Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 1-3

La crise du stalinisme en Europe occidentale

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 1-3 · mars 1955 · p. 8-10 · 1 589 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Nous publions dans ce numéro, deux articles relatifs, l'un à la crise du P.C. italien, l'autre à celle du P.C. belge. Le premier est numériquement le plus fort P.C. dans les pays capitalistes et exerce une très grande influence sur les travailleuses de son pays ; le second est un tout petit parti n'ayant qu'une influence très limitée democratie. Si on relie les faits qui viennent de se dérouler dans ces deux partis classe ouvriere belge qui est dominée par la socialà ce qui s'est passé depuis 1952 dans le P. C. français (notamment les « affaires » Marty. les partis communistes agissant en Europe Tillon, Lecœur), nous nous trouvons en présence de développements dans nombreuses et importantes, ont des origines et des tendances communes qui méritent qui, en dépit de différences d'etre relevées.

A partir de 1923, les P. C. ont pendant une dizaine d'années connu erise sur crise. Surplombant les provoquant la décomposition de l'Internationale communiste. A partir se trouvait la crise du parti bolchevik directions des P. C. furent relativement stabilisées : leur bureaucratisation était de 1932, achevée, le stalinisme l'avait emporté. . 8

A présent chaque crise d'un P. C. nait dans le pays même où agit ce parti. Sous les effets de la remontee du mouvement des masses, nous assistons a la crise de décomposition du stalinisme Ce phénomème a été amplement étudié l'an dernier au IV• Congrès mondial de la IV Internationale, et nous renvoyons nos lecteurs au document « Montée et déclin du stalinisme », adopté par ce Congres et qui trouve plus qu'une ample confirmation dans ce qu'il vient de se passer, depuis lors, dans les P. C. italien et belge. .

Mais ces événements apportent des indications plus précises sur l'état actuel de la crise dans les partis communistes en Europe occidentale.

Nous ne pouvons juger ces manifestations critiques ou oppositionnelles d'un point de vue numérique ; le régime intérieur des P.C. ne permettant pas l'éclosion et la manifestation naturelle de courants politiques. Ces manifestations traduisent à la fois une attitude des masses à l'égard de ces partis, et des tendances chez des militants communistes réagissant en face d'une détérioration des rapports entre leur parti et les masses. Ces manifestations expriment quelque chose qui se passe dans les masses et quelque chose qui se passe dans l'avant-garde communiste.

C'est en Italie que jusqu'à présent, la tendance s'est développée le plus loin, d'une part parce qu'en Europe occidentale c'est dans ce pays que le mouvement des masses ouvrières et payssannes est le plus vigoureux et d'autre part que la politique de Togliatti a été constamment droitière, et se situe plus à droite que celle de toute autre direction stalinienne. Dans « l'Action communiste », nous assistons non seulement à l'expression critiques, mais à ne premiere prcele tion d'une sorte de plate-forme destinée à opposer une ligne de la direction. C'est la première manifestation d'un début de cristallisation sponcanee, au sein meme des mouvements staliniens,. provenant de militants formés a l'ecole stalinienne. Les idées, les critiques y ont ete developpees plus loin qu'ailleurs

Mais la première observation générale, valable pour toutes les tendances critiques dans les P.C., c'est que ce sont des critiques provenant de gauche. La politique des directions est jugée comme étant sans vigueur. L'explication n'est pas recherchée — comme les directions staliniennes ont coutume de le faire _ a l'exterieur, mais dans les directions elles-memes, dans leur politique.

Le plus remarquable, c'est que — formulée avec plus ou moins de netteté. avec plus ou moins de vigueur - une meme cause initiale a ete retrouvee independamment par les opposants communistes de France, de Belgique ou d'Italie :

tous remontent à la période

P.C. n'ont coche », que les et qu'il était aisé maximum société, qu'au contraire cette de la « libération » et pensent qu'on a « loupé le pas utilisé leur force alors qu'elle était à son point de produire des transformations de structure de la à renflouer l'Etat et l'économie force a été utilisée capitalisies et que, depuis lors, on a cédé du terrain devant Pennemi de classe.

Ces idées ne sont pas toujours pensées et formulées clairement ; mais l'essentiel y est. Elles constituent un aboutissant des réflexions de militants communistes qui peut devenir le point de départ d'une évolution politique dans un sens tout a fait progressif.

•Il y a, tout d'abord, dans cette critique — qui cherche les causes sur dix ans de politique — une rupture de méthode implicite avec le stalinisme. Pour les bureaucraties, les masses sont une matière malleable, façonnable ; il suffit de trouver le bon true politique ou organisationnel pour les mobiliser ; quand on ne réussit pas avec un mot d'ordre, il suffit d'en trouver un autre. Mais les masses sont un sujet de la politique, elles ont de la mémoire et ne regardent pas les organisations seulement en fonction de la politique du moment. En remontant sur dix ans, les militants opposants et critiques ont adopté, implicitement, une conception différente des masses de la conception bureaucratique stalinienne.

On a loupé le coche ! Quelle accusation plus accablante peut-on lancer contre un parti que l'on croit révolutionnaire que d'avoir laisse passer une situation révolutionnaire et d'avoir au contraire aidé l'ennemi de elasse à se remettre en selle ?

Et ce n'est pas tout. Depuis lors, la politique des P.C. a surtout consiste en petitions, ete... pour entretenir une certaine agitation, mais en dehors de tout but de conquête du pouvoir ! Cette accusation vient s'ajouter à la précédente : un parti révolutionnaire qui n'est plus préoccupé par la révolution !

Ce ne fut pas dit aussi nettement en France et en Belgique, mais « l'Action communiste » d'Italie est assez proche d'une telle conclusion.

Leur critique s'étant développé à ce point, il n'est pas étonnant que les militants l'ont exercé dans divers autres domaines : les échecs transformés en succès par la presse de leur parti, le régime intérieur étouffant toute contradiction, l'adulation des dirigeants, etc...

Mais, quand il s'agit de déterminer le pourquoi de la politique suivie à la « libération » et depuis lors, les militants critiques et opposants ne sont pas encore parvenus à des points de . vue corrects. Dans le document italien, cette politique semblé être attribuée à l'incapacité propre de la direction qui n'aurait pas tenu compte des avis du Kominform. Il n'y a pas de doute que les membres des P.C. sont fort mal renseignés sur ce qui se passe hors de leur pays. Si leur presse se men de ds duce tesse pase noes de les pas si des mil pante le denis permet de défigurer les faits de leur pays, à plus forte raison peut-elle eritiquent la direction Logliatti, des militants belges la direction Lalmand, des militants français la direction Thorez-Duclos, si ces eritiques sont parallèles, il faut conclure que la cause de la politique suivie dans ces différents pays par ces directions n'était pas dans l'incapacité personnelle de ces dirigeants, mais dans une même orientation politique de ces partis qui doit avoir une même origine.

A vrai dire, dire, même parmi ces militants s'esquisse l'idée d'une responsabilité extérieure à la direction propre de leur pays. Tillon déclarant qu'à la « libération », on ne lutta pas pour le pouvoir parce qu'on était tenu par des « engagements », les delegues du Congrès du P.C. belge refusant l'entrée d'une séance aux délégués des partis des démocraties populaires, ce sont là des manifestations non d'une opinion mais d'un certain sentiment politique. comprennent que la politique de leur parti ne repose pas sur les intérêts spécifiques révolution prolétarienne dans leur pays; mais en même temps ils sont gênes parce parce qu'ils se heurtent à la diplomatie soviétique - et là se posent des problèmes extrêmement compliques pour eux et qu'ils ne savent comment aborder.

Les directions des P.C. ont aligné systématiquement à chaque moment la politique de leur parti sur les objectifs immédiats et variables de la diplomatie soviétique. Comprendre les raisons de celle-ci est une chose qui constitue une partie très importante de l'apport du mouvement trotskyste militants communistes: cet alignement systematique n'est indépendamment de cela, nous disons à ces nullement justifiable, même s'il n'y avait rien à objecter à la politique du gouvernement soviétique. Les bolcheviks signèrent en 1918 le traité de Brest-Litovsk, les communistes allemands luttèrent contre ce traité. La signature des accords de Genève par les gouvernements d'Etats ouvriers ne doit pas entrainer leur approbation par les communistes français qui devaient combattre leur impérialisme et soutenir l'indépendance totale des peuples colonisés Prenons un exemple plus proche encore du militant communiste : il sait que, lorsqu'il dirige un syndicat, il est amené à passer certains accords avec l'organisation patronale ; il ne pense pas à aligner la politique de son parti sur ces accords.

Nous n'insisterons pas ici sur le fait que l'on ne voit pas ces courants se tourner vers l'extérieur. Ils cherchent d'abord à modifier la politique de ils ne rejetent pas les organisations que les ouvriers ont eu tant de mal le trouve-t-on pas les mêmes aspirations dans les courants gauche de la social-démocratie ?

La crise du stalinisme n'a pas encore pris une ampleur considérable ; au contraire, nous n'avons assisté jusqu'à présent qu'à ses débuts. Mais, si on tient compte des nombreux obstacles à son développement qui résident dans tout ce qu'à produit la vie intérieure des P.C. dans dernières années, ces premiers pas qui sont naturellement les plus difficiles à entreprendre sont des plus prometteurs.

Une erreur sur cette page ?