Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 9-12

L'homme ne vit pas seulement « de politique »

Léon Trotsky · Quatrième Internationale, vol. 12, n° 9-12 · septembre-décembre 1954 · p. 54-58 · 3 837 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Léon TROTSKY L'homme ne vit pas seulement

"de politique "

Les pages suivantes forment un chapitre d'un livre de Léon TROTSKY « Les problèmes de la vie quotidienne », inédit en français et dont nous avions publié un autre chapitre dans notre précédent numéro.

Ce livre fut écrit en 1923, après la guerre civile et les premières années de la N.E.P., quand se posa en U.R.S.S. les premières tâches de construction socialiste. La lutle avait déjà été sourdement commencée contre Trotsky dans le Bureau Politique et le Parti. Il avait été affecté à un des rayons de Moscou. Au cours d'une série de réunions, des militants responsables de ce rayon avaient évoqué de très nombreuz problèmes de la vie quotidienne des travailleurs. Ce sont les conclusions essentielles de ces entretiens qui constituent la matière de ce livre.

Nous publierons dans nos numéros suivants d'autres chapitres de ce livre qui soulève des problèmes qui se posent aujourd'hui encore dans les pays économiquement arriérés qui se sont arrachés à la domination du capitalisme.

Cette simple pensée doit être claire à notre esprit et nous ne devons l'oublier en aucune circonstance dans notre agitation et notre propagande, orales et écrites. Autres temps, autres chansons... L'histoire de notre parti antérieure à la révolution fut l'histoire de la politique révolutionnaire. La littérature du parti, son organisation, tout était sous la devise de la politique, dans l'esprit le plus direct, le plus étroit du mot. Au cours des années de bouleversement révoluilonnaire et de guerre civile, les intérêts et les tâches politiques acquirent un caractère encore plus aiguise et plus tendu. Le parti rassembla dans son sein, au cours de ces années, les éléments les plus actifs de la classe ouvrière. Les leçons politiques les plus importantes de cette période sont claires aux yeux de toute la classe ouvrière. La simple répétition de ces conclusions ne lui apporte plus rien, elle tend plutôt à brouiller dans sa conscience les enseignements du passé. Après la conquête du pouvoir et sa consolidation au travers de la guerre civile, nos tâches essentielles se déplacèrent vers le domaine de la construction économique et culturelle. Elles se compliquèrent, s'éparpillèrent, devinrent plus détaillées et, en quelque sorte, plus «prosaïques». Cependant tout notre combat antérieur, avec ses peines et ses 54 victimes, ne se trouvera justifié que dans la mesure où nous apprendrons a poser et à résoudre correctement nos tâches culturelles quotidiennes.

En fait, qu'a done atteint et consolidé à ce jour la classe ouvrière par sa lutte?

1) La dictature du prolétariat ( à l'aide de l'Etat ouvrier dirigé par le Parti Communiste). matériel de la dictature du prolétariat. 2) L'Armée rouge, comme support

3) La nationalisation des moyens de production les plus imporiants, sans laquelle la dictature du prolétariat serait une forme vide.

4) Le monopole du commerce extérieur, qui est la mesure indispensable à l'édification du socialisme dans les conditions de l'encerclement capitaliste.

Irrévocablement acquis, ces quatre éléments constituent le cadre de notre travail. Grâce à ce cadre, tout succès économique ou culturel - si c'est un succès véritable et non imaginaire — devient nécessairement partie intégrante de la construction socialiste.

En quoi consiste done notre tâche actuelle, qu'avons-nous à apprendre avant tout, vers quoi devons-nous tendre ? Nous devons apprendre à travailler convenablement: économiquement, proprement, avec exactitude. Nous avons besoin de la culture au travail, dans la vie avais wals la vie

UATRIEME quotidienne. La domination des exploiteurs a été renversée, après une longue préparation, par le levier de l'insurrection armée. Mais il n'y a pas de levier pour élever la culture d'un coup. Il faut un long processus d'auto-éducation de la classe ouvrière et aussi, avec elle ou apres elle, de la paysannerie.

Au sujet de ce changement de direction de nos préoccupations, de nos efforts, de nos méthodes, le camarade

Lénine a écrit ce qui suit dans son article sur la coopération : « Force nous est de reconnaître en même temps que tout notre point de vue sur le socialisme a radicalement changé. Ce changement radical consiste en ceci : autrefois nous faisions porter le centre de gravité, et nous devions le faire, sur la lutte politique, la révolution, la conquête du pouvoir, ete... Aujourd'hui ce centre se déplace, il porte sur le travail pacifique d'organisation « culturelle ». Je dirais bien que, pour nous, le centre de gravité se déplace vers l'action civilisatrice, n'étaient (les relations internationales, le devoir que nous avons de défendre notre position à l'échelle internationale. Mais si l'on fait abstraction de la situation internationale pour se borner à nos rapports économiques intérieurs, il est bien vrai qu'aujourd'hui le centre de gravité de notre travail porte sur l'action « civilisatrice ».

Nous ne sommes donc détournés du travail culturel que par notre situation internationale, et même cela n'est qu'en partie vrai, comme nous allons le voir. Le facteur le plus important dans notre situation internationale est la défense de l'Etat, C'est-à-dire avant tout l'Armée rouge. Dans ce domaine excessivement important, notre travail présent tourne a nouveau pour les 9/10 autour du travail culturel. Le niveau de l'armée doit être relevé. Elle doit pour le moins savoir lire et écrire, elle doit être accoutumée à l'emploi de manuels, de livres, de cartes. Elle doit être familiarisée au plus haut point avee la propreté, la précision, l'ordre et l'économie de temps. Il n'existe pas de moyens miraculeux susceptibles de résoudre ces devoirs d'un coup. La tentative de creer une « doctrine de guerre prolétarienne » salutaire, à la fin de la guerre civile, lors du passage à une nouvelle époque de notre travail, fut l'expression la plus frappante de l'incompréhension des devoirs de la nouvelle époque. S'y apparentent très étroitement les plans orgueilleux de créer par une voie de laboratoire une « culture prolétarienne ». Dans cette recherche de la panacée universelle se trouvent réunis le désespoir au sujet de notre état arriéré et la croyance au miracle qui, en soi, est déja un signe de retard. Mais nous n'avons aucune raison de déses.

NTERNATIONALE pérer et il est grand temps de renoncer à la croyance aux miracles. et au gâchis puéril dans le genre de la « culture prolétarienne » ou de la « doctrine de guerre prolétarienne ». Dans le cadre de la dictature du proletariat un travail quotidien suscitant la culture doit être déployé, qui seul peut garantir le contenu socialiste des principales conquêtes de la révolution. Celui qui n'a pas compris cela remplit un rôle réactionnaire dans le développement de la pensée et du travail du parti.

Lorsque le camarade Lénine affirme to train cate trope danton di que nos tâches actuelles ne se situent pas tant sur le terrain politique que sur le terrain culturel, on doit, afin d'éviter sée, se mettre d'accord au sujet de la terminologie. En un certain sens tout est dominé par la politique. Le conseil du camarade Lénine de prêter plus d'attention à la culture qu' à la politique est déjà en lui-même un conseil politique. Lorsque le parti ouvrier arrive, dans tel ou tel pays, à la conclusion qu'il est nécessaire, un moment donné, de mettre en avant des revendications économiques et non des revendications politiques, cette décision a déjà un caractère politique. Il est clair que le terme politique est employé ici dans deux sens diflérents :

1) Dans un sens large, de nature matérialiste-dialectique qui englobe la totalité des idées, systèmes et méthodes directrices qui déterminent l'activité collective dans tous les domaines de la vie publique.

2) Dans son sens étroit et spécifique qui caractérise une partie déterminée de l'activité publique, ayant un rapport direct avec la lutte pour le pouvoir et se distinguant du travail économique, culturel et autre.

Lorsque le camarade Lénine écrivit que la politique est de l'économie concentrée, il avait en vue la politique dans son sens large, philosophique. Quand le camarade Lénine dit « Moins de politique, plus d'économie », il entend par là la politique dans son sens étroit et spécifique. Aussi bien l'emploi du terme dans un sens ou dans un autre est justifié dans la mesure où il est solidement sanctionné par l'usage. Il faut seulement comprendre clairement de quoi il est question dans chaque cas.

L'organisation communiste est un parti politique dans le sens large, historique ou, si l'on veut, philosophique du mot. Les autres partis contemporains sont principalement des partis politiques dans le sens où ils pratiquent de la (petite) politique. C'est pourquoi le changement d'orientation de notre parti en direction du travail culturel ne signifie en aucune façon un affaiblissement de son rôle politique. Le rôle historique déterminant (c'est-à-dire politique) du parti s'exprimera précisément dans le transfert conscient de l'intérêt dans le domaine du travail culturel et dans la conduite de ce travail. Ce n'est qu'au terme de longues, très longues années de travail socialiste couronnées de succès tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur que le parti pourra se liberer progressivement de sa coquille et se dissoudre dans la communauté socialiste. Mais il y a si loin jusque là qu'il n'y a guère à y penser... Pour la prochaine époque, le parti doit conserver pleinement et entièrement ses traits essentiels : unité idéologique, centralisation, discipline, et la capacité de combat qui en découle. Mais précisément ces qualités inappréciables du parti communiste ne peuvent être préservées et épanouies dans les conditions nouvelles que sur la base d'une réponse toujours plus complète plus habile, plus précise et plus détaillée aux exigences économiques et aux besoins culturels. C'est en harmonie avee ces tâches qui doivent aujourd'hui occuper le • rôle dominant dans notre politique que le parti regroupe et distribue ses forces et qu'il éduque la jeune génération. En d'autres termes la grande politique exige que le travail d'agitation et de propagande, que la répartition des forces et education soient fondes aujourd'hui sur les tâches et les besoins de l'économie et de la culture et non sur la «politique» dans son sens étroit et spécifique.

Le prolétariat représente une puissante unité sociale qui se déploie complètement et définitivement dans les périodes de tension du combat révolutionnaire pour les objectifs de toute la classe. Au sein de cette unité nous remarquons toutefois une variété extraordinaire et même une différenciation qui n'est pas d'importance négligeable : entre le berger du village, ignorant et analphabète, et le mécanicien hautement qualifié, il existe un grand nombre de qualifications et de niveaux de culture intermédiaires. Finalement chaque couche, chaque corporation, chaque groupe se compose d'hommes vivants, de divers âges, ayant des passés et des tempéraments difiérents. Si cette diversité n'existait pas, le travail du parti communiste pour unifier et éduquer le 'prolétariat serait la chose la plus simple du monde. Combien ce travail est en réalité difficile, nous le voyons en Europe occidentale. On peut dire que plus est riche l'histoire d'un pays et, avec elle, aussi l'histoire de la elasse ouvrière, plus celle-ci possède de traditions, de qualification, plus il y a de vieux groupements en son sein, et plus il est difficile de la regrouper en une unité révolutionnaire. Notre prolé56

NTERNATIONALE tariat est très pauvre en histoire et en tradition. Cela a , incontestablement fapréparation révolutionnaire en cilite sa vue de la Révolution d'Octobre, mais cela a en même temps rendu plus pénible sa tâche de construction au lendemain d'Octobre.

A l'exception de la couche la plus élevée, l'ensemble de nos ouvriers est dépourvu des pratiques et des connaissances culturelles les plus élémentaires ayant rapport à l'hygiène, l'écriture, la lecture, la précision, ete... L'ouvrier européen s'est acquis la qualification lentement, au cours d'une longue vie dans le cadre de l'ordre bourgeois - c'est pourquoi il est si fortement attaché par ses couches supérieures à l'ordre bourgeois et sa démocratie, à sa presse capitaliste et autres bienfaits. Notre société bourgeoise attardée par contre n'a rien pu accorder de tout cela à nos travailleurs. A cause de cela il fut plus facile au proletariat russe de rompre avec l'ordre bourgeois et de le renverser. Mais, pour la même raison, notre prolétariat dans sa majorité est obligé de s'approprier seulement aujourd'hui. dans les cadres de l'Etat ouvrier socialiste, les acquisitions culturelles les plus élémentaires.

L'histoire n'offre rien gratuitement. Si elle accorde un rabais sur le plan politique, elle prélève un supplément dans un autre domaine : la culture. Il fut aussi aisé, relativement, au prolétariat russe d'accomplir le bouleversement revolutionnaire qu'il lu est difficile de réaliser la construction socialiste. Mais en contre-partie , le cadre de notre nouvelle vie sociale forgé par la révolution et caractérisé par les quatre éléments fondamentaux cités au début du chapitre, accorde à tous les efforts honnêtes, engagés dans une vie raisonnable, dans le domaine de l'économie et de la culture, un caractère objectivement socialiste.

Dans la société bourgeoise l'ouvrier, sans le vouloir, enrichissait d'autant plus la bourgeoisie qu'il travaillait mieux. Dans l'Etat soviétique, le bon ouvrier consciencieux accomplit un travail socialiste et, dans le cas du travailleur apolitique, sans parti, agrandit les moyens de la classe ouvrière sans s'en préoccuper et s'en soucier. C'est tout le sens du bouleversement d'Octobre, et la nouvelle politique économique (N.E.P.) n'y apporte aucun changement. Un grand nombre d'ouvriers sans parti s'adonnent profondément à la production, à la technique, à l'établi. On ne peut parler que conditionnellement de leur a apolitisme ». c'est-i-dire de leur manque d'intérêt pour la politique. Dans tous les moments importants et difficiles de la révolution ils se trouvaient à nos côtés. Dans leur écrasante majorité, ils ne s'ef-

Q UATRIEME I frayèrent pas devant Octobre, ne désertèrent point, ne se livrèrent pas à la trahison. Durant la guerre civile, une grande partie d'entre eux était au front, tandis que les autres travaillaient honnêtement pour l'équipement des armées.

Ensuite ils passèrent au travail du temps de paix. On les nomme apolitiques, non sans une certaine raison, paree qu'ils placent l'intéret productif, corporatif ou de famille au-dessus de l'intérêt politique, du moins en temps « calme », habituel. Chacun d'eux veut devenir un bon ouvrier, se perfectionner dans un travail, parvenir à une catégorie supérieure autant pour ameliorer la situation de sa famille que pour une ambition professionneile justifiée. Ce faisant, chacun d'eux accomplit, comme nous lavons deja dit, un travail socialiste, sans se donner cet objectif. Mais nous, parti communiste, avons intérêt à ce que ces travailleurs employés dans la production relient consciemment leur travail productif quotidien aux tâches de la construction socialiste dans son ensemble. Par une telle liaison les intérêts du socialisme seront mieux assurés, tandis que ces hommes employés à l'obseur travail de reconstruction trouveront une satisfaction morale pius profonde.

Mais comment atteindre ce but ? Il est difficile d'aborder ce type d'ouvrier sur un plan purement politique. Il a déjà entendu tous les discours. Cela ne l'attire pas dans le parti. Ses pensées se concentrent sur son établi, et il n'est pas particulièrement satisfait de l'état de choses qui règne pour l'instant autour de cet établi, dans l'atelier, dans l'usine, au trust. De tels ouvriers s'efforcent de trouver le fond de toutes choses par une réflexion indépendante ; ils vivent souvent repliés sur eux-mêmes et parmi eux naissent les inventeurs autodidactes. En parlant de la politique on ne peut pas les toucher, du moins on ne parvient pas à saisir leur âme. Par conséquent on peut et on doit les aborder en partant de la production et de la technique.

Le camarade Kolitzov, membre đu Comité de Moscou, un des participants à la réunion des agitateurs de Moscou, souligna l'extraordinaire manque de manuels soviétiques, guides pour l'autoéducation et instruments pour l'enseignement des divers métiers et branches techniques spécialisées. Les vieux livres de ce genre sont épuisés ; en outre certains d'entre eux sont techniquement dépassés, en même temps qu'ils étaient pénetrés au point de vue politique par un esprit de servilité envers le capitalisme. On peut compter sur les doigts de la main les récents manuels de cette sorte ; il est difficile de se les procurer, car ils ont paru à des moments divers, édités

NTERNATIONALE par toutes sortes d'organismes et d'administrations, sans que fût établi le moindre plan général. Du point de vue technique, ils ne sont pas toujours valables ; ils sont fréquemment trop théoriques, académiques et habituellement dépourvus de toute couleur politique, n'étant au fond que des traductions masquées de langues étrangères. Aujourd'hui il nous faut une série de nouveaux manuels de poche pour le mécanicien soviétique, pour le tourneur soviétique, pour l'électricien sovietique, etc... Ces manuels doivent être adaptés à notre technique et à notre économie présentes ; ils doivent tenir compte aussi bien de notre pauvreté que de nos immenses possibilités et s'ef. forcer d'implanter dans notre industrie de nouvelles méthodes plus rationnelles. Ils doivent ouvrir plus ou moins fortement les perspectives socialistes du point de vue des nécessités et des intérêts de la technique elle-même, en soulevant notamment les problèmes de lelectrification et de l'économie planifiée. Les idées, et les conclusions socialistes doivent être dans de telles éditions, partie intégrante de la théorie et de la pratique de chaque branche et ne prendre, en aueun cas, le caractère d'une agitation extérieure fâcheuse. Le besoin de telles éditions est considérable ; il répond au dénuement des ouvriers qualifiés et au désir des travailleurs de comprendre leur metier. Ce besoin s'est aiguisé par Pinterruption de l'activité productive dans les années de la guerre impérialiste puis de la guerre civile. C'est un devoir très important et rempli de promesses qui se présente à nous.

On ne doit évidemment pas fermer les yeux devant la difficulté de créer une série de tels manuels. Les ouvriers, même de haute qualification, sont peu aptes a rédiger des manuels. Les éerivains techniques qui se chargent de tels travaux ignorent fréquemment le côté pratique de leur spécialité. Enfin peu d'entre eux sont des gens ayant des idées socialistes. Néanmoins cette tâche est réalisable, non par des moyens « simples », c'est-à-dire routiniers, mais par des méthodes combinées. Pour rédiger un traité on au moins le réviser, on constitue un collège, disons une commission de trois membres composée d'un écrivain technique professionnel qui,si possible, connait l'état de notre production dans son domaine ou qui est capable d'apprendre à le connaître ; d'un ouvrier hautement qualifié de la même branche technique, intéressé par la production et ayant des dons d'invention ; et d'un écrivain marxiste, un politique, attiré par les problèmes de la production et disposant de quelques connaissances techniques. Par cette methode ou toute autre semblable, une bibliothèque modèle d'ouvrages tech-

UAT RIEME niques de production doit être créée. Ces ouvrages, cela va de soi, devront être bien imprimés, bien brochés, d'un format commode et d'un prix modéré.

Une telle bibliothèque remplirait un double rôle: elle contribuerait à élever la qualité du travail et par conséquent au succès de l'édification socialiste ; elle aiderait en même temps à gagner à l'économie socialiste ainsi qu'au parti communiste un groupe précieux d'ouvriers, artisans de la production. L'afiaire ne peut, bien entendu, se limiter à la parution d'une série d'ouvrages pédagogiques. Nous nous sommes arrêtés avec tant de détails sur cette question parce qu'il s'agit, nous semble-t-il, d'un exemple caractéristique de la nouvelle voie conforme aux tâches de la période présente. Le combat pour la conquête des prolétaires « apolitiques » peut et doit être conduit par divers moyens. Des périodiques techniques, scientifiques, hebdomadaires et mensuels, spécialisés dans diverses productions sont indispensables; des associations scientifiques et techniques, adaptées à ces travailleurs, doivent etre formées. Une bonne moitié de notre presse syndicale doit s'adresser à ces ouvriers si elle veut être une presse qui n'est pas seulement destinée au personnel employé par les syndicats. Mais l'argument politique le plus convaincant pour les travailleurs de ce type est constitué par chacun de nos suecès pratiques dans l'industrie, chaque effort mûri du parti dans cette direction.

La conception politique générale de cette catégorie de travailleurs peut être exprimée par la formulation suivante entendue fréquemment : « Ce qui a rapport à la révolution et au renversement de la bourgeoisie, il n'est pas nécessaire d'en parler ; c'est clair et a été réalisé une fois pour toutes. Nous n'avons pas besoin de la bourgeoisie. Nous n'avons pas besoin non plus des mencheviks et autres commis de la bourgeoisie. En ce qui concerne « la liberté de presse », cela n'a pas une si grande importance, il ne s'agit pas de cela. Mais comment viendrons-nous à bout de l'économie ? Vous, communistes, avez pris la direction en main. Vos objectifs et ves plans sont bons, nous le savons ; ne le répétez pas, nous lavons entendu, nous sommes d'accord, nous vous soutiendrons. Mais comment entendez-vous réaliser ces tâches dans la pratique ? Jusqu'ici vous avez mis plus d'une fois vos mains là où elles n'avaient que faire, il n'y a pas à s'en

ERNATIONAL cacher. Nous savons, nous savons, on ne peut pas tout régler à la fois ; on doit apprendre, des fautes sont inévitables. C'est la vie. Si nous avons tolére les crimes de la bourgeoisie, à plus forte raison supporterons-nous les erreurs de la révolution. Mais cela ne doit pas durer éternellement. Parmi vous autres, communistes, il y a bien aussi des gens divers comme parmi nous, pauvres pêcheurs : les uns apprennent véritablement, se comportent consciencieusement dans les affaires, se préoccupent d'atteindre un résultat économique pratique, cependant que les autres ne cherchent qu'à nous réconforter par des discours creux. Et ceux-ci commettent de grands dommages car le travail leur coule entre les doigts ».

Voici donc la physionomie de ce type : un tourneur, un ajusteur ou un fondeur ambitieux et appliqué qui s'intéresse à son travail, non un enthousiaste, plutôt passif en politique, mais réfléchi, d'esprit critique, par moment quelque peu sceptique, mais constamment fidèle à sa classe — un prolétaire de valeur. C'est sur ce type d'ouvrier que le parti doit mettre le cap dans l'actuelle époque de son travail. Le degré de conquête de cette couche dans l'économie, dans la production et dans la technique sera la mesure politique la plus sûre de nos succês dans le domaine du travail culturel, ce terme étant compris dans son esprit large, léniniste.

L'orientation basée sur le bon ouvrier ne contredit aucunement la seconde tâche du parti : la conquête de la jeune génération du prolétariat. Cette jeune génération croit dans les conditions d'une période donnée, se forme, se renforce et se forge dans la solution de tâches déterminées. La jeune génération doit être avant tout une génération d'ouvriers hautement qualifiés, aimant leur travail. Elle doit être élevée dansla conscience que son travail de production est en même temps un service rendu au socialisme. L'intérêt pour sa propre formation professionnelle, l'aspiration à devenir un " maitre » dans son travail, rehaussera considérablement aux yeux de la jeunesse l'autorité des bons ouvriers qui, nous l'avons vu, demeurent aujourd'hui, dans leur majorité, à l'extérieur du parti. L'orientation en direction de Pouvrier consciencieux, capable, devient en même temps une directive pour l'éducation de la jeunesse prolétarienne. Sans cela, la marche en avant vers le socialisme serait impossible.

Une erreur sur cette page ?