Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 1-3

La « petite guerre » de Formose

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 1-3 · mars 1955 · p. 6-7 · 956 mots

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La situation continue à rester préoccupante dans le détroit de Formose, actuellement point névralgique N° 1 de tout le Sud-Est asiatique. Elle a frôlé de

Pors de l'évacuation par la tè flotte de guerre américaine des iles Tachen. risque d'un conflit majeur entre l'impérialisme américain et la Chine,

Ce risque existe toujours, à chaque nouveau saut à la « kangourou » que les forces de la Chine révolutionnaire seront tentées de faire pour occuper toutes les autres iles côtières, y compris Matsu et Quemoy, avant d'attaquer les iles Pescadores et Formose meme.

Par la bouche d'Eisenhower, par la signature ensuite du Sénat, l'impérialisme américain s'est engagé à « défendre » ces deux positions et à les maintenir dans le système de « sécurité » que cet impérialisme tisse à travers le monde, autour de YU.R.S.S. et de la Chine en particulier.

En même temps, n'étant pas manifestement prêt à prendre en ce moment lui-même ouvertement l'initiative d'une guerre contre la Chine, il se contenterait volontiers d'un statu quo provisoire dans le détroit de Formose, qui lui garantirait cette ile ainsi que les Pescadores.

Il s'agit de savoir si la Chine révolutionnaire juge utile d'accepter un tel compromis. Elle sait bien que Washington ne recule jamais que pour mieux sauter.

Ses plans de guerre contre la Chine sont par trop flagrants et provoquants pour permettre des illusions ou des accommodements faciles.

Outre la protection scandaleuse dont les Etats-Unis couvrent couvrent actuellement les forces mercenaires de Tchang-Kai-Shek, et ses bases, outre les démonstrations provocantes de force devant les côtes chinoises, leurs projets concernant le SudVietnam et tout le Sud-Est asiatique, couvert par leur S.E.A.T.O. et le dispositif nouveau mis en place à Bangkok lors de la récente conférence des « huit », sont à ce propos suffisamment révélateurs.

Au Sud-Vietnam, Washington pense pouvoir consolider une dictature militaropolicière, capable de décapiter le mouvement révolutionnaire, de saboter les élections, prévues par les accords de Genève et de faire face ensuite victorieusement à la reprise de la guerre avee le Nord. tous les autres pays du Sud-Est asiatique le Laos, le Cambodge et la Thailande en Des régimes analogues sont projetés — là où ils n'existent pas déjà — pour particulier.

Le S.E.A.T.O., dont le siège vient de se fixer à Bangkok, doit servir de couverture pour parachever une telle organisation, ainsi que pour mieux camoufler interventionnisme direct des Etats-Unis.

Certes, entre Londres et Washington l'entente est loin d'être totale sur tous les points.

Il est peu probable, par exemple, que Londres se batte aux côtés de la 7° Flotte pour proteger Matsu ou Quemos, au cas ou Pekin decide de les occuper et Washington de les défendre. Mais il est beaucoup plus probable que Londres «défendra» en tout cas, Formose.

Londres ne se désintéresse pas non plus du Sud-Vietnam ni de la Thailande, qui couvrent la Birmanie et la Malaisie. Il préférerait cependant que le système S.E.A.T.O. soit plus directement axé sur celle-ci avec Singapour comme siège, plutot que Bangkok.

Londres est d'autre part obligé de tenir compte, dans cette région, du point de vue des Indes et de Nehru.

Or ce dernier est engagé, pour des raisons à la fois de politique intérieure et exterieure, dans une attitude anti-colonialiste, amicale envers la Chine et « Asia first » qui cause beaucoup de dépit et même d'inquiétude à Washington.

La Conférence Asiatico-Africaine projetée pour avril en Indonésie, à laquelle participera la Chine et dont les Etats-Unis sont exclus, est, pour beaucoup, l'œuvre de Nehru, puissamment encouragé par Pékin. Elle constituera un événement d'importance internationale et, dans un sens même, historique, étant la première grande conférence exelusivement composée de nations libérées plus ou moins complètement du joug de l'impérialisme après la dernière guerre ayant l'intention de suivre une politique indépendante de celle de l'impérialisme.

Washington a voulu peser sur cette Conférence en Indonésie par la Conférence de Bangkok, scellant et renforçant le dispositif de force du S.E.A.T.O. Il s'efforcera d'autre part d'y intervenir et de la saboter par personnes interposees, comme du Pakistan ou le gouvernement du Japon. De toute manière, il est ses agents évident qu'on assiste à une évolution rapide des positions et des forces en Asie, qui ne peut que rendre l'impérialisme américain plus sensible encore et plus anxieux pour la situation dans la région névralgique du Sud-Est asiatique.

Il est certain, qu'à toute tentalive de Pékin d'occuper Formose en particulier, Washington ripostera en déclenchant les hostilités contre la Chine.

Dans quelle mesure l'intention légitime de celle-ci, à plusieurs reprises catégoriquement réaffirmée, d'entrer en possession d'un territoire qui lui appartient et de se débarrasser d'une bande de mercenaires provocateurs, réalisera ou restera encore sur le plan de la propagande, il est naturellement difficile de le dire.

Ce qui reste évident, par contre, c'est la difficulté de parvenir à tout compromis important et viable entre la révolution et l'impérialisme dans cette région du monde, comme partout ailleurs, ainsi que le caractère critique de cette période.

La « coexistence » qui n'est pas un slogan, mais un fait, n'a rien de « pacifique " mais elle se épreuve de force incessante, frôlant de temps autre, ici et là, sur tel ou tel point du globe, le risque d'un conflit majeur. Cette situation peut se prolonger pour une période sans que celui-ci éclate nécessairement, mais sans qu'il cesse d'autre part d'être possible à chaque « crise ». Il faut apprendre à vivre « dangereusement » et être à chaque moment prêt au « pire ».

Il faut surtout comprendre que la « paix » n'est pas dans la « coexistence. )) avec l'impérialisme réarmé, mais dans le renforcement de la lutte révolutionnaire des masses prolétariennes et coloniales partout dans le monde.

1er mars 1955

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