Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 4-6

La révolution coloniale en Afrique du Nord

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 4-6 · juin 1955 · p. 8-9 · 930 mots

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En Tunisie, la signature des accords passés entre la bourgeoisie tunisienne que dirige le Néo-Destour, termine un chapitre dans la lutte des masses tunisiennes pour leur liberation nationale et sociale, et en ouvre un autre.

La bourgeoisie tunisienne compradore n'a cherché jusqu'ici que la co-exploitation avec les colons français des masses du pays, sous l'apparence d'une autonomie tunisienne interne dans le cadre de l'Union française. Bourguiba, son chef, le plus conscient, concrétise ce programme quand il chante les louanges à la fois d'une telle « émancipation » nationale, de la famille beylicale, et de la coopération avec la France dans le cadre de son Empire. Le Néo-Destour et ses chefs ont su jusqu'ici désarmer les partisans tunisiens, et isoler en partie ce foyer du reste au brasier nord-africain.

Pour cette dernière raison aussi, la partie la plus consciente de la bourgeoisie française s'est empressée de signer les accords. Mais ces derniers demeurent fragiles, et il est peu probable que les masses pauvres de la Tunisie acceptent de rester longtemps dans le cadre de la « légalité » du compromis que prône maintenant Bourguiba à Tunis.

Au Maroc, la lutte est toujours au stade de l'action individuelle « terroriste » par manque d'une direction politique plus décidée à aller à fond et à ne pas se contenter d'exercer une pression pour le retour du sultan exilé et pour une plus large place des féodo-capitalistes indigènes dans l'administration et l'économie du pays.

Mais il se peut que de la base surgisse bientôt une direction qui organise politiquement et militairement, d'une manière beaucoup plus efficace et plus profonde, le mouvement de libération commencé. L'exemple de l'Algérie sera à cet effet contagieux.

C'est en Algérie que le mouvement a pris d'emblée depuis novembre dernier un caractère plus organisé dans la lutte, et plus radical dans ses aspirations. Bien que. socialement, il reste un mouvement plébéien où prédomine Pélément paysan pauvre, les influences prolétariennes dans sa direction sont déjà visibles. Ceci s'explique par le fait que le poids des couches féodo-capitalistes indigènes est très restreint en Algérie, et que par contre le poids d'un nombreux prolétariat agricole et industriel, et d'une très forte masse de paysans pauvres est décisif.

La situation de nombreux éléments petits bourgeois des villes qui périclitent économiquement et sont. plus fortement qu'ailleurs en Afrique du Nord, tenus pratiquement en dehors de l'administration, et de l'avancement économique facilite leur radicalisation aux côtés des ouvriers et des paysans. Il faut enfin compter avec le ferment que constitue la population algérienne prolétarienne dans la metropole (plus de 300.000) dont une grande partie reçoit, dans les usines et le contexte de la vie politique ouvrière en France, un haut niveau de qualification organisationnelle et de conseience prolétarienne et politique.

Pour toutes ces raisons, ainsi qu'à cause du poids économique et géographique du pays, l'Algérie est placée à la tête de la lutte des masses coloniales opprimées de toute l'Afrique du Nord.

Son combat aura des répercussions dans l'ensemble de la révolution coloniale qui embrasse maintenant toute l'Afrique, ainsi que sur le développement des luttes révolutionnaires en France.

Plus rapidement qu'en Tunisie ou au Maroc, la lutte en Algérie a revêtu le caractère d'une guerilla organisée, embryon de ce que les partisans eux-mêmes appellent déjà « l'Armée de la Libération Nationale ».

Le catéchisme militaire des partisans algériens s'inspire des exemples de la Chine et du Vietnam, tout en adaptant leurs expériences aux conditions concrètes du pays. Il est hautement instructif, des multiples expériences qui se dégagent du développement de la révolution coloniale depuis la dernière guerre. d'observer l'interaction et l'interdépendance des expériences nationales ainsi que la facilité et l'ingéniosité avee lesquelles se fail l'adaptation aux particularités propres de chaque pays. 8

Le génie révolutionnaire des masses une fois stimulé se montre infiniment plus riche, plus inventif que toute théorie préétablie.

En Algérie, la lutte armée de noyaux des partisans extra-mobiles se combine avec une action en développement constant de masses de plus en plus larges executant telle ou telle tache. Les groupes de partisans agissent comme une direction nationale organisée de la population des villages et des villes. Les actes de sabotage militaire ou économique, ainsi que la répression des traitres sont le plus souvent confiés aux habitants des agglomérations. Peu à peu chacun reçoit une tâche spécifique à accomplir.

Par ce moyen l'efficacité de l'action ainsi que la protection des groupes armes se trouvent multipliées dans chaque localité, chaque région, par dix, par cent, par mille. Par contre, l'inefficacité de la répression colonialiste s'accroit. Peu à peu la masse totale de la population participe d'une manière ou d'une autre à l'action, au combat.

Plus la direction politique de la lutte améliorera sa qualite revolutionnaire, plus vite le combat gagnera en force et deviendra invincible. Son problème est de combiner une action militaire proprement dite à un programme politique fixant clairement des objectifs sociaux et politiques capables de stimuler davantage l'énergie des masses paysannes, ouvrières et petites bourgeoises, et de mieux orienter les étapes tactiques dans un cadre stratégique bien clair.

Le temps n'est plus loin où la Fédération des Etats socialistes de l'Afrique du Nord pourrait devenir un objectif non moins réaliste que la révolution socialiste en France. L'interdépendance organique entre les deux est du reste beaucoup plus profonde qu'on me le pense ordinairement.

142222 La lutte des peuples coloniaux de l'Afrique du Nord contre l'impérialisme français est un des leviers les plus puissants pour la révolution socialiste dans la métropole. La mobilisation révolutionnaire du prolétariat français est de côte l'aide la peuvent recevoir à l'étape actuelle.

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