A la demande « des professeurs et des parents », l'enseignement mixte vient d'être rétabli en URSS.
La Literatournaïa Gazeta (10-4-1954) avait déjà annoncé que l'Académie des Sciences Pédagogiques s'était déclarée en faveur de l'enseignement mixte.
Dès les premières années de la Révolution, le gouvernement soviétique avait introduit l'enseignement mixte ; mais au cours de la dernière guerre la séparation des ecoles de filles et des garçons fut appliquée.
EINSTEIN
La Pravda du 2 juillet 1954 a pris position pour la partie scientifique de l'œuvre d'Einstein, distincte de « ses théories philosophiques confuses ». Le journal se déclare pour la liberté de discussion en matière scientifique et rend hommage aux contributions scientifiques d'Einstein, y compris à la théorie de la relativité.
Cette prise de position de la Pravda, venant après celle à l'égard de Lyssenko, est considérée d'importance fondamentale en ce qui concerne la nouvelle manière d'approche des problèmes de toute la science soviétique.
Il ne faut pas oublier que Einstein
« Le fils glorieux de la Géorgie » est directement attaqué dans sa propre patrie. Dans une réunion récente des écrivains géorgiens on a beaucoup déploré « la fausse interprétation de l'histoire ».
Dans plusieurs livres « non pas le peuple mais gouvernants et seigneurs occu-
La relative liberté accordée aux écrivains au lendemain de la mort de Staline. et les incitations officielles à une présentation plus réelle de la vie et de la société soviétiques ont l'béré de fortes tendances de critiques anti-bureaucratiques depuis longtemps refoulées chez plusieurs écrivains.
Certains romans et certaines pièces de théâtre récemment écrits sont incontestablement la meilleure illustration de ces tendances. En même temps ces œuvres constituent des documents sociaux de 30
« L'objectifs et les tâches de l'enseignement et de l'éducation des enfants des deux sexes sont identiques ». a déclaré le professeur Melnikov, vice-président de l'Académie des Sciences Pédagogiques. « Dans toutes les écoles du pays. sans aucune exception, le travail se fait d'après les mêmes programmes et les mêmes manuels, d'après les mêmes méthodes, et les mêmes formes pédagogiques, et il n'y a aucune raison de prétendre que l'enseignement séparé soit rationnel ». REHABILITÉ pendant des années fut sévèrement critiqué en URSS et accusé de «mysticisme ».
L'article de la Pravda le réhabilitant dans la science soviétique est signé de l'académicien S.L. Sobolov. physicien éminent et qui critique plus particulièrement la section de physique de l'Université de Moscou dirigée par Akulov et Nozdrev.
Tous les deux avaient une attitude « anti-Einstein » et supprimé pratiquement comme Lyssenko, qui est à nouveau mentionné et attaqué) toute critique les concernant. pent le centre et leurs figures étaient idéalisées ». Combien de volumes écrits par des Géorgiens avaient été consacrés à Joseph Vissarrionovich Djougashvili « la plus grande figure dans l'histoire mondiale » ? première importance sur la réalité soviétique, sa structure sociale et la manière dont les masses voient et jugent le régime bureaucratique.
« Le Militant » de L. Goredetzki, « Le Prince héritier » de A. Marienhof. « Les Saisons » de Vera Panora, Les Invités » de L. Zorine, sont toutes des œuvres (romans ou pièces de théâtres) dépoétisant la vie «sans conflits», «harmonieuse»
(*) Voir Quatrième Internationale, mat 1954
LE CULTE DE STALINE ATTAQUÉ EN GEORGIE MEME
REACTIONS ET CONTRE-REACTIONS SUR LE FRONT LITTERAIRE
LE CULTE DE STALINE ATTAQUÉ EN GEORGIE MEME
REACTIONS ET CONTRE-REACTIONS SUR LE FRONT LITTERAIRE
Q UATRIE ME IN T et « héroïque » en URSS, et se livrant à une critique acerbe, parfois accablante des personnages et du régime de la bureaucratie.
Ce qui n'a pas été sans provoquer une vive inquiétude aux sommets, et sans les décider à réagir de nouveau en sens contraire.
Tes revues Oktiabr et Teatr viennent
Le 5 juin, Sovietskaïa Koultoura publia un véritable réquisitoire du « Collège du Ministère des Affaires Culturelles de 'URSS » contre la revue Teatr et la pièce de L. Zorine « Les invités » publiée dans le numéro 2 de cette revue.
Voici quelques extraits caractéristiques de cette diatribe :
« Au centre de la pièce se dresse le personnage du bureaucrate et du transfuge Pierre Kirpitchev. Le présentant comme un travailleur soviétique important. l'auteur de la pièce s'efforce de faire passer ce chevalier d'industrie et ce coquin pour un représentant typique de tout l'appareil soviétique.
» Dans les multiples repliques tant de Pierre Kirpitchev lui-même que des autres personnages de la pièce, transparait le désir opiniâtre du dramaturge de créer la fausse impression que les mœurs propres à Kirpitchev sont couramment répandues parmi les cadres dirigeants des administrations soviétiques.
» En tout état de cause, les fonctionnaires honnétes, dévoués au parti et à la patrie ne figurent pas dans la pièce. Les fonctionnaires dont il est question ne sont que des mercantis et des profiteurs, etc... Pourtant chaque citoyen soviétique sait par expérience que l'appareil soviétique créé et édifié par le Parti Communiste n'a pas d'autres buts que de servir le peuple et la patrie, et que les fonctionnaires de l'administration représentent de la tête aux pieds le peuple soviétique dont ils sont issus, et sous le contrôle continu et l'influence dirigeante duquel ils travaillent.
» Les hommes soviétiques savent également que les canailles et les profiteurs qui, de temps en temps, sous couvert de tel ou tel masque ingénieux, s'insinuent dans certains services et administrations. y font figure de corps étranger et tôt ou tard sont inévitablement démasqués, subissant un juste châtiment.
» .. Or l'auteur de la pièce « Les invités » ne se préoccupe nullement de ces faits bien connus et péremptoires.
» Sur un ton intentionnellement important il décrit les souffrances inventées par lui de tout un groupe d'hommes soviétiques tombés victimes d'une révoltante illégalité et, en outre, il s'efforce avec persistance de convaincre les lecteurs que ces personnes injustement outragées n'ont pu trouver auprès d'aucune administration une défense de leurs droits foulés au pied.
» . Mais l'auteur ne s'arrête pas là.
ERNATIONALE d'être sévèrement critiquées pour avoir publié et critiqué favorablement des œuvres comme celles que nous avons citées, jugées « diffamatoires » de la réalité soviétique : des écrivains viennent d'être frappés par des mesures d'exclusion de l'Union des Ecrivains, d'autres sévèrement attaqués.
Prenons deux exemples qui illustrent le mieux le sens de ces réactions :
» Il cherche encore à asseoir cette conception — sur une « base théorique » - et c'est tout juste s'il ne s'efforce pas d'établir le caractère presque « historiquement logique » de l'apparition et de la prolifération des Kirpitchev et des Krasrostchekov dans notre réalité
» . Le bureaucrate Kirpitchev est présenté par l'auteur comme le fils d'un Vieux communiste respecté du Parti et du Peuple, « héros des premiers quinquenats ».
» Il est présenté comme l'incarnation vivante de l'esprit révolutionnaire propre à la première génération des bâtisseurs de l'Etat soviétique, esprit qui serait définitivement perdu par la nouvelle génération.
» Je travaillais simplement aux côtés des grands travailleurs de notre terre — Kirpitchev en s'adressant à son fils — je travaillais et je ne songeais pas à l'odeur du pouvoir, tandis que toi, dès ton enfance tu en as perçu le goût, et il t'a empoisonné ». etc. etc..
» En lisant attentivement la pièce on s'aperçoit que les personnages ont été sciemment séparés par l'auteur en deux groupes antagonistes. L'un des groupes comprend fous ceux qui d'une façon ou d'une autre se rattachent aux organismes du pouvoir : bureaucrates et grands dignitaires fonctionnaires. L'autre groupe se compose d'individus qui n'occupent pas de positions-clés et qui ne font que subir sous une forme ou une autre l'action des institutions bureaucratiques ».
Les sévères censeurs de la pièce signalent « qu'il s'en est fallu de beaucoup pour que l'essence vér table de la pièce « Les invités », sans aucun doute la plus mauvaise, ait été démasquée immédiatement. Au contraire il s'est trouvé au début de « bonnes personnes » qui ont tenté de la soutenir et même de la monter en épingle ».
Entre autre. Constentin Simonov et Boris Lavrenev, rapporteurs tous les deux à la XIVè séance plénière de l'Union des écrivains soviétiques (1), le dramaturge Simoukov, toute l'ancienne direction des Arts du ministère des Affaires culturelles de l'URSS (E. Severine, E. Dikov, M. Strevo, etc.).
La pièce fut jouée d'autre part par plusieurs théatres, entre autre le théatre Ermoliva de Moscou, le Grand Théâtre
(1) Quatriame Internationale, février 1951
UNE PIECE : « LES INVITÉS », DE L. ZORINE
UNE PIECE : « LES INVITÉS », DE L. ZORINE
Q UATR IEME INT Dramatique de Gorki, de Leningrad, les théatre de Smolensk, de Riazan, ete... A Moscou, elle fut joué pendant deux mois à bureaux fermes.
Ce roman salué au début avec enthousiasme par la Literaturnaïa Gazeta et par les Izvestia, est actuellement attaqué par la Pravda en tant que «synthèse foncière rement fausse» de la société et de l'homme soviétiques.
Le roman de Panova est une « chronique de la ville de Ersk ». dans laquelle apparait tout une série de personnages presque également partagés entre éléments « anti-sociaux » e vicieux et ‹ bons citoyens », petits bureaucrates rangés, obsédés par des questions bien-être matériel et notamment par le désir de posséder un bon logement.
Kotchetov, le critique des livres de la Pravda, ne soutient pas que le roman est mensonger, mais il s'insurge contre
UNE OPINION DE J.-P. SARTRE
Le journal Libération de Paris, vient de publier une entrevue avec Jean Paul Sartre, retour de l'URSS.
Nous nous contentons d'en publier cidessous des extraits concernant son opinion sur la littérature soviétique actuelle, le seul sujet sur lequel il se prononce avec compétence, sans d'ailleurs tirer des conclusions plus générales de ses propres constatations dans ce domaine.
J.P. Sartre n'est pas content du manque de « conflits » dans la littérature soviétique. Il voulait bien rencontrer un homme en URSS, « un professeur de philosophie qui a écrit une thèse où il essaie de montrer que dans la période socialiste (pré-communiste) existent des contradictions qui peuvent justifier une littérature de conflits : contradictions propres à la société socialiste en marche vers le communisme. Je n'ai pas lu cette thise, mais je voudrais savoir ce qu'il entend par la. Les contradictions viennent-elles du passé ou sont-elles liées à la structure économique présente ? » (3).
L'idée de les trouver avant tout dans • la structure politique bureaucratique du régime (tel que le décrit par exemple une pièce comme « Les invités » ne lui vient même pas à l'esprit).
Plus loin il dit « Il faut poser l'idée du conflit (dans la littérature soviétique) et l'appro ondir. Je crois alors qu'il sera pos-
Bref, un véritable et formidable scandale selon les censeurs actuels de cette pièce explosive ! son « amoralisme » et la description crue d'une réalité peu exaltante.
Kotchetov trouve incroyable que les grandes épopées de ces vingt-cinq années (la collectivisation, les plans quinquennaux, la guerre aient laissé si peu de traces dans les cœurs et les esprits des gens comme les Kouprianov (ménage de communistes - l'homme ancien cheminot devenu fonctionnaire, la femme ancienne paysanne devenue présidente du Soviet municipal (2).
« Il ne s'explique pas le phénomène de décadence et d'embourgeoisement qui a pesé sur les principaux personnages entre les premières années de la révolution et l'époque actuelle ». SUR LA CULTURE SOVIETIQUE sible de trouver une variété de sujets très intéressants ». Il continue :
* Avez-vous lu « Le Dégel » d'Ehrenbourg ? C'est très curieux. Il fait de grosses critiques sur le côté un peu cornélien du héros soviétique d'aujourd'hui, qui se demande trop à lui-même et qui finit par etre presque de mauvaise foi, comme le puritain. Il raconte l'histoire d'une jeune fille qui, spontanément adorerait la poésie symbolique d'Alexandre Bloch et qui s'oblige à aimer la poésie engagée et sociale d'aujourd'hui. Le roman a été très critiqué. Le titre même de cette œuvre est bien significatif - « Dégel » - c'est aussi, si vous voulez. le « dégel » de la littérature. Il existe des courants pour le « dégel », mais aussi des courants pour maintenir l'héroïsme et la tension. Ce que j'ai remarqué dans les romans soviétiques, même dans ceux qui m'ont plu, c'est qu'on est très facilement héros.
- Existe-t-il une réaction du public contre cet aspect édifiant de la littérature ?
J.P. SARTRE : Oui, partout. Le public semble en avoir assez. Il ne va plus autant au théatre...»
Juillet 1954.
(2) A. Werth, France-Observateur, 15 JuilJet.
(3) Libération, 16 juillet.