Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 11-12

Architecture et métro de Moscou

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 11-12 · décembre 1955 · p. 26-28 · 609 mots

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La critique sévit contre les architectes en URSS. On accuse le style de leurs constructions, les fioritures, les décorations tarabiscotées et, dans le cas du metro de Moscou, un luxe plus qu'excessif.

Il n'est pas un ouvrier communiste qui ne se rappelle les dithyrambes de « l'Humanité » et de la presse stalinienne sur le métro de Moscou, sur l'Université géante, sur toute une série de constructions massives fastueusement décorées. et les attaques contre les conceptions de construction fonctionnelle.

La critique porte aujourd'hul sur deux points principaux : le style et le temps et l'argent gaspillés pour des décorations surajoutées, au moment même où il y a pénurie d'habitations, où la crise du logement sévit plus que jamais.

On ne peut considérer cette question comme secondaire. Le métro de Moscou était présenté comme une sorte de symbole du régime. On le faisait visiter aux étrangers qui venaient en URSS. en faisait admirer les stations remplies de marbre, etc.. La critique ne frappe pas les architectes, mais le régime stalinien dont ces constructions étaient l'expression, tant dans leur gigantisme que dans leur style.

« Tout régime, écrivait Trotsky en 1936 dans « La Révolution trahie », s'exprime par son architecture et ses monuments.

L'époque soviétique actuelle est caractérisée par les palais et des maisons des Soviets construits en grand nombre, vrais temples de la bureaucratie (coûtant parfois des dizaines de millions), par des théâtres bâtis à grands frais, par des Maisons de l'Armée rouge, clubs militaires réservés principalement aux officiers, par un métropolitain luxueux à l'usage de ceux qui peuvent se le payer, — alors que la construction des habitations ouvrières, fussent-elles du type des casernes, est invariablement et terriblement en retard. »

La critique de Trotsky était dite « contre-révolutionnaire », non seulement parce qu'elle venait il y a plus de vingt ans, mais surtout parce qu'elle disait que c'était la faute de la bureaucratie. Cette couche sociale se manifestait par un accaparement de la force de travail pour construire ce dont elle avait besoin, et non ce qui était nécessaire aux ouvriers ; elle se manifestait aussi par un style qui est typiquement celui de parvenu, à mentalité petite bourgeoise, caractérisé par le gigantisme, la décoration tape-a-l'oll comme preuves de sa puissance, de sa richesse...

Détail intéressant. Le métro de Moscou portait le nom de Kaganovitch, son constructeur principal, l'actuel dirigeant de l'industrie lourde. L'agence TASS vient d'annoncer qu'à la demande des

Moscovites, le métro a été rebaptisé et portera le nom de Lénine, tout comme le nouveau métro de Leningrad ; et Kaganovitch se contentera de donner son nom à une station.

Il y aura en URSS d'autres critiques et d'autres changements que ceux auxquels la bureaucratie procède actuellement. C'est une révolution politique qui mürit dans le pays.

Voici des extraits significatifs de la déclaration du C.C. du P.C. de l'URSS et du Conseil des Ministres de l'URSS sur les problèmes de l'architecture : l'amateurisme, nos architectes et ingéafin d'éviter l'extravagance et nieurs doivent devenir les partisans de tout ce qui est neuf et progressif en construction et en modèle. Le travail de construction doit être accompli conformément aux modèles standards, les plus économiques, élabores sur la base des méthodes de production industrielle. La simplicité, la sévérité de la forme et l'économie dans l'exécution doivent être appropriées à l'architecture soviétique. L'aspect attrayant des constructions doit être obtenu non par l'application d'ornements parés et étendus mais par la relation organique des formes architecturales avec l'objet de la construction, par leurs bonnes proportions, et aussi par une utilisation correcte des matériaux, des structures et des détails, et par la haute qualité du travail. »

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