Au mois d'août 1953, la droite proimpérialiste commençait une teroce campagne contre le gouvernement de Gétulio Vargas. Paulo Duarte publiait dans tous les journaux, un « manifeste aux forces armées » dans lequel il appelait ouvertement celles-ci à la préparation d'un coup de force militaire qui en finisse avec « la démagogie et la corruption ». La conférence nationale des fazendeiros (1) prêtait l'oreille à l'aile organisée par l'U.D.N. (2) qui lançait un appel à tous les propriétaires de terre afin qu'ils « prennent les ar-mes » pour sauvegarder l'économie rurale menacée par la « démagogie ». Le NewYork Times, à cette époque déjà, dénonçait les intentions du Ministre du Travail varguiste, J. Goulart, de créer une « Rspublique syndicaliste », sur le modele péroniste, et il alertait les «forces démocratiques » brésiliennes contre les intentions prêtées au gouvernement de créer une Centrale Ouvrière Nationale..., en accord étrange avec l'accusation lancée par les maitres du café et l'U.D.N. prétendant que Gétulio voulait instaurer une « dictature syndicaliste » (sic). Simultanément, une feroce campagne de presse contre l'organe de la bourgeoisie nationale. Ultima Hora - subventionné par les principaux industriels du pays — se transformait en campagne de dénonciation, non seulement de l'appui illégal que la Banque du Brésil prêtait à ce journal, mais aussi des propres traités du gouvernement, et tentait d'y impliquer le président Vargas.
Ultima Hora, le quotidien brésilien ayant le plus fort tirage, servait la politique du gouvernement en agitant démagogiquement les masses par un nationalisme bourgeois et un ouvriérisme sentimental. Un groupe important d'ex-militants communistes, que la bourgeoisie utilisait et utilise, était chargé de réaliser cette politique. La dénonciation de Ultima Hora et de la Banque du Brésil servait donc les deux buts du secteur proimpérialiste de la bourgeoisie (secteur propriétaires fonciers et compradores): 1) mobiliser la petite bourgeoisie dans la lutte contre la «corruption » (les journaux de la Standard Oil et de la Light and Power, les journaux de Chateaubriand — le Hearst brésilien - etc. jouant les vestales).
2) tenter de réaliser un coup de force légal provoquant la chute de Vargas (1) Gros proprietaire foncier.
(2) Union démocratique nationale, parti des propriétaires fonciers. 30 par l'intermédiaire du Parlement. Ces perspectives se réalisèrent en partie seulement. La campagne de presse se heurta à la résistance de la bourgeoisie nationale qui passa à la contre-attaque et dénonça, à son tour, l'origine yankee des fonds de la presse jaune. Ces campa. gnes de presse eurent pour effet de déprécier toute la presse bourgeoise, tous les secteurs de la bourgeoisie: nationale dont les scandales furent mis à jour aux yeux de l'avant-garde ouvrière d'une part, et d'autre part, pro-impérialiste, ce qui eut pour effet de polariser les couches les moins actives de la petite bourgeoisie autour du drapeau impérialiste de «la morale et de l'ordre » et, par conséquent, de pousser la bourgeoisie nationale un peu plus sur le chemin de la démagogie anti-impérialiste, comme unique forme réaliste de défense. Tes de les Condam dans les Tel était le sens fondamental du disil menaçait, en termes voilés, de nationaliser l'énergie électrique (Electrobras) ce qui porterait atteinte à la Bond and Share et la Light and Power (qui contrôlaient 90 % de l'énergie électrique bréSilienne). Tel était aussi le sens de l'augmentation de 100 % du salaire minimum et de l'extension des droits syndicaux aux travailleurs ruraux (plus de dix millions de salariés).
Mais la chute de Vargas ne put être provoquée au moyen d'un coup de force légal, en raison de la majorité gétuliste au Parlement. L'accusation politique contre Lutero Vargas, fils de Getulio, et Euvaldo Lodi, grand industriel, (députes impliqués dans l'affaire de la Banque du Brésil et de Ultima Hora que l'opposition voulait livrer à la justice criminelle) fut mise en échec; la « mise en accusation » contre le Président Vargas ne put être présentée. Les possibilités d'un coup d'Etat «légal» étaient éliminées. La fraction de la bourgeoisie liée à l'impérialisme était exaspérée par l'augmentation des salaires et par les mesures d'organisation syndicale à la campagne (attaque directe contre la base de son pouvoir politico-économique). Les propriétaires fonciers, d'une part, se lancèrent dans une campagne de «résistance civile » contre le gouvernement (lock-out patronaux, débauchages massifs, campagnes de rumeurs, protestations publiques, appels publies appelant l'intervention des forces armées pour la « défense de l'ordre menacé par démagogie». etc.) et d'autre part concentrèrent leurs efforts pour la préparation directe d'un coup de force
VAT RIEME I militaire provoquant la chute du gouvernement de Getulio.
Le « Manifeste des Colonels » le montra clairement: presque tous les officiers supérieurs des régions vitales pour la politique du Brésil - Rio et Sao-Paulo - déclarèrent leur mécontentement devant «l'agitation sociale » provoquée par l'augmentation des salaires et se plaignirent de leur situation « désavantagée » devant la hausse continuelle du coût de la vie. Cette déclaration faite en dehors du Ministre de la Guerre varguiste. signifiait presque la rébellion militaire et était un clair avertissement au gouvernement sur l'attitude de l'armée - tout au moins de ses officiers supérieurs — devant la politique sociale du getulisme. En conséquence, Vargas fit une nouvelle concession: son Ministre de la Guerre démissionna et fut remplacé par un candidat de compromis et -_ revendication principale du secteur proimpérialiste - il exigea la démission de J. Goulart. Ministre du Travail du 100 % d'augmentation, pour le remplacer par un fonctionnaire policier,
Tel est l'énoncé sommaire du déroulement des évènements. Mais il faut une analyse plus profonde pour comprendre la raison de la lutte et de la façon dont elle se déroula, le rôle de l'armée, les hésitations de Getulio Vargas, son suicide final.
Getulio Vargas, propriétaire foncier du Rio Grande do Sul, producteur de viande pour le marché intérieur, vendeur, par force, aux frigos impérialistes (Armour Swift, Wilson) était au gouvernement le représentant du front unique des éleveurs qui produisaient pour le marché intérieur et dépendaient du standard de vie de travailleurs et des prix qu'ils pouvaient arracher à l'impérialisme et de la bourgeoisie nationale industrielle (Matarazzo, Jafet, etc.) dont la situation était semblable. Ensemble ils avaient intérêt à une politique de centralisation du pays, une hausse des salaires, une augmentation des bénéfices sociaux qui représentaient pour eux une augmentation du marché intérieur et par conséquent de leurs profits. Ensemble ils avaient intérêt. à affronter. à la manière bourgeoise et avec les limites de la bourgeoisie, la politique asphyxiante et de monopole de l'impérialime.
Getulio Vargas, gouverneur du Rio Grande do Sul, état des éleveurs et un des plus prospères et des plus industrialisés du pays. commença le « Brésil Moderne » avec la révolution de 1930 qui mit fin a la politique des « gouverneurs ». c'est-à-dire à la politique des propriétaires fonciers et de l'impérialisme. S'appuyant habilement sur les
Mais l'agitation ne cessa pas. Des foules « populaires » - petits bourgeois et étudiants - manifestaient continuellement contre Gétulio et huaient Lutero Vargas, l'homme du scandale de Vitima Hora chaque fois qu'il paraissait pour témoigner au procès. La campagne de presse augmentait en intensité, préparant les conditions psychologiques du coup de force dans la petite bourgeoisie qui était mobilisée à travers les étudiants.
Dans cette ambiance générale, la nouvelle d'un attentat contre Carlos de Lacerda (journaliste à la tête de l'agitation anti-gétuliste, celui de la lutte a mort contre Ultima Hora) dans lequel fut tué un officier de l'Armée de l'Air, fournit le prétexte attendu. L'Armée de l'Air descendit dans la rue. La Marine et une partie de l'armée de Terre se solidarisèrent avec les forces de l'Air, les réunions d'officiers supérieurs se succédèrent et, dans la nuit du 24 août, au cours d'une réunion d'officiers, après avoir proposé sa démission et avoir demandé un congé de 3 mois, Getulio Vargas se suicida. officiers, Jeunes, petits bourgeois, antiimpérialistes, et sur leur rôle politique décisif — dû à la faiblesse des classes exploiteuses - il tenta de centraliser politiquement le Brésil, écrasant le pouvoir local des propriétaires fonciers, nommant des délégués du pouvoir central, dissolvant les forces armées locales (fidèles à ces maitres de la terre), brülant leurs drapeaux et leurs symboles sur la place publique, écrasant la rebellion séparatiste de 1932 à Sao Paulo, dernier sursaut d'un passé qui se refusait a mourir et du pouvoir des propriétaires fonciers du café et de l'impérialisme anglais.
Mais la faible industrialisation du pays (comparée à celle de l'Argentine, par exemple), sa décentralisation, son retard (76 % de paysans actuellement), déterminaient l'extrême faiblesse de la bourgeoisie nationale que Getulio représentait. De là l'éternel jeu de bascule politique, ses hésitations constantes, ses compromis avec un secteur ou avec un autre. Pour échapper à la domination anglaise, Getulio s'appuya, en 1932, sur la domination ascendante de l'impérialisme yankee ; ensuite, pour échapper à ce dernier, il misa sur le capital allemand, vers lequel allaient toutes les sympathies de l'armée et de la bourgeoisie nationale ; après la guerre, il n'hésita pas à céder des bases à l'impérialisme yankee et à envoyer des troupes en Italie pour pouvoir maintenir ses privilèges. Contre le danger de putsch stalinien de 1935. il s'appuya sur les intégralistes (fascistes brésiliens). Contre ceux-ci qui voulaient
LES FORCES BOURGEOISES EN JEU
LES FORCES BOURGEOISES EN JEU
Q UAT RIEME étre quelque chose de plus qu'une réserve de forces de choc et organisèrent pour cela leur propre putsch, il spécula sur la gauche à laquelle il certaine liberté momentanée, pour qu'elle écrase les forces armées intégralistes en 1937. Contre l'avant-garde ouvrière (le PC et ses sympathisants dans les syndicats), il lança une féroce répression et concéda en même temps toute une législation sociale ouvrière ; il tenta de mobiliser les masses les plus retardataires par l'intermédiaire d'une couche de bureaucrates syndicaux bien payes, contrôlés par les syndicats getulistes.
Ce jeu démagogique avec le prolétariat lui valut, en 1945 après la guerre, quand les rapports de forces devinrent défavorables à la bourgeoisie et quand le Brésil, ainsi que toute l'Amérique latine, assista à une gigantesque poussée ouvrière, un coup de force militaire dirigé par l'ambassadeur yankee Adolphe Berle, qui exprima ainsi, avec l'armée brésilienne l'opposition de Wall Street à la légalité accordée au PC brésilien, à l'amnistie des prisonniers politiques, à l'uti- l'utilisation par le gétulisme de l'appui que le PC brésilien — canalisant les masses — lui prêtait alors.
Battu en 1945, Getulio — après le bref interrègne du gouvernement réactionnaire de Dutra - obtint à nouveau, en 1950, par une écrasante majorité électorale, la Présidence de la République, sur la base de déclarations quelque peu antiimpérialistes et d'une campagne contre la cherté de la vie. Grâce à la politique sectaire du PC brésilien - qui comparait Getulio à Dutra comme serviteur de l'impérialisme ; qui disait que les syndicats étaient « fascistes » et accusait les syndiqués de jaunes ; qui faisait des collectes pour acheter des armes ; qui appelait à la prise du pouvoir « même dans des lieux isolés et même pour quelques heures » afia de secouer les masses, alors que les masses appuyaient Getulio Vargas - la bourgeoisie put canaliser le mouvement des masses.
Mais Vargas, contrairement à Péron, représentait une bourgeoisie très faible et devait affronter un autre prolétariat dans l'avant-garde duquel le PC avait une grande influence, et cela à un tout autre moment international. La première vague de montée ouvrière — 1945 — avait été canalisée par le PC. Bien que la politique erronée de celui-ci le privat de l'appui des grandes masses - ses voix baissèrent des 4/5 et ses effectifs des 2/3 - l'avant-garde ouvrière continuait tout au moins à l'appuyer de ses sympathies et la bourgeoisie devait en tenir compte. De plus, l'ascension de Péron, en 1945, se fit pendant les années de prospérité relative qui se succédèrent jusqu'en 1950 pour ces pays semi-coloniaux - ce dont Getulio ne put profiter. Getulio monta au pouvoir au moment du boom de la guerre de Corée. Mais ce fut de courte durée et, immédiatement, l'économie brésilienne se vit prisonnière de ses contradictions ci de la pression impérialiste. Pour cette raison, en plus de sa faiblesse,
RATIONALE E la bourgeoisie brésilienne avait, par rapport à sa sœur argentine, le double handicap d'avoir pris le pouvoir trop tard —ce qui l'empêchait d'avoir un champ de manœuvre économique permettant de faire des concessions aux masses - et de l'avoir pris sans pouvoir contrôler l'avant garde. Tout cela l'empêchait de creer un appareil qui contrôle les travailleurs.
De là le caractère purement verbal et la timidité de sa démagogie travailliste et les concessions croissantes à l'impérialisme et à ses agents qui marquèrent si nettement son gouvernement.
Vargas ne fut même pas capable de réunir un cabinet représentant simplement les intérêts et la politique de la bourgeoisie nationale. Conscient de la faiblesse de cette bourgeoisie, sachant que son gouvernement est le fruit d'un compromis, dont il était le représentant, Getulio Vargas essaya toujours de s'en sortir en faisant des compromis pour gagner du temps, et en présentant la «lutte» comme l'ultime recours. La bourgeoisie nationale et Vargas avaient conscience de leur faiblesse, craignaient davantage les masses que l'impérialisme et essayaient à peine de marchander avec celui-ci pour obtenir de meilleurs prix et de meilleures conditions de vente. Ainsi, Getulio assistait, dans ses cabinets à une lutte perpétuelle entre les hommes de la bourgeoisie nationale et ceux des compradores et de l'impérialisme. Par exemple, il avait, comme ministre de la Guerre Estilac Leal - l'homme de la nationalisation du pétrole - qui faisait une politique « péroniste » anti-imperialiste dans l'armée, et comme ministre des Affaires Etrangères Neves da Fontoura, lié directement aux intérêts yankee, qui accepta le traité militaire avec les Etats-Unis, à l'insu du ministre de la guerre. Ainsi, Vargas, après avoir approuvé la nationalisation du Pétrole (Petrobras) portant atteinte à la Standard Oil, fit nommer le « Brigadeiro » Eduardo Gomes (chef militaire pro-impérialiste et candidat de l'opposition à la Présidence) à la direction de l'application du traité militaire avec les Etats-Unis et accepter l'ultra-réactionnaire loi de la Défense de la Patrie. Tout cela modelait l'appareil gouvernemental en accord avec les nécessités de la bourgeoisie nationale ou de l'impérialisme.
Cette nécessité de conciliation croissait avec la poussée du mouvement ouvrier. A partir du milieu de 1952 — après une brève période d' « expérience » pendant laquelle les masses attendirent la réalisation des promesses que Getulio avait faites comme candidat - une tumultueuse poussée ouvrière se produisit dans tout le Brésil.
Les nouvelles masses venues de la campagne, conséquences de l'industrialisation accélérée produite par la guerre, connaissaient seulement de Vargas la législation ouvrière et non la répression (exercée seulement contre l'avant-garde consciente politiquement). Elles n'avaient subi aucune delaite; le triompne getuliste, au contraire, signifiait pour elles
IN
Q U ATRIEME I la démonstration de leur force invaincue et elles se lancèrent au combat, avec quelques illusions gétulistes, évidemment, surtout avec la ferme intention d'obliger Getulio à satisfaire les revendications ouvrières.
Après quelques grèves à Sao Paulo, employés de banque, chauffeurs de Matarazzo, etc... une grande grève des chemins de fer dans le Rio Grande do Sul émut tout le pays. L'une après l'autre, toutes les grandes villes arrêtèrent le travail, les ouvriers en devinrent maitres et affrontèrent la police, nommèrent des
Comités de grèves traitant d'égal à égal avec l'armée et envoyèrent à Vargas des télégrammes lui disant que « s'il ne tenait pas ses promesses de combattre la cherté de la vie (il s'agissait de lutter contre l'augmentation du prix de la viande), les cheminots installeraient un gouvernement de travailleurs ». La victoire de ce mouvement déclencha toute une vague de grèves et effraya toute la bourgeoisie. Vargas offrit un gouvernement « d'union nationale », fit voter rapidement le traité militaire et la loi de
Défense de la Patrie, fit pression pour que son parti participe dans tous les cas à des fronts uniques de tous les partis bourgeois, avee des candidats uniques contre le candidat appuyé par les masses. Le secteur pro-impérialiste applaudit à ses « mesures raisonnables » mais rendit Getulio responsable du déchainement des luttes sociales provoquées• selon la droite, par la démagogie varguiste. Puis la droite exigea la répression, prétendant que toute la politique sociale de Vargas augmentait le coût de la production et menait le pays à la ruine avec un super-industrialisme.
La victoire des divers mouvements ouvriers, les uns après les autres (chemins de fer de Minas, textiles de Pernambouc, mineurs de Santa Catarina, ouvriers des ports de tout le pays, transports municipaux de Santos, sucre, textiles de Rio, grève générale de 1953 à Sao Paulo... pour ne citer que les plus importants) et le triomphe aux élections du candidat PSPC dans la ville de Pernambouc, et de Janio Quadros à Sao Paulo, contre le candidat unique de la bourgeoisie, furent accompagnés de toute une série d'expulsions des syndicats des agents bureaucratiques du gouvernement, grâce à la victoire des oppositions syndicales dirigées d'abord par des conciliateurs, puis par des militants de gauche, finalement par des communistes, et grâce à une organisation syndicale massive au cours des luttes qui fit passer le nombre des ouvriers syndiqués de 4 % à peine en 1946, à 45 % actuellement. Et. ce qui était pire pour les propriétaires fonciers et la bourgeoisie en général, les travailleurs agricoles, qui constituent l'immense majorité des salariés, pour la première fois, commencaient à s'organiser syndicalement.
Le sérieux danger que représentait le débordement du gétulisme dans le camp ouvrier - en moins de deux ans, Vargas
NTERNATIONALE avait été battu dans tous les syndicats et les grèves succédaient aux grèves - et la possibilité pour le PC brésilien de contrôler, dans un avenir pas très lointain, puissante montée des masses urbaines et rurales exerçaient une pression énorme tant sur la bourgeoisie nationale que sur le secteur pro-impérialiste. Et cela dans une nouvelle situation internationale.
La fin du boom de Corée augmenta encore les contradictions de l'économie brésilienne. L'impérialisme exerçait une pression sur le prix du café. Le coton, le cacao (deuxième et troisième produits d'exportation) n'avaient pas de débouché et s'accumulaient dans les dépôts. L'Etat avait aidé jusqu'alors le secteur industriel de la bourgeoisie, désavantageant dans une certaine mesure les propriétaires fonciers et essayant de leur faire payer l'industrialisation. Naturellement, les préjudices étaient relatifs et il s'agissait plutôt d'une politique de moindre faveur que d'une politique dirigée contre les propriétaires fonciers - étant donné la faiblesse de la bourgeoisie nationale, sa décentralisation, ses liens multiples avec les propriétaires fonciers eux-mêmes qui imposaient à Getulio Vargas une politique de mesures timides et de conciliation.
Ce qui jusqu'alors était intolérable au secteur pro-impérialiste exigea dans la nouvelle situation, ajoutée à l'énorme montée ouvrière et au déroulement accéléré des grèves, des mesures urgentes. Dès 1953, le secteur impérialiste commença la préparation d'un coup de force militaire.
L'impérialisme dans sa préparation de sa guerre contre-révolutionnaire, ne pouvait pas permettre que des gouvernements de la bourgeoisie nationale, toujours désireux de tirer des avantages du rapport de forces favorable à la révolution, manœuvrent à son insu pour faire pression, exercer un chantage et obtenir un meilleur prix de vente. La nationalisation du pétrole et le projet de nationalisation de l'énergie électrique que Vargas agitait en menace, furent autant clous pour le cercueil que l'impérialisme lui préparait.
Vargas en avait conscience. Pour cette raison, au dernier moment et comme ultime recours, il prétendit concilier, en même temps qu'il freinait le mouvement ouvrier et s'appuyait sur lui pour pouvoir résister suffisamment, afin de convaincre Wall Street qu'il pouvait étre un bon serviteur, si on lui payait un meilleur salaire.
Dans ce but, il arrêta une nouvelle loi sur les changes et augmenta les subventions l'exportation du café autres produits agricoles, claire concession aux propriétaires fonciers - d'uae part - tandis que de l'autre, pour éviter que le mouvement ouvrier soit canalisé par le PC, il faisait une brève expérience « péroniste », en nommant son filleul Joao Goulart, président du Parti Travailliste brésilien, ministre du Travail.
L'expérience. Goulart, trop tardive, pataire 33
INTERNATIONALE cherchait à isoler l'avant-garde communiste des masses en évolution, en attachant au Ministère du Travail les dirigeants syndicaux et à amener, par quelques déclarations anti-impérialistes et des concessions aux ouvriers, le mouvement des masses à soutenir la bourgeoisie nationale. A cet effet, Vargas fit accorder une augmentation de 100 % des salaires minima, l'extension des droits syndicaux aux ouvriers agricoles, quelques amélioration sociales. Goulart en arriva même à aider quelques grèves, dans des secteurs non décisifs, et à faire un front unique de fait avec le PC dans quelques congrès ouvriers pour l'amélioration de de la législation. narlant même de faire de la legislation, parlant meme de faire une Centrale ouvrière, etc...
Mais la nouvelle situation mondiale augmenta la pression de l'impérialisme qui ne peut permettre ni le chantage, ni la timide opposition de la bourgeoisie nationale, puisqu'elle a besoin d'agents fidèles pour la préparation de sa guerre et non de saboteurs en puissance. Cette situation se répercuta à l'échelle nationale par une forte montée ouvrière qui menaçait de la même façon tous les secteurs exploitants et effrayait la bourgeoisie nationale. Celle-ci, incapable de canaliser cette poussée ouvrière poussa une partie de ses éléments dans une action anti-ouvrière avec les compradores (soutenus bien entendu par l'impérialisme) tandis que la fraction la plus petite restait isolée, en pleine confusion, impuissante.
La bourgeoisie nationale ne pouvait pas, comme Daer la montée ourne el en avait Argentine, canapas les moyens (sa faiblesse, sa décentralisation, la non organisation de la classe ouvrière, l'influence du PC, etc.) La poussée ouvrière - qui affaiblit encore plus ses positions dans les masses, surtout dans l'avant-garde organisée influencée par le PC (syndicats) et qui porta l'hésitation dans ses rangs à un degré plus aigu — coïncida avec l'augmentation de la pression impérialiste, - car ces deux phénomènes répondaient aux mêmes causes objectives, la division mondiale en deux camps, laissant de moins en moins de place aux Getulio.
Soumis à une brutale pression impérialiste, battu dans le camp ouvrier dans ses tentatives de canaliser la montée des masses, l'appui du secteur bourgeois qu'il représentait lui ayant été en partie enlevé, devant la menace concrète du coup de force révélée par le « Manifeste des Colonels », Vargas ne pensa qu'à concilier : il fit démissionner son Minisconcilier • il ft démiscionner son Minia. tre du Travail, il accepta la « Portaria 99 » de la SUMOC (nouvelle augmen-
LE P. C. BRESILIEN ET LE
Le PC brésilien n'a jamais compris la nature du gouvernement Getulio Vargas. Pour les staliniens, il ne fut qu'un démagogue « fasciste » et dès le début de son gouvernement, en 1950, ils l'accusèrent d'être un «agent servile de l'impérialisme nord-américain ». 04 tation éaorme de la subvention du café) et il se borna à tenter une division de l'armée, en nommant, dans les régions principales, quelques généraux nationalistes, tels que Estilac Leal pour Sao Paulo.
Devant les vacillations de la bourgeoisie nationale et sa faiblesse en face des masses, l'impérialisme essaya cauteleusement de placer à la direction un agent absolument sûr, afin de protéger son bas-ventre, l'Amérique latine, par une espèce de cotte de fer dictatures de
Somozas, Castillo pirants dictateurs maille composée des d'Odrias, Trujillos,
Armas et autres ascomme Gomes.
Quand le prétexte se présenta (tentative d'assassinat du journaliste pro-impérialiste Carlos de Lacerda) l'impérialisme lança ses hommes pour abattre Vargas. L'ambassadeur yankee, en 1945, lança directement le coup qui le fit tomber; aujourd'hui la diplomatie yankee a appris quelque chose en matière de discrétion. L'ambassade yankee, cette foisci, n'apparut pas ouvertement à la direction du coup de force militaire du « Brigadeiro » Eduardo Gomes et de l'UDN. Cependant, les déclarations du New-York Times (7/9/54) et de Business Week sont bien claires quant au sens du coup de force et à la main qui tira les ficelles : « Les Etats-Unis ne peuvent retenir la spirale inflationniste du Brésil ... ni investir de nouveaux capitaux importants, dans les circonstances actuelles. Le gouvernement bresilien doit d'abord introduire des réformes de base au moyen de lois qui protègent le commerce, les investissements de capitaux étrangers, le change et le niveau des salaires et des prix.. Le Brésil devra corriger la polilique vraiment désastreuse du défunt Président Vargas dans le domaine du commerce et du travail... La pierre de touche est le pétrole. Il n'est pas exagéré de dire que si le Brésil modifiait sa politique nationaliste dans le développement des ressources pétrolières, son économie pourrait subir des transformations... Cependant, la pationalisation de l'industrie pétrolière du gouvernement de Vargas exclut les investissements de capitaux étrangers ».
La composition même du gouvernement (ministres avocats de la Light, de la Standard, généraux et amiraux formés aux Etats-Unis, Mission mixte, etc.) est une garantie, pour l'impérialisme, d'une politique de capitulation et de répression ouvrière. Elle indique clairement que, s'il n'y a pas actuellement dictature, cela est dû uniquement, bourgeoisie, mais à ses après la mort non au désir de la la réaction des masde Getulio.
GOUVERNEMENT VARGAS
Si Getulio monta au pouvoir en 1950, conduit par un puissant mouvement de masses, cela est dû, avant tout, à la position sectaire du PC qui l'identifiait au gouvernement pro-impérialiste Dura et l'accusait d'être un « agent yankee ». Pendant que le PC appelait — en 1950
— à la prise du pouvoir « même pour quelques heures », collectait des armes pour l'insurrection, faisait sortir ses militants des syndicats prétendus « fascistes » et insultait les gétulistes, Getulio profitait pour gagner les masses et se faisait élire par une énorme majorité.
Si bien qu'en 1952 — après une scission sur la gauche du dirigeant Crispim provoquée par la nécessité de trouver un pont vers les ouvriers gétulistes, d'entreprendre un travail d'organisation syndicale et de rompre avec le sectarisme, le
PC brésilien modifia sa politique par rapport aux getulistes. Mais il ne modifia pas son analyse du gouvernement Getulio
A tout moment, il le définit comme un « gouvernement d'agents des propriétaires foncers et de timperialime nord-americain ». Le nouveau programme, publié en bonne place par l'organe du Kominform, destiné à servir de base idéologique pour un virage tactique « à gauche » (relativement à la période anterieure) insistait sur cette définition et préconisait « la chute immédiate du gouvernement Vargas, traitre national » pour le remplacer par un gouvernemet... de la bourgeoisie nationale !
Cette ligne de conduite était la moins apte à lier l'avant-garde communiste aux larges masses qui, bien qu'encore gétulistes étaient en train de se «dégétuliser» et à expliquer à l'avant-garde elle-même la démagogie gétuliste et les contradictons de sa politique. Dans l'avant-garde, la perte de confiance dans le gétulisme se manifestait par un appui au PC brésilien. Mais les larges masses ne le suivaient que lorsqu'il existait une communauté d'intérêts entre le PC et les masses (ce fut le cas de la grande grève de Sao Paulo de 53, dirigée par le PC et réalisée un mois à peine après la grande défaite électorale du PC à Sao Paulo où il recueillit à peine 18.000 voix, contre 400.000 à Janio Quadros, candidat des larges masses).
Cette séparation entre l'avant-garde organisée et les masses provenait de la politique d'un PC de composition petite bourgeoise. de tradition aventurière, « caporaliste » anti-impérialiste putschiste) jusqu'en 1945, sans aucun lien avec les larges masses — il avait à peine 3.000 membres — avec une petite base ouvrière et une forte masse petite bourgeoisie nationaliste « prestiste », ce qui permettait à sa direction de dicter ses ordres au parti pour que celui-ci, à son tour, les transmette à la classe ouvrière.
Ceci était d'autant plus dangereux que les larges masses ne sont pas encore communistes. Le PC a sa place traditionnelle dans le vieux prolétariat, dans l'avant-garde ouvrière. Mais la grande industrialisation a incorporé à la vie urbaine un nouveau prolétariat, retardataire, politiquement vierge, très combatif et qui n'a subi aucune défaite. Les évènements internationaux le poussèrent vers le PC en 1945 parce qu'il lia le triomphe sur le nazisme, le triomphe des PC européens, le prestige des PC asiatiques avec ses désirs de lutte et de chan-
NTERNATIONALE gement de régime. La politique opportuniste de 1945-50 et ensuite le sectarisme de 1950 le jeta dans les bras de la bourgeoisie nationale, précisément à cause de son retard politique et du manque de tradition du parti ouvrier. Dans ce manque d'union entre l'avant-garde organisée, influencée par le PC et les larges masses se trouvent la faiblesse et la force de la bourgeoisie nationale.
Ceci explique pourquoi Getulio Vargas qui comptait sur un secteur de l'armée et qui avait encore de l'influence sur les grandes masses ne se défendit pas et préiéra le suicide... Il ne se défendit pas parce que le PC qui contrôle l'avantgarde des travailleurs et principalement la majorité des syndicats, orientait toute politique « contre le gouvernement de Vargas, agent de l'impérialisme », l'attaquait journellement et en faisait le premier point de son agitation. Il ne se défendit pas parce qu'il ne comptait ni sur les masses, ni sur un appui organisé comme Péron qui peut compter sur la CGT) parce que l'avant-garde répondait au PC et que, pour se defendre, il aurait dû faire un appel direct aux travailleurs dont la mobilisation, une fois déclenchée, ont été impossible à contrôler et dont la force l'inquiétait plus. que l'impérialisme. Son suicide marquait symboliquement l'impuissance de la bourgeoisie nationale à mener à bien une lutte anti-impérialiste, à résoudre le problème démocratico-bourgeois d'expulsion de l'impérialisme (3). La bourgeoisie nationale Vargas fut incapable de défendre ses propres intérêts contre l'impérialisme parce qu'elle avait plus peur des masses que de l'impérialisme lui-même.
Cependant, bien que le PC - seul parti organisé à l'échelle nationale, seul parti ouvrier possédant des cadres ayant fait leurs preuves, ayant un prestige et une tradition dans l'avant-garde. étant donné les conditions de perte de prestige de la bourgeoisie nationale et internationale et étant donné la préparation de la guerre impérialiste aura probablement une montée rapide (plus d'influence et plus d'effectifs) dont les premiers indices se sont vus depuis le milieu de l'année passée, un afflux direct de larges masses vers lui n'est pas sür. Ceci est dû à la séparation entre l'avant-garde et les masses que la politique du PC perpétue, soit par son sectarisme - isolant l'avant-garde - soit par son opportuniste — entrainant l'avant-garde dans le sillage de la bourgeoisie, ce qui la démoralise et la laisse dans les bras de l'ennemi de classe. Pour cette raison, la bourgeoisie nationale qui démontra
3) Cest seulement lorsqu'il mit un pied dans la tombe que Vargas osa faire allusion. en termes voilés, a P'impérialisme, « forces mes conditions, économiques internationales faisant « ses ennemis lega- ». Même dans taires de sa mort », il n'eut pas le courage politique necessaire pome nommer topériaEsme Jusqu'à la fin il eut cette peur de classe devant la mobilisation des masses son impuissance par le suicide de Getulio et qui subit une défaite devant les masses. peut revenir à l'attaque.
Paradoxalement, la mort de Vargas revitalise un peu, provisoirement, le varguisme. Getulio qui avait perdu l'appui de l'avant-garde, conservait cependant du prestige dans les larges masses, surtout dans les secteurs les plus arriéris, les secteurs ruraux, et sa politique désespérée des derniers mois augmentation de 100 % des salaires minima, syndicalisation rurale, bénéfices sociaux, etc. -devait redorer ce prestige. Sa mort donne une forte impulsion au mouvement de masses, à la lutte anti-impérialiste et le présente comme un martyr de cette lutte. Les évènements qui se produisirent dans les principales villes quand Getulio mourut, indiquent clairement que les masses virent dans sa mort un assassinat perpétré par l'impérialisme et en Vargas un combattant anti-impérialiste. Bien que le PC qui avait intérêt à se servir de la mort de Vargas pour la lutte antiimpérialiste ait pris part à ces manifestations et découvert soudainement que Vargas n'était pas « l'agent direct de l'impérialisme yankee », ces manifestations sont la preuve que les masses les plus larges n'ont pas la même compréhension que l'avant-garde influencée par le PC. La bourgeoisie nationale peut tirer profit de ces couches ; battue, elle reprendra probablement la lutte par ce moyen. Tant qu'une direction ouvrière n'entrainera pas les masses pour résoudre les problèmes de la démocratie bourgeoise, tant que le PC continuera -suivant la politique du Kremlin — A mettre à la tête de la lutte anti-impérialiste la bourgeoisie nationale et lui laissera la direction, l'absence d'une direction prolétarienne facilitera la tâche de la bourgeoisie nationale et de ses démagogues et conduira les larges masses vers de nouveaux errements temporaires dans sa marche vers la révolution.
La politique du PC désarma les masses et ses militants en mettant la lutte contre Vargas au premier plan, flirtant même avec l'opposition de droite, disant que Getulio était l'agent direct de l'impérialisme yankee. La mort de Getulio, les évènements postérieurs, la lutte précédente entre les secteurs bourgeois, trouvèrent le PC pris entre les contradictions provoquées par son suivisme mécanique de la diplomatie du Kremlin, lequel, pour affaiblir le front impérialiste, découvre des bourgeoisies nationales ouvertement. anti-impérialistes qui
Jusqu'au suicide de Vargas le coup de force se prépara sans que la classe ouvrière réagisse. Seuls les trotskystes le dénoncèrent des août 1953 dans un manifeste public. La classe ouvrière sentait
NTERNATIONAL E combattent pour la révolution démocratico-bourgeoise. tandis qu'il nie que Nasser, Peron, Vargas représentent ces bourgeoisies nationales réelles et concrètes et les qualifie d'agents directs de l'impérialisme et de fascistes, etc...
Aujourd'hui la mort de Vargas éclaire la situation, en supprimant certaines contradictions gênantes... La bourgeoisie nationale et ses partis sont en opposition au gouvernement pro-impérialiste et à l'impérialisme. Ils doivent recourir à la démagogie et c'est la seule façon de défendre leurs intérêts (et de freiner le PC lui-même et les masses, en les canalisant). Il y a donc une bourgeoisie nationale pour former ce front tellement désiré ; mais la direction de la classe ouvrière dans ce front - que stipule le programme du PC - dépend d'une série de conditions.
Le gouvernement Café Filho est un gouvernement de transition dont l'homme fort est Gomes, et l'issue logique (dans l'esprit de ses composants) est la dictature militaire policière avec la bénédiction de Wall Street. Le ministre du travail et l'appareil d'Etat, avec toutes les precautions requises, tâtent déjà le terrain pour réprimer les masses qui sont encore trop fortes pour permettre une action plus directe contre elles. Mais si la répression ne peut être féroce, malgré le désir de l'impérialisme, — car il faut compter sur les travailleurs — les syndicats ne pourront plus compter sur l'appui du Ministère du Travail et même les cadres syndicaux professionnels, les bureaucrates varguistes devront s'appuyer sur les ouvriers et résister pour défendre les syndicats.
Le PC est organisé nationalement, influence l'avant-garde, influence ou contrôle les principaux syndicats. C'est la force dont doivent teair compte aussi bien les bureaucrates syndicaux que les démagogues de la bourgeoisie nationale. C'est le PC qui dans la lutte peut capitaliser l'appui organisé de l'avant-garde urbaine et rurale des travailleurs et, 's'il modifie sa politique, profiter de la démagogie bourgeoise pour, en tant que force prolétarienne cohérente, saper les bases de la bourgeoisie et s'assurer la direction future, non seulement de l'avant-garde. mais de l'ensemble des travailleurs brésiliens. La lutte sur des points concrets. avec le parti et les hommes de la bourgeoisie nationale, ne peut — pour un parti ouvrier - signier le renoncement à ses propres objectifs anti-capitalistes et à sa propre politique. que le coup de force se ferait sur sa tête mais, faute de direction, elle était désemparée et sur la défensive. Le PC publiait son nouveau programme préconisant la « chute immédiate de Vargas » et de son
LES EVENEMENTS DEPUIS LA MORT DE VARGAS
LES EVENEMENTS DEPUIS LA MORT DE VARGAS
Q U ATRIE ME gouvernement pro-impérialiste, au moment où visiblement se préparait le coup de force. Au moment de l'attentat contre le journaliste Lacerda, qui servit de prétexte au coup de force, Noticias de Hoje, organe du PC, dans son édition du 10 aout, disait : « le lache attentat contre le journaliste Carlos Lacerda... suscite la juste indignation et la répulsion des plus amples secteurs de l'opinion publique.
Cela montre une fois de plus le climat de terreur et de banditisme qui s'instaure dans le pays sous le gouvernement de M
Getulio Vargas, transformant la capitale même de la République en un «far west» d'où il s'agit d'éliminer la liberté et la vie de quiconque gêne les plans de la clique du pouvoir. » Et il poursuivait : « L'attentat... met à l'ordre du jour, de toute urgence, la nécessité de l'uaion de toutes les forces démocratiques et patriotiques depuis les communistes jusqu'aux hommes honnêtes qui militent dans les autres partis - pour imposer le respect des droits constitutionnels et mettre fin aux attentats terroristes à la liberté et à la vie des citoyens». Et cela au moment precis où toute la campagne de la réaction pour « l'honnêteté contre la force » se manifestait comme la préparation du coup de force de l'impérialisme et au moment où l'armée descendait dans la rue pour préparer la chute de Getulio !
Les masses étant désarmées politiquement et la réaction ayant passé à l'offensive (manifestations « populaires » dans les rues, campagne effrenée de la presse, de la radio, de la télévision, etc...) le suicide de Getulio fit l'effet d'une véritable bombe qui bouleversa le pays.
En apprenant la mort de Vargas, les masses se lancèrent spontanément, dans toutes les villes, à l'attaque contre l'impérialisme yankee et occupèrent les rues de Belo Horizonte, Porto Alegre, Rio de Janeiro, Sao Paulo, etc... ; amenant un gigantesque tournant la situation, elles prirent la contre-offensive et balayèrent la réaction. Les pro-impérialistes se cachèrent et s'enfuirent, Carlos Lacerda se réfugia à l'ambassade yankee ; l'armée et la police furent battues et se montrérent impuissantes à contenir la colère populaire. Les consulats yankee furent incendiés à Porto Alegre et à Belo Horizonte — deux des principales villes du pays — l'ambassade yankee fut lapidée ainsi que les journaux pro-impérialistes, des usines américaines et des sièges des partis pro-impérialistes furent brûlés.
Un exemple probant de la distinction qui doit être faite entre l'avant-garde influencée par le PC et les larges masses, une démonstration de la façon dont celles-ci interprétaient la politique du PC jusqu'à la mort de Vargas, est donné par l'incendie, par les masses, de Tribuna Gaucha, journal du PC à Rio Grande do Sul et du siège du Front Démocratique PC-PS. A Rio Grande do Sul, la mobilisation des masses - anti-impérialistes gétulistes — ne fut pas, contrairement à ce qui se passa dans toutes les principales villes, contrôlées par l'avant-garde
NTERNAT 1 0 NALE influencée par le PC. Là les masses exorimerent leur getunsme et leur rejet de la politique, objectivement favorable au coup de force, du PC qui affronta ces évènements completement désorienté.
Cependant, dans toutes les autres villes, à Rio et Sao Paulo, la situation fut différente. Dans les larges masses, le suicide de Getulio redorait le prestige du getulisme comme politique anti-impérialiste. Dans l'avant-garde influencée par le PC, la participation aux manifestations n'avait pas un caractère gétuliste - mais caractère anti-impérialiste. L'avantgarde, la seule ayant une politique claire contre l'impérialisme et la seule à être organisée, canalisa le sentiment anti-impérialiste des masses et les sortit, dans principales villes, de l'ornière gétuliste laquelle la bourgeoisie nationale voulait les enfermer. Le PC, dans tous ces évènements, agit en général correctement, centrant la lutte contre la réaction et l'impérialisme. Bien que sa précédente politique erronée transparaissait encore même ces jours-là, et qu'une nouvelle erreur de type opportuniste se montrait déjà, son action avec les masses au cours de ces évènements lui permit de gagner de l'influence et du prestige.
Cette mobilisation - incendie des journaux et des sièges des partis impérialistes, de la New-York City Bank, des consulats yankee, de la Standard Oil.
etc... - la descente des masses dans la rue, freinèrent la réaction dans sa tentative évidente d'instaurer une dictature militaire. Les rues, ces jours-là appartenaient aux masses. Le rapport des forces se révéla favorable aux masses qui firent une grande expérience pendant cette mobilisation.
La bourgeoisie liée à l'impérialisme mise fondamentalement sur la désorganisation des masses et sur la séparation qui existe entre l'avant-garde et la plus grande partie des masses. Elle essaie même de maintenir cette séparation en limitant sa répression aux communistes et en agitant démagogiquement (même les pro-impérialistes plus marqués le cadavre de Gétulio comme un drapeau. En même temps elle essaie de préparer les conditions d'un coup de force qui lui permette d'instaurer une dictature militaire pro-impérialiste. La grève générale de Sao-Paulo, cœur industriel du pays, peu de jours après le suicide de Vargas (2 septembre) eut une importance énorme. Cette grève victorieuse, malgré toute une ambiance de répression bourgeoise, a revêtu le caractère d'un défi de la classe ouvrière à l'impérialisme et une réponse au coup de force ; elle eut comme résultat immédiat la tenue des élections et le maintien de la politique de nationalisation du pétrole, deux conquêtes que le nouveau gouvernement avait déjà déclaré vouloir supprimer.
Depuis 1917, il n'y avait eu au Brésil aucun mouvement de cette envergure. La classe ouvrière y démontra qu'elle avait pleinement conscience de la nécessité de défendre les conquêtes démocratiques menacées par l'impérialisme et se agents et qu'elle avait conscience que la lutte était le seul moyen pour cela.
Les élections du 3 octobre, qui étaient une conquête des masses, apparaissaient comme un nouveau test pour analyser le rapport des forces. Le gouvernement proimpérialiste les prépara en empêchant la présentation des candidats communistes ou progressistes, en violation ouverte de la constitution. Il s'agissait, pour le gouvernement, d'imposer illégalement une majorité pro-impérialiste aux Chambres et aux gouvernements d'Etat, ain de faire son coup de force dans de meilleures conditions. Tel était le sens des déclarations de l'Estado de Sao Paulo, organe de l'UDN qui disait, le jour même des élections, que « si à ces élections, le candidat de « la défense » était battu, une dictature militaire devrait « réaliser l'œuvre de la moralisation que le gouvernement de Café Filho avait été iicapable de faire». Pour les masses, il s'agissait de profiter des élections pour s'organiser, conquérir quelques points d'appui dans les Parlements, lier l'avant-garde au reste de la classe. Les trotskystes l'entendirent bien ainsi lorsqu'ils trèrent toute leur campagne sur la lutte pour la victoire des candidats ouvriers au Parlement et lorsqu'ils critiquèrent la politique opportuniste du PC. Mais le PC sortit de Charybde pour tomber en Seylla. Il passa de l'antigétulisme au gétulisme, appuya totalement le candidat du PTB (parti de Vargas) pendant que ses militants distribuaient dans les rues des portraits de l'ex-président et sa lettre posthume comme moyen d'agitation. En même temps, il retirait ses candidats sur le plan national (à Rio Grande do Sul, le candidat PC-PS ; à Pernambouc, le candidat du PS) pour appuyer ceux de la bourgeoisie nationale sans se différencier d'eux. Il appuyait même de grands industriels réactionnaires et des politiciens pro-impérialistes, comme Pasqualini, Cleofas, simplement parce qu'ils se présentaient comme candidats getulistes, bien que ces personnages, au gouvernement, se mettront rapidement d'accord avec Café Filho dans sa politique de réaction. De cette façon, loin d'unir l'avant-garde aux masses en répondant à ce que l'un et l'autre désiraient (une politique anti-capitaliste et anti-impérialiste), il troubla l'avant-garde et la démoralisa - dans les quartiers ouvriers de Sao Paulo et dans les villes ouvrières de quelques états, le PC eut moins de voix que dans d'autres secteurs; dans de nombreuses urnes on trouva des votes nuls disant « Vive Prestes » - il laissa également les masses dans la confusion (plus de 33 % d'abstensions), entre les mains des démagogues petits bourgeois et dans une position hostile au PC.
Auparavant, sous le gouvernement gétuliste, les contradictions étaient plus grandes pour la politique du PC. mais son anti-gétulisme, dans la pratique, l'amenait à prendre - en l'absence d'une bourgeoisie nationale qui lui tend la 3 8
NTERNATIONALE main - une attitude « plus à gauche », plus anticapitaliste.
La mort de Getulio éclaire la situation et ouvre la possibilité d'un opportunisme transitoire et dangereux, d'une subordination à la politique de la bourgeoisie nationale. Tres dangereux parce que, en désarmant l'avant-garde et la classe ouvrière, il facilite la préparation du coup de force impérialiste et facilite la tâche de la réaction dont Wall Street annonce la dictature pour les mois prochains. Transitoire parce que l'évolution de la situation mondiale et la nécessité de se défendre contre les coups de force de l'impérialisme et de ses agents l'obligeront à prendre une attitude plus indépendante. Simultanément il pratique cet opportunisme par rapport à la bourgeoisie et, désespéré par la possibilité d'un coup de force, il se lance dans une politique d'aventure syndicale. A la mort de Getulio, il voulut imposer aux syndicats une grève qui continuerait ensuite « jusqu'a la victoire », sans comprendre que les larges masses ne suivaient pas. Il voulut prolonger artificiellement les manifestations de rues, alors qu'u ne restait que ses militants dans la rue. Il appelle à la lutte contre la réaction à n'importe quel moment, corporation après corporation, isolément, ce qui favorise le jeu de la reaction.
Le gouvernement actuel est un gouvernement de transition. Il prépare une dictature et, à cette fin réprime le mouvement ouvrier (pour écraser la grève des Transports de Rio il arrêta plus de 1.300 ouvriers), intervient dans les syndicats (chemin de fer Leopoldina), viole la constitution, tente de séparer l'avant-garde communiste des masses. La préparation du coup de force est évidente.
Loin d'avoir une politique clairement anticapitaliste, le PC appuya, en tant que « gétulistes ». les hommes de la bourgeoisie nationale, sans se séparer d'eux ; il ne différencia pas son programme et appela a une « union avec tous les dirigeants responsables du PTN ». Cette subordination à la politique de la bourgeoisie nationale — imposée au PC par le poids qu'a, sur un parti composé de cadres petits bourgeois, une direction isolée de la classe ouvrière - menace de freiner le rythme de croissance du PC, de demoraliser ses militants et de les isoler des masses en ne leur offrant aucune perspective. Les trotskystes critiquent cette politique qui fait le jeu de la réaction et n'arme pas les travailleurs qui se dirigent, pour lutter, vers le PC, comme unique parti ouvrier. Ils montrent comment une telle politique donne une nouvelle chance aux démagogues et maintient la division entre l'avant-garde et la classe ouvrière, division sur laquelle mise l'impérialisme pour préparer sa dictature.
Après la mort de Getulio, symbole de l'impuissance politique de la bourgeoisie nationale dans sa lutte contre l'imperialisme, symbole de sa peur des masses plus grande encore que ses heurts avec Timpérialisme, prétendre faire un Front
VATRIEME I avec le fantome de cette bourgeoisie, subordonner à ce spectre la force réelle de la classe ouvrière, amènera au sein du PC toute une série de conflits qui s'annoncèrent déjà par la réaction des masses communistes pendant la période électorale. Les trotskystes qui, depuis 1950, analysèrent correctement Gétulio et le gétulisme, ne s'illusionnèrent pas sur la bourgeoisie nationale et ne la qualifiè-
NTERNATIONAL E rent pas de « fasciste » auront acquis un terrain fort propice dans l'avant-garde organisée du PC, pour lui faire comprendre la théorie de la Révolution Permanente, base scientifique de son programme, confirmée à nouveau de façon splendide par les derniers évènements brésiliens.
4 octobre 1954.