Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 11-12

L'U.R.S.S. a-t-elle achevé la construction du socialisme ?

M. Pablo · Quatrième Internationale, vol. 13, n° 11-12 · décembre 1955 · p. 37-42 · 4 654 mots

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Cette question n'a cessé de ressurgir dans les discussions qui ont eu lieu parmi les dirigeants soviétiques depuis que Staline, révisant sa propre affirmation contraire dans la première édition des Questions du Léninisme, a déclaré, fin 1924, possible " la victoire complète » du « socialisme dans un seul pays ».

Les termes et les arguments de la lettre « d'autocritique » de Molotov, parue dans le Communiste en octobre dernier, démontrent que la question reste toujours d'actualité, malgré les progrès économiques et culturels incontestablement énormes accomplis par l'URSS.

En un sens c'est d'ailleurs grâce à ces progrès que la question acquiert nouvelle actualité, le développement inégal de l'URSS dans les domaines aussi bien économique, politique, social et culturel devenant plus clair, plus trappant.

La théorie stalinienne d'un développement constant, graduel, en vase clos, sur la base des ressources propres de l'URSS, vers le socialisme achevé et meme le communisme, fabriquée au début en tant que « consolation » des masses fatiguées et désappointées par le retard de la révolution dans les pays avancés, qui a ensuite comme drapeau idéologique pour l'affermissement de la position privilégiée, dominante et incontrôlable de la bureaucratie soviétique, est constamment échec par le développement en réalité dialectique et contradictoire de Y'URSS.

Ce développement s'achemine en effet à travers la reproduction incessante de nouvelles contradictions qui proviennent fondamentalement des disproportions existant entre les branches principales de son économie, développée en régime autarcique, en dehors de la division internationale du travail et des possibilités du marché mondial. Ces contradictions nourrissent des antagonismes sociaux entre classes et couches de la société soviétique, qui sont eux aussi loin d'être éliminés, et qui en l'absence d'un régime prolétarien démocratique, se reflètent politiquement de manière déformée dans les crises de la direction de la bureaucratie sovietique.

Certains ont voulu voir dans | « autocritique » de Molotov un prétexte futile pour sa prochaine disgrâce, la querelle à propos des « bases du socialisme » ou « du socialisme déjà en URSS leur paraissant du pur académisme. trompent cependant lourdement. Cette querelle, probablement réelle entre tendances différentes de la nouvelle direction de la bureaucratie soviêtique. divisées sur les questions intérieures. est liée à telle ou telle estimation essentiellement différente de la situation en URSS, et par conséquent aussi de l'orientation à suivre.

On connait sur quelle interprétation fallacieuse de certains écrits de Lénine Staline a basé son affirmation soi-disant « léniniste » de la possibilité de parachever la construction du socialisme dans un seul pays: les références de Lénine se rapportaient à la possibilité de la victoire de la révolution. de la prise du pouvoir par le prolétariat dans un pays pris séparément. Lénine dégageait cette possibilité de l'inégalité uccentuée du développement lors de la période impérialiste. C'est dans ce sens que Lénine a parlé de « la victoire du socialisme » dans un seul pays.

D'autre part, il est à remarquer que Staline lui-même. chaque fois qu'il avait à se prononcer sur le parachèvement du socialisme en URSS, a maintenu une certaine équivoque : l'édification du socialisme n'était parachevée selon lui que dans un certain sens, sous certains aspects.

Cependant, depuis l'achèvement du premier plan quinquennal et la collectivisation de l'économie agricole. toutes les références sur cette question aussi bien de lui que des organismes du P.C. de PURSS, mentionnées dans « l'autocritique » de Molotov. tendaient à laisser l'impression que le socialisme est effectivement achevé en URSS et qu'on aborde maintenant « graduellement » la phase supérieure du communisme.

Le contenu ainsi attribué par les staliniens au terme du « socialisme achevé » n'a en réalité rien à avoir avec celui accordé à ce terme par les classiques du marxisme, de Marx à Lénine. Tous ont compris par ce terme un régime économ!quement supérieur au capitalisme le plus avancé, sous le rapport de la quantité de la production par tête d'habitant, de la qualité et du coût. politiquement caractérisé par un Etat en plein dépérissement ; socialement par l'éviction effective et non formelle, juridique, des classes.

Un tel régime n'est concevable que sur la base d'un niveau de forces productives le loin supérieur à celui du capitalisme le plus avancé. et qui côtoie déià l'abondance.

Il suffit de mentionner ces critères pour apercevoir immédiatement à quel point l'affirmation selon laquelle P'URSS de 1955 a parachevé le socialisme et s'engage dans la construction du communisme est mon moins absurde que par le passé.

L'URSS — est-il vraiment besoin de le rappeler ? - n'a toujours pas atteint niveau de quantité de production par tête d'habitant, et de prix de revient des pays capitalistes avances; politiquement elle est toujours dotée d'un appareil d'Etat tentaculaire, bureaucratique et omnipotent : socialement elle n'a pas éliminé les distinctions de classe entre onvriers et paysans, ni la différenciation sociale au sein de ces classes, entre une bureaucratie privilégiée et les larges masses.

Afin de mieux clarifier ces questions arrivées effectivement à une maturité à une maturité plus grande que par le passé, nous publions ci-dessous le texte de l'exposé fait à l'Ecole de cadres de l'Internationale tenue cet été, par le camarade M. Pablo et portant le camarade M titre : « Les questions économiques fondamentales de l'époque de transition ». Les problèmes économiques fondamentaux de l'époque

Après la prise du pouvoir par le prolétariat dans un pays donné s'édifie un régime préparatoire au socialisme.

Les staliniens, néo-vulgarisateurs du marxisme, parlent d'un régime socialiste dans le sens de la première phase « socialiste » de la société communiste, que Marx le premier a distinguée et que Lénine a nommée ensuite ainsi dans son ouvrage « L'Etat et la Révolution ».

Marx et Engels avaient envisagé très correctement, mais d'une manière nécessairement à leur époque trop générale, qu'entre la « société capitaliste » et la phase supérieure « communiste » de la société issue de la victoire mondiale sur le capitalisme, se situera toute une période, toute une époque devons-nous préciser maintenant, « de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci » (« Critique du programme de Gotha »). Nous appelons avec Lénine « socialiste » phase inférieure de cette nouvelle société, « communiste » sa phase supérieure.

Aujourd'hui aussi bien dans le cas de l'URSS que des autres Etats ouvriers děformés issus de la deuxième guerre mondiale nous n'avons pas encore aífaire même à cette phase inférieure « socialiste » indiquée par Marx, mais à un nouvel échelon plus inférieur encore, que nous appellerons phase inférieure du socialisme, ou phase préparatoire au socialisme.

Cette distinction tient au fait que la victoire sur le capitalisme s'est avérée historiquement se cantonner tout d'abord dans un pays, ensuite dans d'autres pays, et non pas comme un processus de victoire plus ou moins rapidement généralisé sur l'ensemble du monde capitaliste.

En outre, la marche de la Révolution mondiale qui s'étale sur toute une période, épouse une courbe qui va des pays semi-coloniaux et coloniaux à ceux de l'Europe occidentale, la victoire sur le capitalisme aux Etats-Unis devant rester. selon toute probabilité, comme la dernière à remporter parmi tous les grands pays capitalistes.

Si nous voulons par conséquent comprendre les problèmes économiques fondamentaux qui se posent dans les cas vivants des Etats ouvriers de notre époque, nous devons partir du fait que ces de transition Etats représentent une phase préparatoire au socialisme et non pas « socialiste » dans le sens indiqué par Marx ou Lénine, en théorie, avant l'expérience concrète de la Révolution de 1917 et de l'URSS.

Nous ne comprendrons, cependant, pas bien, pas correctement cette experience sans avoir tout d'abord assimilé les notions fondamentales que Marx avait déjà données sur la première phase « socialiste » de la société issue du capitalisme, Ces notions sont en nombre très limite, Marx ne voulant extrapoler, en partant de l'analyse de la société capitaliste, vers la société socialiste que juste dans la mesure scientifiquement permise par cette analyse. Marx s'est contenté d'esquisser quelques traits généraux de la nouvelle société, traits qui constituent une excroissance de leurs racines encore plongées dans la société capitaliste.

Pour le reste il s'en est remis, en vrai marxiste, à l'avenir et à l'apport de matiere nouvelle, vivante, d'expérience nouvelle, seules capables d'alimenter un prolongement solide, scientifique de l'analyse theorique.

L'essentiel de ce qu'a dit Marx sur la période de transition, et plus particulièrement sur sa phase inférieure « soclaliste », se trouve dans sa fameuse critique du programme de Gotha (1).

Faisant la distinction entre une phase supérieure « communiste » de la société issue du capitalisme, et sa premiere phase intérieure, Marx écrit a propos de cette phase :

« Ce à quoi nous avons affaire ici, c'est une société communiste non pas telle qu'elle s'est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste : une société par conséquent qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne société des flancs de laquelle elle est issue ».

(1) C'est à Gotha que s'est réunie, du t4 au 15 février 1875. la commission chargée d'élaborer le programme d'unification de l'Association générale allemande de Lassalle, et du Parti ouvrier socialdémocrale d'Allemagne dirigé par A. Bebel et W, Liebknecht,

QUATRIEME IIN

Cette société, sur le plan de la production, se distingue, selon Marx, par la « propriété commune des moyens de production ». l'étatisation de tous les moyens de production. Mais, sur le plan de la distribution, de la consommation, chaque producteur reçoit de la société l'équivalent exact de « son quantum

TERNATIONALE tatant la quantité de travail » que le producteur a fournie, et avec lequel 11 recevra « des magasins publics d'objets de consommation une quantité correspondante de produits ».

La répartition des objets de consommation se faisant durant cette phase de la nouvelle société « selon le travail » de la nouvelle societe « seion le travan » et non pas selon les besoins, il s'ensuit selon Marx une inégalité de fait. En effet l'unité de travail doit mesurer soit la « durée », soit « l'intensité » du travail. Mais les individus, étant différents point de vue physique ou moral, peuvent fournir dans le même temps « plus de travail », ou peuvent travailler plus de temps l'un que l'autre. D'où une première inégalité dans le rendement. Une autre inégalité provient de la diversité des conditions et des besoins des différents producteurs : l'un est marié, Tautre non, l'un a plus d'enfants que l'autre non. l'un a nie d'enfants que l'autre, etc... Marx reconnait la nécessité d'une rémunération inégale durant cette phase, mais considère qu'en partant de celle-ci la tendance d'évolution de la société est vers une égalité plus grande, elle-même dépassée ensuite dans la phase supérieure communiste de la société, dans laquelle la société « pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Ainsi pour résumer, Marx concevait la phase inférieure de la société issue de la victoire mondiale sur le capitalisme comme caractérisée économiquement par l'étatisation de tous les moyens de production, sans argent ni marchandises ni marché, la loi de la valeur agissant sous une forme limitée et spéciale dans la rémunération du travail, rémunération nécessairement inégale, mais évoluant vers une plus grande égalité, elle-même enfin dépassée dans la phase supérieure communiste de la société.

Voilà tout ce que Marx a pu dire de concret dans ce domaine et ce que Lénine a repete, sans rien y ajouter de nouveau, dans son Etat et la Révolution.

L'expérience concrète tout l'abord de T'URSS et, ensuite, d'autres Etats ouvriers d'aujourd'hui, réalisée dans des conditions historiques particulières, non prévues — victoires limitées sur le capitalisme et remportées dans des pays arriérés - a considérablement modifié les conditions du problème, tout en les concrétisant de manière nécessairement infiniment plus détaillée qu'auparavant.

Nous examinerons dès à présent les problèmes économiques fondamentaux de l'époque de transition, tels qu'ils se dessinent à la lumière de l'expérience déjà vécue d'environ 40 ans, et non pas selon la façon dont ils se sont présentés historiquement dans le cas de l'URSS ou d'autres Etats ouvriers. Ceci pour les considérations suivantes :

La vole de la construction du socialisme en général, du socialisme dans un pays donné en particulier, n'était donnée dans aucun ouvrage théorique d'aucun classique du marxisme. Elle restait à découvrir concrètement. Cela était aussi individuel de travail » - « cations une fois faite ». (2)

Marx explicite ainsi cette « quantum de travail » et de recevoir de la société « valent »:

« Par exemple la Journée travail représente la somme de travail individuel travail individuel de chaq teur est la portion qu'il a la journée sociale de trava qu'il a prise. Il reçoit de les défalidée đu a manfère son équisociale du des heures temps de de producfournie de il, la part la société un bon constatant qu'il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et avec ce bon, il retire des stocks sociaux d'objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travall qu'il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d'elle, en retour, sous une autre forme ».

Ce principe de rémunération du travail, dit Marx, est « le même principe que celui qui règle l'échange des marchandises pour autant qu'il est échange de valeurs égales ». continue à agir dans ce doma ce péndant la valeur. conséquent, la phase inférieure « socialiste » de la société issue du capitalisme. Mais le fond et la forme de cette loi sont différents, selon Marx, parce que « les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d'autre que son travail, et que par ailleurs rien ne peut entrer dans la propriété de l'individu que des objets de consommation Individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets, "le principe directeur est le même que pour l'échange des marchandises équivalentes: une même quantité de travail sous une forme s'échange contre une même quantité de travail sous une autre forme ».

Ce qu'il faut retenir de l'analyse de Marx donnée dans sa critique du programme de Gotha, c'est que, tout en envisageant dans le domaine de la rémunération du travail une certaine action de la loi de la valeur, il n'envisage ni argent ni marchandises ni marché, comme caractéristiques de cette phase. Pour cette raison, il ne parle que « d'objets » à échanger et de « bons »• avec lesquels les producteurs retirent des « stocks sociaux d'objets de consommation » l'équivalent de leur quantum de travail.

Lénine parlera, dans « l'Etat et la Révolution », d'un « certificat » « cons-

(2) Les défalcations, selon Marx, comportent une partie destinée à accroftre la production, remplacer les machines, et autres frais de l'économie, et une partie destinée aux frais d'administration, d'équipement et de prévoyance sociale.

U A T R I E bien l'avis de Rosa (3) que de Lénine et Trotsky (4). Seul Staline plus tard voulu chercher dans les formules du «Capital ». qui concernent « une sorte de capitalisme « chimiquement pur » (Trotsky) et démontrent les tendances essentielles du capitalisme concret, entre autre « à quelle allure la dictature du prolétariat doit accomplir la collectivisation de l'économie rurale » !

La bureaucratie soviétique en URSS et ses émules dans les « Démocraties populaires » et la Chine, par le fait de leur nature bureaucratique, se sont engagés avec un empirisme encore plus plus grand qu'il n'était nécessaire dans la vie de la construction socialiste, chose qui a eu comme conséquence de rendre cette voie encore plus tortueuse, plus compliquée et plus antiéconomique.

La preuve en est dans le fait que, comme nous allons le voir, des prévisions et des indications fondamentales données par L. Trotsky et l'Opposition de gauche dans les années 1923-1933 sur la voie à suivre s'avèrent aujourd'hui infiniment plus correctes que les voies entreprises

(3) * Bien loin d'être une somme de prescriptions toutes faites, qu'on n'aurait plus qu'à appliquer, la réalisation pratique du socialisme en tant que système économique, juridique et social, est une chose qui reste complétement enveloppée dans le brouillard de l'avenir. Ce que nous possédons dans notre programme, ce ne sont que quelques grands poteaux indicateurs, qui montrent la direction gé nérale dans laquelle il faut s'engager, indications d'ailleurs d'un caractère surtout négatif, Nous savons à peu près ce que nous aurons à supprimer tout d'abord pour tendre oie libre à l'économie socialiste. Par contre, de quelle sorte seront les mille grandes et petites mesures concrètes en vue d'introduire les principes socialistes dans l'économie, les rapports sociaux, là aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme ne peut fournir de renseignements. Ce n'est pas une infériorité, mais précisément une supériorité du socialisme scientifique sur le socialisme utopique, que le socialisme ne doit et ne peut étre qu'un produit historique, né de l'école même de l'expérience, à l'heure des réalisations, de la marche vivante de l'histoire, laquelle, tout comme la nature organique, dont elle est une partie fin de compte, a la bonne habitude de faire naître toujours, avec un besoin social véritable, les moyens de la satisfaire, avec le problème sa solution. » (Rosa Luxembourg, La Révolution russe). (4) = Durant les premières années qui suivirent Octobre écrit L. Trotsky (Staline théoricien), nous nous étions souvent opposés à ces tentatives naïves de chercher chez Marx la réponse aux questions qu'il n'avait même pas pu poser. Lénine me soutenait toujours en cela. Voici deux exemples dont nous avons par hasard le sténogramme :

* Nous nous rendons compte, disait Lénine, que d'après les paroles du camarade Trotsky, nous serons obligés de faire des expériences. Personne au monde n'a encore entrepris une œuvre aussi énorme que celle que nous nous proposons. > (18 mars 1919).

* Quelques mois plus tard, il disait : e Le camarade Trotsky avait parfaitement raison en affirmant que tout cela ne se trouve pas dans les ouvrages que nous considérons comme des œuvres directrices cela ne découle danone directrices : cela ne découle d'aucune conception générale socialiste, cela n'est déterminé par aucune expérience, et nous devons tout vérifier par notre propre expérience. » (8 décembre 1919).

RN A ON AL E par la bureaucratie (qui fut formée et a dominé précisément dans ce processus).

Il est plus facile, en se plaçant du point de vue de l'expérience d'aujourd'hui et en épurant l'évolution historique concrète du facteur perturbateur de la bureaucratie, de dégager infiniment plus clairement la voie économique de la construction du socialisme selon la marche que suit historiquement la révolution prolétarienne à notre époque.

On peut considérer maintenant comme établi le fait que le régime économique qui s'installera dans un pays donné, après la prise du pouvoir par le prolétariat, doit procéder par l'étatisation des principaux moyens de production, dans le domaine de l'industrie des banques du commerce extérieur, la question de la terre devant trouver une solution, selon le caractère du pays et les conditions internationales données.

A l'encontre des caractéristiques indiquées par Marx pour la phase « sociaen réaitte a faire avec une ornelon ens étant donné que nous aurons core plus inférieur préparatoire au socialisme, les méthodes et les pratiques commerciales (marché, marchandises, argent) domineront pour toute une période, et devront étré adoptées sans hé. sitation et tâtonnements inutiles des le début. De ce point de vue, l'étape •de la NEP, dont les méthodes et pratiques commerciales constituent un élément essentiel, commencée en URSs en 1921 seulement, après un début hésitant suivi d'une courte période de « communisme de guerre», qui a fait vite s'avère beaucoup plus longue l'avait pensé, et sous cet aspect des méthodes et pratiques commerciales, elle dure encore en URSS (5).

Lénine avait justifié la NEP. c'està-dire la nécessité de rétablir le marché, primordialement « par l'existence dans le pays de (vingt-cinq) millions d'exploitations paysannes isolées accoutumées à définir par le commerce leurs rapports avec le monde environnant » (L. Trotsky, la Révolution trahie).

Staline, effectuant en 1928 le tournant brusque à l'industrialisation planifiée et à la collectivisation forcée de l'économie agricole, crut au début pouvoir liquider ainsi la NEP.

Mais même la collectivisation est loin de conduire à la liquidation du marché. « La collectivisation ne peut être viable que dans la mesure où elle est capable d'intéresser les kolkhoz individuellement, en élaborant leurs relations réciproques, ainsi que les relations des kolkhoz avec le monde présent sur la base d'un calcul commercial. Cela signifle qu'un établissement économique correct de la col-

(3) Il ne faut pas oublier pensait sérieusement pouvoir munisme de guerre

» au que son programme adopté * Dans le domaine de la dessoviets persévère que le Parti en 1919 passer du « comvrai communisme, et en 1919 écrivait répartition, le pouvoir stitution au commerce d'une répartition des produits organisée à l'échelle nationale sur un plan d'ensemble. • inflexiblement dans la sub-

VATRIEME IN lectivisation à l'étape présente (octobre 1934) devait conduire non pas à la disparition de la NEP mais à une refonte continue de ses méthodes ». (L. Trotsky, L'économie soviétique en danger).

Dans la Révolution trahie, L. Trotsky arrive à cette conclusion : « L'assainissement des relations économiques avec la campagne constituait sans nul doute (en 1921) la tâche la plus urgente et la plus épineuse de la NEP. L'expérience montra vite que l'industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin méthodes de calcul monétaire élaborées par le capitalisme. Le plan ne saurait reposer sur les seules données de l'intelligence. Le jeu de l'offre et de la demande reste pour lui et pour lontemps encore la base matérielle indispensable et le correctif sauveur » (souligné par nous).

La notion du marehé est liée à celle des marchandises et de l'argent. Ni l'une ni l'autre ne disparaissent dans le régime de transition, mais, au contraire. dans un sens marchandises et argent s'épanouissent avant justement de pouvoir disparaitre.

« L'époque transitoire entre le capitalisme et le socialisme, considérée dans son entier, exige non la diminution de la circulation des marchandises, mais bien son extrême élargissement, toutes les branches de l'industrie se transforment et grandissent, il s'en crée sans cesse de nouvelles toutes doivent, quantitativement comme qualitativement, déterminer leurs situations réciproques.

• Pour la première fois dans l'histoire, tous les produits et tous les services peuvent étre échangés les uns contre les autres ». (La Révolution trahie).

L'importance acerue des marchandises, c'est-à-dire des produits échangés, mesurés par le temps de travail qui y est incorporé, pendant l'époque de transition provient de nécessité de passer de la pénurie à l'abondance par l'accroissement incessant de la richesse. Ce n'est que quand cet accroissement de la richesse qui s'effectue nécessairement sous forme de marchandises, atteindra l'abondance, que les conditions seront alors créées pour la suppression des marchandises.

Dans ces conditions,l'argent non plus ne disparait pas immédiatement mais, au contraire, son importance passe par un maximum avant qu'il entre dans sa phase de dépérissement effectif conduisant à sa disparition.

Cependant, aussi bien marchandises qu'argent ont, au sein du régime de transition, des fonctions modifiées qu'il s'agit de saisir.

Voyons tout d'abord les modifications dans la notion de la marchandise. Les moyens de production, y compris les matieres premieres, propriete de etat.

cessent d'être des marchandises proprement dites et ne gardent que la forme extérieure de marchandises (se réglant par une monnaie de compte et non fiduciaire). Quant à l'argent, il cesse, dans un tel régime, de pouvoir se trans-

TERNATIONALE former en capital privé (usuraire, commercial, industriel), et cette fonction est transférée à l'Etat « commerçant. banquier, et industriel universel » (La Révolution trahie). Il cesse aussi de fonctionner en tant que moyen de thesaurisation privé. « Par ailieurs, les fonctions plus élémentaires de l'argent, mesure de valeur, moyen de circulation et de paiement sont conservées et acquièrent même un champ d'action plus large que celui qu'elles eurent en régime capitaliste ». (Ibid).

Nous reparlerons du rôle de l'argent lors de l'examen du Plan.

Que devient alors dans un tel système économique la loi de la valeur ? Nous avons vu que, selon Marx, cette loi sous une forme modifiée, agit même pendant la phase socialiste dans le domaine de la rémunération du travail. Pendant la phase préparatoire au socialisme son action est encore plus vaste, quoique sous une forme modifiée.

Le principe du plan modifle les conditions dans lesquelles opère la loi de la valeur, en éliminant la forme capitaliste de cette loi - la loi de la péréquation du taux de profit — mais elle ne la supprime pas dans tous les domaines où il s'agit des échanges de produits, échanges basés sur l'équivalence des quantités de travail.

Elle entre aussi bien dans la détermination du prix du travail que du prix de revient des marchandises, indépendamment de la faculté qu'a l'Etat, qui est à la fois maitre de la masse chandises et des organes d'émission, de fixer arbitrairement les prix de vente et d'achat.

La loi de la valeur se manifeste clairement aussi bien dans les rapports de l'Etat avec les ouvriers que dans les rapports de la ville et , de la campagne, et de l'ensemble de l'URSS avec le marché mondial. Elle agit cependant, répétons-le, de manière modifiée.

« L'économie planifiée de la période de transition, tout en étant fondée sur la loi de la valeur, la viole pourtant à chaque pas et établit des rapports entre les différentes , branches économiques et entre l'industrie et l'agriculture en premier lieu, sur la base de l'échange iné-

«Le budget d'Etat joue un rôle de levier pour l'accumulation forcée et la répartition planifiée. Ce rôle devrait augmenter au fur et à mesure du progrès économique ultérieur.

«Le financement à crédit règle les relations entre l'accumulation coercitive du budget et les fluctuations du marché, tant que ces dernières agissent ». (L. Trotsky. Staline théoricien).

D'où la différence avec le fonctionnement capitaliste de la loi de la valeur, et surtout avec les formules de Marx (second volume du Capital) concernant ce fonctionnement dans le cas d'un « capitalisme chimiquement pur » qui ne connait aucune intervention « planificatrice » de l'Etat, et où agissent seules, « aveuglément », les forces du marché, disciplinées par la lot de la valeur.

De même la rente foncière absolue n'est point abolie; elle est étatisée, réall-

Q QUATRIEME I N sée par l'Etat principalement dans ses rapports commerciaux avec le marché des problèmes que pose la collectivisamondial (6), Nous en reparlerons lors tion de l'économie agricole.

La notion du profit ne cesse pas non plus d'exister dans le régime de transition, quoiqu'elle soit modifiée. Le profit dans ce cas consiste dans la différence entre le prix de revient du produit et son prix de vente l'Etat sur le chiffre déduction faite de l'impôt, perçu par d'affaires. C'est le plan qui détermine les profits de chaque entreprise, positifs ou négatifs, et c'est l'Etat qui capitalise en dernière analyse la masse du profit.

Le profit sert d'autre part à l'Etat comme élément de vérification de l'exécution du plan par chaque entreprise. (Loi de la rentabilité).

(6) Malgré l'avis de Staline qui voyait dans la nationalisation de la terre l'abolition de la rente foncière.

TERNATIONALE enan la notion de l'interet existe, elle aussi modinee, dans les rapports de l'Etat avec les particuliers (sous forme d'intérêt des emprunts à long terme et sous la forme d'intérêt des dépôts à court terme). Ele existe aussi entre l'Etat et les entreprises pour leurs emprunts à court terne, mais juste pour rémunérer le travail bancaire, pour couvrir les frais de l'administration qui s'en occupe.

Quant aux fonds destinés aux investissements, et qui proviennent du budget, l'Etat les verse aux entreprises non seulement sans intérêt mais aussi à fonds perdus, les investissements étant incorporés au capital statutaire de l'entreprise. Tous ces points importants sont en général totalement négligés par ceux qui assimilent plus ou moins le capitalisme au « capitalisme d'Etat » 60viétique.

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