Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 6-8

Sur le front bourgeois en Italie

Quatrième Internationale, vol. 12, n° 6-8 · juin-août 1954 · p. 13-14 · 853 mots

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Si, sur le front ouvrier, les dernières semaines en Italie ont été caractérisées par une continuation de la lutte des ouvriers industriels pour l'amélicration de leur niveau de vie et, surtout, par les magnifiques grèves des ouvriers agricoles de certaines provinces de la plaine du Pô, sur le front bourgeois deux événements ont retenu l'attention: la scission dans le parti monarchiste et le congrès de la Démocratie Chrétienne.

Le parti monarchiste avait aequis une certaine importance dans la politique italienne après les élections de juin 1953, non tant à cause de sa performanes électorale, que de la situation d'instabilité dans laquelle se trouva la bourgeoisie italienne après ces élections. En général les monarchistes s'orientaient vers relâchement de leurs rapports ultérieurs avec les néofascistes, et vers la recherche d'une collaboration même gouvernementale avee les catholiques. Mais il y avait deux tendances dans le parti, dent l'une, représentée par Covelli, voulait aux catholiques des conditions de collaboration plus sévères, tandis que l'autre. dirigée par Lauro, maira de la citadelle monarchiste de Naples, était bien disposée à une collaboration plus « généreuse » (ses intérêts partienliers la poussant dans cette direction). La question de la C.E.D. devait aggraver le conflit, Covelli et ses partenaires étant plus réservés, tandis que Lauro exigeait une approbatico sans condition. D'autres facteurs plus particuiiers étant intervenus, Laure se décida à la seission et quitta le parti en emportant quatre eu cinq députés et un sénateur et, parait-il, l'écrasante majorité de la fédération de sa ville.

Le résultat de cette scission fut d'affaiblir le parti monarehiste et d'atteindre son prestige auprès de ceux qui avaient une certaine sympathie pour lui er souhaitaient une collaboration entre les monarchistes et les démocrates.chrétiens, Pargument de la plus grande stabilité et efficacité monarchiste par rapport aux de la coalition gouvernementale actuelle basée, comme on le sait, justement sur sociaux-démocrates et aux libéraux étant, entre autres, enlevé aux adversaires la col'aboration des catholiques avee les sociaux-démocrates et les libéraux.

Les répercussions de la scission monarchiste ne manquérent pas de se vérifier au ecurs du Congrès de la Démocratie-Chrétienne qui a eu lieu à la fin de juin. La drotte (Pella, Togni), qui avait soutenu la nécessité d'une collaboration avee les Les discours des droitiers au Congrès ont été bruyamment désapprouvés et l'un monarchistes, se trouva singulièrement affaiblie et enregistra un échec très dur. deux a eu beaucoup de peine a s'exprimer jusqu'au bout.

Ce Congrês des catholiques a mis en lumière des éléments multiples et il taudrait l'analyser de très près pour en tirer des conclusions précises, Mais grosso mode on peut souligner ce qui suit : a) la défaite de la droite a été accompagnée par le succès de la tendance « Initiative démocratique », ancienne gauche du parti, maintenant alliée au vieux M. Granchi, se sont affirmées avee importance, bien que sur un plan différent; centre degasperien ; b) la gauche syndicaliste et celle du Président de la Chambre des députés.

e) l'orientation de la base du Congrès était « à gauche» et on peut dire que la plupart des délégués étaient plus « gauchistes » que les dirigeants qui ont gagné le congres ; d) Paspiration au renouveau du parti s'est manifestée par une liquidation sommaire de plusieurs des vieux dirigeants, parmi lesquels Pella, Gonella, Togni et Piccioni, De Gasperi lui-même sortant du Congrès un peu effacé (il est possible que dans les prochains mois il soit écart « en beauté» par la désignation à la presidence de la République). La signification plus importante du Congrès réside, selon nous, dans le fait qu'il a reflété l'orientation actuelle de larges couches petites bourgeoises, qui sont de plus en plus mécontentes du régime et réagissent en se déplaçant vers la gauche, ne fût-ce que d'une manière hésitante et limitée. En tout cas le réplacement vers la droite, qui, à un certain moment, s'était dessiné, s'est arrêté et le sens de l'évolution de ces couches est renversé. Quant aux conséquences pratiques immédiates, le Congrès a pour le moment renforré le gouvernement « centriste » actuel. Il Serait erroné de eroire que la base du parti est enthousiaste de ce gouvernement: le contraire est vrai. Mais le problème que le Congrès posait concrètement, était : gouvernement centriste * déplacoment vers la droite. La réponse a été nette; pas de déplacement vers la droite. Et il faut ajouter que pour la plupart des délégués le gouvernement centriste devrait évoluer sans hésitations dans un sens « social ». certain répit, en ayant enregistré une relative consolidation, Cependant il ne faut Ainsi, le gouvernement du « centre démocratique » pourra pas oublier que cela est arrivé non pour avoir remporte quelques sucees, meme partiels, ou résolu certains au moins des problèmes qui se posent, mais parce que la droite s'est affaiblie; parce que, si la solutien entriste est de toute évidence précaire, une solution de droite, à vrai dire, est impossible du moins pour toute une période. C'est un trait caraetéristique de la erise de la bourgeoisie ita lienne, dont le mouvement ouvrier devra tâcher de tirer le maximum de profit.

Rome, 9 juillet 1954.

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