Bien qu'ils ne soient pas encore parvenus à s'unifier, les pays de l'Amérique latine constituent une unité. Preuve en est, entre autre chose, la simultanéité et le parallélisme des grandes convulsions politiques dans ses vingt républiques. Par exemple, les mobilisations de masse et les insurrections populaires qui se sont produites presque en même temps en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chi-
Un examen sommaire de son commerce extérieur nous permet de définir le Pérou comme un pays producteur et vendeur de matières premières. Dans le tableau suivant sont indiqués, en volume et en
Produits Volume
Coton 82.742
Sucre 313.015
Plomb 147.262
Cuivre, 45.869
Pétrole 946.643
Zinc 211.037
Laine 3.021
Or 28.000
Bismuth 311
Argent 487
Vanadium 1.244
Antimoine 457
Si nous étudions plus à fond la structure économique du Pérou, nous trouvons que les plantations, les sucreries, les mines, les gisements et les fabriques les plus importantes sont propriété de capitalistes étrangers, principalement des Etats-Unis, les mêmes qui contrôlent le grand commerce d'importation et d'exportation.
La culture du coton est aux mains de Péruviens, grands propriétaires terriens qui exploitent les métayers. Mais son exportation et son traitement industriel sont effectués par le capital étranger. L'entreprise nord-américaine W.R. Grace & C° qui monopolise le trafic maritime entre le Pérou et les Etats-Unis achète et vend la plus grande partie de la récolte.Il existe environ une douzaine de grandes fabriques qui traitent le coton, mais 85 % des broches et des métiers appartiennent à la même W.R. Grace li, etc., pendant les premières années de la décade trente et au milieu des années quarante, assumant des tormes sımılaires et recherchant des objectifs identiques.
Il faut en tenir compte. Le présent et l'avenir du Pérou — thème de cet article - sont inséparablement unis à la révolution socialiste latino-américaine en marche. valeur, les principaux produits exportés pendant l'année 1952 (les chiffres sont respectivement, en tonnes métriques, sauf l'or qui est donné en kilogrammes, et en monnaie péruvienne):
Valeur 1.224.355.000 511.001.000 440.939.000 271.189.000 267.079.000 237.610.000 -117.189.000 57.934.000 21.358.000 10.508.000 8.405.000 1.769.000 & C° et à la Duncan Fox britannique.
De même pour la culture de la canne ; la fabrication et l'exportation du sucre sont fortement monopolises : w. n. Grace & Co et Gildemeister & C° possèdent plus de 50 % de la production.
La Cerro de Pasco Copper Corporation, des Etats-Unis, domine toutes les industries minières péruviennes. Ce monopole contrôle l'extraction et le traitement métallurgique du plomb, du cuivre et du zinc. En outre il participe à l'exportation de l'or, de l'argent, du bismuth et de presque tous les autres métaux. La Northern Peru Mining and Smelting C°, filiale du groupe Gugghenheim, l'American Vanadium, et quelques autres entreprises plus petites exploitent le reste. En 1952, le gouvernement Odria a remis à la Utah Construction C°, à des conditions dérisoires, les immenses gisements ter de Marcona (20 millions de tonnes
ECONOMIE SEMI--COLONIALE
ECONOMIE SEMI--COLONIALE
•U A TRIE M d'hématite et quelque 200 millions de tonnes de pyrites). On peut dire que l'or est l'unique industrie minière qui soit propriété de nationaux.
La plus grande partie du pétrole extrait du Pérou appartient à la International Petroleum C°, filiale de la Standard Oil américaine. Pendant le premier semestre de 1953, elle a extrait 5.232.917 barils, tandis que les trois autres (Compania Petrolera Lobitos, Empresa Petrolera Fiscal et Compania Petrolera Ganso Azul) ensemble ont à peine extrait 2.620.720 barils. La nouvelle loi du pétrole approuvée par le Congres en 1952 accorde des concessions
1.120.000 hectares, dont les délais expirent seulement en l'an 2031 et 2032, supprime l'impôt de 33 % sur la valeur du pétrole exporté et, enfin, garantit aux investissements étrangers que les charges ne seront pas augmentées jusqu'à l'année 1972.
L'industrie de la laine a commencé récemment à attirer le capital étranger.
Les chemins de fer, à l'exception de quelques voies sans importance, ont été cédés à perpétuité à la Peruvian Corporation, constituée par les créditeurs britanniques du gouvernement péruvien.
Empresas Electricas Asociadas, nom espagnol du monopole anglo-italien Light and Power C°, produit plus de 50 % de l'électricité et de l'énergie hydroclectrique du pays.
Un trust américano-suédois domine le réseau téléphonique.
Les principaux moyens de transport mar times: et aériens sont propriété étrangère.
La plus grande partie du commerce de gros est aux mains de grandes sociétés internationales d'importation et d'exportation, comme W. R. Grace, Wessel Duval, Ducan Fox, etc.
AGRICULTURE
Le Pérou est un pays essentiellement agricole. Environ 62 % de la population active travaille à la campagne, tandis que les mines et le textile en occupent respectivement seulement 2 et 15 %. Selon Estudio Economico de America Latina 1918, édité par les Nations Unies, pourcentage de l'agriculture dans le revenu national est de 33 %, tandis que les mines et les industries textiles entrent chacune pour 14 %.
C'est Jose Carlos Mariategui → le fondateur du mouvement marxiste latinoaméricain — qui a le mieux étudié les rapports de production dans la campagne péruvienne. Au bout de 25 années, conclusions restent toujours valides, comme le prouvent les témoignages contemporains. Nous nous voyons donc obligé de le citer largement.
* Le régime de travail est déterminé principalement, dans l'agriculture, par le régime de la propriété. Mais il n'est pas possible d'être surpris que dans le même milieu où survit au Pérou le latifundisme féodal survit également, mais sous des formes diverses et avec des noms différents, le servage... Au moyen de « l'engagement » et du métayage, les grands propriétaires résistent à l'établissement du régime du libre salariat, 38
T E RN A TIONA E
Les banques et tout le système financier de la nation sont contrôlés par Wall Street.
En outre, le capital étranger a pénétré dans les domaines mineurs de l'industrie : Milne & C° (farine), Backus & Johnson (bière), Nugget Shoe Polish C• (cirage), etc.
En 1940, le total des investissements américains au Pérou s'élevait à 136.900.000 dollars. Ce chiffre s'est considérablement accru depuis la deuxième guerre mondiale. Déjà en 1945, Wythe pouvait ainsi décrire la situation : « Les Etats-Unis ont la majorité des investissements, ils sont principalement dans les mines, pétrole, les entreprises commerciales, la navigation, l'aviation et les communications, ainsi que dans les branches minières et pétrolières qui comprennent les opérations de raffinage et de fabrication... Il y a également des filiales des fabriques américaines de produits pharmaceutiques et d'articles de toilette. » (1)
• Pour 1952, dernière année sur laquelle on dispose de statistiques complètes, le Pérou a exporté pour une valeur 3.686.478.000 soles et a importé pour une valeur de 4.473.388.000 soles. Sur ces sommes, on a exporté aux Etats-Unis pour 1.030.883.000 soles et importé de ce même pays 2.511.339.000 soles. Ces chiffres révèlent la stricte dépendance économique du Pérou par rapport aux Etats-Unis.
En 1948, le total brut des dettes extérieures du Pérou était de 335 millions de dollars, suivant le cours du change de 1938. La majorité des créanciers sont américains. Il s'agit d'une dette que le pays ne pourra jamais payer.
Quelle autre conclusion peut-on tirer du tableau que nous venons de présenter sinon que le Pérou est une semi-colonie des Etats-Unis? SEMI-FEODALE qui est fondamentalement nécessaire à une économie capitaliste et libérale. L' « engagement » prive 1' « engagé » du droit de disposer de sa personne et de son travail, aussi longtemps qu'il n'a pas satisfait les obligations contractées envers le propriétaire... Le métayage péruvien est une variante du système du servare à travers lequel se prolonge la féodalité dans l'ère capitaliste parmi les peuples politiquement et économiquement arriérés. Le système péruvien de métayage est par exemple identique au système russe de polovnischestvo dans lequel les fruits de la terre, dans un cas sont divisés en parties égales entre le propriétaire et le paysan, et où dans un autre cas, celui-ci ne reçoit que le tiers.
* La faible population côtière repré sente pour les entreprises agricoles une menace constante d'une insuffisance et d'un manque de bras. Le métayage lie à la terre cette population réduite qui, sans un minimum de l'usufruit de la terre, tendrait à diminuer et à émigrer. L' « engagement » assure à l'agriculture sur la côte l'appoint des manœuvres de la montagne qui, difficilement adaptables
G. Wythe, La industria latinoamericana, Fondo de cultura Economica, 1947, page 234.
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RNATIONALE aux régions côtières, y trouvent au moins un travail mieux rémunéré.
* Il faut indiquer que, malgré tout, en apparence ou partiellement, la situation du travailleur dans les terres de la côte est meilleure que sur les terres de le montagne, où le féodalisme maintient intacte son omnipotence. Les propriétaires terriens de la côte se voient obligés d'admettre, quoiqu'avec des limitations, le régime du salariat et du travail libre. Le caractère capitaliste de ces entreprises les oblige à la concurrence. Le travailleur conserve. bien que très relativement, la liberté d'émigrer ainsi que de refuser sa force de travail au patron qui l'opprime trop. La proximité des ports et des villes, leurs rapports avec les voies modernes de trafic et de commerce, offrent d'autre part au manœuvre la possibilité d'échapper à sa destinée rurale et de chercher d'autres moyens de gagner sa subsistance...
• Au fur et à mesure que dans l'agriculture de la côte pénètre la technique scientifique capitaliste, le salariat remplace le métayage. La culture scientifique - emploi de machines, d'engrais, ete. — ne s'accommode pas avec un régime de travail particulier à une agriculture routinière et primitive...
« Les formes de métayage ou de bail varient sur la côte et dans les montagnes suivant les régions, les usages et les cultures. Ils existent même sous divers noms. Malgré leur variété, ils s'identifent en général avec les méthodes précao talistes d'exploitation de la terre observées dans d'autres pays d'agriculture semi-féodale...
* Dans l'agriculture des montagnes se rencontrent particulièrement et exactement ces caractères de propriété et de travail féodaux. Le régime du libre salariat ne s'y est pas développé. Le riche propriétaire ne se préoccupe pas de la productivité de la terre. Il est seulement préoccupé de son rapport. Les facteurs de la production se réduisent pour lui presque uniquement à deux : la terre et l'Indien. Le propriétaire de la terre a le droit d'exploiter de façon illimitée la force de travail de l'Indien. L'usure pratiquée sur cette force de travail - qui se traduit dans la misère de l'Indien ajoute au revenu de la terre, calculs suivant le type habituel du contrat. Le riche propriétaire se réserve les meilleures terres et répartit les moins productives entre ses Indiens qui sont obligés de travailler de préférence et gratuitement les premières, et de se contenter pour leur subsistance des fruits des secondes. Le loyer du sol est payé par l'Indien en travail ou en nature, très rarement en argent (la force de travail de l'Indien etant de la plus grande valeur pour le propriétaire), plus communement sous des formes combinées et mixtes. Une étude du Dr Francisco Ponce de Leon, de l'Université de Cusco, qui • lustre dune documentation de première main toutes les varietes du bail et du métayage dans ce vaste département, présente un tableau assez objectif - exception faite des conclusions de l'auteur qui est respectueux des privilèges des propriétaires - de l'exploitation féodale. Voici quelques-unes de ses vérifications: « Dans la » province de Paucartambo le proprié» taire concède l'usage de la terre à un » groupe d'indigènes à la condition qu'ils » fournissent tout le travail que requiert » la culture des terres de la propriété » que se réserve le maître ou le patron » pendant toute l'année. En outre, les » métayers ont l'obligation de transpor» ter avec leurs propres bêtes la récolte » de la propriété à la ville, sans rému» nération, et de servir de domestiques » à la même propriété ou plus commu» nément à Cusco, où résident de prété» rence les propriétaires. La même chose » se produit dans le Chumbivilcas. Les » metayers cultivent la surface qu'ils » peuvent, mais doivent en échange tra» valller pour le patron chaque fois qu'il » l'exige. Cette forme de contrat peut se » simplifier ainsi : le propriétaire propose » à l'autre partie d'utiliser la surface de » terre qu'il lui est possible de faire, à » la condition de travailler au profit du » propriétaire chaque fois que celui-ci en » aura besoin. Dans la province d'Anta, » le propriétaire cède l'usage de ses terres » aux conditions suivantes : le métayer » met sa part de capital (semences, en» grais) et le travail nécessaire pour que » la culture se réalise jusqu'à ses derniers » moments (récolte). Une fois conclu, le » métayer et le propriétaire se partagent » à parts égales les produits. Il est dit » que chacun d'eux reçoit 50 % de la » production, sans que le propriétaire » ait fait autre chose que céder l'usage » de ses terres sans meme les amenorer. » Mais ce n'est pas tout. Le métayer est » obligé de concourir personnellement au » travail du propriétaire pour la rému» nération habituelle de 25 centavos par
» jour. »
« Aucune propriété et manquent dale. » (2)
Répétons-l étudiée par des sombres formes de la du travail précapitalistes ne dans la montagne féoe : la situation décrite et
Mariategui n'a pas changs pendant le dernier quart de siècle. Dans la montagne le prouvent les soulèvements indigènes constants. Sur la côte, en raison du développement de la technique, surtout dans l'industrie sucrière, les peones ont été transformés en ouvriers agricoles, mais nous ne devons pas oublier que les syndicats continuent à être illégaux dans cette branche de la production, et que toute la vie normale aujourd'hui se résume dans l'inscription latine de la grande horloge de la propriété Casa Grande : « Tace, ora et labora » (Sois sage, prie et travaille).
Le régime de propriété de la terre au. Pérou est un des secrets les mieux gardés de la classe gouvernante. Il est impossible de savoir exactement le pourcentage de terres que possedent les paysans et les gros propriétaires. On ne trouve aucun chiffre ni dans le Censo de Poblacion Ocupacion de 1940, ni dans l'Anuario Estadistico, ni dans le Boletin de Estadistica Peruana ni dans l'Anuario Monografico Agropecuario.
(2) Jose Carlos Mariategui, Sept essais d'interprétation de la réalité péruvienne (Editora Amauta, 1952, P. 90 et suivantes)
Cependant, sachant que la répartition de la propriété des terres au Pérou est plus ou moins la même que dans l'Amérique latine dans son ensemble, nous pensons utile de recopier l'estimation suivante : « Des 32,9 millions de personnes employées dans l'agriculture pour l'ensemble de nos pays, le secteur des journaliers (comprenant le petit paysan semi-prolétaire, les manœuvres et les métayers, ainsi que les ouvriers agricoles proprement dits) représente environ 88 % soit 29 millions d'êtres. Le groupe des cultivateurs moyens (propriétaires, métayers et agriculteurs spécialisés) comprend approximativement 3,3 millions de personnes (10 % du total), tandis que les propriétaires possédant de grands domaines agricoles constituent seulement 2 % (environ 600.000 individus). » (3)
En 1940, sur 1.546.000 « personnes occupées dans l'agriculture » en Pérou, 86,3 % étaient des paysans sans terre.
Comment se répartissent les 13,7 % restants ?
On ne peut le dire approximativement que par comparaison avec le régime de
L'exposé que nous venons de faire conduit à la conclusion que, pour progresser, le Pérou doit s'émanciper de l'impérialisme et liquider les survivances féodales. Il est impossible de développer les forces productives du pays sans accomplir préalablement ces tâches. Mais quelle est l'attitude des classes sociales
NTERNATIONALE la propriété agraire dans les autres pays de l'Amérique Latine. Pour cela nous avons utilisé les calculs faits par le Département des Recherehes Economiques de l'Université de Mexico.
La propriété de la terre au Pérou n'est pas la même qu'au Mexique, du fait que la réforme agraire mexicaine a tendu à distribuer les terres entre les paysans. On peut en dire la même chose en ce qui concerne l'Argentine, en raison de l'importance qu'y a l'élevage et, par conséquent, les prairies et le pâturage.
L'Equateur et le Chili paraissent étre les pays d'Amérique latine dont les régimes de propriétés agraires sont les plus semblables à celui du Pérou. En dent 60,5 % des terres, fandis que 96 Equateur, 4 % des propriétaires n'en ont seulement que 39,5%. Au Chili. 6 % des propriétaires possèdent 89,5% des terres, tandis que 94 % n'en ont seulement que 10,5 %. Les chiffres du Pérou doivent osciller entre les chiffres correspondants de ces deux pays, mais en étant plus près de ceux de l'Equateur que de ceux du Chili.
Tout d'abord voyons comment est divisée la société péruvienne. *L'économiste Carlos Salinas a publié un intéressant article dans la revue Caretas (N° 65, 20 juin 1954). Il y étudie la répartition du revenu national dans la population économiquement active. Sur la base des données statistiques qui y sont présentées, nous avons établi le tableau suivant de la division de classe au Pérou : Revenu annuel Revenu mensuel par tête (en soles) par tête (en soles)
Jusqu'à 10.000 174,23
De 10.000 à 50.000 1.091,61
De 50.000 à 1.000.000 5.984,46
Plus de 1.000.000 217.438,60 pour les ouvriers, ,les paysans et les petits bourgeois pauvres, consiste dans la révolution anti-impérialiste et la révolution agraire.
L'émancipation nationale et la liquidatioa du féodalisme sont des taches historiquement bourgeoises. Cela veut dire que, dans la période d'ascension du capitalisme, elles furent accomplies par la bourgeoisie ou par d'autres classes (petite bourgeoisie, artisans et prolétariat naissant) pour le compte et le profit de la bourgeoisie. Exemple, la révolution française de 1789-1793.
Mais, au 20è siècle ,dans la période de déclin du capitalisme, la bourgeoisie est incapable de réaliser ses tâches historiques. Et le prolétariat, qui est à son âge mûr, l'accomplit pour son propre compte et à son propre profit. Exemple, la révolution russe de 1917.
Lénine l'a expliqué lumineusement :
en présence de celles-ci ?
Classe sociale
Prolétaires, paysans et petits bourgeois pauvres
Petite bourgeoisie
Bourgeoisie
Grande bourgeoisie et propriétaires terriens nombre de personnes
2.212.788
170.921
3.061
Une poignée de personnes (285 et 3.061) est pourvue de tout et vit dans le luxe. La masse de la population (2.212.788 personnes) ne possède rien et vit dans la misere. Entre elles, se trouve la petite bourgeoisie, numeriquement tres laiole (170.921 personnes).
Sur une extrême polarisation de la société se basent l'économie semi-coloniale et l'agriculture semi-féodale que nous avons analysées dans cet article. Il est facile de comprendre que les bourgeois et les propriétaires fonciers sont vitalement intéressés au maintien du présent état de choses et, par suite, sont les ennemis de l'émancipation nationale et de la liquidation du féodalisme. Par contre, l'unique espérance d'amélioration
(3) Miguel Mejia Fernandez, Le problème du travail forcé en Amérique latine, Universidad travail forcé en Amériose latine, Universidad Na- Universidad Nacional de Mexico, 1954, P. 35 40
NOTRE REVOLUTION : DEMOCRATIQUE PAR SES OBJECTIFS IMMEDIATS,
PERMANENTE PAR SA DYNAMIQUE
NOTRE REVOLUTION : DEMOCRATIQUE PAR SES OBJECTIFS IMMEDIATS,
PERMANENTE PAR SA DYNAMIQUE
« Nous avons résolu, dit-il dans son article A propos du quatrième anniversaire de la Révolution d'Octobre, les problèmes de la révolution démocratique bourgeoise sans nous y arrêter, en passant, comme un produit accessoire de notre tâche principale et véritable, de notre tâche prolétarienne révolutionnaire bourgeoises proletarienne révolutionnaire, socialiste. Les réformes démocratiques sont un produit accessoire de la révolution prolétarienne, c'est-à-dire socialiste.» Et. quelques lignes plus loin, il critique ceux « qui n'ont pas comprendre cette corrélation entre la révolution démocratique bourgeoise et la révolution socialiste prolétarienne. La première se transtorme en la seconde. La seconde résout en passant les problèmes de la première. La lutte, et seulement la lutte, détermine jusqu'à quel point la seconde arrive à dépasser la première. »
Certains - les staliniens entre autres
- affirment qu'il existe une fraction « progressiste » de la bourgeoisie nationale, avec laquelle le prolétariat doit s'allier pour faire avancer la révolution anti-impérialiste et la révolution agraire.
Les trotskystes nient en général l'existence d'une telle bourgeoisie « progressiste».
Mais examinons le cas concret du Pérou.
La bourgeoisie péruvienne est très faible ; elle est liée intimement au latifundisme semi-féodal ; elle se sent solidaire de Wall Street ; elle a peur surtout des masses du pays. Comme nous le savons, les secteurs de base du capitalisme péruvien ne sont pas sa propriété mais celle des monopoles étrangers. Le capital national est rélégué aux branches secondaires de l'industrie. Les bourgeois de la côte investissent dans les exploitations agricoles des montagnes une partie de leurs capitaux et les propriétaires fonciers des montagnes en font de même pour une partie de leurs revenus — une faible proportion - dans les fabriques de la côte. « Notre » bourgeoisie identifie sa destinée à celle de l'impérialisme américain, parce qu'elle comprend que c est l'ultime bastion contre la révolution socialiste. Sa peur des travailleurs est justifiée : une fois en mouvement, ils ne s'arrêteront pas à mi-chemin et achèveront de l'exproprier.
Penser qu'un fragment de cette bourgeoisie rachitique va s'allier à ses ennemis historiques (les ouvriers) pour la lutte contre ses complices en exploitation (les propriétaires fonciers) et contre le noyau le plus puissant de sa propre classe (la bourgeoisie américaine) est une illusion opportuniste et dangereuse.
La direction de l'APRA forme l'aile gauche de la bourgeoisie péruvienne. Sa politique de capitulation devant l'impérialisme démontre que les travailleurs n'ont rien à espérer d'aucun secteur bourgeois.
La petite bourgeoisie urbaine et rurale, bien que favorable à la révolution antiimpérialiste et à la révolution agraire, est incapable de les diriger. Ces deux classes sont hétérogènes et désorganisées.
« La classe moyenne des villes au Pérou - disions-nous voici quelque temps
NTERNATIONALE dans un autre article — se divise d'une façon bien marquée. Ses couches superieures, composées de commerçants prospères, de fonctionnaires d'Etat à bons appointements, d'employés supérieurs et moyens des banques et des entreprises impérialistes, de professions libérales à clientèle et influence politique, etc. sont peu nombreux et inconditionnellement attachés au régime social existant. Les couches inférieures qui se paupérisent davantage de jour en jour, rassemblent les petits commerçants et les categories inférieures de la bureaucratie étatique, les employés mal payés, les instituteurs, les professions libérales sans clientèle, ete., . grande majorité des étudiants de l'Université proviennent de cette couche sociale.
« La petite bourgeoisie urbaine pauvre est profondément mécontente de sa position dans la société et de la situation actuelle du pays, les dernières grèves des universitaires et des employés de banque sont des symptômes de ce mécontentement. La bourgeoisie impuissante à pratiquer une politique indépendante l'impérialisme, ne lui offre aucune issue.»
Dans le même article, nous écrivions : « La grande majorité de la population péruvienne est constituee par des paysans, Les journaliers qui cultivent canne à sucre dans les grands latifundias de la côte s'assimilent chaque fois a la classe ouvrière, la preuve en donnée par les grandes grèves de 1952. Mais le reste, c'est-à-dire la majorité écrasante des paysans végètent dans le semi-servage et la misère de la parcelle microscopique. En raison de leur dispersion et de leur retard, les paysais péruviens ont une forte tradition de rébellion. Les soulèvements indigènes, fréquents du temps de la colonie, n'ont cessé durant toute la République.
« Les paysans péruviens, presque en totalité, sont de race indienne. Un grand pourcentage parle le quetchoi ou l'amara et ignore l'espagnol. Les autres parlent occasionnellement cette langue-ci mais ils restent fidèles aux langages des Incas. A leur oppression économique comme travailleurs champs vient s'ajouter l'oppression nationale comme Indiens, qul se manifeste par l'inégalité des droits avec le reste de la population, la discrimination raciale qui s'exerce contre eux dans les villes (à Lima surtout) et par les nombreux griefs qu'en plus de ceux de leur condition . de travailleur. leur apporte leur condition de « race inférieure ».
« Les travailleurs semi-serfs des montagnes, les communautaires expropriées, les métayers opprimés par les corvées féodales, les petits propriétaires endettés et menacés d'expulsion par suite des hypothèques les autres Péruviens. tous désirent la terre à égalité avec
« Le paysan est incapable de formuler son propre programme politique, ce qui veut dire de se grouper dans un parti indépendant, et d'organiser par lui-même ses forces dispersées. En outre, ila besoin d'un allié dans les villes qui peut détruire la machine militaire-policièrebureaucratique qui se trouve en son centre, l'Etat bourgeois, l'organe de répres-
QUAT RIF ME sion sanguinaire des rébellions paysannes.
« La classe ouvrière, qui pour ses propres fins est intéressée à la destruction de l'Etat bourgeois est la seule classe qui puisse formuler le programme de la révolution agraire et organiser le soulèvement spontané des paysans parce que les propriétaires fonciers sont tout aucant ses ennemis que ceux du paysan. Etant une minorité de la nation, il besoin de l'alliance de l'immense majorité pour pouvoir consolider sa victoire. » (4)
Le prolétariat doit assumer la direction de la révolution anti-impérialiste et de la révolution agraire. Allié à la petite bourgeoisie pauvre des villes et à la paysannerie, il conquerra le pouvoir pour accomplir deux tâches immédiates: l'émancipation nationale par rapport à l'impérialisme et la liquidation du féodalisme. Mais la tâche ne s'arrêtera pas là. Impulsé par sa position de classe, il
(4) Ismael Frias, Considérations sur la révolution révolution anti-impérialiste au Pérou, (Que hacer ?, N° 6, avril 1954, p. 87, Mexico) 42
E RNATIONAL E combinera la réalisation de ces réformes démocratiques avec l'adoption de mesures socialistes : la destruction de l'Etat bourgeois et l'instauration de la dictature du prolétariat, la nationalisation de ls terre et sa répartition entre ceux qui la travaillent, la nationalisation de la propriété impérialiste et de celle de la grande bourgeo sie nationale, le contrôle ouvrier de la production et la gestion ouvrière des industries nationalisées.
Un tel programme ne pourra se réaliser si la révolution qui éclatera au Pérou ne se propage pas aux autres républiques latino-américaines. Au début de cet article nous disions que notre continent est un . Notre révolution triomphera sod la forme des Etats-Unis socialistes d'Amérique latine.
La dynamique de la révolution fut énoncée par Trotsky : « Dans le cours de son développement, la révolution démocratique se transforme directement en révolution socialiste et devient ainsi révolution permanente.»
Mexico, janvier 1955.