Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 4-6

Dangers et possibilités pour le mouvement ouvrier italien

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 4-6 · juin 1955 · p. 35-37 · 2 179 mots

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L'échec de la C.G.I.L. (la C.G.T. italienne) aux élections des délégués ouvriers chez Fiat a reçu une grande publicité. Cet échee n'a pas été un cas isolé, il est symptomatique de certaines tendances dans le mouvement ouvrier italien. Pour donner une idée de cette situation, de ses causes, des dangers qu'elle implique et des possibilités considérables qui subsistent dans le mouvement ouvrier italien, nous pensons que le mieux est de reproduire ci-dessous un document du

Comité Exécutif des Communistes de la IV° Internationale) qui a été Bandiera Rossa.

Pour la première fois depuis 10 ans la C.G.I.L. enregistre un net recul dans certains secteurs essentiels de la classe ouvrière. Il est nécessaire que les militants de base réagissent et fassent sentir Jeur poids. qu'ils exigent que l'on discute dans toutes les organisations la situation qui s'est ainsi créée et que l'on en recherche les causes.

1. Ces dernières semaines les élections pour le renouvellement des Commissions d'Usine dans toute une série de tabriques ont fourni des éléments d'appréciation éloquents sur la situation du mouvement ouvrier italien. Après les resultats de ce élections chez Fiat. chez O.M., chez Falk, chez PiremRijamonti. dans toutes ces usines, la C.G.I.L. a dû enregistrer un véritable effondrement ; après les résultats, moins graves mais tout aussi symptomatiques, obtenus chez Lancia, R.I.V.. Superga, Viberti (Turin). Weber et Ducati (Bologne). O.A.R.N. (Gênes), Redaelli et Marelli (Milan) -- on a enregistré un recul dans toutes ces usines, bien que moins important, et en tenant compte qu'il faut lier ces résultats à certains autres obtenus au début de l'année, ou à la fin de 1954 (Innocenti, Borletti, BDP Colleferro), il est clair qu'une conclusion S'impose : pour la première fois depuis dix ans la C.G.I.L. enregistre un recul très net dans des secteurs essentiels de la classe ouvrière. Et puisgue ce recul coïncide avec des progrès - parfois sensationnels - de syndicats du type C.I.S.L. et U.I.L. (syndicats réformistes et catholiques. N. du Tr.) il s'agit d'une défaite pour l'ensemble du front ouvrier.

Parallèlement à ce phénomène. une situation critique s'est créée au sein des organisations ouvrieres les plus importantes. aussi bien politiques que syndicales au cours des derniers mois. La vie interieure de ces organisations est tombée au niveau le plus bas. la participa-

Révolutionnaires (section italienne récemment publié dans leur organe au minimum. et taches normales est assure par fonctionnaires et derniers de ces inscrits est reduite laccomplissement des de ces organisations un cercle limité de d'activistes, le nombre diminuant toujours davantage. Et pendant que la presse clame les succès des adhésions - qui s'effectuent de façon de plus en plus désinvolte (distribution de cartes, renouvellement des cartes sur une base simplement administrative et bureaucratique) - on doit constater en réalité. dans certaines fédérations importantes de l'Italie du nord. des fléchissements très importants, même parmi les inscrits ouvriers. D'autre part, et Pagetta luimême a du l'admettre au C.C. d'avril, la diffusion de « Unita » est en baisse. et la campagne des « signatures », tant vantee. marque aussi le pas. malgre les déclarations concernant la prétendue collaboration d'activistes catholiques. ‹Voir à propos ce que Soreni a été obligé de reconnaitre à ce même C.C. d'avril).

2. - Dans leurs déclarations et autocritiques, les dirigeants de la C.G.I.L. et du P. C. italien ont donné comme raison principale sinon exclusive, de ce recul dans les fabriques les manœuvres d'intimidation du patronat.

ces intimidations existent incr ntestablement et ont meme atteint un niveau qu'il aurait été difficile de concevoir il y a quelques années. Elles ont été, de plus, associée à une bonne dose de paternalisme, particulièrement évident dans le cas de la Fiat. Mais la combinaison de ces deux facteurs ne peut expliquer l'ensemble du phénomène. Il reste encore a expliquer pourquoi ces facteurs ont pu avoir une action aussi efficace : pourquoi par exemple. les ouvriers chez Fiat et de chez O.M. ont cédé devant le chantage et la corruption paternaliste _ ce qui ne se serait certainement pas produit il y a. quelques années.

tion des membres

LES CONSEQUENCES D'UNE

En réalité les pressions patronales se sont inscrites dans une situation paritaculièrement favorable, situation caracterisée par une méfiance croissante de secteurs prolétariens toujours plus importants envers les organisations qui les avaient guidés jusqu'à ce jour. La C.G.I.L. et le P. C. italien ont perdu, pendant ces dix années, toute une série d'occasions favorables ils ont aceumulé une série d'erreurs grossières et de prises de positions opportunistes. et ils commencent à payer maintenant les consequences de cette période. Lorsque les premières répressions ont commencé a avoir lieu ça et là dans les usines. il n'y a pas eu de riposte, et c'est ainsi que la réaction patronale a pu se développer toujours plus jusqu'a atteindre son niveau actuel. Des luttes revendicatives importantes. comme celle •- la dernière en date - des ouvriers industriels (septembre 1953 juin 1954), dont l'issue négative a ernstitué un tournant important. ont été prolongées pendant des mois sans aucun résultat concret, en utilisant des formes de lutte paradoxales. sans un plan d'ensemble, sans que les revendications soient formulées d'une façon claire et concrète. Souvent on a accepté et recherché les compromis les plus honteux, alors qu'il était possible de conduire la lutte jusqu'à la victoire, réelle. Souvent on a interrompu bureaucratiquement des luttes en cours pour le simple fait que les patrons étaient disposés à traiter; on a désavoué pratiquement des mouvements spontanes partout on a agi comme des « pompiers » ; on a fait en sorte d'empêcher une lutte généralisée. coordonnée à l'échelle nationale. mobilisant plusieurs catégories de travailleurs, et ceci même lorsque cette convergence était possible. même lorsqu'il n'était pas nécessaire de créer artificiellement des conditions favorables.

Enfin, en différentes occasions, et surtout à l'occasion de la stipulation des « accords-escroquerie ». on a laissé les organisations minoritaires prendre les devants. et on s'est contenté de déclarations verbales, acceptant le fait accompli

L'attitude capitularde du P. C. italien et de la C.G.I.L. après le 7 juin — alors qu'il s'était créé une situation favorable à la reprise des luttes ouvrières et que les masses connaissaient un état d'euphorie, de confiance dans leurs propres forces - a eu, en particulier, une influence décisive sur l'état d'esprit des travailleurs. Aussi bien la C.G.I.L. que le P. C. italien - qul, entre autres. est tombé dans le piège tendu par le

TERNATIONALE POLITIQUE OPPORTUNISTE l'on n'en avait pas connue meme dans la difficile période qui avait suivi les élections de 1948.

Un autre facteur, qui a eu aussi une influence importante sur le recul actuel des positions de la C.G.I.L. et du P.C. italien c'est la bureaucratisation poussée de CE'S organisations et l'absence de démocratie intérieure réelle. Pour ne parler que des syndicats. on sait qu'il

La presque jamais de réunions des adhérents ou, lorsqu'elles se produisent, elles ont l'allure de meetings, dans lesquels les bureaucrates répètent mécaniquement les discours habituels communiquent des décisions déja prises. Les congrès. lorsqu'ils ont lieu. se déroulent de Taçon bureaucratique. avec des listes uniques, des votes unanimes, parfois même par acclamations sans qu'il soit possible de faire des interventions vraiment critiques sur un plan général. Les organismes dirigeants, élus de façon formelle. sont par la suite replatrés de mille manières. par cooptations. substitutions. destitutions. dont les adherents. dans les meilleures des hypotheses, ne se trouvent informés qu'après. La ligne générale de l'organisation ne donne jamais lieu à une discussion critique, pas même dans les comités de direction qui se limitent, au mieux. à discuter et à critiquer les formes d'applications de cette ligne.

Tout ceci est ressenti plus ou moins clairement par la base. et a contribué à provoquer la désillusion. la méfiance et le détachement des organisations.

3 - Si la situation est caractérisée d'une part par les éléments dont nous venons de parler, il ne faut toutelois pas passer sous silence d'autres élements différents ou dans une certaine mesure, en contraste avec les premiers.

En face du recul qui se vérifie dans certains secteurs ouvriers, nous avons assisté. au cours des derniers mois, à des luttes ouvrières d'une importance incontestable. Il est à peine besoin de rappeler la splendide bataille des dockers de Gênes dont il existe peu d'exemples - au point de vue durée et unité d'action - dans l'histoire syndicale du pays.

Ce qui s'est produit et se produit actuellement à Gênes prouve que des secteurs importants des masses conservent un potentiel de combativité élevé et sont en mesure de répondre avec vigueur aux attaques du patronat. Des épisodes de moindre importance. mais toujours significatifs. (comme celui de la lutte chez Redælli qui s'est conclu après une grève de vingt-deux jours par un accord qui, s'il n'est pas complètement satisfaisant, représente cependant recul des patrons), confirment les indications de Gênes.

4. - La situation, telle qu'elle se présente en ce Premier Mai 1955, est done caractérisée par des éléments différents et apparait comme très délicate. Les résultats des élections dans les gouvernement Pella on leur tache, se sont révélé d'exploiter la situation. de de diriger la reprise. sur échelle, des luttes ouvrières. né le temps à la bourgeoisie ter cet instant critique et t manqué à s incapables stimuler et une vaste et ont donde surmond'organiser la contre-offensive qui a abouti à créer dans les usines une situation telle que

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E usines sont un symptome incontestable de recul : la lutte des dockers de Génes est une preuve que la situation n'est pas complètement compromise et qu'une reprise reste possible.

Mais il faut faire attention : en quelques semaines, si par exemple la lutte des dockers de Gênes se soldait par une défaite. la situation pourrait s'aggraver et évoluer de façon importante dans un sens négatif. C'est pourquoi la bataille de Genes a une aussi grande importance ; c'est pourquoi le journal

Naturellement. les développements a venir ne peuvent etre séparés de l'évolution de la situation politique dans son ensemble. Si l'on n'exploite pas les possibilités qui existent encore • Si l'on permet aux patrons de généraliser les méthodes « Valleta » : si avec une politique opportuniste et stérilisante, on permet à la bourgeoisie de poursuivre son œuvre de consolidation politique qui a suivi la crise de l'été 1953 : si on lui permet de développer sa manœuvre aussi sur le plan économique et d'obtenir aux dépens des travailleurs. un moment de répit ; si. enfin, on continue à subir passivement. en se limitant à des lamentations légalitaires, les provocations et les attaques des équipes des néo-fascistes — qui prennent des proportions préoccupantes et une incontestable portée politique qu'il serait erroné de négliger - alors les perspectives ne peuvent pas étre optimistes : le danger d'une évolution rapide de la situation dans un sens défavorable au mouvement ouvrier est aujourd'hui concret et réel. comme il ne l'a jamais ete au cours de ces dix dernières années.

5. - Dans cette situation les militants d'avant-garde doivent faire un effort maximum pour éviter que ne se répande dans les secteurs avances de la classe ouvrière le pessimisme ou le fatalisme. ou que ne se fassent jour des réactions sectaires qui tendraient à rejeter sur les ouvriers l'amertume provoquée par les défaites. sous prétexte que ces derniers ont cédé momentanément et ont abandonné leurs organisations politiques et des Groupes Communistes Révolutionnaires des le lendemain de la défaite chez Fiat - a précisé que cette lutte pouvait étre l'occasion d'une revanche, occasion qui devait être exploitée à tout prix. Une victoire à Gênes pourrait donner une impulsion décisive. redonner courage aux éléments démoralisés et incertains. arreter la courbe descendante dans de nombreuses usines. Dans le cas contraire. la démoralisation risque de s'étendre. et un recúl généralisé serait presque inévitable. syndicales. Il est nécessaire en particulier de faire comprendre aux militants du P. C. italien et aux adhérents de la C.G.I.L. que la seule reprise possible est conditionnée par une autocritique profonde et effective, et par un changement réel de direction de la part de ces organisations. Il est nécessaire que les militants de base ne deviennent pas passifs mais qu'au contraire, ils réagissent vivement et qu'ils fassent sentir leur poids, qu'ils exigent que, dans toutes les organisations, l'on discute à fond la situation qui s'est créée, que l'on en étudie les causes et que l'on précise les responsabilites.

Mais il serait trop facile et pratiquement inefficace de limiter le tout à des auto-critiques transformistes. maintenues de toutes façons dans des limites étroites, au Comité central ou dans la direction syndicale. La discussion doit être portée à la base. dans chaque celJule, dans toutes les organisations du pays. politiques ou syndicales. C'est la base qui doit donner son avis et établir la nouvelle ligne d'action que l'on doit adopter pour rendre possible la reprise.

Les militants communistes révolutionnaires doivent insister sur ces themes et en particulier. doivent mettre en avant le mot d'ordre de la convocation à brève échéance d'un congrès national de la C.G.I.L.. précédé par une ample discussion préparatoire à tous les échelons de l'organisation.

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