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La revue › vol. 13, n° 11-12

Les langues officielles à Ceylan (Une déclaration du Parti Lanka Sama Samaja)

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 11-12 · décembre 1955 · p. 59-62 · 2 450 mots

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A Ceylan vient de surgir avec acuité la question des langues officielles du pays. Cette ile, ancienne colonie britannique, avait obtenu son indépendance politique en 1948, en même temps que sa grande voisine, l'Inde.

Sur le territoire ceylanais vivent des populations de races et de langues différentes, principalement les Cinghalais et les Tamils.

Ces derniers sont d'origine indienne et constituent une très importante partie des travailleurs des plantations.

Quand la question des langues officielles commença à se poser

(il faut noter que l'anglais est encore la langue officielle, alors que

7% de la population seulement la parlent), nos camarades du Parti

Lanka Sama section ceylanaise de la IV• Internationale,

Samaja, furent les seuls à défendre la proposition de donner un statut égal aux deux langues principales du pays. Cela leur valut des attaques de toute part, et récemment un de leurs meetings fut agressé à la fois par des bandes religieuses cinghalaises et par les forces de police.

Des bombes lacrymogènes furent lancées ; blessés, l'un d'eux, le camarade Reginald Menghis eut sa main gauche amputée. Mais la fermeté de nos camarades pour cette cause démocratique commence à porter ses fruits.

Nous reproduisons ci-après la déclaration du L.S.S.P. sur la question des langues, en raison de sa valeur théorique. Elle montre la question des langues d'abord sous sa forme de revendication cratique, puis elle la place dans le cadre de la nation ceylanaise qui commence à se développer et veut échapper à l'emprise. impérialiste; et elle démontre que cette revendication démocratique élémentaire, sans laquelle il est très difficile pour ne pas dire impossible aux masses de contrôler l'activité de l'Etat, et la véritable libération nationale ne trouveront pas de solution dans le cadre du régime capitaliste, mais seulement sous la direction du prolétariat qui, à Ceylan, combat en grande majorité sous le drapeau du LSSP.

Le Parti Lanka Sama Samaja s'est toujours prononcé pour que le pays soit administré dans les langues cinghalaise et tamil, qui sont les langues de la grande majorité de la population de Ceylan.

Il y a lieu de rappeler que dès 1937, comme premier pas dans cette vote, les représentants du Parti au Conseil d'Etat de l'époque ont soumis des résolutions demandant que les poursuites devant les tribunaux inférieurs soient menées en cinghalais et en tamil et que l'on assure les moyens de faire des déclarations dans ces langues dans les postes de police. Ces résolutions constituaient un effort pour mettre en application devant l'Assemblée législative du pays la « demande immédiate » suivante que le Parti avait formulée dans son premier Manifeste en 1935 à la fondation du Parti : « Emploi des langues indigènes devant les tribunaux inférieurs et dans les déclarations enregistrées par les postes de police, et extension de cet emploi à tous les services gouvernementaux. »

Vu de manière rétrospective, on ne peut pas ne pas se demander combien la transition à une administration ceylanaise eut été aujourd'hui plus simple si ces suggestions anciennes avaient été acceptées à l'époque et si on avait agi conformément à elles.

La revendication du Parti Lanka Sama Samaja que le cinghalais et le tamil soient les langues officielles, disons-le clairement dès le début, découle d'une très réelle préoccupation pour les intérêts de la population qui parle ces langues et non de quelque simple interet académique pour ces langues. La langue officielle a Ceylan continue à être l'anglais, en dépit du fait qu'à peine 7 % des habitants ont une connaissance quelconque de cette langue. Pratiquement les autres 93 % ne parlent que le cinghalais ou le tamil. Ces personnes ne sont pas seulement gênées dans leur vie quotidienne, elles sont aussi privées de la possibilité de suivre clairement la façon dont elles sont gouvernées, du fait que l'administration du pays se fait dans une langue qu'elle ne comprennent pas. Parler de démocratie dans de telles conditions est une farce. Perpétuer une telle situation sept ans après le transfèrement du pouvoir des impérialistes britanniques est outrageant.

C'est la nécessité impérieuse de gouverner le peuple dans une langue qu'il comprend qui suscite la revendication du L.S.S.P. pour que les langues officielles de Ceylan soient le cinghalais et le tamil Car, bien que la majorité des 93 % mentionnées ci-dessus ne connaisse que la langue cinghalaise, une importante minorité ne connait que le tamil. Ce n'ést qu'en réalisant ce changement que le peuple pourra défendre sa cause.

L'U.N.P. [le parti dirigeant] a été obligé aujourd'hui d'admettre la justesse de cette demande que Mais, comme parti d'autre part, il cr reux en politique comprennent. Par lèvres la cause du les langues officielles de Ceylan soient le cinghalais et le tamil.

des capitalistes, il est lié d'une part aux intérêts existants et, tint les masses qui joueraient certainement un rôle plus vigoulorsque l'administration sera conduite dans une langue qu'elles suite, le gouvernement U.N.P. ne reconnait que du bout des cinghalais et du tamil comme langues officielles du pays. Il ne prend aucune mesure décisive pour la réaliser ou même pour en préparer sérieuou meme pour sement la transition, mais il suit au contraire une politique oscillante et incohérente dont le résultat est de reculer indéfiniment le jour d'un tel changement.

Par conséquent, la motion du camarade N. M. Perera demandant que la Constitution soit amendée pour reconnaitre le cinghalais et le tamil comme langues officielles du pays dévoile le bluff de l'U.N.P. Si l'U.N.P. était vraiment pour faire du cinghalais et du tamil les langues officielles et non pour maintenir le statu quo, il n'y aurait pas de raison pour qu'il objecte à l'insertion d'une telle clause dans la Constitution. L'inclusion d'une telle clause dans la Constitution aurait au moins pour effet de donner une forte impulsion au gouvernement pour qu'il prenne les mesures nécessaires à la réalisation d'un tel changement. Elle aurait aussi pour effet d'aider à dissiper les suspicions de la minorité parlant le tamil, et selon lesquelles cette langue ne recevra pas le même statut que le cinghalais comme langue officielle.

Mais, 11 est apparu récemment une autre partie d'hommes politiques à Ceylan, ceux du S.L.F.P. (1) et le parti de M. Philip Gunawardene (2) qui sont pour le cinghalais comme seule langue oricielle & Ceylan, avec le tami comme langue régionale dans les régions parlant le tamil (et aussi, selon le S.L.F.P., comme langue autorisée au Parlement). C'est une nouvelle proposition dans le domaine politique à Ceylan, et l'objet principal de cette déclaration est de rendre publiques les vues du L.S.S.P. au sujet de cette proposition.

Il est tout d'abord nécessaire de souligner que la question de savoir si la langue officielle sera le cinghalais ou bien le cinghalais et le tamil a déja cessé d'etre simplement une question de proposition plus ou moins praticable ou plus ou moins concevable. Il serait tout à fait irréaliste de n'y voir simplement qu'une question de langue officielle. C'est déjà devenue une question de communauté, dans laquelle se trouve impliquée la question plus vaste, celle de souder les différentes races à Ceylan en une seule nation ceylanaise.

(1) Parti bourgeois issu d'une scission de l'UNP (N. de la R.). (2) Groupe oscillant entre le LSSP et les staliniens (N. de la R.), 60

Nous vivons dans une période où une nation ceylanaise est née. Ce processus constitue un pas en avant naturel et progressif de notre développement. Toutefois ce processus est obstrué et mis en danger par le communalisme, qu'il soit cinghalais ou tamil. Il faut dire que, comme on pouvait s'y attendre, nalistes se sont particulièrement renforcés parmi les populations parlant le tamil, parce qu'elles constituent une minorité. Les leaders communalistes et séparatistes ont réussi à semer chez elles la crainte d'une domination cinghalaise. Il est vrai qu'une partie des politiciens cinghalais influents veulent effectivement établir une telle domination. Cependant, le point important est non de décider si ces craintes sont justifiées, moyen de dissiper ces craintes et de poursuivre le processus de croissance de la nation ceylanaise sans obstacle.

A ce sujet l'Inde nous fournit une expérience valable. Les partisans du cin›halais comme langue nationale voudraient nous faire croire qu'il existe un paral lèle avec l'Inde. où le Hindi a été adopté comme langue nationale et les langues provinciales comme langues des gouvernements provinciaux.

L'Inde a une forme fédérale de gouvernement dans laquelle, exception faite pour certains sujets réservés, l'administration quotidienne est assuree principalement par les gouvernements provinciaux. L'Inde n'a pas comme le peuple de Ceylan, deux langues mais elle en a une multitude. Enfin, l'Hindi n'est pas la langue maternelle d'une majorité linguistique, Nous demandons aux partisans du cinghalais comme langue officielle de dire s'ils sont pour que Ceylan forme un Etat fédéral comme le voudraient certains partisans du tamil ? ? Ceux qui sont pour le fédéralisme, soit parmi les tamils soit parmi les cinghalais, doivent comprendre que loin d'assurer la langue à travers le pays, ils sont en réalité pour confiner le cinghalais dans une partie du pays et le tamil dans une autre, chaque langue ayant une position subordonnée sur une partie de territoire.

Le véritable parallèle avec l'Inde ne se trouve pas dans la question de la langue mais dans la question du communalisme. Cette question qui se manifeste à Ceylan comme une question raciale entre Cinghalais et Tamils prit en Inde la forme religieuse de la question Hindou-Musulman. La minorité musulmane craignait la domination de la majorité hindoue. La direction de la majorité hindoue n'ayant pas été capable de dissiper ces craintes, le tragique résultat en fut la division de l'Inde en deux Etats, l'inde et le Pakistan.

Le continent indien était assez grand pour que les deux Etats résistent au choc de cette division, bien que le Pakistan en conséquence tombe de plus en plus sous l'influence des impérialistes. Mais il est incontestable qu'une division semblable de Ceylan en deux Etats, cinghalais et tamil, signifierait la fin des deux et impliquerait un retour aux temps de la domination impérialiste directe. Ceci deviendrait une possibilité réelle si nos dirigeants étaient assez sots pour faire du cinghalais la langue officielle contre le désir de la minorité de langue tamil. Cette minorité de langue tamil est aujourd'hui violemment opposée au cinghalais comme seule langue officielle et considérerait inévitablement une telle mesure imposée à elle contre sa volonté comme une confirmation de sa crainte d'une domination cinghalaise.

Il faut ici souligner que cette question ne peut étre convenablement tranchée par une simple majorité numérique. Ce n'est pas une méthode démocratique que de simplement compter des voix et de découvrir des majorités numériques pour décider des problèmes de relations entre races dans un pays ou une nation. démocratie dans de telles questions consiste précisément a remplacer les majorités par Legalite raciale.

L'exemple de la Suisse est instructif à ce sujet. Malgré dés différences de races. de langues et de religions, les Suisses ont réussi à se souder en une seule nation ayant un remarquable degré de solidarité nationale. Leur politique de donner à chaque groupe linguistique des droits égaux a certainement contribué à ce résultat. il y a quatre groupes linguistiques en Suisse. à savoir l'allemand, le français, l'italien et le romanche. Sur une population globale de 4.5 millions d'habitants, les proportions pour chaque langue sont les suivantes:

- l'allemand 74 % - le français 21 % •- l'italien 4 % - le romanche 1% romanche fut fait langue officielle avec l'objet précis de maintenir langue développée et qui a une littérature propre. Mais Il faut noter que les de l'unité nationale, ont fait de l'italien une langue officielle, bien qu'il ne soit la langue maternelle que de 4 % seulement de la population I

Nous ne devons jamais oublier que les langues cinghalaise et tamil sont aussi les langues de aimerentes races eu, en outre, que ces races occupent des parties différentes et distinctes de notre pays. Par conséquent, une fois que des tendances séparatistes auraient acquis la possibilité de naitre se développer, celles-ci pourraient aisément aboutir à la division du pays en deux Etats séparés.

C'est pourquoi la question des langues officielles n'est pas seulement une question de langues mais une question qui implique la construction d'une nation ceylanaise et spécifiquement la fusion des parties parlant le cinghalais et le tamil en une nation ceylanaise qui progresse. Ce processus ne peut être accompli que par l'adoption du cinghalais et du tamil comme langues officielles de Ceylan avec un statut paritaire dans tout le pays.

Ceci ne signifie pas du tout que la langue tamil sera imposée aux Cinghalais dans les régions de langue cinghalaise et vice-versa. Il n'y a pas de doute que, dans la pratique, les régions de langue cinghalaise seront administrées en cinghalais et celles de langue tamil en langue tamil. Mais un Cinghalais dans une région de langue tamil, et un Tamil dans une région de langue cinghalaise auront le droit de traiter leurs rapports avec le gouvernement dans leur propre langue. Telle est la signifcation precise de la parite, dans cette question de la langue omicielle.

Aux partisans du cinghalais comme langue officielle, nous demandons ce qui serait réellement perdu en accordant ce statut à la langue tamil. Pourquoi, de leur Пас 9 200516 part, insistent-ils tellement pour que le cinghalais jouisse seul de ce statut, alors que le processus de formation d'une nation ceylanaise en serait sérieusement menacé ? La seule signification que nous puissions attribuer à leurs actions est qu'ils sont réellement non pour une nation ceylanaise mais pour une nation cinghalaise.

Nous voudrions rappeler à ces Messieurs que, si tel est vraiment leur objectit, Ils sont en retard de quelques siècles. Les Cinghalais continueront sans doute à avoir leurs propres langue, coutumes, etc... tout comme les Tamils. Mais la formation d'une nation cinghalaise est une chimère. Cette idée même est aujourd'hul réactionnaire. La seule façon dont les Cinghalais peuvent progresser aujourd'hui à Ceylan est d'agir en accord avec les autres habitants permanents de races variées en tant que Ceylanais.

Le L.S.S.P. qui est pour l'émancipation de tous les travailleurs de Ceylan, indépendamment de leur race, religion ou caste, est pour la construction d'une nation ceylanaise. Il continuera à s'opposer au communalisme, qu'il soit de variété majoritaire ou minoritaire. Il souligne que la croissance du communalisme à Ceylan, sept ans après le transfert du pouvoir par les impérialistes, est la preuve de l'incapacité de la classe capitaliste a construire une nation ceylanaise et le temoignage de la faillite de la direction capitaliste. La tache de construction d'une nation ceylanaise, tout comme les autres tâches politiques et sociales posées devant le peuple de Ceylan, ne sera résolue que sous la direction de la classe ouvrière et de son parti, le Lanka Sama Samaja.

Octobre 1955.

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