De la Guerre, de Carl von Clausewitz (2).
, (1).
« De la guerre » de Clausewitz est un des grands livres apocalyptiques et, pour le bien ou pour le mal, son influence sur les affaires humaines n'a pas été d'un iota inférieure à l'Origine des Espèces de Darwin ou au Capital de Marx». C'est en ces termes que le major-général britannique Fuller, le père des tanks, présenta le livre de Clausewitz au public de langue anglaise. Si l'on fait abstraction du qualificatif d'apocalyptique, ce vieil officier réactionnaire, fascisant, rejoint, pour des buts diamétralement opposés, la pensée des plus grands marxistes. Ce livre, plus un recueil de notes qu'une œuvre achevée, possède une telle valeur parce que l'auteur a traité la guerre comme une manifestation de l'activité sociale des hommes, avec une vue philosophique si profonde que, presque seulement sur la base des guerres de la Révolution et de l'Empire, il a atteint le cœur de la question très en avance sur son époque. Plus de 120 ans se sont écoulés depuis que ce livre a été écrit. Les guerres ont pris une ampleur que Clausewitz ne pouvait pas soupconner. Mais, cette ampleur n'a fait que montrer avec un plus grand relief toute la puissance de la pensée de Clausewitz. Il ne peut être question d'en faire un compte-rendu à la manière d'un livre courant. C'est un livre à étudier. Il n'est pas un seul chapitre qui ne soit sans intérêt, même quand il traite de questions particulieres lees aux conditions matérielles de la guerre à l'époque où Clausewitz écrivait ce livre. La vigueur de sa pensée se manifeste tout particulièrement quand il traite du rôle de la population dans les guerres et des rapports entre la défensive et l'offensive. Mais, toute la profondeur de sa pensée se trouve dans sa méthode pour définir la guerre, pour en saisir l'essence : il rejette tout ce qui a été dit au sujet d'une théorie de la guerre avec des vérités absolues, valables pour tous les temps et tous les lieux. Sa méthode est éminemment dialectique; les mêmes évènements - ceux de la Révolution française — agirent sur sa pensée et celle de regel, a peu près a la même époque. Mais si Hegel embrassa l'ensemble des connaissances humaines à travers sa pensée idéaliste géniale, Clausewitz en s'attaquant à ce phénomène si concret qu'est la guerre, ne pouvait laisser de place à des dissertations idéologiques. Comment Clausewitz étudie-t-il la guerre 2
Nous nous proposons d'étudier d'abord les différents éléments de notre (I) Editions de Minuit, Paris, 64 sujet, puis ses diverses parties ou divisions et, enfin, l'ensemble dans sa connexion interne ; nous irons ainsi du simple au complexe. Mais ce sujet, plus que tout autre, nécessite un coup d'œil préliminaire sur la nature de l'ensemble, car ici plus qu'en tout autre domaine la partie de partie et le tout doivent être consi et le tout doivent etre consiensembles ainsi commence ce Livre.
Et, quand 1l arrive a l'ensemble, quand 1l conclut sur cette dennition de la guerre universellement connue, « la politique qui continue par d'autres moyens», il montre toute l'audace de la pensée en termes difficilement égalables:
« La guerre est un conflit de grands intérêts réglés par le sang, et c'est seulement en cela qu'elle diffère des autres conflits. Il vaudrait mieux la comparer, plutôt qu'à un art quelconque, au commerce qui est aussi un conflit d'intérêts et d'activités humaines ; elle ressemble encore plus a la politique, qui peut être considérée à son tour, du moins en partie, comme une sorte de commerce Sur une grande échelle. De plus, la politique est la matrice dans laquelle la guerre se développe ; ses linéaments déjà formés rudimentairement s'y cachent comme les propriétés des créatures vivantes dans leurs embryons. »
Un commerce ou on paye avec du sang ! Cette pensée n'est peut-être plus si extraordinaire en 1955, mais quelle pénétration d'esprit il fallait pour la dire en 1830!
On comprend fort bien à la lecture de ce livre l'influence qu'il a exercée sur les plus grands penseurs marxistes. Il est vraiment dommage que soient inconnues en français la plupart des pages de Trotsky sur les questions militaires. notamment ses discours et écrits de 1922 contre une prétendue « doctrine militaire prolétarienne » que voulaient fabriquer de jeunes officiers ardents mais manquant de formation marxiste. On y retrouverait toute une série d'idées de Clausewitz, reprises et enrichies par la conception marxiste des sociétés humaines.
Les idées de Clausewitz sur les rapports entre la défensive et l'offensive ont été largement élaborées sur une étude approfondie de la campagne de Russie de Napoléon et de la stratégie de Koutousov. Dans les premières années qui survirent la fin de la guerre, ] Armée rouge, encore sous la direction de Trotsky, et sous l'impulsion de chefs comme Toukhatchevsky. était orientée sur une première phase défensive en cas d'agression impérialiste en provenance d'Allemagne. Mais, ultérieurement, Staline avec sa conception du « socialisme dans un seul pays » bouleversa ces plans et
E ME organisa la résistance tout au long de la frontière pour affronter aussitôt les troupes allemandes au lieu de les épuiser graduellement et de leur faire allonger dangereusement leurs lignes de communication. Aussi, les premiers chocs d'Hitler allaient provoquer des pertes considérables aux troupes soviétiques. lendemain de la guerre, Staline s'empressa d'attaquer Clausewitz. Quand on sait que chez lui la théorie était la servante de ses objectifs immédiats, on ne peut avoir de doute qu'il visait ces officiers sovietiques qui avaient tire de la première période de la guerre des leçons peu flatteuses pour son « génie » ; d'ailleurs, tout récemment, des voix se sont fait entendre parmi les officiers soviétiques pour faire valoir ces leçons. Pour Staline, Clausewitz était condamné parce qu' « en l'espace de trente ans, l'Allemagne a par deux fois imposé au monde une guerre sanglante et les deux fois elle s'est trouvée battue... En ce qui concerne en particulier Clausewitz, il a vieilli en tant qu'autorité militaire. Clausewitz a éte à proprement parler, le représentant de la période manufacsurière, dans l'histoire de la guerre. Mais sujourd'hui, la guerre est entrée dans la période du machinisme. Il est évident que cette nouvelle période demande de
Le Tome V des 66
C'est sûrement par inertie que la direction du P.C.F. a publié la traduction en français du tome V des « couvres » de Staline. Car, en U.R.S.S., il est de moins en moins question de ce « génie » sur lequel ses successeurs tiennent à faire le moins de bruit possible. Mais, plus on seloigne de Moscou, et moins les dirigeants staliniens sont sensibles à ce tournant.
Le tome V porte sur les années 1921 à 1923, c'est-a-dire la in de la guerre civile, la NEP, les premieres années de relèvement de la société, la veille des grandes discussions dans le parti bolchevik. Il fait vraiment peine à voir, quand on pense qu'à la même époque Lénine, déja malade, écrivait quelquesuns de ses plus profonds articles (Sur la coopération...), que Trotsky abordait au 12• Congrès du parti bolchevik la question des rapports entre les prix industriels et les prix agricoles (ciseaux). Dans ce tome V on trouve assez peu de choses et il a fallu le remplir avec une brochure qui ne jamais publiée jusqu'alors, un mediocre travail qui, à l'époque a dû être jugé à sa véritable valeur pour qu'il soit reste dans un dossier de Staline.
1921-1923, ce furent aussi des années de vie intense de l'Internationale communiste, avec ses 3• et 4º Congrès. la discussion sur le mouvement de mars 1921 en Allemagne, le iront unique en France. On n'a meme pas trouvé quelques lignes de Staline à ce sujet : 1l n'a commencé à s'occuper de l'IC. que
R NAT I ON A L E nouveaux idéologues militaires. Il est ridicule aujourd'hui de prendre des leçons chez Clausewitz... » (23 février 1946).
Quelle ignorance et quelle fatuité ! Et quel critère : l'échec de l'impérialisme allemand entrainant ipso facto la condamnation de Clausewitz | Dans cette même lettre, Staline expliquait aussi que Lénine avait une très haute appréciation de Clausewitz, mais que Lénine n'était pas un spécialiste des questions militaires 1 Parmi toutes les manifestations que Staline a données de la médiocreté de sa pensée, il en est peu qui soit aussi éclatante. Et on ne saurait mieux conclure qu'en citant les dernières lignes de la préface de Camille Rougeron à l'édition récente de l'œuvre de Clausewitz :
« Nous devons classer staline et son opinion (sur Clusewitz) -dans ces « phé nomènes momentanés » auxquels la consommation de dix millions de combattants n'ajoute aucune valeur particulière, et conclure avec Lénine : «Clausewitz est un des écrivains militaires les plus profonds, l'un des plus grands, l'un des plus remarquables philosophes et historiens de la guerre, un ecrivain dont les idées fondamentales sont devenues aujourd'hui le bien incontesté de tout penseur. » P. F. Euvres » de Staline pour l'empêcher de devenir une direction révolutionnaire et pour la détruire.
Le livre ne présente guère d'intérêt, mais la direction du P.C.F. a chargé Fréville d'en faire des louanges dans « l'Humanité ». Et ce rédacteur qui n'a pas l'excuse d'ignorer la vérité historique s'est empressé d'accumuler mensonge sur mensonge dans sa chronique.
« Le Comité Central du Parti s'était rendu compte que le communisme de guerre avait fait son temps ». écrit-il au sujet des premiers mois qul ont suivi la fin de la guerre civile. Mensonge, Il fallut le soulèvement de Cronstadt pour que Lénine et la direction du parti comprennent qu'il fallait tourner et qu'ils improvisent littéralement la NEP.
« Les trotskystes. voulaient continuer la politique du communisme de guerre», dit-il encore. Mensonge. Il n'y avait pas alors de « trotskystes », et Trotsky avait quelques mois avant la NEP. proposé des mesures allant dans le sens de celleci, et il soutint celle-cl
« Des groupements hostiles [à la NEP] attaquèrent la politique du C.Ç. par le biais d'une discussion sur les syndicats ». Mensonge. La discussion sur les syndicats précéda la NEP. Le soulèvement de Cronstadt fit comprendre au parti bolchevik que la discussion syndicale n'était qu'un aspect très particulier d'un problème plus général.
Staline fut un guide en matière de démocratle du parti, ose écrire Fréville ! Il est vraiment dommage qu'on ne puisse espérer une réponse sincère sur ce
IN
QUATRİEME IN point de Molotov, Khrouchtchev, Bulganine et Malenkov ; ils en savent plus que quiconque sur les procédés démocratiques de Staline.
« Le 3 avril 1922, le C.C., sur la proposition de Lénine élisait Staline secrétaire général». Mensonge. Staline fut élu secretare maigre tenine, qui declara secrétaire malgré Lénine. qui déclara alors que « ce cuisinier ne nous fera que des plats épicés ». Et Staline fut maintenu secretaire, en dépit des dernieres déclarations de Lenine, proposant son élimination de ce poste. Fréville emamanon de ce poste. rreville connait fort bien ce qu'on appelle le « testament de Lénine », document dont Staline eut par deux fois l'occasion d'admettre l'authenticité.
Staline « démasquait les nationalistes géorgiens, soutenus par les trotskystes ». Mensonge. Ces « nationalistes » étaient des communistes encouragés par Lenine qui préparait un dossier contre Staline, au moment où la maladie le terrassa définitivement.
« A partir de la fin de 1921, Lénine
L'autocritique atten
Lecœur, ancien secrétaire d'organisa-. tion du PCF, il y a quelques mois fut suspendu de ce parti pour un an, parce qu'il avait refusé de faire son « autocritique ». Il vient de publier avant l'expiration de ce délai une brochure d'environ 70 pages « L'autocritique attendue ». Quelque temps après cette publication, une session du Comité Central se tient.. sur la question paysanne; elle dure deux jours; le compte-rendu de « l'Humanité » laisse toutefois penser que la discussion sur la question paysanne a duré bien moins de temps. Quelques semaines après le C.C., une brève note parait dans «l'Humanité » annonçant chose entre es. dul pEs mentie chose entre tenst doot pas ense brochure. Il s'est donc du P.C., la classe ouvrière n'en sont pas intormes. Par contre, des bulletins de presse, des agences qui ont sans aucun doute des accointances avec des services policiers déclarent, en donnant des précisions de noms, que la direction du PCF a envoyé une délégation auprès de Lecœur pour parvenir à un compromis avec lui, mais qu'il n'en a pas accepté les termes. Peu importe le détail qu'il est impossible de contrôler ; mais le délai qui s'est écoulé entre la session du C.C. et l'annonce de l'exclusion est la preuve qu'il y a eu de la part de la direction du PC une tentative de compromis.
Pourquoi une telle démarche ? Comment se fait-il que cette direction qui avait agi avec tant de brutalité envers Marty a ensuite commencé à agir avec plus de souplesse ? Pourquoi a-t-elle cherché un compromis avec Lecœur ? Et pourquoi sa nouvelle tactique ne lui a-t-elle pas réussi dans le cas de Lecœur ? Pourquoi la direction du PC semble-t-elle avoir été plus inquiète de la brochure de Lecœur que du livre de Marty alors que Lecœur n'a
TERNATIONALE dut interrompre son travail, et c'est Staline qui assuma la direction du Parti ». Mensonge. Quand Lénine fut frappar la maladie, la direction resta, comme de son temps, une direction collective, celle du B.P. C'est alors que se forma dans celui-ci une fraction contre Trotsky. Staline était alors associé à Zinoviev
Le tome vention de cussion ou line lança et Kamenev.
s'achève par une inter-
Staline dans la première disle trio Zinoviev-Kamenev-Staune offensive contre Trotsky en inventant le « trotskysme ». Staline n'y brille certainement pas par la clarté et la loyauté. Mais on est frappé par sa prudence. Il est beaucoup plus violent contre des opposants de seconde catégorie et ménage Trotsky, parce qu'il n'est pas encore sûr jusqu'où il peut aller.
Nous avons quelque doute de voir se poursuivre la parution de ces « œuvres completes » qui ne présenteront même pas grand intéret pour l'historien de la période stalinienne. idue, d'Auguste Lecœur Jamais eu un crédit personnel comparable Jamais eu un crédit personnel comparable celui du Marty auprès des membres du parti et de la classe ouvrière ?
Marty écrivit son livre ouvertement en direction des ouvriers du 13º arrondissement de Paris qui l'avaient élu, c'est avant tout l'opposition d'une ligne politique à celle de la direction du PC. Par contre, Lecœur a écrit sa brochure en pensant à l'appareil, aux permanents, aux cadres parmi lesquels il a vécu tant d'années. C'est à eux beaucoup plus qu'aux ouvriers communistes qu'il s'adresse. Et ce qu'il dit correspond certainement davantage à la façon de penser et aux préoccupations présentes de ces gens.
« La politique du parti est fondamentalement juste », écrit Lecœur : ceci dit, il soulève une série de questions qui mettent en cause la justesse de cette ligne et bien d'autres choses encore. Mais, n'est-ce pas ce qu'on observe dans le PC : tout le monde dit et presque tous pensent que la ligne est juste, et puis combien de critiques partielles qui mettent en cause la ligne ?
Quels sont les reproches de Lecœur à l'égard de la direction du parti ?
Tout d'abord, il indique qu'au dessus des organismes réguliers, y compris du CC et du BP, il y a un noyau omnipotent, un Secrétariat Général, il met en cause le trio Thorez-Duclos-Vermeersch qui considéreraient le parti comme leur chose personnelle. Il déclare que chaque membre du CC est redevable de son élection à l'appareil du parti. Il parle même des membres du « personnel de maison » du Secrétariat Général qui existent dans les organismes supérieurs du parti. D'une façon indiscutable, il ressort de la brochure de Lecœur que la marche de ce parti, sa politique, choix de ses cadres, sont entre les mains de quelques hommes.
Lecœur se plaint du mode de sélection
QUATRIEME des membres de l'appareil, à qui on ne demande que d'approuver en toute occasion la direction, Sans le vouloir, Lecœur donne par lui-même, par sa brochure, un exemple effarant de cette sélection. Sa brochure est faite d'une suite de paragraphes sans cohésion de pensée. Il dit quelque chose sur un point, passe à autre chose, aborde une troisième question, sans qu'il y ait le moindre nen interne dans la pensée.Et dans quel style : Jean-Jacques Rousseau dit, Saint-Just a écrit,... ! Parmi les perles, qui donnent toute la mesure d'un Lecœur, citons le reproche à Picasso de pas peindre « selon les directives du 12• Congrès du parti » !!!
Ce qui est le plus important dans cette brochure, ce sont — exprimées sous la forme très particulière à Lecœur -des idées qu'il a très probablement élaborées depuis son conflit avec la direction, mais qui doivent certainement se développer dans des couches assez larges de l'appareil, . sous la pression de la situation générale et des membres du parti. Lecœur dit qu'entré dans le parti sous l'impulsion de la Révolution russe, il ne discutait jamais ce qui venait de l'URSS ; mais que les membres du parti venus bien plus tard ont une autre facon d'aborder les questions. Pour lui, les choses étaient très bonnes autrefois, et à ce sujet il ne fait qu'approuver l'attitude passée de Thorez et d'une façon générale tout ce que Staline Tait en URSS, dans les PC et dans l'Internationale communiste. Il ne lui vient même pas l'idée qu'il faudrait peut être réexaminer ce qui s'est passé : tout était bien, tout était faire pour le mieux. Mais, dit Lecœur, les temps ont changé. I approuve l'évolution de la direction nouvelle en URSS, sa façon de rétablir les rapports avec Tito. Et son reproche essentiel à Thorez est qu'il n'évolue pas avec la nouvelle situation, qu'il veut diriger le parti comme par le passé.... Au fond, Lecœur continue à penser la question du parti en bureaucrate, 11 ne voit que par l'apparei. Mais en bureaucrate qui, denticultes alla base, se tourne con de ayant de plus en plus de difficultés à la très haute direction qui ne l'impulse plus comme autrefois. Lecœur ne pose pas comme Marty la question d'une nouvelle direction révolutionnaire pour faire triompher les grandes luttes qui s'annoncent ; il veut de nouveaux rapports dans l'appareil : 1l veut une certaine démocratie dans l'appareil, pour mieux diriger le parti. Ce n'est pas en termes qu'il s'est exprimé ; mais telle est sa pensée au fond. Si Marty par
LIVRES
TERNATIONALE son livre peut toucher les ouvriers d'avant-garde du PO, ceux qui pensent qu'on a loupé le coche à plusteurs reprises, la brochure de Lecœur sera probablement plus accessibles à des couches plus larges de permanents du parti et de la c.G.1. de responsables qui, élevés dans l'école stalinienne, jugent moins du point de vue politique que du point de vue d'organisation.
Les quelques hommes qui dirigent le PC ont probablement senti un danger plus immédiat pour leur autorité dans une révolte de palais menaçante dans la brochure de Lecœur que dans un soulèvement de masse appelé par le 11vre de Marty.
La direction du PC a donc voulu tenter d'apaiser Lecœur . Son. échec probablement est dû en partie à certains traits de caractère de Lecœur. Mais, bien plus que des raisons d'ordre personnel, c'est la situation elle-meme qui va a encontre du régime bureaucratique et de ses manœuvres. L'autorité, la hiérarchie stalinienne se decomposent. Lecœur cite dans sa brochure le nom de Thorez presque autant de fois qu'il le faisait dans ses articles d'hier, mais avec des sentiments absolument opposés. Là où il avait vu les capacités politiques éminentes, il voit le désarroi et les mancuvres en face d'une situation nouvelle.
La brochure de Lecœur est un moignage de la crise du stalinisme, crise dans les idées et crise dans l'autorité de la direction. Elle indique la confusion dans laquelle cette crise se développe. Elle n'aura pas de solution dans le cadre où se place Lecœur parce que la situation ne permettra pas dediner ur nouveau système bureaucratique. A travers une série d'étapes encore imprévisibles, le résultat final ne peut faire de doute : l'avant-garde construira un parti révolutionnaire sous le drapeau du marxisme révolutionnaire, de la IV• Internationale.
Lecœur vient de publier une seconde brochure en réponse à un article de Duclos. son style est plus sobre que celul de la première. L'intérêt essentiel en est qu'il publie quelques lettres qui lui ont été adressées par des membres ou d'anciens membres du P.C. Le problème qui se retrouve partout, c'est la lassitude d'être un pion, le besoin de democratie. Dans beaucoup de confusion, c'est une aspiration très progressive.