Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 6-8

L'opération Mendès-France et les partis ouvriers

Pierre Frank · Quatrième Internationale, vol. 12, n° 6-8 · juin-août 1954 · p. 20-24 · 4 178 mots

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La formation du gouvernement Men- La lormacon au gouvernement sea dès-France est apparue un peu partout comme un tournant de la situation politique en France, qui pouvait avoir d'importantes conséquences dans le monde entier. Mais les interprétations qui en ont été données sont le plus souvent erronées, car impérialisme américain, bourgeoisies européennes, social-démocratie et stalinisme se sont conjugués pour fausser le tableau.

De 1947 a 1954, l'axe du gouvernement français s'est à peu près constamment déplacé vers la droite. La chute du gouvernement Laniel et la formation du gouvernement Mendès-France signifientelles un déplacement à gauche ou le début d'un tel chapitre ? Cette façon de poser la question contient un piège.

Le gouvernement Laniel avait pu. au lendemain de ga formation, en août 53, tenir tête à un mouvement gréviste de plus de 4 millions de travailleurs. Le mouvement d'août 53 a indiqué la volonté des masses et le réel rapport des forces entre classes. Mais les directions ouvrières ne donnant aucune perspective aux masses, le mouvement n'aboutit pas et depuis lors, il n'y a pas eu de grandes luttes. Plus encore, après la défaite de la bourgeoisie française à Dien-BienPhu les directions ouvrières - pour ne pas troubler les travaux de la conférence de Genève — n'ont pas fait le moindre appel aux masses. Alors pourquoi Laniel est-il tombé ?

Quand lencerclement de Dien-BienPhu annonça la défaite prochaine à moins de recourir à de très grands dejont moyens, dont l'impérialisme français ne disposait pas, Bidault s'adressa au State Department pour obtenir une intervention américaine. On sait que, pendant quelques jours, cette question fut sérieu. sement envisagée : une escadre américaine se rendait dans le golfe du Tonkin, l'emploi de bombes atomiques était étudié. Mais du jour où pour des raisons déterminées, Washington estima qu'il n'était pas encore l'heure de s'engager dans une guerre généralisée, la bourgeoisie française décida qu'en attendant, elle aussi n'irait pas plus avant dans cette guerre où elle n'a fait que perdre sa substance, sans espoir aucun.

Comment s'en sortir ? Les Bidault, Pieven et . Co ne savaient comment le faire et d'ailleure ils étaient incapables d'affronter à la même table les repré. sentants du Vietminh vainqueur. Il fal20 lait nécessairement que le capitalisme français change de personnel pour cette opération. Parmi les représentants de la bourgeoisie, Mendes-France etait i nomme indiqué : depuis bientôt trois ans. il préconisait des négociations. Il était celui qui pouvait obtenir l'accord le meilleur ou le moins mauvais, aux moindres frais. Ce n'est pas un politicien quelconque, mais un homme lié à de très gros intérêts capitalistes (Il dirige la Commission des comptes de la nation, et représente la France au Fonds Monetalre International). Il offrait toute garantie du côté atlantique (même si cela n'était pas encore très clair à Washington). Il avait l'appui de l'Etat-major.

Mais la nomination de Mendès-France et la formation de son gouvernement ont eu un caractère particulier. Sauf le M.R.P. et un certain nombre d'élus re. présentants de la droite classique, Mendès France eut les voix de tous les partis, y compris celles des partis ouvriers. Pour constituer son ministère, loin de s'adresser aux partis, comme c'était la règle, il a fait appel à des hommes politiques relevant d'un parti mais qui entrèrent dans le gouvernement indépendamment de leur parti.

C'est une caractéristique très importante: elle ne fait pas du gouvernement Mendès France un gouvernement de type bonapartiste, ou prébonapartiste; ce gouvernement n'est pas vraiment audessus du Parlement et des partis mais il n'est plus tout à fait dans le même rapport envers eux que les gouverne. ments précédents. Dans le même sens témoigne ce fait que, tous les samedis. Mendès France adresse sa petite homélie au peuple de France par la radio. Il continue de relever du Parlement mais il fait appel au peuple pour l'aider, c'est-à-dire pour exercer une certaine pression sur des parlementaires réticents.

Formellement Mendès France avait demandé un crédit de 30 jours, pas un de plus, pour faire la paix en Indochine. Depuis lors, la presse française et internationale a fait subir à l'opinion publique le chaud et le froid : un jour à Genève tout était rose le lendemain tout était redevenu noir. Mais du moment où l'on cherchait un accord local, limité. pour arrêter un conflit, le résultat était prévisible.

Avec ce crédit de trente jours prodit de trente jours il v a eu une équivoque dans de tres nom.

Q UATRIEMEIN breux milieux politiques bourgeois et ouvriers.

Pour une partie des hommes politiques de la bourgeoisie, : une fois que Mendès France aurait endossé l'accord sur l'Indochine, un accord qui ressemble une semi-capitulation, on pourrait changer de gouvernement ou tout moins revenir à l'ancienne politique des Laniel, Pinay. Pour d'autres, et aussi pour les dirigeants des partis ouvriers, une fois la paix revenue, on irait plus loin — personne n'étant bien fixé sur ce que pouvait etre ce plus loin.

Mais, comme nous l'avons écrit Mendas-France n'est pas un individu, c'est le porte-parole d'une fraction du grand capital. Il a une politique déterminée qu'il entend faire passer à la faveur de la satisfaction résultant de l'arrêt des hostilités en Indochine.

Tout d'abord, sur la question de la C.E.D. il n'a pas complètement abattu ses cartes, mais d'ores et déja il apparaît probable qu'il va s'efforcer de trouver quelques formules pour arriver à un compromis qui maintiendra la substance de la C.E.D. mais donnera une apparence de satisfaction aux éléments bourgeois qui ne veulent pas accepter purement et simplement un organisme « supranational ».

Dien Bien-Phu a stimulé les peuples de l'Afrique du Nord. En Tunisie une armée de partisans se crée. Mendès-France a aussi un programme pour l'Afrique du Nord, mais il ne s'agit pas de s'en retirer. Depuis des années. au cours de plusieurs interventions, il l'a dit nettement, il faut abandonner l'Indo. chine car la garder est au-dessus des forces du capitalisme français, mais pour pouvoir se concentrer sur l'Afrique du Nord. Et dans ses 30 jours de gouvernement, il a déjà expédié de nombreux renforts en Tunisie... pour y main. tenir l'ordre. Il n'est pas exclu qu'il combine cette politique de force avec des pourparlers avec des nationalistes bourgeois ; mais personne ne peut se tromper quant à ses intentions en Afrique du Nord. Il avait menacé de demander au parlement le vote d'une loi autorisant l'expédition du contingent en Indochine théâtre d'opérations militaires, si le cessez-le-feu n'était pas signé. Mais sans vote d'aucune loi, il expédie des hommes du contingent en Tunisie qui n'est pas encore considérée comme un terrain d'opérations de guerre...

Les services du Ministère des Financer travaillent à mettre au point un programme de mesures économiques, fiscales, etc. Il ne faut pas s'attendre à de grandes choses. Bien que personnellement Mendès France soit favorable à une politique d'austérité, frappant les petites entreprises oui sont un boulet nour l'économie française et imposant desacrifices aux masses laborieuses avancera certainement avec beaucoup de prudence et ne prendra que peu de mesures dans ce sens. Car l'équilibre SOcial en France est si précaire qu'il ne permet pas à un quelconque gouvernement bourgeois de se montrer audacieux dans un sens quelconque. Néanmoins, il

TERNATIONALE faut s'attendre de sa part à un certain nombre de mesures dites d'assainissement, qui favoriseront le grand capital.

Quelles sont les chances actuelles du gouvernement Mendès-France ?

Les gouvernements du type Laniel se trouvaient dans une impasse. Ils avaient placé les deux partis ouvriers P.C.F. et P.S. dans l'opposition, et les masses petites bourgeoises qui auraient dû constituer la base sociale de ces gouvernements se détournaient d'eux cherchaient une issue vers la gauche.

Plusieurs journalistes ont défini la politique de Mendès-France comme celle des bourgeois « intelligents ». L'expression peut donner lieu à plusieurs interprétations. Dans ce cas « l'intelligence » d'un Mendes-France a consisté à exploiter les appréhensions suscitées par la politique américaine à 100 % des Bidault à offrir à sa place une pseudo politique de paix pour se constituer une sorte de base sociale plus large, avec l'aide des directions ouvrières, et au nom de la paix obtenue, à essayer de passer une politique d'assainissement du capitalisme français dans la mesure très li. mitée où une telle chose est possible. Cela ne va pas loin, mais la bourgeoisie française — plus que toute autre Europe - est dépourvue de perspectives et chaque jour qui passe est pour elle un jour de gagné.

Cette politique va aussi avoir « l'intelligence » de chercher à séparer le Parti socialiste et le Parti communiste. Bien sür, il n'y a jamais eu front unique de ces deux partis ; mais le maintien commun prolongé dans l'opposition offrait des dangers. La bourgeoisie ne les a-t-elle pas vus à propos de l'élection du Président de la République, de celle du président de l'Assemblée nationale Les socialistes n'ont pas encore aceepté de participer au gouvernement : ils n'y entreront pas facilement car MendèsFrance ne peut pas leur offrir quelque chose d'alléchant sur le plan économique et social. Cependant. c'est dans le sens d'une séparation du P.C. et du P.S. qu'il va travailler, parce que sa politique doit se heurter aux masses et qu'elle n'a de chance de donner quelques résultats nue si le front ouvrier est aussi largement divisé que possible.

Autant la classe ouvrière francaise possède un potentiel de combat qui peut donner tous les espoirs dans cette période pré-révolutionnaire, autant ses directions traditionnelles présentent un spectacle lamentable.

Le Parti Socialiste est profondément divisé sur la question de la C.E.D. La maiorité de ses élus et certainement la majorité de ses membres y sont hostiles mair une judicieuse manipulation des mandats donne la pro-C.E.D. Elle a tre des élus nui sont pas soumis à tions ne vont direction à la fraction pris des santions conau Parlement, ne se la discipline. Ces sancas jusqu'à l'exclusion, car une scission du P.S. offrirait de gros dangers en renforçant le courant d'unité

Q VATRIEME INT d'action avec le P.C.F. De ce fait " sanctions ont plutôt un caractèr, les mel, mais elles ont eu pour rér forsusciter dans le Parti socialis sultat de rieuse crise intérieure. En ' ste une sécune des deux fractions cout cas, auge à mobiliser la clar aostiles ne sonune action quelcona se ouvrière dans nouveau gouverne de. Au contraire, le taine mesure re nent a dans une cervernementaux nouvelé des espoirs goulistes. • parmi les sommets socia-

Le Part une pr. i communiste qui pourrait, par vitique conséquente systématique Pr arti socialiste, olongée de front unique envers le soit forcer celui-ci à l'accepter soit le faire déborder dans l'action, se trouve empêtré par les impératifs de la diplomatie du Kremlin dans la plus misérable des politiques.

Ce parti qui dispose de plus de 5 millions d'électeurs. qui par ses militants contrôle la C.G.T. qui reçoit 60 à 70 oc des voix des travailleurs dans les usi nes, qui exerce une influence étendue dans des couches importantes de la petite bourgeoisie, notamment parmi les intellectuels qui occupent une place importante dans la vie en France, ce parti etait engagé depuis de longs mois et ces annees dans une campagne contre la C.E.D. Pour assurer le succès de

ER NATIONAL E geoisie française était acculée à un compromis. Billoux, membre du Bureau Politique jouissant d'une réputation de gauchiste, fut chargé d'expliquer le vote et il le fit en termes qui disaient en substance: vous ne nous donnez rien sur toutes les questions qui nous intéressent, sauf la promesse de faire la paix en Indochine et pour cela, nous voterons pour vous.

Après la signature du cessez-le-feu, la direction du P.C.F. a continué à mettre à la remorque de MendèsFrance et ainsi à servir la bourgeoisie française. Dans une déclaration du Bureau Politique, la fin des hostilités est attribuée à l'action du peuple français, alors que ses directions n'ont vraiment rien fait pour le mobiliser à cet effet. et il n'y a pas un mot, pas un seul, pour les combattants du Vietminh qui ont infligé une défaite cuisante à l'impérialisme français. Et, dans cette même déclaration, les dirigeants staliniens affectent d'ignorer les intentions gouvernementales en Afrique du Nord: « Nul ne saurait admettre... qu'un pas vers la détente en Asie ait comme pendant un renforcement.. de l'intervention militaire en Afrique du Nord... »

Comment expliquer cette attitude de la direction du P.C.F.? Les pseudobot des pseudostrateges qui dirigent la classe ouvrière de France ont probablement pensé que, Mendès France malgré lui sur une polipar leurs votes, ils allaient engager tique opposée au cours antérieur et avant tout une politique opposée à la politique atlantique. Depuis l'investiture du gouvernement, il ne se passe guere de jours où l'Humanité se plaigne de telle ou telle mesure ou démarehe gouvernementale et ajoute en termes plus ou moins directs que ce n'est pas pour cela qu'ils ont voté pour lui.

Vraiment, tout l'opportunisme stalinien apparaît ici: combien de fois ces men apparai ta comolen de tois ces • comoren bureaucrates ont cru qu'ils pouvalent manœuvrer la bourgeoisie et combier de fois ont-ils tout simplement été manœuvrés par elle ? Des bureaucrates manoeuvres par elle Des bureaucrates qu'ils soient social-démocrates ou staliniens - croient qu'ils peuvent manœuvrer la bourgeoisie et ses hommes politiques. Mais chaque fois, c'est l'inverse qui s'est produit; malheureuse. ment ce ne sont pas seulement les bu reaucrates qui font les frais de telles opérations ; c'est la classe ouvrière nui paye les manœuvres de ses dirigeants.

Dans le cas présent les dirigeants staliniens n'ont même pas la maigre excuse du temps du front populaire ; le gouvernement n'est lié à eux par aucun accord politique ; il n'aura rien à « trahir»; il sert de son mieux les intérêts de sa classe : ce sont les dirigeants staliniens qui par leur attitude apportent le trouble et la confusion dans les rangs ouvriers.

Depuis son arrivée au pouvoir. Mendès-France s'est ingénié d'ailleurs à leur multiplier les humiliations. Outre ses propos méprisants, il leur a interdit la manifestation du 14 juillet au nom de «l'intérêt national», il a étriqué le festival de la jeunesse, il leur permet cercette campagne, il recherch dans toutes les couches de sie, y compris parmi les plus réactionnaires. A cet sacrifié ou mis en sourdine e des alliés la bourgeoicouches les effet, il a autre toute campagne, toute autre revendication.

Pour dresser le front le plus large de tous les « bons Français» contre la C.E.D., il a pratiquement soutenu des hommes comme le marechal Juin; 1l s'est garde de denoncer les equipes fascistes qui avaient manifesté contre Laniel et Pleven. Pendant toute la dernière période de la guerre d'Indochine, notamment pendant la bataille de Dien

Bien Phu quand du Vietminh sans saut des barbelés, a totalement failli les soldats et partise lançaient à l'asle Parti communiste à son devoir de solidarité prolétarienne. Les colonnes de Humanité parlaient du « sang qui coule », c'est-à-dire celui du corps expéditionnaire, et en second lieu des combattants de la révolution coloniale. Il n'y eut ni meeting ni manifestation. Le seul geste. qui ne comporta aucune action de solidarité, ce fut celui des députés communistes oui ne se levèrent pas avec le reste de l'Assemblée nationale lorsque fut annoncée la prise de Dien Bien Phu par les soldats du Vietminh.

Lorsque la Conférence de Genève s'ouvrit il fut moins que jamais question d'une action de classe. On organisa des délégations pour se rendre à Genève et y tirer les cordons de sonnette des diverses délégations.

Quand Mendès-France se présenta devant l'Assemblée nationale, la direction du P.C.F. qui, depuis plus de sept ans, n'avait pas voté la confiance à un gouvernement bourgeois se précipita pour le faire, bien que Mendès France refusa dédaigneusement leurs suffrages et qu'il n'y avait pas de doute que la bour22

INTARNATIONAL taines choses mais dans des limites précises définies par lui.

Ces dirigeants qui, pendant des années, ont mis au premier point de leur programme la lutte contre la C.E.D. ont apporté leurs voix, leur confiance au gouvernement qui précisément, après tant de tergiversations, va effectivement faire adopter la participation de l'Allemagne capitaliste réarmée dans la coalition atlantique.

Il n'y a pas de doute que ces attitudes des partis ouvriers, notamment cette politique de la direction stalinienne apporte un trouble dans les rangs de la classe ouvrière. On ne constate certainement pas un enthousiasme ou des illusions comme en 1936 ou au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Le sentiment le plus répandu dans les grandes masses, c'est l'attente : on va voir ce qu'il va faire. La politique du P.C.F. ne fait absolument rien pour mettre en garde les travailleurs contre un tel gouvernecontre un tel gouvernement, pour préparer les combats; contraire elle accroît l'incompréhension, et cela se manifestera au moment ou le gouvernement jugera qu'il est l'heure de passer à l'action contre les masses.

Cette politique de la direction. du P.C.F. est survenue tout de suite après la tenue du 13- Congrès de ce noui la tenue du lo Congrès de ce parti. La convocation d'un Congrès près de quatre années après le précédent s'imposait, la direction ayant eté secouée par une serie de crises graves (Marty, Tillon, Lecœur).

Comme l'ont expliqué déjà d'autres articles parus précédemment dans cette revue, un lourd malaise sévit parmi les membres du P.C.F., notamment parmi les cadres de base et même parmi les cadres moyens et les sommets. Il y a une contradiction flagrante entre l'appui électoral que ce parti reçoit des masses dont la volonté de combat ne peut être mise en doute et la capacité de ce parti masses masses sur sa politique spécifique. Les a mobiliser dans l'action ces mêmes sur masses entrent en lutte à leur heure pour leurs revendications propres, après avoir ignoré à diverses reprises des appels du P.C.F. ou de la C.G.T.

La direction ayant conscience de ce malaise a voulu utiliser la préparation du Congrès comme une soupape de sû. reté en permettant au mécontentement, aux critiques de se manifester, pour mieux reprendre en main le parti ensuite. D'où l'ouverture d'une tribune de discussion sur la base de textes préparés par le Comité Central.

Cette tribune de discussion a rempli pendant plus de quinze jours plusieurs colonnes de l'Humanité, elle a été aussi ouverte dans d'autres publications du P.C.F. Quand on examine l'ensemble des contributions des militants à cette tribune de discussion, et compte tenu d'informations recueillies sur la discussion à la base du parti, on peut formuler les observations suivantes:

cette tribune de discussion n'a pas été truquée; elle représente assez bien le caractère de la discussion qui s'est produite sinon dans tout le P.C.F. (car on trouve dans celui-ci des niveaux politiques extrêmement variables) du moins parmi les organismes et militants qui ont le plus de sensibilité et de connaissance politiques ;

- cette tribune de discussion a, à la différence de tribunes précédentes qui avaient un caractère organisationnel, eu essentiellement un caractère politique;

- ce sont les éléments les plus eritiques qui se sont exprimés, c'est une certaine avant-garde dans le P.C.F. qui a ainsi trouvé une expression. Il ressort encore très clairement que leur politisation s'effectue dans le cadre de la ligne du P.C.F. Celle-ci à présent cherchant à combiner une politique de classe nour rassembler les travailleurs autour du P.C.F., et une politique « nationale » destinée à unir tous les « bons Français », cette avant-garde dans le P.C.F. a mis l'accent sur la politique de classe ;

- les articles de la tribune de discussion ont également révélé la baisse de l'autorité de la direction, l'esprit critique qui commence à se manifester à son égard. La tentative de faire retomber les fautes avouées sur des individus, comme Lecœur, n'a pas rencontré de succès.

Que temps? fut-il limite cadre de la faisiez-vous pendant ce ouvertement demande; de la politisation dans le politique du P.C.F. s'est surtout montrée dans le fait que nulle part ne furent clairement posées les questions essentielles du moment, à savoir le front unique des deux grands partis ouvriers et la perspective gouvernementale.

Mais la tribune de discussion et la re. lative possibilité d'expression dans des conférences de base étaient une chose, et la sélection des délégués et la tenue du Congrès une autre. Ceux qui avaient apporté des points de vue tant soit peu critiques, qui parfois avaient fait voter des résolutions ou des amendements par leurs sections, furent en fait écartés des délégations qui furent composées de permanents accompagnés le plus souvent de militants très jeunes, destinés à faire nombre. Au Congrès même, seuls des permanents du P.C.F. et d'organisations intervinrent. Des membres du Bureau Politique et du Comité Central critiquèrent violemment certains articles de la tribune de discussion que personne ne défendit.

Les textes adoptés laissent le flou sur la politique du P.C.F. Le discours de clôture de Thorez pousse l'habileté à un niveau très élevé. Il permet de continuer la politique actuelle, mais il contient également des phrases qui éventuellement peuvent justifier une politique gauchiste, d'autres qui rappellent le front unique avec le Parti socialiste, et il se termine même par le eri: Vive le communisme !

La seule intervention qui n'a pas été exactement dans la tonalité générale a été celle de Frachon, secrétaire général de la C.G.T. Il a parlé de la responsabilité de tous les communistes dans la politique syndicale, il a fait allusion aux

Q UATRIEME INT questions de perspective. Venant apres la journée du 28 avril qui fut considérée comme un échec par les militants communistes, il s'en est tenu à l'explication officielle et peut-être en fut-il le principal auteur. Le mot d'ordre des 25.000, dit-il, ne pouvait susciter un grand elan (ce qui est exact) et la classe ouvrière était inégalement prête, d'où la nécessité de ne pas employer le mot d'ordre de grève générale et de recourir à des formes de lutte appropriées à chaque entre. prise ou corporation. C'est là un argument faux qui provient d'une analyse erronée de la situation par la direction du P.C.F. Le caractère prérévolutionnaire de la situation en France étant ignoré par elle — qui ne voit dans la France qu'un pays privé de son « indépendance nationale » par les EtatsUnis, →, cette direction cherche à mobiliser la nation contre l'impérialisme étranger et non à orienter les masses vers la lutte contre le capitalisme français en vue de le renverser et d'établir un gouvernement des ouvriers et des paysans. Les militants communistes, sensibles à la situation effective en France, font pression pour des formes de lutte plus vastes, plus générales. En ce sens des journées de grève générale fixées à bon escient pour préparer la classe pour des luttes plus décisives sont parfaitement indiquées. Mais fixée arbitrairement et préparée bureaucratiquement, une journée comme celle du 28 avril n'a pas rencontré un écho stimulant pour toutes les masses. Elles ne voient pas à quoi cela sert effectivement. Les dirigeants staliniens en ont tiré la conclu-

P.S. - Les mesures économiques viennent d'être annoncées en termes généraux et visent effectivement à éliminer une série de petites entreprises. Pour les travailleurs, il y a de vagues promesses d'une révision semestrielle des salaires en fonction des résultats obtenus par le capitalisme.

Pour la Tunisie, après l'accord angloegyptien sur Suez, Mendes-France a senti la nécessité d'agir vite. Il offre ladmi. nistration intérieure à la bourgeoisie tu2 4

ERNATIONALE sion que des luttes d'ensemble ne sont pas possibles, non que leurs perspectives sont erronées, leur politique fausse.

Ce n'est pas dans une telle situation prérévolutionnaire, dans une telle crise de la société française qu'un Congrès ainsi fabriqué peut régler la crise du P.C.F. oui n'est qu'un des aspects de cette crise générale. Avant longtemps, les mêmes causes profondes auxquelles viendra s'ajouter maintenant la politique à la fois traîtresse et lamentable en faveur du gouvernement Mendes-France continueront à alimenter cette crise même à la porter à des niveaux plus dans des délais relativement courts des ruptures d'organisation: les masses et les militants ont besoin de plus d'expériences et d'expériences plus importantes pour être pénétrés de la nécessité d'un parti révolutionnaire, d'un parti comme le P.C.F. ne l'est pas. Mais cette crise qui, au cours des dernières deux années. a trouvé son reflet aux plus hauts sommets, entraînant l'élimination de trois membres du Bureau Politique dont deux secrétaires du parti, et qui se fait dans des conditions telles que deux de ces personnages restent dans le parti à la base sans avoir fait leur « autocritique », cette crise trouvera inévitablement dans ce parti encore des formes certainement inattendues et surprenantes. Les trotskystes auront à les utiliser pour faire progresser dans les rangs communistes les courants en évolution vers la gauche sur la voie du programme de la IV* Internationale.

23 juillet 1954. nisienne, en exigeant le respect des positions impérialistes. La France conserve la direction des affaires étrangères et de l'armée. Si cette « liberté » ne vous convient pas, ajoute-t-il, nous vous donnerons du plomb... Et pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, il s'était fait accompagner du maréchal Juin. La bourgeoisie tunisienne pourra s'en satisfaire; mais pas les masses ouvrières et paysannes de Tunisie.

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