Au Nord-Vietnam, l'évacuation de Haiphong par le corps expéditionnaire Irançais complète la libération du territoire soumis par les accords de Genève à l'autorité du gouvernement Ho-Chi-Minh.
Le nouveau régime s'installe au milieu d'une situation économique difficile, due à la pauvreté agricole naturelle de la région et à la baisse notable de sa production industrielle, consécutive aux destructions de guerre et à celles opérées par les impérialistes avant l'évacuation. Pour faire face à cette situation, le régime procède à une stricte règlementation de la distribution qui rappelle, toute proportion gardée, le climat du « communisme de guerre » des années 1918-1921 en U.R.S.S..
Sous la pression des besoins urgents, l'Etat se voit obligé d'accentuer les mesures de nationalisation des moyens de production, d'extinction du petit commerce privé, et même de collectivisation des terres. La pénurie est grande, aussi bien en produits alimentaires qu'industriels.
Sans une unification rapide avec le sud, cette situation n'engendrera qu'un mécontentement grandissant, avant qu'elle ne devienne littéralement intenable.
En attendant, une amélioration pourrait intervenir si le régime parvenait à établir quelques contacts commerciaux avee la Chine et surtout avec le sud Vietnam.
Dans ce dernier, la lutte entreprise par le gouvernement Diêm contre les armées autonomes des féodalités économico-militaires que sont les sectes est loin d'aboutir. Diêm, représentant de la bourgeoisie catholique vietnamienne, la plus évoluée du pays. et qui mise sur l'impérialisme américain, avant tout cherche à établir un pouvoir central pour tout le sud, doté d'une administration et d'une armée centrales. Il veut procéder en réalité à une refonte de la structure du sud, mais qui comporte des implications économiques et sociales politique importantes.
Añu de rendre le sud « efficace » en tant que plateforme de maintien de la: bourgeoisie et de l'impérialisme, capable d'affronter le nord révolutionnaire, il serait nécessaire de « moderniser » le sud, de centraliser l'administration et l'économie, d'éliminer les sectes et « l'Empereur », de promouvoir un semblant de «réforme agraire », de proclamer la « République », d'« élire » une Assemblée.
Toutes ces mesures conviennent bien à la mentalité des proconsuls de WasBington à Saigon.
Mais, d'autre part, une telle opération exigerait du temps, de la souplesse, et, dans le cas où elle se ferait à « l'américaine », elle risquerait de provoquer contraire l'aggravation du chaos et de la dislocation dans le sud. Ce qui est maintenant le cas.
Diêm appuyé sur Washington, a voulu à un certain moment mettre fin au rôle des sectes désireuses de sauvegarder leurs privilèges économico-militaires atltonomes, et qui se prêtent facilement au jeu de l'impérialisme français.
Ce dernier, craignant à juste titre d'être complètement effacé par celmi des Itats-Unis, mise incontestablement sur les sectes pour empêcher la consolidation du pouvoir exclusif de Diêm. En prenant une offensive résolue contre les sectes, Diêm s'est accroché au pouvoir et a remporté quelques victoires importantes. Mais, refonlées de l'agglomération de Saigon-Cholon, les armées des sectes Binh-Xuyên et Hoa-Hao infestent le pays d'une guérilla épuisante pour Diém, et qui risque de
D'autant plus qu'elle jouit toujours de l'appui indireet de Paris, de Ho-ChiMina, et de l'expectative opportuniste de la secte plus importante des Caodaistes.
Dans cette direction, la lutte conduira probablement à l'impasse et ne pronte en définitive qu'à la propagande favorable au régime du nord.
L'autre voie qui reste à Diêm et à Washington c'est de chereher, lors de la conférence entre Washington, Paris et Londres, une nouvelle formule de coalition de toutes les forces réactionnaires du sud capable de mieux faire aux échéances critiques qui approchent maintenant.
En effet, selon les accords de Genève, les pourparlers entre les deux gouvernements, du nord et du sud, doivent commencer à partir de juillet prochain afin de préparer les élections qui décideront de l'unification du pays et qui auront lien au plus tard en juillet 1956.
Le nord a deja commencé une campagne dans ce sens. Le but des impérialistes et des réactionnaires du sud est d'éviter le verdiet populaire et d'ajourner sine die les élections.
Par contre, l'intérêt vital des masses aussi bien dans le nord que le sud est de précipiter l'unification du pays, élargissant le cadre des conquêtes révolutionnaires et de la reconstruction économique et sociale du pays.
Les trotskystes vietnamiens, qui n'ont cessé de lutter pour l'indépendance nationale et sociale totale du pays sous un véritable regime prolétarien démocratique, et qui se sont intégrés dans le mouvement de masses influencé par le Vietminh, sauront mettre la lutte pour l'unification du pays au premier plan de l'étape actuelle. Ils insisteront pour que le nord tende de toutes ses forces à ce but et n'admette aucun ajournement à la solution de ce problème vital. Ils préconiseront un programme revendications économiques et politiques apte mobiliser les masses du sud dans la voie d'une opposition politique révolutionnaire contre Diêm, et à ne pas se contenter d'exploiter uniquement les antagonismes interimpérialistes et intercapitalistes, et de s'adapter à la mentalité et aux jugés des couches petites bourgeoises nationalistes de Saigon, à la manière de la propagande actuelle de la direction vietminh dans le sud.
Seule la mobilisation révolutionnaire des masses dans le nord et le sud pour parachever la révolution sur l'ensemble du territoire national, arrachera aussi l'unification contre la volonté délibérée de l'impérialisme et de la réaction de la saboter.