Après la rupture des deux députés droitiers Magnani et Cucchi, qui devaient constituer plus tard un petit mouvement social-démocrate centriste, le P.C. italien n'avait plus connu de difficultés intérieures sérieuses. Tandis que le P.C. français devait enregistrer l'affaire Marty-
En décembre 1953, un Comité Central du P.C. italien, constatant que la période statutaire entre deux congres nationaux était passé (le dernier congrès avait eu heu au printemps 1951 et les statuts prévoient une convocation tous les deux ans), décidait de convoquer dans les six mois à venir les congrès provinciaux du parti, mais ne fixait pas si, après ces congrès locaux, il y aurait un congrès national.
Les congrès des fédérations eurent lieu et, en général, les discussions furent plus vives que par le passé. Des voix critiques, même si ce n'est que sur des questions limitées, se firent entendre, par exemple à Rome et à Milan.
Le Comité Central laissa s'écouler plusieurs mois et ce ne fut qu'à la fin de juillet 1954 qu'il décida de ne pas tenir, après les congrès locaux, un véritable congrès national , comme l'exigeaient les statuts, mais de convoquer à sa place une conférence nationale, à laquelle assistent des délégués désignés par les directions provinciales. Cette conférence fut annoncée pour la mi-novembre.
Mais la mi-novembre arriva et personne ne parlait de la conférence. Elle fut, en réalité remise de deux mois, mais on ne communiqua rien à ce sujet. Finalement, quelques jours à l'avance, la convocation fut annoncée pour le 9 janvier, et la conférence commença effectivement à cette date.
Toute la préparation avait été évidemment étrange. Mais ce qui arriva après révéla les buts de la manœuvre de Togliatti. Les congrès provinciaux lui donnèrent l'impression qu'il y avait dans le parti des remous dangereux et il décida alors de remplacer le congrès par une conférence aux délégués strictement contrôlés. Mais il craignait encore une action des éléments critiques et il voulut empêcher qu'elle puisse être organisée : c'est pourquoi il fit remettre la conférence de deux mois et en communiqua la convopeu de jours avant.
La situation dans le parti ne permettait pas d'empêcher toute forme de discussion. La direction decida donc, d'admettre une discussion dans le journal du parti au cours du mois de décembre.
Certes, la discussion fut très limitée, même du point de vue quantitatif : le journal publia une cinquantaine d'in-
Tillon et l'affaire Lecœur, Togliatti pouvait se vanter d'avoir derrière lui un parti vraiment « monolithique ».
Ce qui est arrivé dans les dernières semaines change un peu le tableau, même aux yeux des observateurs les plus superficiels.
terventions, dont la moitié au moins de part de membres du C.C. ou des dirigeants de la C.G.T. Mais, malgré tout, le débat fut incontestablement intéressant. Des cadres moyens du parti firent entendre des critiques sur des points très importants et des dirigeants même dürent faire des aveux significatifs. Donnons-en des exemples.
En ce qui concerne la lutte du Parti contre les accords de Paris qui fut conduite d'une façon très faible, même sur le plan parlementaire (à la Chambre des députés) - un militant écrit (Unita, ler janvier 1955)
« Sur le réarmement allemand il faut constater que la façon dont on a développé la lutte parlementaire a désorienté un peu les camarades. Pourquoi, pour une question d'une importance vitale, a-t-on accepté les limitations dans la discussion (a la Chambre) ? Une lutte développée comme le fut celle contre le Pacte Atlantique ou contre la loi électorale majoritaire n'aurait-elle pas donné un essor à la lutte même dans le pays ? La façon dont le débat fut développé ne donnet-elle pas l'impression qu'on considère le réarmement allemand comme certain et inévitable ? »
D'autres membres du Parti semblent ne plus croire à l'utilité des pétitions, des délégations, etc. et demandent une politique plus énergique contre les répressions gouvernementales et les provocations des néofascistes. Le secrétaire d'une section romaine écrit le 9 décembre :
« Les travailleurs ne croient pas soit possible de avec succes lutte contre cette politique anti-démocratique (du gouvernement et des patrons) en misant surtout sur la dénonciation d'une situation de plus en plus insoutenable... Il y a encore trop d'organisations du parti et de masses qui croient pouvoir résoudre les problèmes des travailleurs seulement par des pétitions, des délégations, etc. ; activités qu'il ne faut pas abandonner, mais dont il ne faut pas abuser, surtout de la part des organisations syndicales."
Le même argument était repris par un ouvrier de Livourne, qui se déclarait d'accord, même au nom de ses camarades et qui demandait « une lutte... moins parlementaire ».
Sur le plan syndical, il y a eu aussi
DES PROCEDES BUREAUCRATIQUES ET UN DEBAT INTERESSANT
DES PROCEDES BUREAUCRATIQUES ET UN DEBAT INTERESSANT
Q VATRIEME I des critiques très vives, surtout en ce qui concerne la tactique des luttes revendicatives. A ce sujet on a enregistré même l'intervention de dirigeants locaux d'une certaine envergure. Le secrétaire de la Chambre du Travail de Rome écrit textuellement (16 décembre) :
« Le rythme des luttes a été sacrifié trop souvent au rythme de l'unité au sommet, de l'unité formelle et au rythme des rencontres sur le plan ministériel. On a créé de la confusion et même de l'incertitude parmi les travailleurs, parce qu'il élait évident que les longues interrupions dans les luttes de catégorie ou d'entreprises faisaient le jeu du patronat... L'insuffisance fondamentale a été le manque d'un plan organique d'action syndiesle pour la défense des chômeurs.»
En ce qui concerne le régime à l'intérieur des syndicats et du parti, la carence d'une véritable démocratie et la prévalence des mœurs bureaucratiques ont été l'objet de plusieurs interventions. L'un des membres de la direction du parti
S'il y avait des militants qui espéraient réellement une clarification de la part de la Conférence Nationale, ils ont du être terriblement déçus.
En effet la Conférence n'a donné aucune réponse aux questions que plusieurs militants de la base et certains cadres moyens et inférieurs s'étaient posées et se posent.
Si on considère le document sans doute le plus important, à savoir le rapport politique de Togliatti, on constate que la plus grande partie de ce rapport est consacré à une répétition ennuyeuse de thèmes qui seraient plus à leur place dans un meeting électoral que dans une conférence nationale du parti.
A part cela, Togliatti a reconnu la gravité de la situation internationale et la nécessité de lutter contre le réarmement allemand d'une façon plus énergique. li va ainsi donner une certaine satisfaction à ceux qui avaient avancé des critiques sur ce plan. Mais s'il a parlé d'un plus grand dynamisme — même dans le rapport d'une des commissions de la conférente . pas un seul mot de critique ou d'autocritique sur la méthode de lutte du passé, pas un seul mot de clarification sur la ligne a suivre dans l'avenir. En réalité, la ligne droitière est confirmée, aussi bien que la perspective en ce qui concerne la question capitale du gouvernement. Togliatti et les autres ont parlé encore une fois d'un « gouvernement de paix ». « d'un gouvernement qui se base sur les masses ouvrières et sur le peuple et assure la participation au pouvoir des représentants des grandes masses travallleuses ».
Il est vrai que Togliatti a parlé, ensuite, de la nécessité de « transformations démocratiques qui aillent dans la direction prévue par le socialisme ». Mais la véritable signification de ces mots est illustrée par l'affirmation qui suit : « Il est clair que nous avons dans notre Constitution même les lignes d'un pro30
NTERNATIONALE est allé jusqu'à écrire, en se référant à la dernière lutte des ouvriers de l'industrie : « Pour la première fois on a appliqué une véritable démocratie syndicale ». Plusieurs militants se sont demandé pourquoi les gens ne fréquentent pas les sièges du parti et n'interviennent pas aux réunions des cellules et ils ont répondu que la faute en était aux mœurs bureaucratiques qui règnent et empêchent de véritables discussions politiques. Un militant a fait à ce sujet une intervention remarquable :
« Toutes ces questions - a-t-il écrit — ne seront jamais résolues aussi longtemps que les fonctionnaires du parti estimeront que les camarades de la base sont un objet de la vie du parti, tandis qu'ils doivent en être le sujet... Par ma propre expérience je sais qu'il y a, justement à la base, une différence remarquable entre les raisons, les impulsions et les convictions qui poussent quelqu'un adhérer au parti et ce qu'il peut satisfaire de ces raisons, impulsions et convictions dans la vie du parti. » gramme pas seulement politique, mais aussi économique et social d'inspiration fondamentalement socialiste ». Ainsi, la Constitution d'un Etat bourgeois, adoptée par une Constituante où les partis bourgeois avaient la majorité, basée sur le priacipe de la propriété privée, aurait en soi des éléments de socialisme !
En ce qui concerne la lutte contre les répressions absolument actuelle tâche n° 1 gouvernementales
- point la période important dans
Togliatti a dit : « C'est la
Mais encore une fois il
».
n'a pas expliqué comment on peut accomplir cette tâche : ou, pour mieux dire, il a fait entendre qu'il faudra continuer comme auparavant.
Il n'est pas besoin de dire que le rapport de Togliatti a été adopté à l'unanimité, comme d'ailleurs, on a adopté à l'unanimité toutes les autres décisions de la Conférence (il y a eu, entre autres, un rapport sur la question agraire, qui n'a rien dit de nouveau).
Mais cette unanimité s'avère purement formelle, de surface, si on examine de leaders ras carta nn realite en yo a dans certaines ces interventions, a plusieurs reprises, une polémique implicite et même explicite à l'égard d'opposants, dont on ne parle pas ouvertement et dont « officiellement » on n'a jamais admis l'existence.
Nous avons déja vu que Togliatti a estimé opportun de faire certaines admissions, ne fût-ce que limitées. On peut ajouter que le leader de la C.G.T. — Di Vittori - a annoncé une autocritique partielle en disant :
« Les critiques qu'on nous adresse, sont justes... C'est juste. nous devons mieux coordonner les revendications immédiates des travailleurs aux objectifs définis par le plan du travail (de la C.G.T.), nous devons élargir la lutte pour la défense des droits des travailleurs dans les usines, nous devons coordonner davantage notre action, en la liant aux luttes pour les ré-
LA CONFERENCE NATIONALE
LA CONFERENCE NATIONALE
UA TRIEM E I formes de structure et pour la défense de la paix ».
Mais dans deux interventions, surtout, il y a eu des allusions ouvertes à des critiques importantes a la politique du parti. L'un des membres du Secrétariat, Scoccimarro, a reconnu que la politique du parti dans les dix années d'aprèsguerre a provoqué parfois « des perplexités dans ce sens que notre politique puisse ne pas être conforme à notre idéologie et à notre doctrine » et il a voulu répondre à « ceux qui accusent le parti d'avoir trahi les principes de l'internationalisme prolétarien et qui ont défini notre politique nationale comme un artifice mesquin ». Il a expliqué que les thèses marxistes-léninistes sur la noncollaboration des communistes dans des gouvernements bourgeois ne peuvent plus s'appliquer comme il y a trente ans parce que, dans l'après-guerre « avec la nouvelle constitution républicaine, avec le changement des rapports de forces, la possibilité s'est créée de donner un nouveau contenu social, de classe à la démocratie italienne sans rupture de l'ordre établi ». S'il y a, tôt ou tard, un tournant à gauche du P.C. italien, Scoccimarro pourrait regretter beaucoup cette affirmation quand même audacieuse !
La deuxième intervention, c'est le rap-
Mais la situation qui existe réellement dans le parti, a été mise en lumière, sans possibilité d'équivoque, soit au cours de la Conférence soit après sa conclusion par deux faits importants, qui ont une origine commune, même si leur portée est bien différente.
Quelques jours après la conférence la nouvelle direction — de laquelle d'ailleurs on avait exclu Teresa Noce, secrétaire du syndicat des ouvriers de l'industrie textile, ancienne femme de Longo, qul aurait pris depuis un certain temps des positions gauchistes - désigna un secrétariat du parti, dont la caractéristique marquante était le limogeage de Secchia, secrétaire adjoint du parti jusqu'e la Conférence.
Pietro Secchia était depuis la fin de la guerre l'un des dirigeants les plus connus du P.C. italien. Il avait commencé sa carrière comme secrétaire des Jeunesses communistes de la région de Turin et, lors de la polémique entre Gramsci et Bordiga avant le congrès de Lyon (1926), dans une lettre adressée à l'organe du parti il avait défendu certaines positions de Trotsky. Mais, dans les années suivantes. il réussit à se faire pardonner sa faute juvénile et devint bientôt, dans la période clandestine, responsable du centre intérieur du parti pour les Jeunesses communistes. En cette qualité il participait aux séances du Bureau politique et, lors de la lutte entre Togliatti et les « Trois » (Tresso, Leonetti et Ravazzoli) ce fut sa voix - qui, d'ailleurs aurait dû être consultative -qui trancha la question pour déterminer la majorité. Un peu plus tard ,il fut arrêté par la police fasciste (1931) et il passa douze ans en prison et aux fles.
NTERNATIONALE port de Longo, secretaire adjoint, SUr les travaux de la commission polique de la Conférence. Le journal du parti a écrit ce qui suit :
« Longo parle de l'orientation fondamentale, à savoir l'orientation pour l'unité ouvrière, pour l'unité de tous les travailleurs, pour l'unité d'action la plus large. pour les alliances les plus larges. Dans la commission personne n'a contesté cette orientation. Mais on a exprimé des doutes et des réserves qui, s'ils n'étaient pas corrigés, pourraient compromettre notre orientation unitaire elle-même. »
En outre Longo a estimé nécessaire qu• Polémiser avec « ceux qui pensent » polemiser avec ( ceux qui pensent » dit Togliatti - à savoir qu'une troisième guerre mondiale serait la destruction de l'humanité - et ce que dit Malenkov, selon lequel la guerre comporterait la fin du capitalisme. Fort probablement cette contradiction a été remarquée par quelqu'un aussi au sein de la commission dont Longo était justement le rapporteur. Il est intéressant de souligner que cette partie de l'intervention: de Longo a été reproduite dans la presse prostalinienne du soir, tandis qu'elle disparaissait le jour suivant dans la presse officielle du parti. A la chute de Mussolini, il reprit le travail et fut, depuis 1945, le numéro deux ou trois dans la hiérarchie du parti.
Pourquoi a-t-il été limogé ? Officiellement, on n'a donné aucune explication. On a parlé d'un changement de fonction (il est devenu secrétaire régional pour la Lombardie) et on lui a fait publiquement des éloges.
En réalité, il y avait des divergences ponuques entre lul et Togliatti, meme s'il n'est pas facile de préciser ces divergences. Il suffit, cependant, de lire les interventions de Secchia aux dernières sessions du C.C., à la direction, à la Contérence même, de lire aussi ses discours et certains de ses articles pour se rendre compte qu'il a par rapport à Togliatti, des positions « gauchistes ». I insiste sur l'action de la classe ouvrière, il demande une activisation du parti vers les syndicats, il souligne qu'il ne suffit pas d'avoir une organisation quantitativement forte pour résoudre le problème ; il dit, comme d'autres l'ont dit pendant la discussion préparatoire à la Conférence, que les résultats politiques concrets que le parti atteint, ne sont pas proportionnes à sa force organisationnelle et à son attraction électorale. En général il utilise une terminologie qui est beaucoup moins erronée et moins « réformiste » que celle, parfois paradoxale, de Togliatti et d'autres membres de la direction ou du Secrétariat.
Il représente donc, une tendance centriste qui. fort probablement, a des sympathisants dans de larges couches du parti, dans des directions locales et même parmi certains membres du Comité Central. Bien sür. il s'agit de positions
31.
LE LIMOGEAGE DE SECCHIA
LE LIMOGEAGE DE SECCHIA pas tout à fait claires, défendues par des gens qui flottent ; mais c'est, quand même, un courant qui se dessine. lesquelles Secchia n'a été elimine Doue s'interroge sur les raisons pour du Secrétariat et a été désigné à une fonction quand même importante = secrétaire d'une région telle que la Lombardie où, entre autre, il y a une Fédération comme celle de Milan, qui est Le deuxième fait important, dont faut parler, c'est la formation d'un groupe d'opposition clandestin, qui s'est man leste pendant la Conférence, mais qui a continué son activité même après. Le jour où la Conférence s'est ouverte, les délégués ont reçu parait-il à leurs hotels, un document imprimé, qui portait le titre suivant : « Pour une action communiste - lettre aux délégués à la Conférence du P.C. italien sous la signature « Les camarades d'Action Communiste ». Dans son discours de clôture, Togliatti confirmait ce fait, en tâchant de discréditer les opposants par une insinuation du plus parfait style stalinien (d'après lui, ils auraient eu les adresses des délégués par la police !).
Une dizaine de jours plus tard, les « camarades d'Action Communiste » se signalaient une deuxième fois, en diffusant des tracts dans un meeting des partisans de la paix à Milan.
Que disait le document diffusé à la Conférence Nationale ? C'est un document assez organique, qui mérite d'etre résumé. Il suffit de lire les premières phrases pour en comprendre la ligne :
« Deux raisons fondamentales ont inspiré à Livourne en 1921 la fondation du P.C. italien : 1) l'urgente nécessité d'une direction révolutionnaire dirigée vers un but précis : le renversement de l'hégémonie capitaliste et la conquête du pouvoir de la part du prolétariat italien dans l'unité d'action complète avee le prolétariat mondial et dans l'esprit de la Ille Internationale ; 2) le refus net des illusions parlementaires constitutionnelles du social-réformiste...
Deux conceptions fondamentales ont, par contre, caractérisé l'action du parti depuis 1945 : 1) la renonciation à une action révolutionnaire de classe en fonetion du collaborationnisme avec les forces politiques de la bourgeoisie. Ce collaborationnisme a eu comme conséquence des manifestations nouvelles et ininterrompues de réformisme et d'illusions parlementaires ; 2) Une ligne politique incertaine et indécise, dans une perspective mythique de «démocratie progressive»...» Le document résume, ensuite les conséquences de la politique de faillite du P.C. italien et passe, dans un deuxième chapitre, à l'examen de la situation mondiale caractérisée par une montée des luttes ouvrières sans précédent
« Tous ces évènements de la lutte du son dem ogerie le teeplan interie mouvement ouvrier plan internades travailleurs, qui expriment de cette on cierena façon leur volonté de prendre en main la direction de la ssciété... Par contre, chez ous. en contradi: 1 avec las 32
NTERNATIONAL E censée être dirigée par des éléments plutôt hostiles à la politique droitière de la direction. Il y a deux possibilités : ou les rapports de force dans l'appareil même ne permettent pas à Togliatti, du moins pour le moment , une mesure plus radicale ; ou on veut offrir à Secchia la possibilité d'une rentrée, en lui demandant de régler lui-même les comptes des éléments les plus dangereux. succès des luttes du prolétariat international, on affirme que nous ne pouvons élargir et mener à bien, jusqu'au pas n'existeraient pas « les conditions interbout. les luttes ouvrières, parce que nationales favorables ».
D'après ce document, les communistes italiens auraient tort de penser que c'est I'U.R.S.S. qui inspire la politique actuelle du P.C. italien. En réalité l'U.R.S.S. développerait une politique correcte et. maintes reprises, les dirigeants du P.C. italien auraient été, en vain, rappelés à l'ordre. Seulement pendant une courte période, dans l'automne 1947, Togliatti et les siens auraient tenu compte des conseils des partis frères, mais pour revenir bientôt à leur politique opportuniste.
Ensuite, le document décrit la situation, où se trouve les travailleurs italiens et souligne les responsabilités du parti et de la C.G.T., qui ont toujours évité une lutte véritable et n'ont pas riposté comme il fallait aux coups de la réaction. Le P.C. italien se flatte de ses succès organisationnels et electoraux, en persistant dans ses illusions parlementaires.
" Les succès électoraux et organisationnels — rappelle le document — ne modifient pas la situation du pays ; ils ne représentent qu'un aspect de la maturité de la classe ouvrière. En etret la politique du pays ne peut etre modinee par la lutte ouvrière et par les résultats politiques et économiques de cette lutte... L'expérience démontre que les partis communistes peuvent remporter des succès électoraux très grands et renforcer même quantitativement leurs organisations sans résoudre les problèmes fondamentaux ; au contraire, ils peuvent même être écrasés. »
Les quatrième et cinquième chapitres sont consacrés à une critique en général correcte de la presse et du régime intérieur du parti (on accuse les dirigeants de bureaucratisme et de violation des règles de la démocratie interne, de la direction collective, etc...).
Dans la dernière partie il y a le programme de l'« Action Communiste _».
Citons-en les passages les plus significatifs :
« Les communistes ne veulent pas confondre leurs principes et leurs buts sous le voile du possibilisme politique et du transformisme, ils rejettent les illusions parlementaires et réformistes de lideologie bourgeoise... L'Etat democratique est en crise et encore une fois il est attaqué par la réaction fasciste. La voie de la solution de cette crise ne peut être que le socialisme. Cette solution ne sera pa réalisée p: l'utilisation
LES GROUPES OPPOSITIONNELS D'ACTION COMMUNISTE
LES GROUPES OPPOSITIONNELS D'ACTION COMMUNISTE
Q
VATRIEME
E de l'appareil d'Etat bourgeois, mort du point de vue historique, mais par la création d'un appareil nouveau d'hégémonie, dans lequel s'organise la classe ouvrière... Les formes de lutte doivent être de nouveau des formes décidées, ofensives, et on doit refuser les formes timides et qui temporisent. L'action des parlementaires du P.C. italien doit de nouveau s'inspirer d'une praxis léniniste..
« Cette action doit avoir comme but la formation d'une conscience hégémonique dans la classe ouvrière et doit susciter une avant-garde politique révolutionnaire, qui oriente et lutte contre la situation actuelle de confusion, de démoralisation, d'illusion et de messianisme...
vie intérieure du parti il faut établir le principe de la discussion politique et de la direction collective...
* Les communistes doivent vivre davantage dans l'esprit de l'internationalisme prolétarien, dans la conscience
Sans en exagérer la portée, du moins dans la phase actuelle, il est toutefois évident que nous sommes en présence de remous importants dans l'un des plus forts P.C. du monde entier. On peut souligner, en tout cas, que pour la première fois dans l'après-guerre se dessine dans le parti une claire différenciation politique. Et il est à remarquer que la grande majorité des critiques adressées à la direction de Togliatti - soit dans le débat sur le journal du parti soit par les éléments oppositionnels - sont des critiques de « gauche », a savoir de la part de gens qui expriment l'exigence d'une politique de classe plus cohérente du parti et de la C.G.T..
Dans la situation actuelle, la différenciation s'opère encore, dans la plupart des cas, chez les cadres de base et moyens, tandis qu'à la base c'est un sentiment confus de malaise qui prévaut ; ces phénomènes ont leur reflet aussi dans les couches dirigeantes.
La situation qui s'est créée en U.R.S.S. après la mort de Staline ,les mots d'ordre de la démocratie interne et de la direction collective. le probable assouplissement du contrôle de la part du Kremlin, ce sont autant de facteurs qui ont favorisé et favorisent ces développements. Mais l'élément fondamental, qui qu'en luttant pour le socialisme dans leur pays ils donnent une contribution décisive de tous les peuples pour la paix, l'indépendance nationale et la libération sociales. »
Il faut ajouter que les militants d'Actio Communiste déclarent qu'ils veulent continuer leur lutte à l'intérieur du Parcommuniste. Il est impossible, cela va de soi, de donner une estimation sur la force de ces groupes, qui probablement rassemblent des noyaux de militants d'avantgarde. Mais il est clair qu'ils ont fait une expérience très riche et qu'ils ont réussi à élaborer des positions très avancees, bien qu'ils semblent garder des illusions sur l'U.R.S.S. et sur les autres partis communistes. D'ailleurs, il n'est même pas exclu qu'ils parlent de l'URSS en ces termes plus pour des considérations tactiques que par une réelle conviction. détermine le malaise dans la large base et les fermentations critiques de plusieurs cadres, réside surtout dans les expériences de luttes directes et répétées de la part des masses, dans la constatation des échecs subis dans la lutte contre les répressions bourgeoises et les préparatifs de guerre de l'impérialisme, malgré l'existence de conditions générales favorables et malgré le renforcement ininterrompu du parti et l'élargissement de sa base électorale.
Nous n'estimons pas nécessaire de dire que tout ce qui se passe a l'intérieur du P.C. italien est une confirmation éclatante de la validité des positions et de la tactique des marxistes révolutionnaires dans le P.C. italien ; les éléments critiques les plus avancés commencent à elaborer les positions qui ont été depuis longtemps celles de notre mouvement. En outre, se confirme notre pronostic selon lequel pendant cette période il y aurait des crises politiques dans les P.C. mais ces crises n'entraineraient pas des ruptures • organisationelles d'envergure, les militanis critiques ayant tendance à rester dans le parti pour des raisons dont ce n'est pas nous qui contesterons la légitimité.
Rome 7 février 1955.