Le Parti Communiste espagnol vient de tenir son 5e congres ou il a adopté un nouveau programme de lutte anti-franquiste.
Une série de mots d'ordre — les uns justes, les autres erronés et même réactionnaires — sont inscrits à ce programme ; d'autres tel celui du contrôle ouvrier sur la production ont été bannis.
Il n'est plus question de la dissolution de la caste réactionnaire des généraux et de la sinistre Garde Civile, mais de la « réorganisation démocratique de l'armée et des autres corps corps armés ». Plus question non plus de la formation de comités autono nes des travailleurs, mais d'une « coalition des forces politiques démocrafidans un large Front national qui doit devenir, « avee l'aide du pouvoir d'Etat », l'instrument assurant après la chute de Franco la réalisation du gramme proposé par le P.C. « pour l'indépendance et la démocratisation de PEspagne et pour une amélioration des conditions de vie du peuple espagnol ».
Bien que la théorie stalinienne de la révolution démocratique bourgeoise ait 11 lors de la guerre civile espagnole essuyé le dementi le plus sanglant et décisif, le cidive. est conten P. C. espagnol récidive. Il continue à préconiser cette révolution bourgeoise, qui serait « nécessaire et inévitable » et aurait été « freinée » par Franco. Développer les forces productives de l'Espagne dans le maintien du régime capitaliste, telle est la perspective que le P.C. montre au prolétariat dont la mission « historique » (!) serait de défendre toutes les classes et toutes les couches sociales formant Je Front national.
Il serait vain de prouver, entre autre, a la direction du P.C. espagnol que la mise sur pied d'un système économique qui a fait faillite n'a jamais et nulle part apporté ni ne peut apporter une amélioration « radicale » des conditions de vie des masses.
L'orientation générale du programme adopté par le P.C. espagnol s'éclaire quand on examine de près la ligne directrice qui a marqué de son sceau ce document. Il s'agit en définitive d'un document écrit sous la dictée de la « guerre froide » ; où la paix et la « coexistence pacifique » deviennent les premiers des buts ; où les contours de la réalité espagnole finissent par s'estomper à force de vouloir limiter cette réalité aux plans stratégiques du Pentagone ; où la lutte contre le régime franquiste — « instrument de l'impérialisme américain », ce qui est d'ailleurs vrai — va à la traine d'une lutte avant tout et surtout contre l'impérialisme yankee. Il s'agit enfin d'un document où les classes possédantes espagnoles sont caractérisées non par rapport à leur place économique et sociale dans non par rapport à la classe ouvrière, mais plutôt par rapport à leur attitude envers l'impérialisme américain.
C'est ainsi que le 5è Congrès du P.C. espagnol a donné une nouvelle caractérisation des capitalistes espagnols. Il les a divisés en deux groupes : les « monopolistes », inféodés à polistes_», non liés patriotique national
On lit daus ce l'impérialisme yankee et qu'il faut abattre, et les « non monoà l'impérialisme américain, qu'il faut attirer dans un Front programme : « Il existe également la bourgeoisie non monopoliste... que l'oligarchie financière comprime et pousse à la ruine... Les intérêts des masses, les intérêts de la bourgeoisie non monopoliste... imposent la réalisation de cette révolution » (démocratique bourgeoise). Et encore : « Chez certains éléments bourgeois de l'opposition franquiste... existent certaines craintes.. certaines hésitations à affronter ouvertement et résolument la solution du problème. comme cela correspond aux intérêts de l'Espagne et non pas de tel ou tel groupe. de telle ou telle fraction monarchiste ou républicaine ».
Ces craintes et hésitations ne sont pas du tout fondées, déclare le P.C. espagnol, car le dilemme : franquisme ou communisme, ne se pose même pas ; c'est un « laux dilemme » repandu par la propagande lasciste, le seul et veritable dilemme etant : « Tyrannie fasciste ou démocratie ; asservissement de espagne ou indépendance nationale ; guerre ou paix ».
Au sujet des mesures à prendre envers les monopolistes, elles ne correspondent nullement à l'anéantissement de ces puissances financières que le P.C. propose et qui est d'aileurs nécessaire En effet.tandis qu'il préconise la nationalisation de la Banque centrale de l'Espagne. le P.C. se contente d'un simple contrôle de l'Etat sur les grandes compagnies d'assurance et sur les « six grandes banques dominées par l'oligarchie financière et terrienne (qui) contrôlent la majeure partie de l'industrie, des crédits et des finances, du commerce extérieur et intérieur, accumulant la part décisive du capital espagnol ». ( souligné par nous).
Le P.C. est pour la disparition des latifundias et la distribution des terres aux paysans pauvres, mais aussi pour le « respect de la propriété des paysans aisés et riches ». Le P.C. est pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais aussi pour que l'Etat subvienne aux besoins des cultes, « compte tenu des , sentiments religieux d'un grande partie de la population espagnole ». Cette attitude du P.C. à l'égard d'une Eglise qui est le plus grand soutien du régime franquiste et qui est étroitement liée à l'oligarchie financière et terrienne, trouve peut-être SOn explication dans l'opposition que le clergé espagnol mène aujourd'hui envers l'impérialisme américain en matière religieuse.
On sait que la question royale a ouvert une grave crise dans les sphères dirigeantes de l'Espagne franquiste, Les menaces de restauration monarchiste sont de plus en plus visibles, mais il semble que celle-ci ne soit pas pour demain. Sur la « voie froide » contenue dans le compromis intervenu entre Franco et Don Juan pour parvenir par étapes à cette restauration, se dresse toujours un barrage d'une Phalange qui entend continuer à jouer le rôle de premier ordre et se refuse d'être mis à l'écart sinon congédiée par les Bourbons. Quant à la « voie chaude », si elle était par hasard envisagée par les monarchistes - et imposée en definitive par Parmée, à laquelle revient toujours en Espagne 'le dernier mot _ elle comporterait de graves risques pour l'avenir de la monarchie elle-même.
Les récentes déclarations publiques du monarchiste Franco invitant les Bourbons a respecter, quand ils seront revenus à la tête de l'Etat, les institutions politiques et autres creees par le regime franquiste, revèlent la portée des divergences des hautes sphères dirigeantes et les craintes de Franco d'être débordé par une lutte de fractions qu'il veut à tout prix éviter.
Sur cette question royale qui peut déclencher une intervention des masses dans un sens ou dans un autre, le 5è congrès du P.C. espagnol s'est tu. Pour le moment, il se tient à la constitution d'un Front national pour renverser France et à la constitution d' « un gouvernement provisoire » sorti de ce Front, qui remettra ses pouvoirs à une Assemblée constituante après la chute de Franco. Et : 12
E niste luttera pour une république démocratique où le peuple souverain sera repré- « Une fois la période constituante l'organisation de l'Etat viendra » ! Alors, commencée, le moment d'aborder les et seulement alors, le « parti commutâches de lu P.C. sur la forme étatique que prendra le régime se succédant à Franco, auto ente par une Chambre elue au suffrage universel », ete., Cette prudence rise-t-elle à croire que le espagnol ne répugnerait pas dans l'immédiat à une alliance avec les monarchistes
Dans le nouveau programme du P.C. où abondent les appels patriotiques aux bourgeois voués, parait-il, à la ruine, on ne trouvera pas le moindre appel aux grandes organisations ouvrières espagnoles (C.N.T., P.S., U.G.T.). Ici le sectarisme du P.C.
rejoint son opportunisme. Il se limite à faire un appel vague et général à l'unité...
à la base : « Le parti communiste est prêt à adopter avec les ouvriers appartenant à d'autres partis ou organisations des mesures » conduisant à l'unité politique et syndicale de la classe ouvrière espagnole.
Le prolétariat espagnol saura faire échec à cette politique de défaite. Quant aux militants révolutionnaires des autres organisations sauront combattre l'orientation politique du P.C. sans pour autant se laisser prenouvrières espagnoles, dre aux pièges que les directions de ces organisations ne manqueront pas de tendre dans une lutte antistalinienne sans principe qui fait le jeu de la réaction et du P.C.
lui-même.
Moins que jamais une lutte effective contre le régime franquiste n'est concevable sans le front-unique de toutes les organisations ouvrières, y compris le P.C.
espagnol, sur un programme de classe, pour une perspective d'une solution d classe.