(1920- 1921)
Toute discussion sérieuse dans une organisation marxiste comporte toujours deux aspects. Née de l'actualité, elle tend à répondre à une nécessité d'action née de la même actualité. Par ce côté, toute discussion qui n'est pas artificielle est inévitablement en partie pragmatique. Mais la réponse donnée et la méthode qui la détermine s'incorporent dans l'ensemble de la théorie marxiste, et modifient d'une façon ou d'une autre les idées — et l'action — de futures générations de marxistes, voire les réponses données par la même génératioa à de futures questions. Par ce côté, toute discussion sérieuse entre marxistes possède une portée générale, historique, independante des conditions concrètes qui l'ont fait naitre.
Pour juger de cette portée générale, on ne peut cependant isoler ces idées de leur contexte historique précis. Les idées de Marx sur le rôle de la Russie tsariste dans l'Europe du XIX• siècle ne sont pas condamnables parce que certains rénégats s'en servent aujourd'hui pour justifier leur participation à la croisade anti-soviétique. On ne peut pas non plus soutenir sérieusement que l'attitude de Marx et d'Engels au cours de la guerre de 1870-71 ait favorisé le so-
LES DEUX ASPECTS
Ces remarques préalables sont indispensables pour comprendre la discussion sur la question syndicale qui a divisé le parti bolchevik en 1920-21.
L'aspect pragmatique de la discussion syndicale est facile à déceler. Commencée pendant la période de transition eatre l'étape du communisme de guerre et celle de la NEP, elle visait avant tout les problèmes économiques brülants qui se posaient dans un pays au bord de la ruine. Par manque de carburants, pas un haut-fourneau n'était allumé dans tout le bassin du Donetz. La production charbonnière y était tombée à 10 % du niveau de 1913, celle de la sidérurgie à moins de 5 %. Seuls ,6 % des fuseaux travaillaient dans l'industrie textile (Rap50 cial-patriotisme de 1914, parce qu'ils se sont prononces successivement en faveur de la défense nationale en Allemagne et en France.
La valeur historique d'un courant d'idées doit être jugée de façon objective, de même que sa valeur pragmatique. Comme nous jugeons cette valeur pragmatique non d'après l'opinion qu'en formulent amis ou ennemis, mais d'après l'effet pratique que ces idées ont eu (ou auraient pu avoir) sur la situation sociale donnée, de même nous ne pouvons juger la valeur historique de ces idées que d'après l'effet pratique qu'elles ont eu (ou auraient pu avoir) sur une évolution sociale à plus longue échéance.
Il est vrai que la façon dont différents milieux politiques et sociaux réagissent sur des idées données fait partie de l'ensemble de leurs effets pratiques. Mais il faut réduire l'importance de ces effets subjectifs à leur juste limite. Il faut avant tout déterminer quelle est la logique interne des idees en question, quenes transformations sociales à longue nortze elles visent reellement, sans s'attacher exagérément aux polémiques et à l'argumentation utilisée par leurs défenseurs et leurs détracteurs. DE LA DISCUSSION port de Rykov au 3è Congrès syndical patrusse, cité dans Deutcher: Soviet Trade unions p. 36). Tout le système des transports était sur le point de s'elfondrer : 70 % des locomotives disponibles ne fonctionnaient plus.
Dans ces conditions de désagrégation économique, le prolétariat était en train de se d'ssoudre en tant que classe. Larin et Kritzmann signalent que le ser janvier 1920, le nomore des ouvriers d'usines était tombé à 50 % de celui qu'il était le ler janvier 1917. Le total des salariés était à ce moment 65 % du chiffre de 1917, mais il comprenait pour plus de la moitié des employés et fonctionnaires. Partout, les grandes usines fermaient leurs portes et l'ouvrier, retourné au village, y installait une sorte d'industrie domestique avec des moyens rudimensaires.
C'est dans ces conditions que le parti bolchevik discuta, à la fin de la guerre civile, comment associer au maximum les ouvriers à la reconstruction économique, arrêter l'évasion vers la campagne, rétablir un minimum de discipline de travail et organiser, structurer la vie économique dans la République des Soviets.
Au cours même de la discussion syndicale. le parti bolchevik opéra son tournant vers la NEP. Cette discussion en perdit son sens d'actualité - en fait une nouvelle discussion syndicale s'imposait sur le rôle des syndicats dans l'économie de l'époque de transition, dans laquelle les relations de marché renaissent partiellement. Mais entrainée par sa propre logique, la discussion syndicale se poursuit au 10è Congrès du P.C. russe et devenait de plus en plus abstraite, en voulant juger de la signification théorique des différentes plate-
Dans l'exagération polémique qui caractérise toute discussion passionnée, certains bolcheviks, adversaires de Trotsky dans la discussion syndicale désignèrent la position qu'il adopta à ce moment comme une position « militarobureaucratique ». Brandler et Thalheimer se sont emparés 15 ans plus tard de ces qualificatifs pour établir une légende qui des lors, a eu la vie dure. Selon eux, la position « anti-ouvrière » et s hyper-centraliste » que Trotsky aurait défendue à ce moment-là, lui aurait aliéné la sympathie des masses ouvrière... et expliquerait la défaite de l'Opposition de Gauche devant la fraction stalinienne.
A la recherche d'une théorie cohérente de la bureaucratie soviétique, les dirigeants du P.C. yougoslave pris d'une soudaine sympathie, d'ailleurs toute théorique, pour les thèses de l' « Opposition Ouvrière », sont arrivés à la conclusion que Trotsky était le porte-parole de la bureaucratie en 1920-21 et que la défaite de la fraction Chlapnikov scelle la défaite politique du prolétariat et la victoire de la bureaucratie dans l'histoire de la révolution russe.
Cette réédition quelque peu grossière de la thèse selon laquelle bolchevisme, trotskysme et stalinisme seraient fondamentalement la même chose se heurte pourtant à un fait inamovible : la lutte que Trotsky mena pendant les 17 dernières années de la vie contre cette bureaucratie soviétique, et la haine féroce avec laquelle celle-ci a poursuivi la personne, les idées, les amis et jusqu'à la famille et le nom du fondateur de l'Armée Rouge !
Aussi des historiens plus sérieux, comme E. H. Carr et Isaac Deutscher, pour défendre au fond une conception analogue au sujet de la position de Trotsky dans la discussion syndicale, ont-ils du formuler leurs thèses sous une forme plus subtile. Deutscher, dans sa biogra-
NTERNATIONALE formes pratiques proposées au cours du débat. Trotsky a parfaitement résumé cet aspect de la question en écrivant dans « Ma Vie » :
" Le parti discuta sur le rythme l'étatisation des syndicats, alors qu'en réalité il s'agissait du pain quotidien, des carburants et des matières premières pour l'industrie ».
Malheureusement, certains historiens qui ont traité récemment de cette discussion, ont commis la même erreur, si l'on peut dire, que les participants à discussion dans le P.C. russe en 1921. Ils ont isolé les idées exposées, à la fois de leur origine immédiate et de leur portée lointaine. Ils n'en jugent ni le seas pratique ni la signification historique, mais seulement ce qu'on peut considérer être « la signification théorique des mesures pratiques proposées ». Cette méthode de généralisation métaphysique rend ces historiens particulièrement inaptes à préciser la vérité historique en la matière. phie par ailleurs admirable de Trotsky. transforme celui-ci en héros d'une tragédie antique, trébuchant au sommet de la gloire :
" Il agit contre son propre principe et en ne tenant pius compte d'un engagement moral des plus solennels... En agissant de la sorte, il ébranla la position où il se trouvait. Vers la fin de la guerre eivile, il prit l'initiative de façons d'agir que lui-même et le parti bolchevik ne pouvaient mener à bout que contre la résistance des classes sociales qui avaient fait ou appuyé la révolution... Les lignes politiques que trotsky formula a ce moment étaient incompatibles avec ce samoaeyate nosu, cette auto-déterminaion politique de la classe ouvrière qu'i avait préchée infatigablement pendant vingt ans et qu'il prêcherait au cours des 17 dernières de sa lutte ouverte contre Staline » (p.486) (1).
Et plus nettement eacore :
« La signification (de la discussion syndicale) pour l'avenir était plus grande que ses protagonistes ne purent le supposer eux-mêmes. Staline, qui en 1920-21 appuya la politique « libérale » de Lénine, devait adopter une décade plus tard les idées de Trotsky en tout, sauf dans nom de leur auteur... Il y eut à peine un point du programme de Trotsky en 1920-21 que Staline n'utilisa pas au cours de la révolution industrielle des années trente... Un fil subtil réunit la politique antérieure de Trotsky au cours de ces années avec la pratique ultérieure de son antagoniste ». (p. 514-5).
Carr s'exprime de façon analogue dans
(I) Les ouvrages cités dans cet article sont E. H. Carr, vol. 2 de The bolchevik Revolution, London, Editeur Mc Millan; Isaac Deutscher, Soviet Trade Unions (Royal Institut of International Affairs, London 1950), The Prophet Armeil (Oxford University Press, 1954).
UNE DISCUSSION BRUSQUEMENT REDECOUVERTE
UNE DISCUSSION BRUSQUEMENT REDECOUVERTE
U AT RI EME le volume 2 de son histoire de la révo-
Jution russe:
" La politique ouvrière adoptée ultérieurement sous les plans quinquennaux devait plus aux conceptions developpées par Trotsky qu'à celles de la « plateforme des Dix »... (p. 227).
Ces jugements, s'ils sont nuancés, n'en sont pas moins severes. Ce serait Trotsky lui-même qui aurait créé l'arsenal
De la multitude de plate-formes présentées en 1920 sur la question synditallisèrent. Ces positions sont quelquecale en Russie trois . positions se crisfois présentées schématiquement de la façon suivante i) La tendance dite de 1' « Opposition
Ouvrière ». _ dirigée par Chlapnikov et
Alexandra Kollontai, était une tendance semi-syndicaliste s'insurgeant contre subordination des syndicats à l'Etat. Elle réclamait que l'économie nationale fût prise en main par les syndicats, les comités d'usines et un Congres National des Producteurs.
2) A lautre bout de l'arc-en-ciel politique il y avait la tendance Trotsky Tusionnant plus tard avec une tendance intermédiaire dirigée par Boukharine) qui réclamait l'étatisation des syndicats et la militarisation du travail. Dorénavant, écrit Deutscher (The Prophet Armed p. 507), « les dirigeants des syndicats devaient parler aux ouvriers au nom de l'Etat plutôt que de parler à l'Etat au nom des ouvriers.
3)Entre les deux tendances, il y avait une tendance libérale, dirigée par Lénine, rassemblée autour d'une plate-forme signée par dix membres du C.c. (la « Plate-forme des Dix ») qui mit l'accent sur le rôle des syndicats en tant qu'école du communisme, dans laquelle des communistes ne devaient pas utiliser des méthodes de commandement mais seule• ment des méthodes de persuasion.
Il y a pourtant dans le récit de la discussion syndicale que font Carr et Deutscher certaines contradictions qui indiquent clairement les défauts de ce chema simpliste. même si ces auteur: sont enclins a faire endosser la responsabilité de ces contradictions aux protagonistes de la discussion plutôt qu'à
Parlant des origines de la « militarisation du travail », Carr (et Deutscher suite) indique clairement qu'il s'agissait comme problème de l'utilisasion des armées qu'on ne pouvait pas démobiliser sur place à la fin de la guerre civile. Cette idée fut celle de tout le parti bolchevik et du gouvernement :
" Des armées de travail apparurent partout (au moment du 9è Congrès et vers mars 1920) sous la forme de détashements de l'Armée Rouge qui, dès la fin des hostilités, furent employées toutes sortes de travaux lourds, y compris des travaux de bûcheron et de mineur. Il n'y avait pas de doute sur ce que cela 52
T E RNATIONAL E idéologique dans lequel Staline aurait puisé le travail forcé, les camps de concentration, la toute-puissance des directeurs, les syndicats transformés en courroies de transmission des ordres de la bureaucratie, les ouvriers spoliés de tous les droits conquis dans la Révolution !
En combattant Staline, il aurait en quelque sorte combattu son œuvre propre.
Examinons les faits et documents pour voir si cette condamnation se justifie.
EN PRESENCE impliquait. Trotsky, qui était convaineu que les problèmes de l'industrie ne pouvaient être résolus que par les méthodes et l'enthousiasme qui avaient permis de gagner la guerre civile, parla de la nécessité de « militariser de grandes masses de paysans qui devaient être recrutés pour travailler sur la base du principe d'un service du travail » (p.212). (souligné par nous)
Dans sa brochure sur les syndicats soviétiques, Deutscher développe la connexion entre les problèmes de l'armée et
« militarisation du travail », telle qu'elle se telne resiston spouse pas Trotsky Trotsky et adoptée par le (9è) Congrès du P.C.R.
(mars-avril 1920) permit aux syndicats d'exercer une influence très forte sur la désignation des directeurs d'entreprise. L'organisation de la direction des entreprises industrielles devait s'effectuer par accords entre les organes du Conseil Suprême de l'Economie nationale et les organes correspondants du Conseil Central des syndicats... Des techniciens bourgeois ou des spécialistes pouvaient être nommés à des postes de directeurs. Mais un directeur de cette catégorie devait être surveillé par un commissaire syndical, de la même façon qu'un spécialiste militaire dans l'armée était surveillé par commissaire politique qui avait le droit de veto sur ses ordres... » (p. 34-35). (Souligné par nous.)
Et dans dans sa biographie de Trotsky, Deutscher note
« Dans ces « thèses » que la Pravda publia prématurément le 17 décembre 1919, Trotsky reliait de façon caractéristique ce projet (de la militarisation du travail) à la réforme militaire qu'il envisageait : la transition de l'armée vers le système de la milice. Il proposa que l'appareil pour la mobilisation militaire soit employé pour la mobilisation de la force de travail civile. Il est étrange de constater comment son aspiration à réaliser une réforme des plus démocratiques dans l'armée fut combinée (!) avee sa tentative d'introduire cette forme extrême de contrainte du travail. L'armée devait être pénétrée par l'esprit de civisme civil. Ces détachements devaient être organisés sur la base d'unités productives. D'autre part, les travailleurs civils devaient être soumis à la discipline militaire, et l'administration militaire devait suppléer la main-d'œuvre aux unités industrielles. » (p. 491-2).
Peut-être cette coïncidence n'est-elle
IN
LES POSITIONS
VATRIEME
INTERNATIONALE pas si « étrange » que l'auteur le suppose, et aurait-il pu, en la creusant, déterminer avec plus d'objectivité la position de Trotsky dans la discussion syndicale...
Cette position est éclairée d'un jour nouveau par un passage d'un article de Radek, partisan de la « Plate-forme
Ces contradictions se dissipperont si nous examinons, à la lumière de l'expérience historique et de la théorie marxiste, les principales « tensions » économiques et sociales entre l'Etat ouvrier, la bureaucratie ouvrière et la classe ouvrière, à l'époque de transition entre le capitalisme et le socialisme (2).
La première « teasion » est celle que nous appellerons la « tension consommation-accumulation ». Quelle que soit sa forme sociale, tout produit net du travail d'une communaute humame, consideree pendant une certaine période de temps, se divise toujours en fonds de consommation (productive et improductive) et en fonds d'accumulation. L'un ne peut s'accroitre qu'au dépens de l'autre. Si on consacre une portion majeure du travail vivant (heures de travail disponibles à la société) et du travail mort (moyens de production) à la production de biens de consommation, on en consacre inévitablement une portion mineure à la production de biens de production, et inversement. Cette « tension » ne disparaîtra qu'avec l'avènement de la société communiste basée sur l'abondance, ,qui fait disparaitre tout problème économique de répartition du produit social, en assurant la satisfaction de tous les besoins humains.
Affirmer qu'avec la suppression de la propriété privée des moyens de production, cette « tension » disparaît automatiquement, « parce que la nation devient propriétaire des biens production qu'elle produit », et que l'accumulation l'enrichit collectivement, c'est se moquer du monde. Pour reprendre une image employée par Trotsky dans « La Révolution trahie », une ouvrière qui devient mère est désespérément intéressée à accroître sa consommation immédiate, et refusera toute promesse de consemmation future remplaçant cette consommation immédiate, promesse que représente effectivement dans une telle société l'accumulation, la production de biens de production (3).
La deuxième « tension » est celle que nous appellerons la « tension productionadministration ». Elle naît du fait que, depuis la dissolution des communautés primitives égalitaires, la division du travail a séparé l'une de l'autre, l'exercice de deux fonctions économiques fondamentales, et les a incarnées dans des groupes humains (classes ou castes) différents. Dans la société de classe, la fonction de production incombe aux classes exploitées, la fonction de l'accudes Dix », où l'auteur accuse Trotsky d'avoir le même point de vue fondamental que Chlapnikov sur la remise des moyens de production aux syndicats
(Russische Korrespondenz 1921, no 3-4.
p. 215). Ce ne serait donc pas Lénine mais Trotsky qui aurait occupé en quelque sorte une position médiane dans cette discussion ?
mulation à une ou des classes dominantes. Dans la société de transition entre le capitalisme et le socialisme, jusqu'au moment où la masse des producteurs gère directement ses moyens de production, cette division de travail subsiste, puisqu'à côté des travailleurs on VOIt se maintenir ou réapparaître un groupe humain s'occupant d'administration (directeurs, planificateurs, comptables, ingénieurs, employés de toute sorte, etc.)
Les producteurs s'efforcent toujours à la longue d'adapter leur travail aux possibilités de récupération d'une part (au niveau de vie), aux besoins en loisirs et culture de l'autre. Par contre. les administrateurs peuvent être portés à accroitre le travail productif au maximum, afin d'accélérer l'accumulation.
mantiesteront d'autant plus cette tendance lorsqu'ils contrôlent dans une large mesure le surproduit social comme ce fut le cas très tôt en URSS - et peuvent en déterminer la répartition, c'est-à-dire s'assurer pour euxmêmes une part prépondérante. Le fait que dans la société de transition « l'ouvrier travaille pour lui-même » n'y rendra jamais moins pénible l'accélération des cadences de la chaine qu'en régime capitaliste! Cette « tension productionadministration » ne disparaitra que lorsque la société sera devenue tellement riche qu'elle pourra assurer la satisfaction de tous les besoins individuels et sociaux avec un minimum de dépense de travail vivant.
La troisième tension pourrait être appelée la « tension démocratie ouvrièredéveloppement economique Des marxistes mécanistes ont voulu réduire cette « tension » au théorème simpliste : plus grand doit être le taux d'accumulation, et plus réduite sera la démocratie politique dans la société de transition.
Ces esprits mécanistes oublient que, dans la société de transition, le produit social net ne se divise pas en deux mais en trois fonds distincts : fonds de consommation productive (consommation des producteurs), fonds d'accumulation, et fonds de consommation improductive (notamment : frais d'admi-
(2)Nous Taissons délibérément de côté les contradictions de classe qui subsistent dans la société de transition (présence paysanne, puissance relative de l'entourage capitaliste, etc.) dont l'interaction avec ces « tensions » est sous-entendue.
LES TROIS « TENSIONS » DE L'EPOQUE DE TRANSITION
LES TROIS « TENSIONS » DE L'EPOQUE DE TRANSITION nistration). Moins il y a de démocratie politique, plus ce troisième fonds se gonfle. Par l'élargissement de la démocratie ouvrière on pourrait fort bien assurer, outre un accroissement de la consommation des producteurs (au besoin aux dépens de la consommation d'autres couches de la société), même un accroissement du taux d'accumulation.
La démocratie ouvrière dans la période de transition entre le capitalisme et le socialisme, c'est en définitive la possibilité pour les masses de décider elles-mêmes la répartition du produit social, c'est-à-dire l'ampleur des sacrifices auxquels elles veulent consentir dans l'immédiat. La « tension démocratie ouvrière - -développement économique » réside par conséquent dans le
A partir de cette analyse, nous pouvons mieux comprendre la signification des trois plates-formes présentées au
X• Congrès du PCR.
L'opposition ouvrière visait trois buts immédiats qui devaient entrer en conflit entre eux et même s'exclure mutuellement : la remise de la direction de toute l'économie entre les mains des syndicats : la démocratisation complète de la vie économique (élection des directeurs à tous les échelons); la généralisation du salaire en nature, garantissant un nivean de vie assez élevé, et en même temps égalitaire, à toute la population urbaine de la Russie des Soviets.
C'est à juste titre que Trotsky reprocha à l'Opposition ouvrière son « point de vue exclusif du consommateur ». Non pas qu'il défendit - comme devait le faire ultérieurement la bureaucratie stalinienne — le point de vue de la priorité absolue de l'accumulation par rapport à la consommation des masses. Mais il indiqua, à juste titre, que l'amélioration du niveau de vie des masses était impossible dans les conditions données de ruine économique. sans un accroissement préalable de la production. Il était utopique, voire irresponsable, de prétendre que la simple réorganisation de l'appareil éonomique suffirait à donner comme par enchantement à chacun le nécessaire, alors que la production industrielle atteignait 20 % du niveau normal !
La supppression, par un seul trait de plume, de tout l'appareil dirigeant de l'économie qui, malgré ses déformade leconomie oui tions bureaucratiques, était tout de même le produit de quatre années de sélection révolutionnaire, aurait signifié,
Alors que la plate-forme de l'Opposition ouvrière » était centrée sur la suppression immédiate ,mécaniste, de la « tension production-administration », la « plate-forme 54
NTERNATIONALE fait que plus le niveau de vie et de culture des masses est bas, plus cellesci seront amenées d'une part à réclamer un accroissement rapide du fonds de consommation, et plus elles risquent d'autre d'autre part de perdre en pratique le contrôle sur l'économie au profit des administrateurs, d'une bureaucratie qui peut être portée à accroitre avant tout le fonds d'accumulation. Une classe ouvrière courbée sous la misère et la faim n'administrera jamais à la longue ni l'économie, ni les affaires publiques. Ce n'est, bien entendu, pas l'automatisme économique, mais
June lutte sociale concrète, qui décide de l'issue de ce conflit, issue qui détermine moins le rythme de l'accumulation que les frais sociaux pour celle-ci. ne fit-ce que pendant une phase transitoire, une nouvelle et catastrophique réduction de la production. Exiger cela en même temps qu'une augmentation suostantielle de la consommation devenait une position simplement démagogique. Dans ces conditions, Trotsky avait raison de souligner qu'un accroissement important du niveau de vie d'une catégorie déterminée d'ouvriers ne pouvait se realiser en pratique qu'aux dépens d'autres catégories d'ouvriers. Réclamer au même moment l'égalité totale ne supprimait nullement cette contradiction réelle entre les désirs et les réalités. L'égalité communiste ne peut pas s'épanouir sur la famine et la misère, mais seulement dans le domaine fertile de l'abondance.
Trotsky avait également raison de souligner qu'il n'était nullement exact qu'automatiquement et dans n'importe quelles conditions, les ouvriers s'avéreraient de meilleurs organisateurs et administrateurs de l'économie que les spécialistes petits-bourgeois. Dans le capitalisme, la classe ouvrière passe à travers deux écoles contradictoires: l'école technique qui la prépare à son future rôle de dirigeant de la société; et l'école sociale qui lui fait détester et fuir l'usine come un bagne. Les meilleures proclamations démocratiques ne supprimeront pas les effets de cette deuxième école. Ils ne pourront disparaitre que dans certaines conditions matérielles données, c'est-à-dire au moment où matériellement l'usine a cessé d'être un bagne. Au moment où les ouvriers fuyaient la ville par dizaines sinon centaines de milliers, la création de ces conditions matérielles était plus importante, plus urgente que jamais. des Dix » inspirée par Lénine visait à atténuer la « tension consommation-aecumulation ».
Cette plate-forme partait de l'hypothèse
CRITIQUE DE « L'OPPOSITION OUVRIERE "
CRITIQUE DE LA « PLATE-FORME DES DIX »
CRITIQUE DE « L'OPPOSITION OUVRIERE "
CRITIQUE DE LA « PLATE-FORME DES DIX »
QUATRIEME qu'en pratique, les fonctions de producsion et d'administration resteraient séparées pendant une période plus ou moins longue. Elle voyait par conséquent comme iriple fonction des syndicats :
a) L'éducation progressive de la masse des travailleurs non-communistes à la compréhension du travail communiste, y compris du travail de direction de l'économie, par des méthodes de persuasion ; b). L'association progressive des syndicats à l'exercice de certaines fonctions d'administration économique eb de direction économique (répartition de main-d'œuvre, fixation des taux de salaires, etc.)
e) Le contrôle sur l'appareil dirigeant de l'économie, y compris la défense des intérêts des travailleurs contre les abus de l'appareil bureaucratique.
Dans la situation donnée, cette plateforme était certainement la plus réaliste et la plus pratique. Elle sauva l'organisation économique de tout bouleversement exagéré et préserva en même temps une structure syndicale qui, pendant sept ans, assura à la classe ouvrière une amélioration spectaculaire de son niveau de vie (4).
Carr (p. 226) aussi bien que Deutscher (Soviet Trade Unions, p. 58) ne manquent cependant pas de constater, sous une forme ou une autre, la grande faiblesse de la « Plate-forme des Dix » : elle laissa en suspens la question décisive, à savoir la séparation de fait interveaue entre l'appareil de direction de l'éco-
Il fallait tout le génie de Trotsky porté vers les synthèses historiques audacieuses et les prévisions à longue échéance pour, staon comprendre du moins pressentir us nettement que Lénine cette source du
Car c'est bien là la portée réelle de te-forme Trotsky-Boukharine, préau X Congrès du PCR, malgré esses et ses exagérations incon-
Cette portée apparait nettement à plu538 passages d'une série de documents l'époque, dont Carr et Deutscher ne ratiquer ent pas état. • devant la conférence panrusse mité Central (des ouvriers) du sport, Trotsky déclara en 1920
* Les syndicats doivent concentrer entre nomie et la masse des producteurs (des syndiqués). Elle cherchait à protéger au maximum la classe ouvrière des méfaits de cette separation, mais considerait implicitement celle-ci comme mevitable pendant une longue période. En d'autres termes : elle péchait par sous-estimation des conséquences fatales que pouvait entrainer à la longue la « tension production-administration ».
Celui qui dispose du surproduit social contrôle en définitive la vie sociale dans son ensemble. L'appareil bureaucratique, en devenant autonome, acquit une force redoutable et devint le maître du pays. Les meilleures garanties et clauses de défense des ouvriers contre les « déformations bureaucratiques » de l'Etat devenaient illusoires du moment où la bureaucratie, maître du pays et du parti, pouvait étrangler les syndicats : sa guse...
Bien sûr, ni par ses privilèges, ni par ses appétits, ni par sa tendance politique, cet appareil administratif, composé en majorité d'ouvriers et en partie de communistes les plus dévoués, n'annonçait dès cette époque la monstrueuse bureaucratie de l'époque stalinienne. Mais il est tragique de constater que Lénine, qui était de tous les dirigeants bolcheviks celui qui avait le plus nettement conscience de la bureaucratie et du danger terrible qu'elle faisait courir au jeune Etat ouvrier, n'a pas compris la source fondamentale du mal : le rôle prédominant qu'elle joua dès l'époque dans la direction de l'économie soviétique. ganisation économique... Par démocratie ouvrière ou soviétique nous entendons la participation réelle et de plus en plus large des travailleurs à la construction de la société nouvelle ».
«... La question de l'existence ultérieure de la Russie soviétique ne peut etre résolue que par le maximum d'activité du parti, par le maximum de liaison entre lui et les masses, en tenant compte de leur expérience et de leur pensée, en utilisant les forces créatrices et l'initiative de millions d'ouvriers et paysans ».
«... Aujourd'hui, le Parti veut... rendre son contrôle sur ses élus plus immédiat, plus actif, plus « massif ». L'expression extérieure de cette démocratie ouvrière vivifiée, ce doit être et c'est déjà la fréquence plus grande des assemblées générales, devant lesquelles sont portées
(3) Des économistes bourgeois appliquent à tort la même formule pour définir et justifier l'intérêt et le profit capitalistes. En réalité sous le régime de la propriété privée des moyens de production, Texistence de la plus-value limite la consommation: des oworiers pour augmenter le profit (et la consommation) futur des capitalistes.
(4) Selon Prokopovisz (Histoire économique de I'U.R.S.S., Paris 1952), le salaire réel des ouvriers. quadrupla de 1920 à 1927, atteignant le doubledu niveau d'avant-guerre.
56 55.
leurs mains toute doivent l'organiser directeurs autorisés.
prit bureaucratique la production ; ils et en devenir les
La lutte contre l'espour condition a
Forganisation pratique de cette production. et l'appel des masses laborieuses 3 (s'associer) à cette œuvre d'organisation * ( Bulletin Communiste ». 2è année, p. 52.
Définissant vers la même époque les taches générales du Parti, Trotsky écrit dans un article intitulé « Nouvelle période, nouveaux problèmes »
« Deux ordres de questions dominent actuellement l'attention du Parti Communiste : la démocratie ouvrière et l'or-
SIGNIFICATION DE LA PLATE-FORME TROTSKY-BOUKHARINE
SIGNIFICATION DE LA PLATE-FORME TROTSKY-BOUKHARINE toutes les questions fondamentales élecplus large application du principe tif, plus de critique intérieure, plus de discussion, un examen plus direct et plus étendu des questions dans la presse, etc. ete... » (« Bulletin du Communiste, 2è année, p. 67, souligné par nous).
Etranges paroles, n'est-ce pas, pour ce Trotsky que Deutscher accuse d'avoir laissé tomber précisément à ce moment ses positions traditionnelles en faveur de l'auto-détermination des masses !
Boukharine, le principal allié de Trotsky au X• Congrès du PCR, indique clairement, dans son discours à ce Congrès, que :
« Le centralisme nécessaire a été transformé en une aliénation bureaucratipar rapport masses, en un système de commandement et d'une série de privilèges » (Russische Korrespondenz, 1921 n° 5, p. 332).
Dans le cadre des mêmes préoccupations se situent également les documents officiels de la tendance TrotskyBoukharine pour le 10º Congrès PCR. Dans l'article de Trotsky : « Le rôle et les tâches des syndicats écrit pour ce Congrès, il est dit tout d'abord que tout le parti insiste sur la nécessité d'en finir avec les méthodes de la guerre civile, de passer de plus en plus aux méthodes d'auto-détermination et d'élection de tous les fonctionnaires. En pratique ‚on n'y arrivera qu'en remplaçant les mesures extraordinaires par les méthodes de la démocratie de production (démocratie économique).
Trotsky rappelle que le programme du parti bolchévik, adopté en 1919, avait souligné que les syndicats devaient progressivement concentrer entre leurs mains l'administratioa de toute l'économie. C'était là le meilleur moyen de combattre toute bureaucratisation de l'appareil économique. Or, poursuit Trotsky, ces derniers temps nous nous sommes de plus en plus éloignés de ce but. " Si l'évolution suivait la même voie, il en découlerait le plus grand danger, non seulement pour les syndicats mais pour toute l'économie. » (Souligné par nous.)
Trotsky déclare ensuite qu'il est inadmissible que, dans plusieurs secteurs importants l'économie, une séparation de fait soit établie entre la direction de l'économie et la direction des syndicats. « Les Glavki (trusts) et commissariats (ministères) se détachent de plus en plus des syndicats. » La responsabilité exclusive de cet état de choses alarmant n'incombe cependant pas aux administrateurs. L'appareil syndical luimême porte sa part de responsabilité, parce qu'il néglige les problèmes de la production.
Trotsky s'oppose à ceux qui prétendent qu'il y a contradiction entre la démocratie ouvrière et la « démocratie de production »
" La démocratie ouvrière ne peut pas éclore dans les conditions d'épuisement et de pauvreté. L'auto-détermination des masses ne peut s'affirmer que sur la base d'une satisfaction croissante des besoins matériels. Concestrer toutes les forces et tonte l'attention sur l'écono6.:
NTERNATIONALE mie, voilà en quoi doit consister l'essentiel de la vie intérieure de tous les organes et de toutes les formes de la démocratie ouvrière.
« Plus le travail des syndicats se veloppera dans le sens la nouvelle posante d'appliquer tot les mlhodes de direction, plus profondément ils treront dans les masses, et plus il la démocratie de l'économie, c'est-à-dire non seulement de discuter systématiquement mesures économiques les plus importantes dans les réunions de larges masses r'élection à toute une sé. encore d'appliquer le principe de rie de postes d'administration économique. » (Souligné par nous.)
Et, plus loin, Trotsky formule, contrairement à Lénine qui basait ses espoirs précisément sur « organes contrôle » comme « l'Inspection ouvrière et paysanne », des avertissements qui ont été tragiquement vérifiés :
" Dans le domaine de la lutte contre le bureaucratisme, l'Etat ouvrier devrait utiliser ses forces pas tellement pour surcharger des organes de contrôle que pour élargir et améliorer l'appareil économique existant, en l'unifiant à cette fin avec les syndicats. Dans la mesure où les syndicats ne se placent pas dans le domaine du travail productif créateur, ils n'avancent plus, ils s'ossifient et portent en eux-mêmes toutes les marques défavorables du bureaucratisme. » (Russische Korrespondenz 1921, n° 3-4, pages 159-166 passim).
Mais Trotsky n'avait pas seulement une conscience plus nette que les partisans de la « Plate-forme des Dix » de la « tension production-administration ». Il avait également compris à fond la « tension démocratie ouvrière-développement économique », la nécessité absolue de créer rapidement, immédiatement, le niveau de vie minimum à partir duquel une participation réelle - et non seulement sur le papier — des masses à l'exercice du pouvoir était possible.
Décrivant la « descente » de Trotsky dans le Donetz paralysé, les Izvestia du 24 novembre 1920 (cité par le Bulletin Communiste 1921, n° 1 pages 13-14), écrivent ce qui suit :
« Sous sa présidence ont eu lieu toutes sortes de séances óu les ouvriers ont pu parler sans détours oratoires de ce qui leur tient à cœur, où ont été examinés les faits et les chiffres. On a pris le taureau par les cornes... Par quoi ravitaillement. Les machines sont asces, commencer ? De toute nécessité on manque de chaudières, ete... mais de tout cela, on pourra parler demain. Aujourd'hui le ravitaillement. Ce qui est usé surtout dans le bassin, c'est la machine vivante, c'est l'homme, qui n'a pas assez de pain et pas assez « d'étais », c'est-à-dire de graisse et autres produits. »
Et prenant la parole devant les sections féminines du PCR, Trotsky déclara à la même époque ce qui suit :
« Dans la lutte collective notre prelétaire a développé les plus hautes qualités de dévouement, mais à ce dévouement doit correspondre finalement mae compensation matérielle. Nous devons lui assurer ainsi glà sa familia les meM-
UATRIE ME I leures conditions d'existence. Nous devons montrer aux masses laborieuses de Russie, sans oublier les moins éclairées, que le nouveau régime qu'elles ont conquis et qu'elles soutiennent au prix d'etforts et de sacrifices énormes, est capable de leur assurer, après ces privations et ces sacrifices, le maximum de bienétre économique. Voilà l'épreuve que nous devons maintenant affronter. » (ibidem p. 24.)
Insistant sur la nécessité absolue d'accroitre la production, Trotsky ajoute :
* Les décisions d'ordre économique doivent être acceptées et comprises par la conscience des masses. C'est un des buts essentiels de la propagande écono-
Nous voici décidément loin de la légende de Trotsky, défenseur de thèses militaro-bureaucratiques », abandonnant sa lutte traditionnelle pour l'autodétermination des masses. La logique de sa position parait au contraire impeccable : le moment était venu pour déchainer l'auto-mouvement, l'auto-détermination des masses dans le domaine de léconomie avec le même enthousiasme avec lequel Trotsky avait réussi à le déclencher dans le domaine politique et militaire. Est-ce à dire qu'à la lumière de l'histoire, la position de Trotsky dans la discussion syndicale fut entièrement dénuée d'erreurs ou de contradictions ? Certainement pas! En opposition à Lénine, Trotsky comprit importance décisive qu'll y avait a supprimer aussi vite que possible l'existence d'un appareil économique séparé de la masse des producteurs. En opposition à Chlapnikov, il saisit l'importance décisive d'une base matérielle minima, d'un rétablissement minimum de la production, pour rendre la démocratie ouvrière réelle et non formelle. Mais, contrairement à Lénine, il ne comprit pas que, durant la période qui s'étale entre le début et le parachèvement de la gestion ouvrière, la classe ouvrière avait besoin d'un organisme de défense de ses intérêts de consommateurs, organisme indépendant de l'Etat. C'est pourquoi même au cas où les syndicats auraient pris part rapidement à la gestion de l'industrie et se seraient transformés en organismes de gestion de réconomie, il aurait fallu créer des organismes spéciaux pour assurer cette tache. Cependant, nous avons vu que Trotpeut être accusé d'avoir sousestimé la question de la consommation SNY r ne ouvrière en tant que telle. Son erreur dans la question de l'indépendance des syndicats s'explique en grande partie par les conditions concrètes dans lesquelles il avait formulé sa thèse. Pour que la classe ouvrière puisse utiliser des organismes déterminés pour la défense et l'accroissement de son niveau de vie ‚au besoin contre l'Etat ouvrier, fallait d'abord quil y ait quelque
NTERNATIONALE mique, que chaque ordre, que chaque assemblées ouvrier messiee les que les courant du programme de leur entreprise pour l'année, pour le semestre ou même pour la semaine qui vient, taire même pour la semaine qui vient, que les ouvriers puissent comprendre, leurs remarques, examiner le role de leur usine, la place qu'elle occupe dans vie économique du pays, la part qu'elle apportera au bien-être général des masses si elle exécute intégralement son œuvre. » (Ibidem p. 25) (Souligné par nous.)
N'est-il pas monstrueux de prétendre qu'il n'y ait guère « une de ces idées » qui ait été appliquée par Staline au cours des années trente? chose à partager entre consommation et accumulation. Or, en 1920, le produit social net était réduit à sa plus simple expression. Des négociations entre syndicats et directions d'usine sur le taux des salaires devenaient absurdes, du moment que ce salaire se réduisait en pratique à une fourniture en nature d'une maigre pitance. Même dans cette situation tragique, une participation plus directe des masses à l'administration économique aurait pu améliorer leur consommation, mais il se serait agi d'une amélioration purement marginale. L'amélioration réelle des conditions de vie dépendait d'une remise en marche de toute l'économie du pays. La priorits pays. que Trotsky assignait à ce moment-là aux tâches de production ne peut être contestée par quiconque étudie objectivement l'histoire de cette phase de la révolution russe.
Il n'est de toute façon pas sérieux de comparer quelques écarts de langage que Trotsky ait pu commettre à ce moment-la, dans sa lutte passionnee pour relever le pays des ruines et les travailleurs de la famine, avec la politique cyniquement poursuivie par Staline pour industrialiser le pays aux frais de classe ouvrière. Lorsque la production était à 20 % de son niveau d'avantguerre, Trotsky déclara : « La seule chose qui compte c'est d'accroitre la production pour pouvoir accroître la consommation. » Lorsque la production était à 200 % de son niveau d'avantguerre, Staline déclara : « La seule qui compte c'est d'accroitre la production afin d'accélérer l'industrialichose sation, en réduisant la consommation ouvrière à sa moitié pendant une décade... » tout en accroissant constamment la consommation de millions de bureaucrates ! Lorsque Trotsky parla de camps de travail, c'était pour y envoyer des gens qui, au milieu de la misère générale, voulaient se soustraire à l'obligation générale du travail, inscrite solennellement dans le programme de
Lénine dès 1917, comme dans tout programme socialiste. Lorsque Staline instaura des camps de concentration sur •une grande échelle, c'était pour résou-
«ETATISATION DES SYNDICATS » ET « MILITARISATION DU TRAVAIL »
«ETATISATION DES SYNDICATS » ET « MILITARISATION DU TRAVAIL »
dre des conflits sociaux et politiques dans lesquels étaient impliqués des centaines de milliers, sinon des millions de gens, par la terreur pure et simple. Réduire chaque fois les deux phénomènes au même dénominateur commun, ce n'est pas faire preuve de bonne foi !
« L'étatisation des syndicats », ce n'était pas pour Trotsky la soumission des syndicats à la bureaucratie, mais leur transformation en appareil dirigeant de l'économie, la suppression de toute bureaucratie grâce à cette transformation. La « militarisation du travail » telle que Trotsky la conçut, loin de signifier la transplantation systémade méthodes de commandement militaire dans l'industrie, signifiaient pour lui la transplantation dans l'industrie de l'héroïsme et de l'auto-détermination des communistes de l'Armée Rouge, qui avaient permis de gagner la guerre civile. En ce sens, sa conception de la « militarisation » du travail et de la « démilitarisation » de l'armée se complétaient harmonieusement l'une l'autre.
Deutscher n'a pas tellement tort quand il utilise l'image de la tragédie antique pour caractériser la discussion précédant le 10° Congrès du PCR. Mais le héros de cette tragédie n'est pas Trotsky, c'est l'ensemble du parti bolchévik, avec Lénine en tête.
Quand nous examinons toute la période préparatoure au 10º Congrès, nous sommes frappés de l'unanimité avec laquelle tout le PCR considère comme une tâche cardinale et urgente le reau plus vite, à la démocratie tour, ouvrière qui avait dû être fortement restreinte au cours de la guerre civile. Or. quelles seront les mesures décidées en pratique par ce Congrès? En supprimant la liberté de fraction dans le parti bolchévik, en prenant des sanctions contre I' « Opposition Ouvrière » (Lénine proposa son exclusion, mais cela fut rejeté par la majorité du CC), en éliminant de la légalité les menchéviks, le degré de démocratie ouvrière fut réduit au lieu d'être accru, et ce même par comparaison avec les pires moments de la guerre civile !
La direction du parti bolchévik justifia ce resserrement de la discipline politique du prolétariat avec deux arguments : le soulèvement de Kronstadt d'une part, l'instauration de la NEP de l'autre. Incontestablement, sur le plan social et économique, le régime sovietique en fut menacé autant qu'il l'avait les armées blanches, Et cependant, a été politiquement et militairement par la lumière des événements ultérieurs, resserrement de la discipline s'est avéré complètement inefficace. Loin de préserver la pureté de la dictature prolétarienne, ces mesures l'ont soumise à la pire des influences de l'ennemi de classe, 58
Que la position de Trotsky ne fut pas « anti-syndicale », cela n'est pas seulement attesté par le fait que nombre de syndicalistes dirigeants signèrent la plate-forme Trotsky-Boukharine. Au lle Congrès, on décida d'éliminer complètement toute ingérence des syndicats dans la gestion des entreprises. On précisa en même temps les droits des syndicats de défendre les intérêts des ouvriers contre l'administration économique. A ce moment-là, Tomsky et une parfie de la direction syndicale qui s'était opposée à Trotsky au 10° Congrès protesta mais en vain. L'orientation ébauchée par les décisions du 10º. Congrès était rapidement arrivée à maturité. Il apparut que le véritable conflit au 10° Congrès n'avait pas opposé des thèses « démocratiques » à des thèses « militaro-bureaucratiques ». mais bien trois conceptions différentes sur le rythme de réalisation de la gestion ouvrière de l'industrie. Celle de Trotsky était la médiane des trois, et la plus juste.. Celle des Dix, adoptée, servit en pratique a remettre la gestion ouvrière aux calendes grecques. transmise par l'intermédiaire de la bureaucratie. Loin de préserver l'unité et l'intégrité du parti de classe, elles ont précipité celui-ci dans une lutte intestine violente, de laquelle il sortit ruiné en tant qu'instrument de lutte ouvrière. Nous n'ignorons pas que les résolutions votées par les Congrès et les paroles prononcées par des dirigeants n'ont joué, en définitive, qu'un rôle secondaire dans ce reflux de la révolution russe. Ce reflux a été déterminé en dernière analyse non pas par les décisions du 10e ou du llè Congrès, mais par la fatigue et l'apathie croissantes du prolétariat russe et par le reflux de la révolution internationale, avant tout par la délaite du proletariat allemand en 1923. Mais qui dit rôle secondaire ne dit nullement rôle négligeable ou nul! Il nous parait incontestable que les décisions du 10º Congrès ont, contrairement à la volonté générale des bolchéviks, contribué au lent étranglement de la démocratie ouvrière plutôt qu'à son épanouissement réclamé impatiemment par tous les communistes. Il nous parait aussi incontestable que ces décisions, à nouveau en opposition avec l'aspiration de tout le parti, ont contribué à consolider et à rendre autonome l'appareil de direction administrative de l'économie, dont la dégénérescence bureaucratique allait se manifester rapidement. Voilà où réside effectivement la tragédie du 10º Congrès du PCR.
Les leçons à tirer de cette tragédie sont claires. Après la conquête du pouvoir, le prolétariat s'assurera le maximum de garanties contre la dégénérescence et la déformation bureaucratiques de son Etat à condition :
EVALUATION D'ENSEMBLE DU X CONGRES
EVALUATION D'ENSEMBLE DU X CONGRES
Q UATRIEME a) De maintenir un organisme de défense de ses intéréts particuliers comme consommateur pendant toute la période de transition, organisme indépendant de l'Etat; l) De participer de façon croissante à la gestion de l'économie et de créer des organismes adéquats qui assurent cette participation, d'un appareil administraparticipation, tout en empêchant la constitution tif dirigeant, séparé et autonome de la masse des producteurs;
•) De maintenir et d'élargir au maximum la démocratie ouvrière politique, seule garantie d'une réaction immédiate contre tout écart sérieux de lorientation ci-dessus.
Qu'on choisisse comme organisme de défense les syndicats et comme organisme de gestion les conseils d'entreprise ou comité d'usine, ou qu'on applique la solution inverse, peu importe. L'essentiel, c'est de comprendre l'interaction entre ces trois garanties. Et de toutes les positions défendues au sein du parti bolchévik russe en 1920-21, c'est celle de Trotsky qui montre le mieux la voie vers ce but.
15 février 1955