190 partis ont participé aux élections en Indonésie; quatre d'entre eux ont gagné l'appui de larges masses. Des millions d'électeurs, 28 millions ont voté pour ces quatre partis dans les proportions suivantes :
P.N.I. 8.071.029 voix ;
Masjoumi 7.752.450 voix ;
Nadahtoul Oulama 6.443.465 Voix ;
Parti communiste 6.005.995 voix.
D'après un calcul provisoire. le Masjoumi obtiendra probablement 68 sièges, le P.N.I. 65 sieges, le N.O. 45 et le P.C. 40, sur les 260 sièges à répartir.
Les trois derniers partis ont obtenu la majorité de leurs voix dans l'ile de Java, qui compte à elle seule les 2/3 des habitants de l'archipel indonésien. Le PNI a été prédominant dans la partie occidentale de le, le PC dans la partie orientale, et le N.O. à la campagne. Le Masjoumi par contre a enregistré le ous de succes dans les autres les de l'archipel 1 La grande surprise des élections, ce fut le grand nombre de voix obtenu par le N.O. Il ne s'agit pas d'un parti politique à proprement parler, mais d'un groupement provenant Masjoumi, manquant de cadres politiques et rassemblé par des chefs de villages religieux et des oulémas (professeurs de religion). C'est le parti du «petit peuple» musulman, du petit paysan qui est sous l'influence des chefs religieux des kampongs. La victoire électorale du N.O. exprime la rébellion du petit peuple villageois contre les « maîtres » du grand parti Masjoumi, avec ses chefs et ses intellectuels. En ce sens, la croissance du N.O. est un pas important vers la politisation de la paysannerie indonésienne. Les masses du N.O. sont les véritables alliés puissance d'un parti prolétarien révolutionnaire. Si un des partis ouvriers qui ont participé aux élections avait eu le courage de poser réellement le problème de la réforme agraire, il est douteux que le N.O. eut encore obtenu tant de voix, malgré l'appui direct et indirect du clergé des campagnes. La direction du Masjoumi, l'actuel parti gouvernemental, a été fort surprise par la victoire électorale du N.O. Elle avait au contraire escompté un triomphe électoral pour son propre parti. grâce à l'apport des voix qui sont allées en réalité au N.O. C'est là une des raisons pour lesquelles ce parti pro-impérialiste, qui jouit d'un fort appui du corps des officiers, n'a pas saboté davantage l'organisation des élections, et n'a pas essayé de retarder encore ces élections jusqu'à un moment où son régime se serait davantage stabilisé ! La défaite relative du Masjoumi fut d'ailleurs également une surprise douloureuse pour les impérialistes néerlandais. La presse impérialiste avait en général escompté une victoire du Masjoumi. Ainsi le journal catholique « Volkskrant » écrivait le 25 septembre 1955 : « Il semble que le Masjoumi obtiendra une belle victoire et devancera le P.N.I. ». Le journal réformiste « Het Vrije Volk » dut par contre constater dans son numéro du 5 octobre dernier : « Les représentants des pays de la SEATO à Washington ont exprimé leur inquiétude quant au résultat des élections indonésiennes. Dans des conversations particulières, des hommes d'Etat américains ont exprimé une inquiétude similaire ! On craint que le nouveau gouvernement qui sera constitué en Indonésie n'aura pas une attitude amicale envers le SEATO ».
Le PNI (Parti National Indonésien) du président Soekarno a également été surpris par l'issue des élections. Il y a quelques mois, le président Soekarno partit précipitamment pour la Mecque afin que, pendant son absence, puisse se constituer un gouvernement du Masjoumi et du PSI (parti socialiste indonésien), appuyé par la direction de l'armée, dans lequel le PNI n'était plus représenté. Lorsqu'il rentra de voyage, Soekarno fut accueilli par quelques officiers qui l'envoyèrent pour quelques semaines en vacances parce que le nouveau gouvernement n'avait pas encore été constitué. On lui interdit même de participer à la campagne électorale - alors qu'actuellement il prend une part active à la préparation des élections pour la Constituante qui auront lieu en décembre. • y attaque, d'une tacon demagogique bien connue, les impérialistes et le Masjoumi, sans d'ailleurs désigner nommément des pays, des partis ou des personnes.
Le PNI est le parti de la bourgeoisie neutraliste, et de couches nationalistes, anti-impérialistes, de la population. Ce parti ne représente pas non plus un tout homogène, et n'existe dans une large mesure que grâce à l'opportunisme des dirigeants staliniens. Son lien interne principal, c'est la tradition établie d'avant la deuxième guerre mondiale, qui en fait le symbole de la lutte pour l'indépendance aux yeux de beaucoup de gens.
En ce qui concerne les partis se revendiquant de la classe ouvrière, les élections ont confirmé la prévision que le PC obtiendra les voix du prolétariat urbain et des travailleurs des plantations. Mais cela n'est certainement pas dû à l'attitude des dirigeants ou à plate-forme électorale de ce parti. C'est plutôt l'expression du désir d'une révo lution politique et soclale d'après le modèle des ouvriers et des paysans pauvres chinois et vietnamiens.
Le symbole électoral du PC, ce fut le drapeau avec la faucille et le marteau. Ce drapeau communiste devait voiler la nature suspecte de la marchandise électorale que les chefs staliniens présentèrent aux masses. Cette marchandise inclut entre autres l'acceptation de la « Pantjasila », les « cinq piliers » de l'Etat indonésien qui impliquent notamment la reconnaissance de l'existence du « Dieu unique ». Un autre échantillon de cette propagande opportuniste, c'est le slogan suivant : « Pour le paysan, une voix donnée au PC signifie une réduction de la rente au propriétaire foncier, une amélioration du revenu du paysan producteur, une lutte contre l'expropriation des terres. Pour l'ouvrier, une voix pour le PC c'est une voix en faveur du droit et de la liberté pour défendre ses intérêts légitimes (!) ».
L'organe théorique du PC hollandais « Politiek en Cultuur » explique plus clairement encore dans son numéro de novembre 1955 la portée opportuniste de ce programme. Il écrit : « Ces revendications (de la plate-forme électorale) sont basées sur l'orientation vers un gouvernement national de coalition. C'EST POURQUOI ELLES NE RECLAMENT PAS DE REFORME AGRAIRE EN FAVEUR DES PAYSANS ».
Plus loin, la même revue écrit : « Cela signifie que le PC indonésien exprime dans sa campagne électorale l'aspiration vers un front unique national contre l'impérialisme néerlandais et ses laquais du Masjoumi et du PSI ». Mais à peine les élections étaient-elles terminées que le PC indonésien, analysant leurs résul-
TERNATIONALE sera plus représenté est moins réjouissant. Nous ne disposons pas encore des résultats définitifs des élections dans l'est de Java, où le Partai Murba aura probablement obtenu le plus de voix. Mais les resultats de la capitale Diacarta indiquent nettement l'ampleur de la défaite du Partai Murba. Alors que le PC a obtenu énormément de voix, dans le faubourg portuaire de Tandjoug Priok notamment, le Partai Murba n'a reçu en tout que 1 % des voix, 8.763 sur 790.000.
Les dirigeants du Partai Murba, dont quelques-uns ont été les collaborateurs intimes de Tan Malakka, récoltent maintenant les fruit amers de la politique peu courageuse et contraire aux principes du marxisme révolutionnaire qu'ils ont suivie depuis plusieurs années. Espérons que cette défaite électorale sera une leçon pour eux, qu'ils rompront avec l'opportunisme, qu'ils ne continueront plus d'agir comme une ombre de gauche du PC, et qu'ils élaboreront un programme marxiste-révolutionnaire, basé sur l'émancipation véritable des ouvriers et des paysans pauvres. Sur cette vole, ils pourraient compter sur toute l'aide nécessaire de la IV• Internationale.
En resumant, on peut constater que les elections représentent une victoire des tendances anti-impérialistes, staliniennes ou nationalistes-neutralistes. Les résultats obtenus par le PNI, le PC et le N.O. le démontrent, ainsi que la défaite du Masioumi et l'écrasement du PS de Sjarir. Cela semble indiquer que la situation intérieure de l'Indonésie s'est momentanément stabilisée. Nous disons « semble indiquer » parce que la vie politique ne s'est encore nullement cristallisée, et que le développement politique des masses suit encore une courbe ascendante. Six millions de voix pour le PC indianent de touto facon la dinantion PC indiquent de toute façon la direction que les ouvriers et paysans pauvres d'Indonésie ont choisie. Nous oserons d'ailleurs prédire que cette orientation sera précisée davantage encore au cours des élections de décembre 1955 pour la Coastituante.
Si la direction de l'armée, en collaboration avec le Masjoumi et le P.S. de Sjarir, essayait de prévenir un tel développement au moyen d'un coup d'Etat, ce qui devient de moins en moins possible dans les rapports de forces actuels, l'Indonésie serait imoliquée dans une guerre civile totale. Dans ce cas aussi, l'avenir pour l'impérialisme sera sombre dans ce pays et appartiendra aux ouvriers et paysans pauvres.
tats. déclare A PC-Masjoumi, voilà pour l'Indonésie ! » faisons le front uni avec les laquais de
Quant au Parti la meilleure solution
En d'autres termes :
que anti-impérialiste l'impérialisme...
socialiste de Sjarir, il a subi une défaite écrasante, et ne disposera vraisemblablement pas de plus de 5 sièges dans le nouveau Parlement. Pour expliquer les causes de cette défaite, Sjarir déclara à la presse que son parti avait mené une campagne Elittorale boerte eul de de le électorale honnête et cultivée, dans se comporter de « façon chevaleresque ». Nous sommes heureux de constater que les ouvriers et paysans pauvres d'Indonésie n'ont pas en beaucoup de confiance dans les qualités chevaleresques de Sjarir, qui a essayé à plusieurs reprises de vendre la révolution indonésienne aux impérialistes néerlandais.