La mort de Staline a soulevé la chape de plomb qui pesait sur la société soviétique. Les interdits jetés sur la discussion dans tous les secteurs de la vie sociale furent précipitamment levés. La bureaucratie, ou plus exactement lapparell bonapartiste dominant de cette bureaucratie, ne pouvait gagner un répit devant le mécontentement qui montait de toute part qu'en lâchant du lest et en accordant quelques-unes des demandes les plus pressantes du peuple : moins d'arbitraire policier, plus de biens de consommation, plus de liberté de critique.
A vrai dire, la mort de Staline n'avait fait que précipiter un processus qui mürissait déjà pendant les dernières années de la vie du dictateur. Les causes de ce processus ont été souvent mises en relief. Avec l'essor d'après-guerre de l'industrie soviétique, avec les victoires internationales remportées par la révolution, les rapports de forces entre bureaucratie et prolétariat commençaient à se modifier aux dépens de la première et en faveur du second. Dans ces conditions, la dictature était placée devant des difficultés croissantes pour maintenir la toute-puissance de la caste régnante. Il devenait de plus en plus difficile d'utiliser les mêmes moyens de gouvernement qul avaient paru efficaces à l'époque de l'épuisement, de l'apathie et de l'atomisation de la classe ouvrière. La terreur était arrivée à une frontière objective qu'elle ne pouvait plus traverser qu'en se retournant contre ses propres maitres.
En donnant cette analyse du « cours nouveau » introduit en URSS depuis la mort de Staline, nous avions cependant toujours pris soin d'insister sur deux facteurs supplémentaires. Nous avions d'abord insisté sur le fait que le
C'est de deux directions différentes que ces problèmes si explosifs pour la dictature bureaucratique ont été soulevés en URSS. La discussion économique, qui a précédé et accompagné l'élaboration du sixième plan quinquennal, a amené des économistes à soulever le problème de la rétribution de la main-d'œuvre, du stakhanovisme, du travail aux pièces avec primes progressives, etc... Sans dire que ce fut une discussion théorique et sans fermer les yeux devant la nature encore fondamentalement pragmatique de ce débat, il est cependant incontesta20
« cours nouveau » n'était pas un processus d'auto-réforme de la bureaucratie mais la substitution d'une forme modiflée de dictature à une forme dépassée par les rapports de forces actuels. Le but de Malenkov, de Khrouchtchev et de Bulganine, ce n'est pas la liquidation mais la conservation de cette dictature. Nous avions ensuite insisté sur le fait que l'importance de ce « cours nouveau » consiste en ceci qu'il ne peut représenter qu'une étape transitoire, pendant laquelle chaque couche sociale en URSS, ayant obtenu la possibilité d'articuler ses demandes propres, se préparerait à une bataille décisive à venir.
Les thèses sur « la Montée et le Déclin du Stalinisme », adoptées par le 4º Congrès Mondial de la IV• Internationale, déclarent à ce sujet :
« Le « libéralisme » était censé satisfaire toutes les couches de la population : les masses, parce qu'elles souffraient le plus de la dictature policiere ; les sommets de la bureaucratie, parce qu'ils se sentent libérés de la hantise d'une nouvelle vague d'épurations arbitraires ; les couches inférieures de la bureaucrane, parce qu'elles espèrent être associées plus étroitement à l'exercice du pouvoir. Mais si pour la bureaucratie ces mesures devraient pouvoir consolider sa base pour défendre ses privilèges, le prolétariat cherche à les utiliser pour mettre ces privilèges en question. Apres une premiere phase d'attente, d'espoir et d'euphorie, les deux tendances divergentes ont déjà commencé à se heurter. »
Ces deux tendances sont nettement apparues et ont commencé à se heurter ouvertement dès que le «cours nouveau» a atteint le domaine crucial des salaires, des primes et de l'organisation des compétences à l'intérieur des usines.
1955 ble que de jeunes théoriciens soviétiques ont été amenés à soulever l'ensemble du problème de l'inégalité sociale existant en URSS - et que certains ont même découvert dans cette inégalité la contradiction fondamentale de la société soviétique (1).
Par ailleurs, les « praticiens », avant tout les sommets de la bureaucratie, se sont rendu compte que tout le système
(r) Voir n° d'octobre 1955 de Quatrième Intersationale : < Le Manuel soviétique d'Economie politique ».
LA CONFERENCE INDUSTRIELLE DE MAI
LA CONFERENCE INDUSTRIELLE DE MAI
Q VATRIEME I N existant de rétribution de la main-d'œuvre était devenu un obstacle à l'accroissement de la productivité du travail. L'Opposition de gauche et le mouvement trotskyste international avaient fait la même constatation depuis fort longtemps. Mais les manitestations pratiques du manque de rentabilité économique de l'inégalité sociale en URSS ont pu être masquées pendant toute une époque par l'introduction massive d'une technique nouvelle dans l'industrie soviétique. C'est précisément dans la mesure où l'industrie sovietique atteint le niveau technique moyen des pays capitalistes d'Europe occidentale, où la main-d'œuvre soviétique atteint une qualification moyenne comparable à celle des travailleurs des pays avancés, que le système role de frein du progrès économique des salaires manieste pleinement son rôle de frein du progrès économique
La conférence industrielle de mai 1955, qui réunit à Moscou une partie importante de la bureaucratie « économique » et de l'aristocratie du travail, pouvait devenir l'occasion pour les dirigeants de vérifier sur le vif ces conclusions pratiques.
On y cita les exemples, déjà familiarisés par le XIX• Congrès du PC soviétique, de l'énorme gaspillage qu'implique
Jusqu'à maintenant, aucune publicité n'a été donnée aux travaux de cette commission. On pourrait tout au plus en trouver des indices dans quelques articles publiés par des revues spécialisées — qui ne sont pas lues par les larges masses. Cependant, si nous voulons nous rappeler ce qui s'est passé lors de la controverse économique sur la « primauté absolue du développement de l'industrie lourde par rapport au développement de l'industrie légère » ; si nous voulons nous rappeler les plaintes sur le comportement « bourgeois » des bureaucrates, sur leur népotisme, sur les excès de leur « jeunesse dorée », il est probable que l'équipe BulganineKhrouchtchev s'efforcera d'exploiter à son avantage le désir d'une plus grande égalité éveillée chez des millions de citoyens soviétiques par les premières manifestations encore timides d'un esprit de critique sociale.
Dans certaines démocraties populaires, comme en Roumanie, le « cours nouveau » avait été marqué dès le début par la suppression de toute allusion au phénomène des stakhanovistes détestés par les ouvriers, voire par la suppression du phénomène lui-même. Bien des signes laissent prévoir que l'URSS suivra en cette matière l'exemple de ces démocraties populaires. Là aussl, les allusions au stakhanovisme ont disparu depuis pas mal de temps déjà de la propagande officielle. L'accent est mis exclusivement sur la « compétition socialiste par groupes », soit à l'intérieur d'une entreprise, soit entre diverses entreprises. L'accroissement du nombre des ouvriers qualiflés et l'emploi d'un équipement de plus en plus perfectionné qui supprime la possibilité d'une division de travail entre
T
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R la gestion y révéla d'un tiers
NATIONALE bureaucratique en URSS. On qu'année après année, plus des entreprises ne réalisent pas le plan. On y souligna surtout l'apparition d'un nouveau goulot d'étranglement, celui de la pénurie de charbon, déterminé — parallèle inquiétant avec les pays d'Europe occidentale 1 - par une stagnation du rendement, malgré la modernisation forcenée des installations, Ainsi, depuis 1940, le nombre des machines employées dans les charbonnages soviétiques a été décuplé, et néanmoins la productivité du travail fut en 1955 à peine supérieure au niveau de 1940 (« Pravda », 17 juillet 1955).
La conférence se conclut par un appel aux travailleurs d'URSS, les incitant à accroitre la productivité du travail. Mais quelques jours après la fin de la conférence, le gouvernement soviétique décida de constituer deux commissions d'Etat, l'une dirigée par Kaganovitch pour l'étude des questions du travail et des salaires, l'autre par Malychev, pour l'étude des questions de la technique moderne. Il semble certain que la commission dirigee par Kaganovitch étudie la revision de l'ensemble du système des salaires, instauré, comme l'a rappelé & juste titre Isaac Deutscher, sous l'égide du même Kaganovitch. « travailleurs de choc » et manœuvres - division de travail qui fut, comme on sait, la base du stakhanovisme — enlèvent toute base objective au stakhanovisme. Aussi, les sommets de la bureaucratie peuvent-ils sans grands frais rencontrer une vieille revendication ouvrière en obtempérant au désir d'en finir avec la division des travailleurs en privilégiés et parias.
Une autre revendication ouvrière, celle d'une participation plus directe des travailleurs à l'élaboration des plans, à leur exécution et à leur contrôle, a par contre peu de chances d'être satisfaite.
En Allemagne orientale, la rentabilité de plus en plus déficiente des entreprises avait amené les dirigeants staliniens à faire quelques dangereuses expériences de « révélation des comptes économiques » dans des assemblées générales d'usine. La presse stalinienne elle-même dut rapporter « la consternation » et « l'indignation » dont les ouvriers firent état lorsqu'ils apprirent les pertes terribles provoquées par l'administration bureaucratique. Les confrères soviétiques d'Ulbricht et de Grotewohl auront certainement estimé ces expériences à leur juste valeur. « Mettre en danger principe de la direction unique à l'entreprise », c'est jouer avec la dynamite dans la société soviétique.
C'est pourquol les faibles voix qui se sont élevées dans ce sens à la conférence industrielle mentionnée ci-dessus, et petite publicité donnée à « l'élaboration collective du plan par les travailleurs de l'usine Staline & Leningrad », ne devraient pas amener à la conclusion qu'on peut s'attendre à des expériences surprenantes de ce côté-là.
REVENDICATIONS OUVRIERES...
REVENDICATIONS OUVRIERES...
...ET REVENDICATIONS
Bien au contraire. Alors que ces voix s'élevèrent de laçon à peine perceptible, la bureaucratie réclama d'une voix de stentor de nouveaux droits et une confirmation juridique plus formelle encore de ses prérogatives à l'intérieur de l'usine. Et elle eut la satisfaction de voir ses revendications reprises par le chef officiel du gouvernement, lui-même directeur d'entreprise pendant une période importante de sa carrière. Il est symbolique que la seule interruption rapportée dans le texte que la « Pravda » publia du rapport économique de Bulganine devant le Comité Central du 4 juillet 1955, fut le cri « très juste » qui salua sa phrase insolente : «Il faut dire un mot sur les droits ou plutôt le manque de droits (L des directeurs d'entreprise ».
En réalité, à l'occasion de la conférence industrielle et des discussions qui la précédèrent et l'accompagnèrent, les bureaucrates soviétiques ont avancé avec plus de précision que les ouvriers, et pour cause, leurs propres revendications sociales, qu'on pourrait résumer de la façon suivante:
1) «Pourquoi les entreprises n'auraientelles pas le droit d'employer une partie des profits réalisés au-delà des prévisions du plan, dans le but d'effectuer des travaux d'investissements supplémentaires ? » (article de G. Grabovski, construction 1* directeur des usines de construction mécanique de l'Oural, « Pravda » du 20 mai)
2) « Il est nécessaire de modifier la règle selon laquelle le directeur ne peut, sans une décision du ministère, se défaire (c'est-à-dire vendre) de l'équipement démonté, ni construire de l'équipement nouveau dans le sens d'une modernisation de la technique » (P.P. Pronin, premier avocat de l'usine d'automobiles « Staline » de Moscou dans « Soviétskolé Gosudarstvo 1 Pravo » fascicule n° 4 du volume 1955).
3) « Le plan doit prévoir des moyens que le directeur peut distribuer librement (1) pour inciter les ouvriers à améliorer le rendement » (d°).
4) « Il faut donner au directeur le droit d'enlever au fonds de roulement
Les desseins que poursuivent les chefs staliniens en réexaminant le système des salaires en vigueur ne semblent pas non plus inspirés par le désir d'améliorer dans l'immédiat les salaires réels de la masse des travailleurs, ou d'accroître à nouveau la part des salaires dans le revenu national soviétique.
Nous avons plutot l'impression que, poursuivant sur un terrain plus pratique le débat théorique sur la « priorité du développement de l'industrie lourde »,
BUREAUCRATIQUES de façon provisoire des sommes... pour l'amélioration de la technique... Il faut accroitre la part des profits réalisés audelà des prévisions du plan qui va vers le fonds du directeur jusqu'à 50 et 70 %» (D.D. Beletski, sous-chef de section dans le ministère pour la construction de machines et appareils de l'Union soviétique, meme revue).
5) « Il faut élaborer dans un bref délai un statut modèle des droits du directeur d'entreprise » (Grabovski, n° précité de la « Pravda », et le directeur de l'usine de caoutchouc de Moscou, « Pravda », 8 août 1955).
Nous retrouvons d'ailleurs la plupart de ces revendications dans le rapport de Bulganine devant le Comité Central.
Il s'agit, bien entendu, d'une confirmation juridique de droits acquis en pratique plutôt que de la revendication de privilèges nouveaux. Formellement. le fonds de roulement de l'entreprise soviétique ne peut être employé que pour le paiement des salaires et l'achat de certaines matières premières. Tout achat et toute vente de moyens de production fixes exige un accord préalable des instances centrales et un paiement par comptes bancaires et non par argent liquide. De ce fait, les instances centrales contrôlent et centralisent les investissements réels effectués dans l'industrie. En pratique cependant, et malgré les condamnations graves prononcées notamment en 1940-41, les directeurs soviétiques ont à maintes reprises acheté et vendu des pièces d'équipement d'importance secondaire — ne fût-ce que parce que sans cette violation du plan, la réalisation du plan leur serait impossible.
Néanmoins, la satisfaction apparemment accordée par le gouvernement à ces demandes de confirmation juridique d'une pratique bureaucratique courante, et surtout l'éventuelle satisfaction donnée à la demande des bureaucrates d'accroitre le fonds du directeur — la source essentielle des « surprofits » obscurs des bureaucrates — représenterait un succès indéniable pour la bureaucratie, et un affront clair pour les travailleurs, dont les éléments les plus avancés réclament précisément l'évolution en sens inverse I passage du discours précité de Bulganine qui déclare qu' " au cours des quatre dernières années, la productivité du travail s'est accrue dans l'industrie de 33 %, alors que les salaires réels ont augmenté de 37 %. Il faut par contre. que l'accroissement de la productivité du travail dépasse l'accroissement des salaires ». («Pravda». 17_ juillet 1955),
Le même Bulganine se livra d'ailleurs dans ce discours à une critique serrée du système des salaires en vigueur, auquel Il attribua nettement la faute de cette hausse « excessive » des salaires.. Dans toute une série de branches industrielles, la plupart des normes sont des ils visent limiter la part dans ce revenu national, et en partie les avantages
1953-54 à la consommation.
des salaires à reprendre accordés en
Cette intention apparait nettement d'un
SYSTEME DE PRIMES ET MENACE D'INFLATION
SYSTEME DE PRIMES ET MENACE D'INFLATION
N normes empiriques (normes moyennes) qui ne correspondent plus au niveau technique donné : dans l'industrie de la construction mécanique, ces normes empiriques représentent meme 70 % total. Cela provoque une disproportion entre les tarifs officiels des salaires et les salaires effectivement payés. Partout, les ouvriers touchent des salaires dépassant largement ces tarifs.
Comme Bulganine parla du « point de vue du consommateur qui prévaut à tort » - paroles fatidiques ! — 1 est clair qu'il propose en termes à peine voilés un accroissement général des normes et une baisse des salaires nominaux...
Ce point de vue apparait avec plus de clarté encore dans un article spécialement consacré à la question des salaires, paru dans la « Pravda » du 21 septembre 1955. Dans cet article, il est dit que dans la plupart des branches industrielles les salaires effectivement payés sont presque le double des salaires tariTaires de base, du fait que les normes ont été « artificiellement bloquées » à un niveau déterminé des salaires. Il réclame ouvertement une révision générale des normes en rapport avec les progrès techniques réalisés. Il ajoute que le Comité Central de juillet 1955 a décidé d'établir un lien direct entre le fonds des salaires de chaque entreprise et la réalisation du plan par cette entreprise. Si une entreprise paye davantage de salaires que prévu par le plan, elle doit économiser dans les 3 à 5 mois cette somme par des réductions des prix de revient, - sinon elle se verra couper les fonds.
Mais si le gouvernement prépare eifectivement le relèvement général des normes pourquoi remet-il en question par la même occasion le système des travailleurs de choc et du travail aux pièces à primes progressives ? C'est que les deux phénomènes sont étroitement liés l'un à l'autre. Le système de salaire actuellement en vigueur prévoit un salaire de base généralement très bas (quelquefois en dessous du minimum vital) que touchent les ouvriers qui ne réalisent pas la norme. La réalisation de la norme entraine une première prime considérable. Le dépassement, même léger, de la norme implique une nouvelle prime, plus considérable encore. Le résultat de ce système est clair : une augmentation relativement modeste de la production entraine un accroissement considérable des dépenses de salaires des entreprises. Paradoxalement, une augmentation de la production peut signifier non pas un abaissement mais un accroissement du prix de revient !
Le professeur Svorikine décrit ( « Pravda », 13 août 1955) les résultats absurdes de ce système dans l'industrie charbon-
Lorsque Bulganine et Khrouchtchev remplacèrent Malenkov, nous avions émis l'hypothèse que sur le plan économique, le « cours vers le consommateur » inauguré par Malenkov était allé trop loin pour le régime bureaucratique, et ris-
TERNATIONALE nière. Le contrat collectif en vigueur dans cette industrie prevoit pour environ 40 % des ouvriers du fond le système de salaires suivant : s'ils réalisent 80 % de la norme, ils touchent le salaire de base ; s'ils réalisent la norme à 100 %, ils touchent le double du salaire de base ; s'ils dépassent la norme, ils touchent le triple du salaire de base Un autre groupe de mineurs touche le salaire de base s'il réalise la norme à 90 % ; s'il la réalise à 100 %, il touche 150 % du salaire de base ; s'il dépasse la norme, il touche le double du salaire de base.
Passons sur les inégalités monstrueuses qu'un tel système implique immédiatement ses conséquences financières effarantes que le professeur Svorikine met d'ailleurs lui-même en relief.
Si un charbonnage réalise son plan à 108 %, le prix de revient du charbon dépasse alors par tonne de 8,01 roubles le prix de revient réalisé au cas où le plan est exactement atteint et de 18,33 roubles le prix de revient obtenu si l'on n'a réalisé le plan qu'à 99 %. On voit d'ici à quelles manipulations se livrent les directeurs pour satisfaire à la fois la demande d'accroissement de la production et de réduction des prix de revient | Svorikine parle même de directeurs qui cherchent consciemment à diminuer le rendement, afin de ne pas perdre leurs primes pour réduction des prix de revient...
L'exemple cité par un autre journal soviétique ( « Komsomolskaia Pravda ». 23 juillet 1955) révèle un dernier aspect de la façon dont le système des primes a été poussé jusqu'à l'absurde. Il cite l'exemple d'une fonderie dans laquelle 180 des 212 salariés touchent des primes... D'autres exemples du même genre sont couramment dénoncés par la presse soviétique.
Le rapport logique entre la tendance vers l'abolition ou la réduction des primes d'une part et la tendance à l'augmentation des normes d'autre part parait maintenant clair. Ce sont deux aspects d'un même dessein qui vise à réduire la masse totale des salaires payés (par rapport à un niveau déterminé de production) et par l'augmentation des normes, et par la réduction des primes progressives, et par une refonte du système des salaires dans lequel le salaire de base se rapprochera du salaire effectivement payé.
Pareille refonte d'ensemble aurait en outre l'avantage de voiler une opération de réduction effective des salaires globaux par un mouvement d'accroissement considérable des salaires de base. Le régime aura bien besoin d'utiliser de tels subterfuges pour faire accepter sans protestations la réforme prévue... qualt de précipiter une tendance inflationniste sans une révision d'ensemble du plan, inacceptable pour la dictature. Nous avions également émis l'hypothèse que diverses mesures tendraient à éponger le pouvoir d'achat excédentaire dis-
VERS UNE EPREUVE DE FORCE IMPORTANTE
VERS UNE EPREUVE DE FORCE IMPORTANTE
Q A T R • EM • E tribué par Malenkov. En vérité, l'hypothèse d'une légère hausse des prix alimentaires, après les baisses consécutives des années précédentes, vient d'être confirmée par une enquête sérieuse de la revue française « Etudes et Conjonctures » (avril 1955). Les nouveaux chefs soviétiques, poursuivant leur cours « anti-consommation », se risqueront-ils jusqu'à réduire effectivement les salaires nominaux distribués ? Que telle ait été leur intention. il est difficile d'échapper à cette impression si l'on étudie attentivement les passages du rapport de Bulganine qui ont trait à la question. Mais pour les dirigeants de l'URSS d'aujourd'hui, il y a loin de la coupe aux lèvres ! Plutôt que se risquer à heurter de front une classe ouvrière en train de reprendre petit à petit confiance dans ses propres forces, il faut supposer que leur réforme du système des salaires s'efforcera d'enrayer des augmentations futures de salaires avant de supprimer des , augmentations de salaires antérieurement accordées. Il y a en faveur de cette hypothèse un indice important : ce qui vient de se passer en Allemagne orientale. Ayant momentanément restabilisé leur pouvoir dans ce pays, si gravement ébranlé les 16-17 juin 1953, les bureaucrates du SED ont , par un décret secret, essayé de reprendre la plus importante des concessions accordées au moment du soulèvement ouvrier : l'annulation de l'augmentation des normes. Mais ils sont restés à tel point terrorisés par le souvenir des 16-17 juin qu'ils ajoutent - dans ce décret secret non-destiné & la publication, dans lequel donc aucune intention démagogique de propagande ne peut Jouer : l'accroissement des normes ine sera appliqué qu'après son acceptation par les ouvriers dans des discussions publiques. Des nouvelles reçues d'Allemagne orientale montrent que les travailleurs se sont opposés avec succès à cet accroissement dans plusieurs entreprises importantes.
Un autre laire » ou du « cours pays de « démocratie popul'on en était en plein recul nouveau », la Hongrie, a vu
Il y a quelques mois une manifestation étonnante de « reprise ». Le 11 septembre 1955, Sandor Gaspar, président du Conseil général des syndicats, publia un article dans « Szabad Nep » dans lequel il attaqua les directeurs d'entreprise parce qu'ils ne s'intéressent pas aux droits ouvriers, garantis par les contrats collectits, reprochant aux membres des conseils d'entreprise de ne pas résister à cette tendance des directeurs. » Nous ne connaissons pas un seul () cas, écrit Gaspar, où des membres des conseils d'entreprise... auraient défendu les intérêts des travailleurs ». Ce n'est pas cette constatation quí est extraordinaire; c'est le fait qu'elle ait pu être publiée et signée par un des plus hauts dignitaires du régime qui est significatif. Elle montre clairement que les milieux staliniens dirigeants sentent la perte constante de confiance à leur égard dans les milieux ouvriers, un isolement qui les alarme à juste titre, à un moment où ils sont obligés de préparer une nouvelle épreuve de force avec les paysans.
On admet en général que Khrouchtchev joue son sort politique sur la réussite de la culture du maïs sur les terres nouvellement défrichées en Sibérie. Nous pourrons ajouter aujourd'hui qu'il le Joue tout autant sur l'acceptation de tout autant sur l'acceptation les travailleurs du nouveau système salaires élaboré par l'équipe au pouvoir. Si une résistance marquée se manifeste dans les usines à l'égard du nouveau système des salaires, l'équipe gouvernante devra renverser la vapeur. Ceci ne s'effectuera pas sans changement du personnel dirigeant. En atteignant le domaine des usines, les discussions en URSS risquent de déclencher une épreuve de force importante entre différentes couches sociales, épreuve de force qui aura ses répercussions dans l'appareil bureaucratique.
5 décembre 1955