Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 6-8

A propos du 4e Congrès Mondial

M. Pablo · Quatrième Internationale, vol. 12, n° 6-8 · juin-août 1954 · p. 36-40 · 4 089 mots

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Le mouvement trotskyste international a une longue et glorieuse histoire, la plus riche en idées : la plus remplie de luttes contre vents et marées pour défendre et développer la ligne du marxisme révolutionnaire conséquent, vivant : la plus courageuse et la plus exaltante dans toute l'histoire du mouvement ouvrier international.

Il y a déjà plus de trente ans qu'en U.R.S.S., au lendemain de la mort de Lénine, Léon Trotsky et toute la gauche du Parti bolchevik commençaient a lutte contre la monstrueuse déformation bureaucratique du pouvoir prolétarien qui était en train de se développer et de contaminer toute la partie du mouvement ouvrier influencée par la Troisième Internationale.

Dans cefte lutte contre le stalinisme naissant se sont engagés et ont pour la plupart péri les meilleurs hommes en U.R.S.S. et dans toute l'Internationale:

La période qui s'étend de la mort de Lénine à la veille de la dernière guerre fut marquée par cetie lutte et par la prodigieuse activité idéologique et pratique des trotskystes dans le monde, défendant dans les conditions les plus difficiles avec acharnement la ligne du marxisme révolutionnaire contre les successives trahisons des directions social-démocrates et staliniennes: en Angleterre lors de la grève générale de 1926, en Chine lors de la révolution de 1925-27, en Allemagne pendant l'ascension du fascisme de 1928 à 1933, en France dans les années critiques 1934-38, en Espagne au cours de la révolution.

Pendant toute cette période dramatique di mouvement ouvrier international qui allait de défaite en défaite, les trotskystes ont développé le marxisme révolutionnaire sur toute une série de questions capitales pour la stratégie et la tactique du mouvement ouvrier : la marche de la révolution coloniale à notre époque, le fascisme, la tactique du front unigue ,les problèmes de la reconstruction socialiste dans un pays donné après la prise du pouvoir.

Au cours de la deuxième guerre mondiale les trotskystes ont été la seule tendance du mouvement ouvrier international qui sut résister au social-patriotisme et distinguer entre le caractère fondamentalement impérialiste de la guerre et la lutte progressive menée par I'U.R.S.S., Etat ouvrier.

Ils payèrent ce courage par un lourd tribut de sang. particulièrement dans l'Europe occupée par les nazis où ils furent les seuls à entreprendre une propagande révolutionnaire au sein même des armées allemandes. Leur activité pendant cette guerre reste encore à écrire: elle comptera parmi les meil36 leures pages de l'histoire du mouvement ré volutionnaire en général.

L'isolement des trotskystes par rapport aux larges masses pendant toute cette période qui va de la mort de Lénine à la fin de la guerre mondiale est l'expression de condition objecti. ves défavorables à l'essor du mouvement ré volutionnaire et de la pensée marxiste révolutionnaire. Le mouvement ouvrier pendant cette période resta idéologiquument submergé par le réformisme et le stalinisme, sur l'arrière-fond d'un ensemble de défaites qui marquent une ligne déclinante du mouvement.

Cependant, la guerre se solda par une ag gravation extraordinaire de la crise générale du capitalisme et créa les conditions objectives pour un nouvel essor du mouvement ouvrier.

La perte d'une série de pays en Europe au profit de l'U.R.S.S., puis la victoire de la révolution chinoisé et, en général, l'essor de la révolution coloniale de par le monde ont fondamentalement changé la situation, et particulièrement le rapport des forces global entre la révolution prolétarienne et le capitalisme.

De mêm : s'est trouvée changée-la situation à l'intérieur du mouvement ouvrier. Les bases antérieures du réformisme et du stali nisme deviennent de plus en plus restreintes et la dynamique de la nouvelle situation travaille à leur disparition complète. Au lendemain de la victoire de la Révolution chinoise en particulier, depuis 1950 pour fixer une date, nous sommes entrés dans la phase d'une nouvelle montée, irréversible et irrésistible du mouvement révolutionnaire dans le monde. la plus extraordinaire depuis la naissance du capitalisme et, selon toute probabilité, li phase finale de celui-ci.

Elle s'étendra sur dis années. Même guerre générale, c'est-à-dire la riposte armée de l'impárialisme à une échelle beaucoup plus générale qu'il ne le fait actuellement, ne signifiera pas un coup d'arrêt à cette marche impétueuse de la révolution. Au contraire, elle marquera plutôt le paroxysme de la lutte et en précipitera l'issue.

Dans cette nouvelle phase de montée de la révolution qui a récemment commencé, les trotskystes partent de positions numériquement restreintes mais idéologiquement infiniment plus solides que par le passé. lls n'ont pas assisté du dehors à l'histoire de ces trente dernières années, en exégètes et commentateurs intelligents des événements, mais y ont pris part en combattants et ils ont eux-mêmes subi les effets de la dialectique de l'ac tion politique systématique et vivante. lis ont müri dans l'action et s'y sont liés d'une manière plus profonde au mouvement des masses dans chaque pays.

U A T R I E IN T

Leur déveluppement politique supérieur, a l'avant-gerde du mouvement révolutionnaire, se cristallise et se manifeste à l'étape actuelle par leur compréhension profonde et concrète du mouvement des masses dans chaque pays; des voles concrètes que la révolution - par tout à l'ordre du jour — est en train de parcourir et de la tactique à suivre pour

Vue historiquement, la lutte du mouvement trotskyste prise dans son ensemble fut et continue à être la lutte de la tendance marxiste révolutionnaire contre l'opportunisme réformiste ou centriste et le sectarisme au sein du mouvement ouvrier international.

Mais étant lui-même partie intégrante du mouvement de la classe, le trotskysme se développe historiquement en lutte constante dans son propre sein contre ces mêmes déviations congénitales du mol rement ouvrier. Sectarisme et opportunisme représentant deux formes extrêmes de la déviation de la pensée et de l'activité politiques au sein du mouvement ouvrier y compris de son avant-garde révolu tionnaire. Le sectarisme signifie au fond la résistance, sous de multiples formes et prétextes, à fusionner intimement dans l'action avec le mouvement de la classe, à abolir toute barrière dans l'action entre l'avant-garde et la classe, à ne se considérer que représentan « dans le présent du mouvement l'avenir du mouvement » (Marx). L'opportunisme est par contre la négation dans l'action des masses (ou sous prétexte d'une telle action) du caractère idéologiq te, théorique et politique nécessairement distinct de l'avait-garde par rapport au reste de la classe, la négation de la nécessité d'une politique scrupuleusement principielle et conséquente de l'avant-garde. aboutit en réalité à l'adaptation du programme et de la politique de l'avant-garde au niveau de conscience des masses, au lieu de partir des conditions objectives et des besoins que ces conditions déterminent dans les mas ses.

Le marxisme révolutionnaire en tant que doctrine révolutionnaire guidant l'activité spon fanée du prolétariat vers le renve sement du capitalisme et la construction du socialisme s'est distingué, dès le début, de toutes les autres tendances du mouvement ouvrier, précisément par le fait qu'il combine la fusion dans l'action avec la classe, avec la plus stricte délimination idéologique par rapport à tous les autres courants et la poursuite systématique d'une politique principielle et conséquente éduquant la classe et seule capable de lui assurer à la longue la confiance sclide de celle-ci.

Notre mouvement a une longue expérience dans la lutte auss bien contre le sectarisme que contre l'opportunisme. Il a constamment combattu le premier dans ses tropres rangs sous toutes ses manifestations, dont les prin

R NATIONA L E cuvrer à la construction de la nouvelle direction marxiste révolutionnaire des masses.

Le troisième Congrès Mondial de la IV° Internationale, tenu en 1951, fut la première étape d'une telle prise de conscience par un grand nombre de cadres et de militants du mouvement trotskyste international.

Le IV° Congrès Mondial tenu récemment précise davantage et parachève ce processuscipales furent incontestablement l'incompréhension d'un fravail entriste au sein des organisations de masse réformistes ou centristes, la résistance à un tel travail, et la négation du caractère ouvrier de l'U.R.S.S. et du sta linisme. Il a combattu non moins vigoureusement l'opportunisme à l'extérieur et à l'inté rieur de ses rangs, sous ses formes réformistes, centriste, centriste de gauche ou centriste bureaucratique (stalinisme).

La lutte contre le centrisme a occupé una importante place dans notre mouvement au cours de la période 1934-1938 qui a suivi le triomphe du fascisme en Allemagne. Sous la pression de ce danger et de la crise de la démocratie bourgeoise qui s'ensuivit dans toute l'Europe en général, des tendances centristes commencèrent à se développer au sein des organisations de masse, particulièrement au sein de la social-démocratie. Le réformisme était en train de changer en centrisme, expli quait Léon Trotsky: ce phénomène est courant dans toute période de fermentation du mouvement ouvrier.

L'apparition de courants centristes évoluant à gauche est naturellement un phénomène progressif. A condition cependant que la ten. dance marxiste révolutionnaire sache expliquer aux masses et aux militants la différence principielle qui existe entre elle et tous ler autres courants et soumette le centrisme à une critique constructive certes, mais cependant ferme et claire à chaque étape de l'évolution.

C'est exactement l'attitude contraire à celle qu'adoptent les directions et les éléments centristes. Sous prétexte de ne pas « effrayer » les masses en évolution et d'éviter le « sectarisme », le centrisme s'adapte au niveau de conscience des masses, exalte la spontanéité du mouvement, méprise la théorie, et reste prisonnier de toutes leu tares et autres limitations d'ordre petit bourgeois et national du mouvement des masses (1).

Dans les années 1934-1938 la principale lufte que les trotskystes menèrent contre le

(1) e Dans le domaine de la théorle, le soustrait autant que possible aux obligations centrisme est imprécis et éclectique il se théoriques et est enelin a donner la préterence (en paroles) à « la pratique révolutionnaire » sur la theorie, sans comprendre que senle in théorie marriste est capable de donner à la pratique une direction révolutionnaire.

* Le centrisme n'aime pas qu'on l'appelle sur de ses positions et de ses méthodes constpar son nom. Le centriste n'est jamais

LA LUTTE CONTRE LE SECTARISME ET L'OPPORTUNISME

LA LUTTE CONTRE LE SECTARISME ET L'OPPORTUNISME

ONALE centrisme de gauche — y compris dans leurs propres rangs — porta sur la question de l'Internationale.

Matorse lA

Sur l'arène internationale le centriste se défendre un tel programme est une justification historique suffisante pour l'existence d'un Parti mondial, « Comment la nouvelle forme, écrivait Trotsky à des arguments que encore aujourd'hui (4), pes elle passera, quelle d'une Internationale. Internationale prendra répondant par avance certains découvrent à travers quelles étaforme définitive elle revêtira, tout cela, personne ne peut le prédire aujourd'hui: et en réalité il n'est pas besoin de le faire, les événements historiques s'en chargeront. Mais il est nécessaire de commencer par proclamer un programme ce commencer par proclamer un programme qui correspond aux tâches de l'époque. Sur la base de ce programme il est nécessaire de mobiliser ceux qui pensent de même, les pionniers de la nouvelle Internationale. Aucune autre voie n'est possible.

« Le Manifeste communiste de Marx et d'Engels s'adressant directement contre toutes les formes du socialiime sectaire utopique soulignait que les communistes ne s'opposent pas aux réeis mouvements de masse mais y participent en tant qu'avant-garde. En même temps le Manifeste était le programme d'un nouveau Parti, national et international.

« Le sectaire se contente d'un programme comme recette de salut, Le centriste s'oriente suivant la formile fameuse (essentiellement insignifiante) d'Edouard Bernstein * le mouvement est tout, le but final rien ».

« Le marxista dégage son programme scientifique du mouvement dans son ensemble, afin d'appliquer ce programme à chaque étape concrète du mouvement ». encore imprévisible pour ce qui est du rythme et des formes précises qu'elle revêtira, pendant la période de cette nouvelle montée révolutionnaire récemment commencée.

Idéologiquement la IV° Internationale représente le programne et la politique du marxisme révolutionnaire vivant, c'est-à-dire appliqué aux besoins et aux tâches de l'époque. Organisationnellement elle représente la tendance marxiste révolutionnaire internationale qui défend ce programme au sein du mouvement des masses.

Dans les ncuvelles conditions objectives favorables d'essor du mouvement des masses, d'autres forces vont inévitablement surgir et s'élever au niveau de conscience marxiste révolutionnaire. Le but du travail des trotskystes au sein du mouvement des masses, tel qu il existe actuellement dans chaque pays, est d'aider, d'accélérer ce processus, et de fusionner organisationnellement avec ces forces pour former une nouvelle direction marxiste révolutionnaire de masse nationalement et internafionalement.

Sous quelle forme et à quel moment précis ceci se produira, nous l'ignorons, Nous considérons même que c'est là un faux problème, car seuls les événements historiques sauront donner une réponse à des étapes ultérieures.

distingue sinon par sa

Trotsky (2), du moins comprend pas qu'on ne révolutionnaire national que comme partie du cécité, écrivait Léon par sa myopie: il ne peut édifier un parti à l'époque actuelle parti international. »

Contre l'idée d'une nouvelle Internationale et contre le mouvement pour cette IV Internationale qui étaient alors propulsés par les trotskystes, les divers centristes de gauche mettaient en avant les mêmes certains avaient avancés à la de la III° Internationale à son tutif (3): incompréhension d sité par les larges masses, f rique extrême des noyaux et de procéder par la création arguments que création même Congrès constie cette néces aiblesse numécadres, besoin préalable de quelques partis nationaux de masse avant de passer à la construction de l'Internatio. nale, etc.

Nous avons alors, avec Léon Trotsky à nofre tête, répondu à tous ces « arguments » par la thèse fondamentale du marxisme révolutionnaire en cette matière: il faut com mencer par la qualité marxiste, le programme mencer qui correspond aux tâches et besoins de l'époque, pour la transformer ensuite en quantité de masse.

Un tel programme, celui du marxisme révolutionnaire, n'existait plus. Il avait été trahi et foulé aux pieds aussi bien par la socialdémocratie que par le stalinisme. Formuler et

Aujourd'hui encore nous n'avons rien à changer à ce raisonnement. La nécessité d'un programme marxiste• révolutionnaire, face au réformisme et au stalinisme, n'est pas moins criante qu'avant la guerre. La justification d'un Parti mondial, groupant internationalement les défenseurs d'un tel programme, la justification d'une Internationale en est d'autre part une conséquence directe.

Quant à la transformation de la qualité marxiste qu'est avant tout le programme, et l'Internationale encore à l'étape actuelle, c'esi une question qui trouvera sa solution concrète, dère avec haine le principe révolutionnaire: exprimer ce qui est ; il est enclin a substituer à la politique principielle les combinalsons personnelles et la petite diplomatie organisationnelle... Il n'est pas rare que le centriste cache son caractère hybride en évoquant le danger du a sectarisme ». et par sectarisme Il entend non pas une passivité de propagande abstraite (a la maniere des berdiguistes) mais le souci actif d'avoir une pureté principielle, la clarté dans les positions, un esprit de conséquence dans la polftique, une netteté dans l'organisation » (Centrisme et TVo Internationale, La Vérité, P mars 1934).

2) * Centrisme et IVe internitionale La Vérité, 2 mars 1936.

(3) Discours d'Eberlein, délégué du Spartakusbund, au ter congres de PT.C.

(4) * Sectarisme, centrisme et IVe Internatonale. octobre 1935. 38

LA NOUVELLE DIRECTION MARXISTE REVOLUTIONNAIRE DE MASSE

LA NOUVELLE DIRECTION MARXISTE REVOLUTIONNAIRE DE MASSE

La règle fondamentale de notre action d'aujourd'hui est la suivante : il faut de toute manière combiner internationalement la défense du programme et de la politique marxiste révolutionnaire avec un travail dans chaque pays au sein des organisations et des mouvements dans lesquels est canalisé le mouvement politique majoritaire de la classe, à quelque niveau qu'il soit, Il nous suffit de savoir que-les forces principales — avec les quelles nous fusionnerons demain pour créer avec elles les nouvelles directions marxistes révolutionnaires de masse - sortiront dans toute une série de pays et de toute manière des organisations et mouvements de masse actuels, réformistes ou staliniens.

Ces forces arriveront à la conscience marxiste révolutionnaire à la fois par le travail au sein de leurs organisations et mouvements et par l'attraction qu'exercera sur elles, à un certain moment de leur évolution, la défense ouverte du programme et de la politique marxiste révolutionnaire intégrale dans les organes théoriques et autres expressions et manifestations de la IV° Internationale.

Le travail entriste proprement dit des trotskystes au sein des organisations de masse a pour but d'accélérer la création et le muris sement de tendances centristes : évoluant à gauche. Par sa nature même il est limité à ce niveau. Mais la conquête au marxisme révolutionnaire des cadres de ces tendances centristes de gauche serait impossible si le programme et la politique ne se trouvaieni nulle part ouvertement exprimés et incarnés.

D'autre part, en l'absence de telles conditions, le risque est grand de voir les éléments marxistes révolufionnaires travaillant dans des milieux de masse glisser eux-mêmes sur des positions centristes et perdre peu à peu leur capacité de gagner des forces nouvelles au marxisme révolutionnaire.

Seule l'existence de l'internationale, en dehors des forces engagées dans le travail entriste, peut assurer la combinaison de tâches qui sont en apparence seulement contradic toires : faire vivre ef défendre le programme et la politique intégrale du marxisme révolutionnaire, travailler dans chaque pays au sein du mouvement réel des masses, en partant

L'AVENIR DU

Les forces de la révolution commencent à jaillir de toute part du corps en putréfaction du capitalisme et en précipitent la décomposition complète. Toutes les forces de réaction et de conservatisme, même celles qui se trouvent à l'intérieur du mouvement ouvriers sont à leur tour en recul. Le stalinisme, c'està-dire le règne de la bureaucratie soviétique en U.R.S.S. et son emprise sur une partie du mouvement ouvrier international, n'échappe pas à cette règle.

TERNATIONALE et en tenant constamment compte de son niveau.

La question de la forme organisationnelle concrète des nouveaux Partis de masse et de l'Internationale de masse ne se posera qu'à des étapes ultérieures, à partir de l'élévation plus ou moins complète de forces importantes nouvelles - cadres enracinés dans la classe entrainant derrière eux de véritables courants de masse — au niveau du programme et de la politique marxiste révolutionnaire.

Mais d'ici là l'existence indépendante de la IV° Internationale, c'est-à-dire de la seule tendance marxiste révolutionnaire internationale à l'heure actuelle non seulement peut gêner ce processus, mais est au contraire sa condition préalable indispensable.

Le progrès immense réalisé par les trotskystes par rapport au niveau de conscience ef d'intégration dans la classe de l'avant-guerre, se manifeste actuellement précisément par la compréhension profonde du sens d'une telle perspective.

Le IV* Congrès Mondial en a été une démonstration éclatante. Ses travaux qui ont permis d'approfondir notre connaissance du mouvement réel des masses dans toute une catégorie de pays, comme ceux de l'Amérique latine, de préciser davantage notre tactique pour y pénétrer, d'améliorer notre travail au sein d'organisations de masse réformistes ou staliniennes, ont d'autre part éclairé pour la première fois d'une manière puissante le sens et les perspectives de l'ensemble de ce travail, le sens et les perspectives de l'Internationale.

Le principe vital de tout mouvement poli tique est d'être persuadé de sa nécessité historique, de l'importance historique de son action, il est de lutter idéologiquement pour s'affirmer en tant que tel contre tous les autres courants. C'est à cette condition seulement qu'il exercera une attraction sur des forces nouvelles et les polarisera autour de son programme. Un mouvement politique qui efface son programme, qui nie son importance dans le présent pour, paraît-il, la retrouver seulement plus tard et l'affirmer à une étape ultérieure, qui charge soit le mouvement spontané des masses soit d'autres directions d'accomplir entre temps l'essentiel, est en réalité déja prêt à disparaître de la scène historique. TROTSKYSME

Une nouvelle ère est ouverte, celle de l'affermissement de la révolution socialiste mondiale. Elle entraînera inévitablement, malgré un décalage explicable, un renouveau de la conscience et de la pensée marxistes révolutionnaires. C'est dans cette perspective que s'inscrit l'inévitabilité de l'affermissement et du triomphe de la tendance marxiste révolutionnaire, de son programme, actuellement représentée exclusivement par les forces organisées au sein de la IV Internationale.

Entre la ('° Internationale créée il y a déja 90 ans et la II|° Internationale qui a repris l'enseignement et la pratique révolutionnaires de Marx s'est étalée une longue période de déformation opportuniste de cette œuvre. Cependant la II|° Internationale de Lénine et Trotsky a renoué avec la tradition du marxisme révolutionnaire et s'est affirmée sa continuatrice et son application vivante dans les conditions concrètes d'une nouvelle époque. même, demain, la nouvelle direction marxiste révolutionnaire de masses reconnaîtra dans le trotskysme le continuateur authentique du marxisme révolutionnaire pendant la période dominée par le stalinisme et le réformisme.

Dans l'histoire du mouvement ouvrier, il y a continuité de la tendance marxiste révolutionnaire, indépendamment de ses rapports avec le i mouvement de masse, rapports qui dépendent des conditions objectives plus ou moins favorables à une fusion intime dans l'action de l'avant-garde et de la classe. Seuls de piètres théoriciens, des centristes, peuvent imaginer que la nouvelle et si formidable montée révolutionnaire qui commence puisse s'amplifier sans que la tendance marxiste révolutionnaire — la conscience du mouvement - se manifeste ouvertement et s'a affirme.

Seuls des éléments impressionnistes et, en réalité, au fond déjà démoralisés sous le poids encore en apparence écrasant du stalinisme et du réformisme dans le mouvement ouvrier de plusieurs pays, peuvent imaginer que la révolution socialiste mondiale va s'accomplir sous de telles directions et se passer d'une nouvelle direction marxiste révolutionnaire. Victimes d'une appréciation phénomé nologique, ils sont incapables de saisir l'es- sence de la réalité et ses te fondes et déterminantes.

La trajectoire historique de socialiste mondiale se précis aujourd'hui plus clairement que Elle passe des pays coloniaux et aux pays capitalistes européens ndances pro lal révolution cependant par le passésemi-coloniaux pour se terminer selon toute probabilité dans la lutte et la victoire sur les Etats-Unis, forteresse suprême de l'impérialisme.

La victoire dans les pays coloniaux et semi coloniaux, comme en Chine, en Corée, au Vietnam, et même en Yougoslavie, obtenue par des partis staliniens à direction encore opportuniste, fut la conséquence de conditions objectives exceptionnellement favorables : conjoncture de guerre, décomposition avancée des classes possédantes, très puissants mouvements révolutionnaires des masses,

En Europe, la victoire sur des bourgeoisies bien plus solides et plus capables ne pourra être que le fruit de partis révolutionnaires et de directions beaucoup plus proches du programme et de la politique du marxisme révolutionnaire. Ceci est naturellement encore pius valable en ce qui concerne la révolution amé ricaine.

Mais indépendamment même de cette consi dération qui envisage le processus de la révolution cloisonné nationalement, la victoire de la révolution mondiale est en réalité un processus unique au sein duquel fusionnent en interaction constante les luttes et les vicfoires nationales. En s'amplifiant, il nécessite et comporte une élévation de la pensée ef de la qualité de la direction, il donne lieu à des changements qualitatifs qui se rapprochent de l'affirmation et de la victoire de la tendance marxiste révolutionnaire, de son programme et de sa politique.

Il serait tout simplement inconcevable et même ridicule de penser que la victoire mon diale de la révolution socialiste s'acquière au prix de la complète disparition de la ten dance marxiste révolutionnaire.

D'autre part, dans le processus de la révo. lution socialiste mondiale, il faut désormais inclure la révolution politique en U.R.S.S. ef dans les autres Etats ouvriers dominés par la bureaucratie soviétique.

Ces deux processus avancent ensemble en interaction dialectique constante.

Dans ce cadre, le champ d'action, d'affir mation et de triomphe de la tendance marxiste révolutionnaire est multiple et im mense : en U.R.S.S. et dans les autres Etats ouvriers où la montée révolutionnaire s'exprimera nécessairement par un renouveau de la tendance marxiste révolutionnaire qui se reconnaîtra dans le trotskysme; en Allemagne, en Angleterre, au Japon, aux Indes, à Ceylan, dans toute l'Amérique latine, au Canada, en Australie, aux Etats-Unis ; en France et en Italie même où la victoire des Partis communistes est inconcevable sans une rupture de fait de leur politique avec celle qui est déterminée actuellement par le noyau de leur direction inféodé au Kremlin et sans des changements qualitatifs. Tout ceci pour ne mentionner que quelques-uns des pays les plus importants où les échéances historiques feront bientôt sonner la révolution à leur porte.

Tel est le champ immense dans lequel se forge l'avenir de la tendance marxiste révo lutionnaire, du trotskysme, de la IV" Internationale.

Le IV° Congrès Mondial a bien saisi cefte dynamique de la situation, ce sens profond de son évolution et cette perspective, en choisissant comme idée centrale de ses travaux cette phrase qui décorait sa tribune : « La victoire de la Révolution Mondiale nécessite et comporte Taffirmation et le triomphe de la IV: Internationale ».

20 juillet 1954.

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