Sur deux fronts, les forces conservatrices ont ouvert Toffensive contre los tendances militantes dans la Confédération syndicale allemande D.G.B. Agents directs du patronat, les dirigeants d'un noyau de syndicalistes chrétiens de la Ruhr ont lancé un appel à la scission syndicale et à la fondation d'un syndicat chrétien indépendant, appuyé par un fonds rassemblé depuis longtemps par l'Internationale syndicale chretien Confédération, D.G.B., les dirigeants droitiers, c'est-à-dire le président Freitag, appuyé par des bureaucrates typiques du genre d'Albin Karl, ont licencié dirigeants de l'Institut des sciences économiques du D.G.B., notamment son président Agartz et deux ses collaborateurs, Pirker et coupables d'avoir été les principaux théoriciens d'une politique syndicale militante de lutte de classe.
Nous n'affirmerons pas que scissionnistes et dirigeants droitiers aient effectivement agi de Mais il est indéniable que leurs rôles mutuels se complètent admirablement. L'objection principale des scissionnistes à un maintien de la tendance chrétienne à l'intérieur du D.G.B., e'est la prédominance éléments extré-
» parmi ceux qui déterminent l'orientation du D.G.B., notamment la prise de position de la Confédération contre « l'économie libre du marché » et contre le réarmement allemand. principale qu'utilisent les Freitag et C° pour conciliatrice envers les agents du patronat et leur offensive la gauche, la nécessité de « sauver l'unité syndicale ». La situation davantage si l'on considère que le grand patronat a fait claireentendre favorable de nouveaux syndicats chretiens. En même temps, sa presse a chaudement applaudi les mesures « d'épuration » prises par Freitag à l'intérieur du D.G.B. Il est clair que la bourgeoisie préfère de loin posséder un élément de frein à l'intérieur de la grande Confédération syndicale, plutôt que de favoriser sa radicalisation par la disparition des éléments conservateurs. Ces dans les masses un appui trop limité pour qu'une syndicale puisse sérieusement affaiblir le mouvement ouvrier, au moins à l'étape actuelle.
Derrière ces luttes de tendances à l'intérieur du mouvement syndical se profile une manœuvre de plus large envergure que la bourgeoisie allemande entame sur le front des rapporis de classe. Il y a quatre ans, sous l'impulsion de la révolte des syndicats bavarois, la Confédération commenca à s'éloigner de sa pratique de collaboration de classe et abandonna — au moins en théorie « communauté d'interets des partenaires sociaux », c'est-a-dire la voie de la su bordination de la lutte syndicale aux intérêts de l'Etat bourgeois. Ce renversement vapeur conduisit tout droit au Congrès syndical de 1954 où Agartz, sous applaudissements enthousiastes des congressistes, dénonça la théorie et la pratique collaboration classe comme gigantesque de duperie d'exploitation, qui avait permis de reconstruire le capitalisme Allemagne occidentale tout en maintenant le niveau de vie de l'ouvrier allemand au niveau le plus bas des pays industrialisés d'Europe occidentale.
Aujourd'hui, la bourgeoisie allemande s'efforce de retourner à la situation d'avant 1951. Elle est prete & offrir des concessions substantielles au mouvement syndical en échange d'une garantie de « paix sociale ». Comme dans l'industrie automobile américaine, comme chez Renault en France, le grand patronat désire imposer aux travailleurs des contrats collectifs & longue durée. En dehors des avantages politiques et sociaux de tels contrats, ceux-ci visent encore une opération fortement profitable sur le plan économique. Si par fortune la haute conjoncture se maintenait encore pendant plusieurs années, les ouvriers seraient frustrés de leur part en échange des modestes avantages assurés par les contrats. Mais si la conjoncture se renversait pendant la durée du contrat, celui-ci deviendrait inévitablement caduc et une partie des travailleurs risquerait d'être entrainée Sur la voie des « sacrifices volontaires » pour défendre des avantages de plus en plus hypothétiques.
A Poccasion des négociations qui viennent de se dérouler dans la sidérurgie de la Ruhr a négociations qui ont abouti à une augmentation de salaires de 12 franes Pheure - le gouvernement a montré de quelle façon il compte favoriser ces visées à long terme du patronat. Agitant l'épouvantail de la « menace inflationniste », il a demandé aux syndicats d'abandonner volontairement leurs salaire, en échange d'une baisse de prix garantie (?) par le gouvernement. A côté de cette promesse publique, la promesse d'en venir rapidement à la semaine de heures a été également mentionnée dans des conversations dirigeants syndicalistes. Les dirigeants du syndicat des métallurgistes, sentent le courant de gauche dans l'appareil du D.G.B., ont résisté à ces tentations. Mais d'autres se montraient bien enclins à se laisser séduire. 10
Il est logique que toutes ces manœuvres et agissements des forces conservatrices à l'intérieur et à l'extérieur des syndicats ne soient pas restés sans réplique de la part des éléments les plus sains du mouvement ouvrier. En vérité, à l'intérieur du mouvement syndical, les rapports de forces ne sont du type Freitag. La direction confederale actuelle ne plus la véritable constellation à l'intérieur de l'appareil lui-même, sans parler des sentiments de la base. Au dernier congrès syndical, ses positions politiques avaient été battues en brèche ; si elle-même n'avait pas été complètement renouvelée si la seule modification apportée composition avait été le remplacement du président Fette par le nouveau président Freitag, c'est que les leaders , de la gauche de l'appareil qui ne sont certes pas des marxistes révolutionnaires mais des réformistes de gauche ou dans le meilleur des cas des centristes, hésitaient eux-mêmes à « prendre le pouvoir » et n'avaient guère confiance dans l'appui que leur accorderaient les travailleurs.
En ce sens, on pourrait considérer dans une certaine mesure l'offensive actuelle de la droite comme offensive préventive, voulant empêcher l'attaque gauche à laquelle les Freitag et C° devaient s'attendre au prochain congrès confédéral. C'était manœuvre de division et d'intimidation de la gauche. bureaucrates aux abois, Freitag et ses acolytes n'hésitèrent pas à mobiliser à leur aide jusqu'a la police secrète de Bonn. Mais leurs caleuls se sont avérés erronés. Après une brève période de surprise et de désorientation, la gauche syndicale s'est ressaisie. en grande partie grâce au rôle conscient joué par l'avant-garde marxiste révolutionnaire. Elle a pris résolüment l'offensive et si cette offensive tient ses promesses, ce seront Freitag et ses complices et non Agartz qui passeront bientôt devant le tribunal du grand Parlement ouvrier qu'est en Allemagne occidentale le congrès de la Confédération syndicale, forte de six millions de membres.
Dès l'annonce des mesures contre Agartz et ses amis. centaines de protestations de la part des groupes syndicaux d'entreprise ou de sections syndicales locales, cares lons syndicalss, ozan dent enle de traduisie chainages et cole de Industrie adressées aux différentes fédérations syndicales allemandes. Plusieurs directions svndicales. du papier et de l'imprimerie, prirent position en faveur d'Agartz. Mais bientôt le débat fut élargi . Les travailleurs d'avant-garde comprirent d'instinct le sens politique de l'événement. Ils établirent la liaison entre l'attaque de Freitag contre Agartz et les négociations secrètes menées par le même Freitag avec le chancelier Adenauer. C'est contre ces négociations contre toute l'orientation syndicale de Freitag que les syndicats de Bavière viennent de protester publiquement. Le président du D.G.B. pour le Land Rhénanie du Nord-Westphalie (Ruhr) vient d'approuver publiquement leur protestation, Les jours de Freitag paraissent comptés. gauche syndicale réclame que le Congrès confédéral prévu pour 1956 soit tenu dès le début de l'année et qu'un changement radical intervienne dans la composition de la direction confédérale. Il n'est pas exclu que l'aile gauche de l'appareil prenne en main toute la direction des syndicats.
Ainsi, malgré la résistance acharnée des droitiers, assiste actuellement à une reprise, sur une base plus large, de la révolte de 1951 contre Fette et von Hoff. Si les conditions ont changé depuis lors, elles l'ont été dans le sens qu'une partie avancée de la classe ouvrière a acquis plus de maturité politique et plus de fiance en elle-même. Certes, cette évolution est loin d'être générale. La haute conjoncture a permis à la bourgeoisie allemande d'accorder travailleurs de substantielles augmentations de salaires sans que les ouvriers aient dû les arracher par la lutte. A part la grève des métallurgistes bavarois, il n'y a pas eu de grandes expériences de lutte au cours dernières années, La La lutte tarisation, avait, elle aussi, entraîné seulement une avant-garde et non pas les larges masses. Tous ces faits limitent inévitablement la pression que les masses exercent sur Paile gauche de l'appareil syndical, et font de celle-ci pour toute une étape l'expression fidèle des hésitations et des doutes qui dominent également chez des couches larges du prolétariat allemand.
Mais c'est précisément pour cette raison que l'étape qui s'ouvre maintenant devant le mouvement syndical allemand importance capitale pour développement futur de tout le mouvement ouvrier allemand. Avec des interruptions, des arrêts et des retours en arrière inévitables, le mouvement ouvrier allemand depuis 1949 entré sur la voie d'une montée progressive et d'une politisation croissante. D'étape en étape, la direction officielle du mouvement s'est transformée, réflétant, avec retard et à travers les déformations de l'appareil bureaucratique, tendances plus profondes qui traversent la base. Le renversement de la serait le ceux qui ont misé cette radicalisation, certes lente et contradictoire,mais non moins certaine, ont vu juste.