 1955... ne consomme cul des spécialistes
Bovins
(dont vaches)
Ovins oublier que la question crue de vivres se trouve in réalisation du plan d industriels. La consommation pour ra, d'après un calde I'O.N.U., qu'un
Effectif du cheptel
1 octobre 1953 résultats
63.0
26.0
114.9 de la consommation acen relation etroite avec e biens de consommation certains biens de
LA CRISE AGRICOLE SE POURSUIT
LA CRISE AGRICOLE SE POURSUIT pénurie de
Etude sur la situation économique de l'Europe en 1954 de la Commission économique pour l'Europe de l'O.N.U. p. 87 Isvestia 31-1-1954 et 21-1-1955).
De ce talt, les livraisons de produits agricoles à l'Etat - et aux consommateurs - ont été inférieures à ce qui avait été prévu. Au lieu d'une augmentation prévue des livraisons de viande mande et de lait de 20 %% environ par rapport
D'après les indications fragmentaires dont nous disposons. les moyens de consommation durable fabriqués en série ont été comme prévu jetés sur le marché en grande quantite, au cours de l'année 1954. Par contre l'accroissement de la production de l'industrie textile, bien que correspondant aux objectifs du plan. a été nettement insuffisant vu l'accroissement de la demande. Amsi, par rapport a 1953, la production de cotonnades est passée de 5.220 millions à 5.550 millions de mètres (soit une augmentation de 6 %), alors que le but fixé par le plan quinquennal était initialement de 6.182 millions de mètres en 1955, et a été revisé ensuite, dans le cadre du «cours nouveau ». à 6.267 millions de mètres. La construction de nombreuses usines en chantier à Kamychine, Engels. Barnaoul. Krasnodar, Kherson et Stalinabad notamment. permettra peut-être d'atteindre cet objectif au cours de cette année. Mais cela n'a pu empêcher l'apparition d'une sérieuse pénurie de textiles. surtout de textiles de qualité. en 1954.
Dans le secteur de la construction de logements, secteur le plus défavorisé en matière de consommation depuis le début des plans quinquennaux, les objectifs fixés pour 1954 n'ont pas été atteints. Au lieu des 38 millions de m2 d'espace habitable net prévu dans les villes, on n'a construit que 32 millions de m2. Il est intéressant de remarquer que 25 % au moins de ces constructions sont dues à l'initiative privée. L'extension qu'a prise la construction privée dans les villes est un phénomène socialement important sur lequel nous reviendrons à la première occasion. De toute façon, les 6 m2 par tete d'habitant que le rythme actuel de la construction immobilière assure au citadin soviétique. sont absolument insuffisants. au moment où l'achat d'appareils de TSF sinon de télévision, de motos sinon d'automobiles. exige une nouvelle expansion de l'espace habitable disponible. Il semble bien que la cons-
Que la bureaucratie « économique » soit intéressée davantage au développement de l'industrie lourde qu'à celui de l'industrie légère. c'est ce qui résulte tout d'abord du système actuellement en vigueur des primes et du fonds du directeur. qui sont bien plus élevés dans le secteur des moyens de production 18
TERNATIONALE à 1953 l'augmentation réelle n'a été que de 7 et 6 % respectivement (2).
L'insuffisance de la production de fourrages semble d'ailleurs être une cause technique importante dans ce retard de l'élevage par rapport aux objectifs fixés par le plan. L'accent mis par Khrouchtchev sur le développement de la culture du mais correspond à une tentative pour surmonter cette insuffisance. truction privée est considérée par les masses comme une mesure d'auto-défense. vu la carence de l'Etat en la matière
En Hongrie, où Nagy poussa le « cours nouveau » plus loin même que Malenkov en U.R.S.S.. l'industrie textile n'a pas réussi à rattraper son gros retard qui apparait dans le fait qu'en 1953, on ne produisit que 209 millions de mètres de cotonnades alors que le but fixé par le plan triennal pour 1949-1950 avait été 250 millions de mètres ! Les dirigeants de la tendance Nagy dénoncèrent d'ailleurs, lors de la dernière session du C.C. du Parti des Travailleurs Hongrois à laqualle ils eurent le dessus (octobre 1954) le sabotage du « cours nouveau » par une partie de la bureaucratie.dont les privilèges dépendent de l'industrie lourde:
« L'industrie n'est pas a la hauteur des besoins de la periode - déclara le rapporteur, Bela Szalai -non seulement parce qu'elle livre l'équipement mecanique et l'outillage nécessaire à l'agriculture avec de sérieux retards, mais aussi parce que la production des articles de consommation courante n'augmente que très lentement... Il n'y a pas un seul secteur où l'on travaille avec suffisamment d'énergie en vue d'effectuer comme il se doit la reconversion de l'industrie. Cette lenteur et les atermoiements dont fait l'objet la reconversion, empêchent que le développement de l'agriculture et l'augmentation quantitative et qualitative de la production des articles de consommation se fassent d'une façon planifiée et rapide ».
En fait, les sommets de la bureaucratie « économique », et notamment la commission d'Etat du Plan. semble avoir contrecarré par tous les moyens le «cours nouveau » en U.R.s.s. comme en mongrie. pour prendre ensuite pretexte au retard ainsi provoque dans ses resultats afin de réclamer un pas en arrière. que dans celui des moyens de consommation.
(2) La production, de fromage et de beurre en 1954 ma atteint que So % de l'objectif du pian. Elle devrait augmenter de plus de so % = ce qui est presque impossible - pour que Fobjectif fixe pour 1o5s soit atteint.
INSUFFISANCE DE L'INDUSTRIE LEGERE
BUREAUCRATIE « ECONOMIQUE » ET COURS NOUVEAU
INSUFFISANCE DE L'INDUSTRIE LEGERE
BUREAUCRATIE « ECONOMIQUE » ET COURS NOUVEAU
Q VATRIEME IN
Mais. au-delà de cet intéret matériel immediat. des facteurs d'intéret social à plus iongue échéance expliquent également son désir de conserver une priorité absolue à la production des moyens de production. L'industrie lourde meut pour ainsi dire dans le cercle fermé de la bureaucratie. L'Etat est à la fois son fournisseur et son client unique. la bureaucratie n'y est soumise qu'à son propre contrôle. La mécanisation voire l'automatisation du processus de production, réduit de plus en plus le role de la main-d'œuvre qualifiée. Par ailleurs. la spécialisation de la technique y fait apparaitre l'ingénieur, le directeur de production. comme un élement turellement indispensable. L'industrie lourde est d'ailleurs en même temps. le paradis des bureatcrates au sens immédiat du mot. En fait, nous disposons à ce sujet de quelques chiffres extrémement significatifs en ce qui concerne les « démocraties populaires ». Le développement de l'industrie lourde a accru les éléments non-producteurs dans l'industrie tcheque de 16 % en 1948 à 23 % en 1953. En Hongrie. cette proportion est passée de 12,5 % en 1948 à 30 % en 1953 (Etude sur la situation économique de l'Europe. op.
43). Et des dirigeants hongrois ont cité des exemples plus terrifiants : celui de l'industrie du bâtiment, où les éléments non productifs atteignent 61 % du nombre des ouvriers ; celul d'une usine de machines-outils où cette proportion s'élève à 66 %%. etc.
Toute autre est la situation de l'industrie légère. Si l'Etat est son fournisseur principal, l'agriculture lui fournit égaTement d'importantes matières premières et elle échappe en partie au commandement unique de la bureaucratie. suite. l'Etat n'est qu'un client secondaire: la majeure partie de sa production doit être vendue au public. Plus celui-ci devient exigeant. plus la bureaucratie se voit soumise à un contrôle indirect - qui risque de devenir de plus en plus direct... du consommateur. Même lorsque le processus de production y est mécanisé et automatisé, il est beaucoup transparent que dans l'industrie lourde. En général, les ouvriers le comprennent plus rapidement et se sentent beaucouo olus indépendants par raoport aux « dirigeants techniques ». En outre. la qualité des produits finis y dépend dans une mesure beaucoup plus grande que dans l'industrie lourde de la qualification de la main-d'œuvre. Or. c'est cette qualité qui détermine de plus en plus l'attitude du consommateur. C'est encore dans ce secteur que les problèmes de répartition sont les plus épineux, que la pratique de la distribution est la plus défectueuse. Par tous ces aspects. l'industrie légère réclame et exige le conrole ouvrier et le début de la gestion ouvrière, bien davantage que l'industrie lourde.
Dès que l'attention du public et de la classe ouvrière est fixée sur un accroissement prioritaire de la production dans ce secteur, la critique des faux irais qu'implique la gestión bureaucra
TERNATIONALE tique de l'industrie s'impose quasi automatiquement.
Qu'il y eut là plus qu'un danger potentiel pour la bureaucratie, de nombreux Indices tendent a le confirmer. D'une façon générale, les ouvriers sont devenus plus exigeants depuis le début du « cours nouveau ». ce qui se manifeste notamment dans les revendications en matière de logements avancés pendant les contrats collectifs. On signale Tchécoslovaquie une opposition croissante contre le travail aux pièces (Prace, 5 mai 1954). On signale en Allemagne orientale la réapparition de revendications ouvrières avancées par des candidats oppositionnels aux postes de dirigeants syndicaux l'échelon de l'entreprise (Neues Deutschland, 29 janvier 1955). En Union sovié l'appareil syndical Pression exercée sur tique meme, par le mécontement et les critiques des travailleurs fut surfisamment puissante pour inciter les bureaucrates syndicaux à modifier de façon significative les statuts des syndicats. lors du llè Congrès de ces syndicats (juin 1954) (3).
Jusqu'à ce Congrès. les statuts mentionnaient le droit des syndiqués de critiquer les syndicats et leurs fonctionnaires aux réunions syndicales et dans la presse. Dans les statuts adoptés par le llè Congrès. il est question en termes plus larges du droit dont disposent les syndiqués
« de critiquer l'activité des organismes syndicaux et économiques, des institutions soviétiques et de leurs fonctionnaires, au cours de réunions syndicales, de conférences et de congrès ainsi que dans la presse » (Trud. 13 juin 1954).
Inutile d'ajouter que la bureaucratie n'a nullement l'intention de permettre aux travailleurs l'exercice effectif de ce droit de critique des « institutions so-
63)- Les plaintes periodiques des ouvriers, 110tamment a cause de l'insuffisance des cantines t Trud, 22 mars 1955) et des logements (Trud ler avril 1055). accompagnent depuis des année. toutes les déclarations grandiloquentes sur l'amé. lioration des conditions de vie et de travail. Vous retrouvons cette année encore les mêmes formules que nous avons déja signalées il y a un et deuxans
* On rencontre des dirigeants économiques qui sont davis que du moment qu'ils se trouvent la tête d'une entreprise. tout est en leur pouvoir et tout leur est permis. Avec une légèreté étonnante (1) il piétinent les engagements inclus dans les contrats collectifs, font exécuter au bas de course des tâches négligées, reculent les jours jeriés et multiplient les heures supplémentaires... Qu'est-ce qui empêche certains fonctionnaires syndicaux d'agir de facon décidée contre ceux qui violent la lérislation soviétique et de placer devant leurs responsabilités Tous ceux qui piétinent les dispositions de protection et de sécurité du travail ? C'est le manque de principes (e) de rertains fnnctionnaires svndicaux, qui ne veulent pas « se bagarrer → et qui ne désirent pas que leurs relations avec les dirigeants économiques se gätent. » (Trud, 28 janvier 10:5)
QUATRIEME viétiques » (c'est-à-dire de toute la politique de l'Etat dans tous les domaines !). Mais le fait qu'elle ait été obligée d'introduire cette formule dans les statuts syndicaux indique combien forte est devenue la critique à la base. Et plus la
Ce que les masses ont ressenti obscurement. sinon exprimé maladroitement par des plaintes violentes et des juroas, une partie des cadres de la jeunesse la articulé sur le plan de la théorie et de la politique : il est absurde de créer année après année des usines immenses et d'effectuer des investissements grandioses. s'il ne s'ensuit pas une amélioration constante et appréciable du niveau de vie des masses. C'est la production qui doit étre mise au service de la population.
Telle est la signification de l'importante discussion économique qui a fait rage en U.R.S.S. et en Hongrie au cours de l'année 1954 et qui s'est poursuivie au sein de la Commission du Plan et du Comité Central du P. C. de l'U.R.S.s. lorsqu'il a fallu dresser les premiers projets du 6é Plan quinquennal.
Formellement. la discussion a été rendue possible par une série de formules
Malenkov (et Nagy en Hongrie) avaient utilisées lorsque fut proclamé le « cours nouveau ». Mais quand de jeunes théoriciens se sont saisis de ces formules pour les développer jusqu'a leurs conséquences logiques. ils sont devenus les interprètes de tout un peuple
- et avant tout d'une classe ouvrière -de plus en plus mécontent et impatient. En poussant jusqu'au bout leur raisonnement. ces théoriciens se sont avancés. qu'ils l'aient voulu ou non. dans le domaine de la politique pour condamner notammeat tout le cours d'industrialisation aux frais de la classe ouvrière suivi par Staline.
Lorque le rédacteur en chef de la Pravda. D. Chepilov, lança une attaque violente en faveur de la « priorité du développement de l'industrie lourde » in du 24 janvier 1955), il croisa le fer avec une série de jeunes théoriciens qui avaient consacré leurs thèses à la nécessite d'un développement harmonieux des deux secteurs de l'industrie. Il s'agis-sait de J. Kassimovski, de D. Kusnetsov. d'A. Paljtsev et d'I. Vekoua. En même temps, un vieux theoricien, économiste bien-connu. P. Mstislavski. semble s'être rangé du côté des jeunes « briseurs de dogmes ».
Chepilov lui-meme caractérise de la lacon suivante la thèse développée par ces jeunes economistes:
u Le developpement prioritaire de la production des moyens de production, de l'industrie lourde, disent les économistes susmentionnes, ne peut representer Une loi du mode de production socialiste. parce que dans ce cas - apparaitrait une contradiction entre la production et 20
TERNATIONAL consommation et la production de biens de consommation sont placees au centre de l'activité économique. plus cette critique doit devenir une menace mortelle pour le pouvoir et les privilèges de la bureaucratie. la consommation, contradiction qui se renforcerait de plus en plus (!). Ils prétendent que le développement prioritaire de la production des moyens de production, de l'industrie lourde. n'a été une nécessite économique qu'aux premiers stádes du développement de la société soviétique, lorsque notre pays etait encore arriéré. Maintenant, par contre, lorsque nous avons construit la grande industrie, la situation s'est foncierement modifiée. Sous le socialisme, on produit pour la consommation. La croissance plus rapide de la production des moyens de production, de l'industrie lourde, est en contradiction avee la économique fondamentale du socialisme. De cela ils tirent des conclusions qui vont tres loin (en effet ! E.G.) : la politique de developpement renforcé des branches de l'industrie lourde conduirait à un conflit avec la loi economique tondamentale du socialisme, parce qu'un tel développement renforcé de l'industrie lourde ralentirait le developpement de la consommation du peuple » (Pravda. 24 jazvier 1955).
Il est d'ailleurs significatif que. d'après Chepilov, ces jeunes économistes. « en falsifiant la nature des décisions prises par le Parti et le gouvernement », aient prétendu qu'en 1953 s'était ouverte une phase nouvelle du développement économique de l'U.R.S.S.. représentant « un changement fondamental de la politique économique du Parti ». Peu importe que Chepilov leur ait appris entre temps qu'ils se sont fait des illusions. Grace à ces illusions, ils ont eu la possibilité d'exprimer sur le plan de la théorie ce que des millions de travailleurs exigent en pratique. Ainsi s'est confirmé sur cet exemple (comme préalablement sur celui de la littérature) le processus que nous ne cessons de prévoir et de décrire depuis trois ans: la modification des conditions économiques et sociales favorise un foisonnement d'idées de critique du - régime et de sa politique. Les concessions momentanées faites, par la dictature, loin d'arrêter ce développement. l'encouragent, l'accélèrent et lui permettent d'atteindre plus rapidement un niveau de maturité.
Passons sur plusieurs aspects intéressants de la discussion économique. comme celui d'I. Vekoua qui, irrévérencieusement, révèle une contradiction inhérente dans le dernier écrit de Staline. La plupart des écrivains cités par Chepilov arrivent à la conclusion suivante formulée par Kusnetsov
« Non pas pendant une brève période mais disons pour toute la période de transition progressive du pays du socia-
UN FOISONNEMENT D'IDEES DANGEREUSES
UN FOISONNEMENT D'IDEES DANGEREUSES lisme vers le communisme, la reproduction socialiste élargie sur la base de la technique la plus avancée est absolument possible avec une croissance equivalente des secteurs I et Il (c'est-a-dire de l'industrie lourde et de l'industrie légère) » (Pravda. 24 janvier 1955).
Ostrovitianov, le théoricien en chef de la bureaucratie en matière économique. reprend la même polémique dans la Pravda du 27 mars 1955. Il y attaque notamment un autre article de Mstislavski. une thèse d'A. Katz et un passage du livre « Le matérialisme dialectique ». qui, tous, considèrent que le «développement prioritaire de l'industrie lourde » ne s'applique qu'à une première étape de construction du socialisme. Pour pouvoir résoudre la contradiction entre la « loi » du développement à tout jamais prioritaire de l'industrie lourde et le but du communisme : le développement maximum de la consommation. il se permet d'ailleurs une petite correction à Marx (et. soit dit en passant. à Staline qui a repris la formule marxiste à sa facon maladroite). D'après Ostrovitianov, le but du socialisme, c'est la satisfaction maxima des besoins des membres de la société qu'on peut leur apporter a chaque « niveau de production socialiste ». Le but humain du socialisme est rabaissé au niveau d'un calcul de comptable besogneux ! Pauvre théorie prisonnière du pragmatisme bureaucratique..
Ce sont les Hongrois cependant qui ont formulé de la façon la plus brutale les conclusions théoriques qui se dégagent du « cours nouveau » poussé à ses ultimes conséquences. La résolution du Comité Central d'octobre 1954 du Parti des Travailleurs hongrois, fait une critique serrée de la politique de planification stalinienne. non seulement en Hongrie mais encore (par ses implications naturelles) en U.R.S.S.. confirmant point par point les critiques avancées à ce sujet par Léon Troisky. l'Opposition de Gauche et la IVe Internationale. Nous pourrions citer cette résolution en entier Nous nous limiterons à reproduire quelquesuns des passages les plus importants
* Dans ses très importantes résolutions de juin 1953. le C.C. de notre Parti constatait que l'industrialisation excessive du pays avait été une erreur. La conception qui, loin de considérer l'edification du socialisme dans tous ses grands et multiples aspects. la restreignait à l'industrialisation. et plus spécialement au développement de certaines branches d'industrie lourde. cette conception donc était erronée. Partant de cette considération. nous avons subordonne la politique générale du Parti à la politique économique, aux intérêts d'une industrialisation trop poussee, ne tenant pas suffisamment compte de l'evolution de la situation des masses travailleuses, ni des exigences fondamentales du maintien et du renforcement de
TERNATIONALE l'alliance ouvriere-paysanne... Les nombreuses disproportions ainsi survenues. de même que le rythme trop tendu du développement, paralysérent la marche égale et planifiée de la production, ainsi que l'utilisation judicieuse des crédits d'investissement qui avaient eté surévalues. LA SURINDUSTRIALISATION ABOUTIT A UN ABAISSEMENT PASSAGER DU NIVEAU DE VIE DES TRAVAILLEURS, au rétrécissement des rapports entre le Parti et les masses travailleuses... »
« Les résolutions adoptees lors des sessions du C.C. de juin, d'octobre et de décembre 1953, puis du Ille Congrès du Parti, indiquerent cla!rement que. conforménent à la loi fondamentale de Peconomie socialiste - dans cette novelle phase de l'édification du socialisme - L'ELEVATION SYSTEMATIQUE DU NIVEAU DE VIE DU PEUPLE TRAVAILLEUR DEVAIT ETRE PLACEE AU PREMIER PLAN DE NOTRE POLITIQUE... Seule la politique de la nouvelle étape telle que l'a élaborée notre Parti est conforme aux intérêts de la classe ouvriere et de tout le peuple. et c'est pourquoi elle a été accueillie avec joie sans mélange par les travailleurs des villes et des campagnes... » (C'est dire que la politique stalinienne de surindustrialisation était contraire aux latérêts de la classe ouvrière... E.G.)
« Le facteur fondamental de nos dilficultes economiques atermoiements observés dans la réalisation de la politique de la nouvelle étape, dans la résistance qu'elle rencontre sous des formes plus ou moins camouflées. Cette resistance est alimentee par des conceptions erronees, depourvues de fondements idéologioues. Conceptions qui proposent de résoudre les difficultés economiques par une e contraction du pouvoir d'achat », done par la reduction du niveau de vie de la classe ouvrière et de la paysannerie... Ces conceptions sont incompatibles avee les principes marxistes-léninistes (non pas : marxistesléninistes-staliniens, et pour cause! E.G.) de l'édification du socialisme... LE SOCIALISME NE PEUT ETRE REALISE QUE SI LES TRAVAILLEURS DISPOSENT NON SEULEMENT DE PLUS DE DROITS ET DE LIBERTE. MAIS AUSSI D'UN BIEN-ETRE MATERIEL CROISSANT. Dans les conditions pacifiques de l'édification du socialisme. l'ahaissement du niveau de vie ebranlerait la confiance placée par les travailleurs dans l'œuvre de construction socialiste. elle réduirait l'ardeur au travail et la productivité. relâcherait les liens des masses avec le Parti. L'abaissement du niveau de vie n'est pas la voie de l'édification déterminée du socialisme, mais celle la capitulation devant les difficultés, la voie du renoncement à l'édification du socialisme... (Bulletin d'information publié par le C.C. du Parti des Travailleurs hongrois, 6è année, n° 10 pp. 15. 16. 17)
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LES REMEDES DE KHROUCHTCHEV-BOULGANINE
La nouvelle équipe au pouvoir d'abord cherché à résoudre les difficultés immédiates. Pour 1955, il n'y a pas eu de nouvelle baisse des prix. Le pouvoir d'achat nouvellement distribue se limitera à celui qu'obtiendront les kolkhoz et les kolkhoziens de la hausse des prix pour les produits qu'ils livrent à l'Etat. Il ne dépassera guère 20 milliards de roubles. Par ailleurs, l'emprunt pour l'année en cours a été augmenté de 15 milliards de roubles. Zverev, dans son aiscours consacre au budget a annonce egalement un accroissement des dépots d'épargne de 10 milliards de roubles pendant 1955 (Pravda, 4 février 1955). L'accroissement des achats sur le marche kolkhozien libre dans les grandes villes « épongera » une autre partie du pouvoir d'achat inflationniste. Finalement. l'accroissement de la production de l'industrie légère qui est prevu pour cette année, permettra de résorber une majeure partie de ce pouvoir d'achat excedentaire (4). En définitive. comme Zverer la laissé entendre, on aurait simplement concentré en deux années 1953-1954 -l'accroissement des revenus réels prévus par le 5e plan quinquennal pour la période 1953-55. Si les objectifs de production sont atteints fin 1955, tout rentrera dans l'ordre...
L'analyse des mesures proposées par Khrouchtchev sur le plan agricole démontre cependant qu'il s'agit là d'une conclusion par trop simpliste. Le cours de défrichement massif de terres non cultivées auquel Khrouchtchev a dorénavant lié sa carrière politique. parait comme une réaction de panique devant le manque d'empressement du paysan pour réagir aux stimulants qu'on lui offrit en 1953. Comme on l'a déjà écrit. ce cours consiste en pratique en une tentative de contourner la paysannerie : on espère obtenir l'accroissement de la production agricole par l'établissement
LA SIGNIFICATION DU EN POLITIQUE
Résoudre des difficultés immédiates sans perdre de vue des objectifs à plus longue échéance, voilà ce qui caractérise la politique de Khrouchtchev en matière agricole. Voila ce qui reste vrai pour l'ensemble de la politique économique proposée par l'équipe Khrouchtchev-Boulganine.
Le « cours nouveau » limité des deux années précédentes n'a pas diminué mais augmenté les disproportions dans l'économie soviétique, à la fois parce qu'il était trop limité et parce qu'on escomp-
(4) Il faut également mentionner les importations. JU.R.S.S. étant devenue en 1954 le ze pays importateur du monde pour la viande et le beurre. Par contre. les réserves d'Etat, réduites depuis 1953. ne fourniront plus de suppléments et seront plutôt regarnies.
de sovkhoz d'envergure. peuplés d'ouvriers et employés, recrutés surtout parmi la jeunesse communiste.
Mais les successeurs de Staline sont prudents : ils ne veulent pas jouer a va-banque. Tout en misant sur le défrichement des terres incultes, ils maintiennent l'essentiel des concessions faites en 1953-54 aux paysans, favorisant ainsi un accroissement sans doute modeste mais réel de la production dès que ces mesures porteront leurs effets. Il y a plus: ces concessions sont même étendues. Le système des « affaires de compensation » réchange en nature de produits agricoles contre biens d'équipement produits de consommation industriels, par l'intermédiaire des coopératives) est vigoureusement encouragé (Selskoie Chosiaistvo. 3 mars 1955). En même temps l'équipe au pouvoir ne laisse rien au hasard. Contrairement aux prévisions de ceux qui définissaient les concessions faites aux kolkhoz comme le début de la manifestation d'une tendance « procapitaliste ». la bureaucratie a pris une série de mesures pour renforcer le controle d'Etat sur les kolkhoz. Ce contrôle s'exerce essentiellement par l'intermediaire des M. T. S. (stations d'Etat de tracteurs) qui sont dorénavant responsables pour les plans d'ensemencement et de récoltes des kolkhoz (Selskoie Chosiaistvo, 4 mars 1955). En même temps la démocratie kolkhozienne qui était depuis longtemps formelle, reçoit un nouveau coup sur le plan juridique. puisqu'une série de décisions qui ne pouvaient être prises que par l'assemblée générale des kolkhoziens est dorénavant de la compétence des présidents des kolkhoz. Ce n'est pas par hasard que cette modification à froid du statut des kolkhoz est accompagnée d'un vaste mouvement de renouvellement des cadres kolkhoziens, « renforces » de milliers de bureaucrates venus des villes.. NOUVEAU TOURNANT ECONOMIQUE tait des résultats trop rapides. Il n'a pas atténué mais augmenté les appétits du public. à la fois parce qu'il a donné trop peu et parce que l'appétit vient en mangeant. Il n'a pas atténué mais accentué l'impatience et le mécontentement des masses. surtout dans la mesure où il a provoqué une réapparition de phénomènes de pénurie et de marché noir. C'est pourquoi les nouveaux dirigeants ont fait un pas prudent en arrière. En étalant leurs concessions et leurs promesses sur une plus longue période • l'abondance est annoncée pour 1960 au lieu de 1956... - ils risquent évidemment moins d'étre pris en flagrant délit de démagogie. Mais ils risquent par contre de mettre la patience des masses à une épreuve plus dure encore.
Nous ignorons pour le moment les grandes lignes du 6è plan quinquennal.
Mais il est presque certain qu'il s'agira d'une solution de compromis entre celle des partisans d'un « cours nouveau » cours nouveau plus conséquent et celle des partisans d'une répétition pure et simple des anciens plans de négligence de l'industrie légère (5). La bureaucratie ne peut pas avancer sur une voie qui risque de généraliser l'appel à une démocratisation de la vie économique. Elle ne peut pas reculer vers une voie qui risque de précipiter la révolte à brève échéance. Elle louvoiera entre ces deux póles, avançant tantôt des solutions plus « libérales », tantôt des solutions plus « rigides » et impopulaires. Ces louvoiements seront dédéterminés par les difficultés objectives qu'elle rencontre d'une part et par la résistance des masses d'autre part. Il suffira que les masses passent quelque part à une action plus directe, plus menacante pour le régime, pour que Malenkov réapparaisse vraisemblablement au premier plan.
Sur la base de la dynamique d'expansion qui est propre à l'économie planifiée, le è plan quinquennal assurera sans doute une nouvelle augmentation de la production de biens de consommation industriels bien qu'à un rythme plus lent que celui qu'on voulut imposer en 1953. Par contre les objectifs agricoles rune production brute de céréales de 160 millions de tonnes et doubler la production de viande, de graisses. de lait et d'œufs en 1960) ne seront vraisemblablement pas atteints. Les disproporconsen cotre de tions continueront à s'accroitre ; les masses en prendront de plus en pius conscience. Des courants de jeunes théoriciens. voire de jeunes militants. exprimeront cette conscience sous une forme de plus en plus achevée. Toute la dynamique de la société soviétique en expansion économique rapide favorise l'instabilité de la dictature dont les changements d'orientation et de personnel
() Dans un article consacre à la crise hongroise. la Neue Zurcher Zeitung (zo avril 1955) insiste sur le fait que la solution momentanée de la crise représente une solution de compromis. La victoire du groupe Rakosi est incomplète. dit ce journal généralement bien informé. La tendance Nagy conserve une forte position dams les orzamismes dirigeants du parti. On pourrait appliquer la méme analyse à la solution donnée à la lutte de tendance au sein du C.C. du P.C. de T'URSS.
TERNA TIONALE dirigeant des derniers mois sont une manifestation éclatante.
Si la victoire de la révolution chinoise a été un des facteurs principaux pour . « dégeler » la superstructure sociale en Union soviétique, l'association économique avec l'immense pays arriere que Deprésente aujourd'hui la République Populaire de Chine pese sur FU.R.S.s. comme un poids qui retarde les modifications essentielles dans l'orientation économique. Les dirigeants chinois, aux prises avec les énormes difficultés qui résultent de leur tentative pour industrialiser le pays avec du travail presque purement manuel, doivent critiquer amèrement comme une « déviation nationaliste petite-bourgeoise » tout effort pour soulager de façon radicale le sort du consommateur en Union soviétique. Il est vrai que l'aide industrielle accordée par la bureaucratie soviétique à la Chine popula re reste modeste. D'après les chiffres officiels, l'U.R.S.S. ne fournit les installations que pour 15% des nouvelles usines construites dans le cadre du premier plan quinquennal chinois. Néanmoins. la lutte pour le maintien et l'extension de cette aide - ainsi que pour des fournitures d'équipement pour la nouvelle armée chinoise recrutée sur la base du service militaire obligatoire - joué un rôle important pour déaura terminer le recul vers un « cours nouveau » plus mit'gé.
L'expérience de deux années de k cours nouveau » est ainsi concluante. Les nouvelles conditions économiques et sociales obligent la bureaucratie à modifier sa politique, mais ne peuvent l'amener à introduire la démocratie ouvrière d'en haut. Le « cours nouveau » comme l'ancien cours doit avant tout servir & maintenir le pouvoir et les privilèges de la bureaucratie. De là ses limites et ses contradictions. De là aussi l'impossibilité pour la bureaucratie de retourner purement et simplement à l'ancien cours. base sur d'autres rapports de forces à tout jamais révolus. De ce dilemme insoluble. les masses soviétiques « sauveront » la bureaucratie en renversant sa dictature et en ouvrant largement les portes au degel radical, a laffirmation de la démocratie soviétique, à l'épanouissement de la planification socialiste subordonnee aux aspirations et aux besoins des ouvriers et des paysans.
15 mai 1955.