Le 6e rapport de l'O.E.C.E. publié en mars 1955 (1) contient une foule de données statistiques. d'observations et de conclusions sur l'évolution récente de la situation économique des pays appartenant à l'O.E.C.E. De la lecture critique de ce document important. complété sur certaines questions par d'autres sources, il se dégage ceci :
A partir du second trimestre 1953, la production industrielle de l'Europe Occidentale amorce une reprise qui s'est amplifiée en 1954.
La production industrielle de l'ensemble des pays membres de l'O.E.C.E. a augmenté de 5 % en 1953. et de 8 % en 1954. Elle semble s'amplifier durant le premier semestre de l'année 1955. L'augmentation de la production est particulièrement soutenue dans les industries de biens de consommation durables (automobiles. appareils de télévision. scooters. vélomoteurs, appareils électriques. articles ménagers, etc.) des produits chimiques (plastiques, engrais. produits pharmaceutiques) et des biens d'équipement (a partir de 1954) ,
La production d'électricité a augmente d'environ 6 % en 1953 et d'environ 10 % en 1954.
La production agricole a augmenté au cours de la campagne 1953-1954 de 6 %. mais au cours de la campagne 1954-1955 elle semble avoir diminué d'autant.
LES FACTEURS DETERMINANTS
L'augmentation de la production en 1953 et 1954 dans un climat de stabilité des prix doit être attribuée à l'interaction des facteurs suivants :
Augmentation de la consommation intérieure. surtout en biens durables et produits chimiques, accompagnée d'une augmentation des exportations à l'étranger. de ces mêmes biens et de biens d'équipement pour une série de pays sous-développés qui ont commencé à
(I) Deux volumes aux & Presses Universitaires ». Paris. 74
Sur le plan financier il est à remarquer qu'en 1953 et 1954 l'Europe Occidentale a gardé ses prix stables, tout en développant son activité économique.
Sur le plan du commerce extérieur on a enregistré en 1953 et 1954 un très fort accroissement des échanges intra européens une augmentation relativement modérée du volume des importations en provenance de la zone dollar. une augmentation considérable du volume des exportations vers le monde extérieur, et en particulier vers la zone dollar.
L'amélioration des termes d'échange de l'Europe Occidentale par rapport à la situation défavorable qu'avait créée la crise post-coréenne (1951-1952) se manifeste dans la réduction du déficit commercial (3,9 milliards de dollars en 1953 ; 4,1 milliards de dollars en 1954).
L'aide des Etats-Unis aux pays membres - destinée pour l'essentiel à l'effort militaire a été en 1953 de l'ordre de 1,2 milliard de dollars (en dons et prets). Le total de l'aide et des recettes militaires extraordinaires en dollars s'est élevé en 1953 à 2.5 milliards pour l'ensemble des pays membres : elles ont été du même ordre en 1954.
En 1953 le déficit courant de l'Europe Occidentale vis-à-vis de la zone dollar (compte non tenu des recettes militaires extraordinaires a été ramené à l milliard de dollars. En 1954 le déficit s'est accru à 1,5 milliard de dollars. DE LA REPRISE ECONOMIQUE s'industrialiser plus activement après la dernière guerre; bonnes récoltes agricoles qui ont maintenu sinon augmenté, le pouvoir d'achat des masses paysannes; stabilite sinon baisse moderee des matières premières utilisées par l'industrie européenne. facilitée par la récession de l'économie américaine pendant cette même période (1953-1954): importante aide américaine maintenue malgré la récession.
L'influence de cette dernière sur l'économie européenne s'est avérée moindre qu'on ne l'avait supposé pour les raisons suivantes:
ET SES PERSPECTIVES
ET SES PERSPECTIVES
La récession aux Etats-Unis a commencé à un moment où l'économie européenne épousait déja une ligne ascendante, et par son ampleur modérée et sa durée courte elle a peu affecté aussi bien les importations que les exportations de ce pays par rapport à l'Europe Occidentale et les pays dépendants de cette dernière (colonies et semi-colonies européennes. productrices de matières premières).
La légère diminution des exportations européennes en direction des Etats-Unis fut compensée par leur accroissement en direction des autres parties du monde.
L'aide, en dons, prêts, commandes off shore et autres dépenses militaires. des Etats-Unis à l'Europe est restée élevée.
Quant aux perspectives de l'évolution économique de l'Europe Occidentale il faut tenir compte des facteurs suivants :
Une nouvelle augmentation importante de la production (en supposant un accroissement parallèle de la demande) ne pourra se faire que par une augmentation de la productivité, car la plupart des pays européens, dans plusieurs branches importantes de lindustrie, travaillent presque à la limite de leur capacité du point de vue machines et main d'œuvre.
Dans le domane de la production agricole il y a plutôt surproduction.
Pour cette année et l'année prochaine. la demande en biens durables et en biens d'équipement peut encore plus ou moins se maintenir, stimulée par des besoins solvables non encore satisfaits sur le marché intérieur et extérieur. et par une aide américaine qui ne diminue pas sensiblement. La reprise de l'économie américaine si elle ne s'accompagne pas d'une politique pius libérale des importations, peut accentuer à nouveau le déficit en dollars de l'Europe Occidentale. tendance déjà esquissee surtout dans le deuxième semestre de 1954. Si. d'autre part, elle s'accompagnait d'une accentuation de la concur-rence des Etats-Unis sur les marchés étrangers et d'une diminution de leur aide à l'Europe elle affecterait encore plus sérieusement l'économie européenne.
L'évolution de celle-ci dépendra d'autre part de sa capacité de maintenir sinon d'accroitre, ses exportations déjà élevées, à l'étranger, y compris à la zone dollar.
En conclusion : L'économie européenne arrivée à un haut niveau de production n'est pas à la merei d'une grave rechute dans l'immédiat, mais elle ne semble pas non plus pouvoir maintenir le même souffle pendant longtemps encore ; elle dépend maintenant étroitement de ses possibilités de maintenir le haut niveau qu'elle a atteint dans les exportations des biens de consommation durables. et des biens d'équipement ; de la politique commerciale américaine; du niveau des prix de matières premières (qui dépendent de l'évolution de la conjoncture américaine) : du niveau de l'aide américaine.
Nous avons jusqu'ici examiné l'économie européenne comme un tout harmonieux. Elle est en réalité composée d'économies nationales antagonistes, adonnées actuellement à une concurrence qui ira en s'exacerbant. d'où l'inégalité du développement à l'intérieur de l'ensemble européen.
Voici quelques données intéressantes pour la situation économique et l'évolution des principaux pays européens Angleterre. Allemagne. France. Italie.
Angleterre. • La production industrielle est passée de 121 (2) à 129 en 1954. Pendant le premier trimestre 1955 elle était en moyenne à l'index 137. Le nombre des chomeurs ne dépasse pas 1 % de la main-d'œuvre. Les prix sont en augmentation. Les importations augmentent plus que les exportations. Une continuation de l'augmentation de la production dépend maintenant de l'augmentation de la productivité et des exportations.
La conjoncture américaine favorise l'accroissement des importations aux Etats-Unis des matières premières provenant de la zone sterling et dans ce sens elle peut accroitre les revenus en dollars de l'Angleterre : mais en provoquant une hausse plus importante de leurs prix, elle peut accroitre le déficit commercial de l'Angleterre et nuire à la capacité de concurrence de celle-ci.
Allemagne occidentale. - La production industrielle en 1953 a augmenté de 8 % par rapport à 1952, et de 11 % en 1954 par rapport à 1953. Il y a eu un certain ralentissement de ce rythme pendant le premier trimestre 1955.
L'expansion de la production a été stimulée alternativement par les industries de biens d'équipement et par les industries de biens de consommation durables, grâce à une augmentation de la consommation intérieure et à l'accroissement continu des exportations.
L'Allemagne aussi est parvenue comme l'Angleterre à une situation proche du plein emploi, une partie des chomeurs inscrits étant considérée comme inapte au travail. C'est surtout la main d'œuvre spécialisde qui commence à manquer.
Une nouvelle augmentation importante de la production exigera une augmentation de la productivité du travail (qui est presque égale à celle de la France) et pourra être encore stimulée par les besoins du marché intérieur et le réarmement. Le point faible de l'économie allemande s'avèrera être ses exportations, deja bien élevées et qui. pour se maintenir et augmenter. doivent faire face à une concurrence étrangère accrue.
(2) 1948 = 100.
France. - La production industrielle française a repris en 1954. réalisant un progrès de 10 % sur celle de 1953. La progression se poursuit en 1955. Elle est stimulée aussi bien par la demande intérieure en biens de consommation durables, biens d'équipement et la construction, que par l'accroissement des exportations.
Le mouvement de reprise de l'industrie sidérurgique dans ce processus a sté particulièrement important. Depuis octobre 1954. le déficit de la balance commerciale s'est transformé en excédent de l'ordre moyen de 15 milliards de francs environ. Les points faibles de l'économie française sont à l'heure actuelle le faible taux des investissements, le déficit budgétaire, la basse productivité, le manque de main-d'œuvre.
Italie. La production industrielle a augmenté de 10 % en 1953 par rapport en 1952 et de 7 % en 1954 par rapport en 1953. Le progrès semble s'amplifier en 1955.
La principale raison de l'expansion industrielle réside dans l'excellente récolte agricole de 1953. moins favorable en 1954.
Etant donné « l'augmentation des exportations, des ventes off shore et des transactions invisibles ». le Gè rapport de l'O.E.C.E. estime « qu'il est peu probable que l'Italie éprouve des difficultés de paiement au cours des deux prochaines années (1955, 1956) ; la position plus lointaine est incertaine... Les perspectives pour 1955 sont encourageantes.» Le plan de « dix ans » pour le développement du Sud et l'absorption du chômage peut dans certaines conditions élargir les possibilites de consommation intérieure.
Mai 1955. M. P.