L'avènement du gouvernement Mendès-France fut le produit de l'impasse dans laquelle trouvait capitalisme français en juin 1954. Il fallait avant tout arreter la guerre d'Indochine.
Ceci fait, ce gouvernement manifesta l'intention de trouver un accord avee la bourgeoisie tunisienne. Le Parlement repoussa la C.E.D.
Là s'arrêta la capacité de tourner de l'aile la plus avisée du grand capital Elle aida a mettre sur pied les accords de Paris, s'associa à la S.E.A.T.O., pietina dans les pourparlers en Tunisie, fut incapable de trouver des interlocuteurs dans la bourgeoisie marocaine et commença la guerre en Algérie. Sur le plan économique et social, Mendes-France n'utilisa les pouvoirs que lui avait accordés lAssemblée nationale que pour prendre des mesures insignifiantes.
Au début, le P.C. et le P.S. votèrent la confiance à Mendes-France ; les accords de Paris plaçèrent le P.C. dans l'opposition. Le P.S. - qui seul resta fidele jusqu'au au gouvernement - se refusa cependant à y participer. Le soutien diffus de l'opinion publique allait diminuant. La majorité reactionnaire du Parlement se dechaina. Dien Bien Phu était oublié. Les vieilles figures sont revenues pouvoir.
L'opération Mendès-France n'a pas été menée jusqu'au bout et, de ce fait, la confusion reste grande dans les masses.
Les grands partis ouvriers, chacun à sa facon, entretiennent la confusion. Le P.S. se trouve dans l'opposition, mais sans le dire franchement et apres avoir permis à un des siens, Pineau, de mettre sur pied pour 24 heures un gouvernement dans lequel étaient représentés tous les groupes parlementaires, à l'exception du communiste. Le P.C., en presence des plus grandes contradictions de la bourgeoisie, déclare que du P.S. à Pinay et Reynaud, c'est tout un. Pendant la quinzaine de jours que dura la crise ministérielle , le P.C. n'a à aucun moment tiré un traet, fait acte de candidature au pouvoir : il s'est seulement déelaré pret à soutenir quieonque voudrait mettre en échec les accords de Paris ! 10
Aussi, malgré un mécontentement general, les travailleurs ne bougent pas ; tandis que les petits commerçants s'agitent autour de quelques démagogues aux traits fascisants, d'une façon qui heureusement n'est que superficielle.
Les vieilles équipes qui ont repris le pouvoir sentent bien la fragilité de la situation. Elles prétendent ne pas revenir en arrière au sujet de la Tunisie, promettent de faire quelque chose en matière de salaire. Dès maintenant, la politique intérieure en France est menée sous le signe des élections qui, normalement, doivent avoir lieu en mai 1956.
Pour avoir un Parlement plus maniable, les groupes bourgeois et le groupe socialiste vont chercher à fabriquer une électorale destinée à réduire la représentation communiste ; mais comme chaque parti a ses intérêts propres, une solufion ne sera pas aisée à trouver.
D'autre part, l'aile de la bourgeoisie qui a soutenu Mendès-France rêve de labriquer, comme ce fut fait autrefois, une sorte de coalition des « gauches » qui, avec beaucoup de démagogie et beaucoup de chance, enlèverait au P.C. un très grand nombre de voix. Mais ces " gauches » ne sont pas faciles à rassembler, car tous les partis bourgeois sont divisés et on ne peut ni faire une coalition de morceaux de partis ni improviser une nouvelle formation politique.
capitalisme français avance au jour le jour, conscient de l'abime qu'il cotoie, mais incapable de trouver des mesures susceptibles d'assurer son salut.
les grands partis ouvriers qui, par les politiques scandaleuses de leurs directions respectives, lui permettent de prolonger cette
Ce n'est évidemment pas sans conséquences dans ces partis ; le malaise sévit dans chacun d'eux.
Au P.S., on observe une crise aux formes inattendues. La maiorité du parlementaire est opposée à la direction du parti. Dix-huit députés ont voté contre les accords de Paris et ont été exclus. La plupart étaient à la droite du P.S., sont les éléments de gauche qui prennent leur défense. Pour l'instant, il n'y a pas une lutte de tendances ayant des politiques divergentes, mais méfiance convergente envers la direction Guy Mollet.
Dans is P.CT, la manifestation la plus gentrale, o'est rabsentéiste la guere d'activité à un niveau extrêmement bas, jamais atteint depuis la fin de direction, voyant que les appels aux délégations contre les accords de rendent de moins en moins, vient de se souvenir des revendications immédiates, met en vedette dans « L'Ilumanité » les petits mouvements de grèves qui se produisent et explique aux militants qu'on peut aussi cette façon arriver à changer la politique extérieure. Il pas surprenant que quelque chose fermente à nouvean dans les sommets. Lecœur, destitué au dernier Congrès, a donné sa démission du groupe parlementaire et cherché à prendre quelques contaets dans sa Fédération. Le Comité Central s'est borné à l'exclure pour un an ! Une telle mansuétude pourrait être le résultat d'un compromis aux plus hauts sommets.
Cette situation des deux partis constitue done une entrave à un redémarrage des mouvements ouvriers en France. Il est plus probable que la politique du nouveau gouvernement suscitera des résistances et des mouvements en Afrique du où les colons se sentent ragaillardis et les peuples coloniaux plus méfiants. Néanmoins, même en France, luttes. Les masses, si elles avaient des illusions il y a dans la situation des éléments qui peuelles avaient des illusions sur Mendes-France, les hommes du gouvernement Edgar Faure. A les deux partis P.C. et P.S. sont dans l'opposition. En même de très grandes divisions déchirent les classes possédantes. Lorsque les masses bougeront dépit de directions, probable que ces mouvements cristalliseront des oppositions, courants cherchant au sein des grands partis une nouvelle orientation politique.