Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 12, n° 1-2

Quelques problèmes théoriques à propos de l'affaire Djilas

Pierre Frank · Quatrième Internationale, vol. 12, n° 1-2 · janvier-février 1954 · p. 25-29 · 3 884 mots

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L'aspect politique de l'affaire Djilas est examiné dans une note éditoriale de ce numéro. Mais Djilas, jusqu'à la veille de son renvoi à la base, était le principal théoricien du P.C. yougoslave (aujourd'hui Ligue des communistes yougoslaves). Nous ne disposons encore que d'un bref résumé du rapport de Kardeli et de a un bret resume du rappor de hardel et de l'intervention de Tito à la session du C.C. qui a condamné les opinions de Djilas (1). Le rapport de Kardelj contient une critique des idées de D¡ilas dans laquelle il reproche fort justement à Djilas de n'être pas parti d'une analyse des forces de classe: mais ce rapport adopte une partie essentielle des idées théoriques de Djilas et par suite, la discussion passe à côté des vrais problèmes. Il n'est donc peut-être pas inutile de dire quelques mots sur ces idées que Djilas a avancées.

Cales-ci n'ont été qu'en partie développéer dans les articles condamnés par le C.C. Elles sont plus largement exposées dans de nombreux autres articles. Ces articles n'ont probablement pas beaucoup inquiété les membres du P.C. yougoslave parce qu'ils n'apporfaient pas les conclusions politiques publiées: dans Borba, mais ils sont au moins aussi révélateurs du désarroi idéologique de ce « théoricien » que les articles de Borba.

Dans un article écrit sur la mort de Staline et intitulé « Les fins qui préludent » (2), on trouve de nombreuses observations et remarques justes sur la situation en U.R.S.S., l'iné. vitabilité d'une crise du régime bureaucratique de concessions aux masses, etc. :

« Que Malenkov ait si bruyamment pris parti pour le système de direction collective, qu'il destitue et refoule ceux qui pourraient aspirer à la dictature personnelle — cela signifie... que le régime de la dictature personnelle du système bureaucratique de |'U.R.S.S. se trouve dans une impasse (p. 80).

L'Union soviétique s'est déjà engagée, à l'in-

(1). Les Nouvelles Yougoslaves, 23 janvier 1954.

(2) Questions actuelles du socialisme, numéro de juillet-octobre 1953.

térieur comme à l'extérieur, dans de tels repports que ses bases (la propriété sociale) ne peuvent être conservées et développées que si l'on modifie sa superstructure (p. 82).

Les gouvernements tombent en Europe orientale comme des poires mûres, on confesse partout les fautes et maudit ce qu'on a tout cela produit u que, probablement, encourage les mass

Les accusations pc dans leur contenu et les mêmes que celles contre les trotskystes contre Slansky, Rajk, les erreurs commises. on adoré hier encore. Mais n effet contraire à celui on a voulu obtenir, cela es, réveille chez elles le irtées contre Beria sont, dans leur style, presque portées il y a quinze ans ou les boukharinistes, ou etc... Le style des accusations portées contre Beria est aussi un reste de la routine stalinienne. C'est d'ailleurs le seul langage venant de la « direction collective » que le public bureaucratique puisse comprendre, auquel il soit habitué. Ce côté purement extérieur a pu induire en erreur certains publicistes occidentaux et même certaines personnes chez nous, et leur faire interprèter la chute de Beria comme analogue aux chutes des adversaires de Staline. Or, c'est le contraire qui est vrai: ce que Staline a fait, il l'a fait au moment de la montée du bureaucratisme: ef Malenkov au moment de sa décadence... (p. 89).

Malenkov espère remédier à tout cela [la mauvaise qualité des produits, l'existence d'un nombre énorme d'entreprises non-rentabiles...] par le perfectionnement de l'organisation et de l'appareil, par une vigilance et des responsabilités accrues, etc. Or le vrai problème c'est le problème de la gestion bureaucratique.

sentiment que le système n'est pas éternel, qu'il change et qu'il doit changer... Le processus démocratique doit commencer, sinon autrement, alors sous une forme bureaucratique, un travesti bureaucratique... Les masses travailleuses de l'Europe orientale (de l'Allemagne, de la Tchécoslovaquie, etc., et à leur manière de la mère Russie) ont marqué de leur sang le début de la fin du régime bureaucratique stalinien (p. 86)sentiment que le système n'est pas éternel, qu'il change et qu'il doit changer... Le processus démocratique doit commencer, sinon autrement, alors sous une forme bureaucratique, un travesti bureaucratique... Les masses travailleuses de l'Europe orientale (de l'Allemagne, de la Tchécoslovaquie, etc., et à leur manière de la mère Russie) ont marqué de leur sang le début de la fin du régime bureaucratique stalinien (p. 86)-

QUATRIEMDIN Il peut bien mettre en prison quelques dizaines, quelques centaines de milliers de personnes, peut-être même un petit million (et encore ! aujourd'hui ce n'est plus aussi facile !) mais il ne peut résoudre la crise sans établir vraiment la gestion ouvrière: (p. 96).»

Mais l'article de Djilas n'a pas pour thème essentiel les phénomènes qui se produisent en U.R.S.S, au lendemain de la mort de Staline. D'autres que les Yougoslaves, dit-il, peuvent s'orienter assez correctement en la matière : mais ils le font de manière pragmatique, tandis que seuls les Yougoslaves - entendez par là Djiles lui-même - peuvent aller au fond des choses, car eux seuls ont une méthode objective, eux seuls sont « sur des positions socialistes fermes, inébranlables et réelles » (p. 40). C'est donc la méthode de Djilas, ses théories aui sont importantes dans cet article, bien plus que ses remarques sur l'évolution de la société soviétique:

En vérité, il est difficile de dire quelle est exactement la méthode de Djilas, quels sont les fondements de ses analyses. Ne déclare-t-il pas :

« Je ne songe pas à me défendre d'être devenu un hérétique de la dialectique (22 décembre) •

Toutes les théories qui avaient cours chez nous jusqu'a maintenant, esthétiques, philosophiques et éthiques, ainsi que politiques, économiques et sociales — et ces trois dernières tout particulièrement - seront ébranlées et le sont déjà par les changements sociaux actuels, et cela en tout, sauf dans leurs fondements. Resteront seulement en vigueur les prémisses matérialistes de base de Marx, du marxisme, et les révélations matérialistes. (4 janvier). »

Après de telles affirmations qui, pratiquement, nient tout, la seule chose positive qu'on peut relever chez lui, c'est que les Yougoslaves ont une méthode parce qu'ils se trouvent « sur les positions du socialisme et de la dé. mocratie en tant qu'un seul et unique concept et processus » (p. 40). C'est une affirmation qui mérite d'être vue de plus près.

Qu'est-ce que le « socialisme » ? Pour les marxistes, le socialisme peut être considéré comme un processus commençant avec l'organisation de la lutte consciente contre le capitalisme. Le terme « socialisme » a été également employé dans un sens particulier, par exemple quand on dit que le socialisme a triomphé en Russie, en octobre 1917. C'est en exploitant une telle utilisation de ce mot par

Lénine que les staliniens ont prétendu qu'il s'était prononcé en faveur du « socialisme dans un seul pays ». Mais d'une façon plus précise, le socialisme est défini comme l'aboutissant de la lutte de classe à une société sans classe, au moyen d'une révolution sociale et du passage par une société de transition sous 26

TERNATIONALE la dictature du prolétariat (3). Cette notion a été complètement obscurcie par Staline qui a qualifié de e socialisme → achevé prêt à passer à l'étape du « communisme » une société aux moyens de production et d'échange collectivisés mais où le développement des forces productives était encore loin de pou-" voir satisfaire de nombreux besoins élémenfaires de la population, où les différences sociales étaient considérables et choquantes, où l'Etat exerçait une contrainte presque sans précédent sur la société.

Djilas a renié Staline, mais pas la conception de celui-ci sur le socialisme. En Yougoslavie, nous apprend-il, « la réalité socialiste existe et se développe » (27 décembre). Ce n'est vraiment pas calomnier la Yougoslavie que de dire que, le niveau des forces productives y est encore très bas, beaucoup plus bas qu'en U.R.S.S., qu'il est encore loin de pouvoir satisfaire les besoins les plus élémentaires des masses. C'est une réalité provenant avant tout de lhéritage de l'ancien régime. La société yougoslave est moins stratifiée que la société soviétique; il y a aussi des différences de régime politique avec l'U.R.S.S. Mais cela n'empêche pas qu'en Yougoslavie comme en U.R.S.S. il y a non une « société socialiste ». mais un régime de transition. Djilas voyait en Yougoslavie un régime socialiste qui n'avait plus rien à craindre du capitalisme: heureusement les membres de son propre parti n'ont pas partagé une telle aberration.

Qu'est-ce que la a démocratie » ? Pour les marxistes, la démocratie, en tant que régime politique, est une forme dont il faut définir le contenu de classe. Il y a la démocratie bourgeoise dont le type le plus stable est fourni par la Grande-Bretagne. Il y a aussi la démocratie socialiste, c'est-à-dire un régime basé sur la propriété collectivisée dans lequel les masses travailleuses assurent démocratiquement la gestion de l'Etat et de l'économie. En ce qui concerne la Yougoslavie, il est incontestable que les masses ont plus de liberté qu'en U.R.S.S., mais nous avons quelques doutes quant à la très grande extension de la démocratie, à une extension qui irait — disons — à l'encontre de la politique décidée par les dirigeants actuels. Djilas nous apprend que :

-« Une partie — et non la moindre — des membres du parti... dans la question de la fourniture des armes par l'Occident par son conservatisme idéologique cominformiste (sic !) retarda la solution de cette question... (4 janvier). »

Nous n'avons pas connaissance qu'il y a eu liberté de discussion dans le P.C.Y. ou dans le pays sur la question des rapports avec l'Occident, du soutien de l'O.N.U. contre le peuple coréen et la Chine populaire. La « démocra-

(3) La réalité a montré que cette société de transition pouvait subir des régressions profondes et comporter des deformations importantes par rapport aux normes établies par Marx.

U. A TRIEMEINI fie » en Yougoslavie consiste à permettre au communiste de s'exprimer assez librement jusqu'à un certain point, mais non à s'organiser en tendance ou courant pour défendre ses positions et éventuellement les faire triompher contre celles de la très haute direction.

En tout cas, d'un point de vue marxiste, on ne peut à aucun titre identifier « socialisme » et « démocratie » comme un e seul et unique concept et processus ». On doit même ajouter que la « démocratie », forme politique, doit dépérir au fur et à mesure que le « socialisme », société sans classe, sera réalisé.

Dillas s'avère être un brouillon, sans points de repère, sans critères fondamentaux, jonglant avec des notions mal définies à la place d'une analyse reposant sur les notions de classe. Toutefois, il a quand même une certaine logique dans ses pensées : celle-ci peut se formuler ainsi. Le capitalisme est dépassé même dans les pays occidentaux :

« Bien que la propriété capitaliste domine formellement dans les pays occidentaux, elle n'est plus le spiritus movens ...des rapports sociaux.. elle s'y transforme de plus en plus en fiction (p. 45). »

Nous avons affaire à une nouvelle société, à savoir :

« Un capitalisme d'Etat qui n'est en réalité que la phase finale du capitalisme et la phase primaire et initiale du socialisme (en U.R.S.S. et dans certains autres pays aussi) (p. 30) ».

Ici interviennent des rapports vaguement formulés entre ce « capitalisme d'Etat », le capitalisme et le « bureaucratisme » :

« Le bureaucratisme en tant qu'expression du passage du capitalisme au capitalisme d'Etat. ou autrement dit, en tant qu'expression du dépérissement du capitalisme et de la naissance d'autres formes... de transition vers le socialisme (p. 43)-

Le bureaucratisme maintient et conserve le capitalisme qu'il nie (p. 43).

Le bureaucratisme s'efforce de conserver par des mesures de capitalisme d'Etat, sinon la propriété (les monopoles) du moins les rapports capitalistes en tant que tels (p. 44).

L'essence du bureaucratisme contemporain et de l'étape contemporaine du capitalisme (lequel en réalité cesse d'être capitalisme, mais n'est pas encore socialisme...) (p. 45). »

De ces déclarations floues, il ressort par contre clairement que Djilas a supprimé toute solution de continuité entre le capitalisme, le capitalisme d'Etat, le socialisme. Rien n'est défini en termes de classe, de rapports de production, de processus historique. Quelles différences y a-t-il entre eux ? Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Quelles forces sociales inferviennent ? De quelle façon ? En fait, Djilas s'exprime ainsi parce qu'il a jeté par-dessus bord le développement dialectique de la société par la lutte des classes. Il ne voit plus qu'un processus absolument indéfini et il en vient même à dire que les « buts lointains sont problématiques », autrement dit le socialisme

- pas celui qui est a réalisé → en Yougoslo-

ERNATIONALE vie, mais la société sans classe — est problématique. Dillas n'a probablement pas remarqué que toute sa pensée en cette matière avait déjà été exprimée dans le mouvement ouvrier il y a plus de cinquante ans. Car Bernstein au début de ce siècle rejetait aussi la dialectique, réduisaif le but socialiste zéro et ramenait toute l'histoire contemporaine à un mouvement. à un processus organique allant du capitalisme au socialisme. Bernstein avait sous les yeux un capitalisme ascendant, non un capitalisme en déclin aux prises avec des mouvements révolutionnaires et des sociétés de transition pleines de tares bureaucratiques; il cherchait à justifier théoriquement une politique réformiste pour tout le mouvement ouvrier de son époque. Djilas est animé par le besoin d'une justification théorique à la position en porte-à-faux du gouvernement yougoslave, l'alliance d'un gouvernement d'un Etat ouvrier avec la coalition capitaliste mondiale contre le bloc des autres Etats ouvriers. Dans un cas comme dans l'autre, la « théorie » ne gagne pas à être au service d'une politique opportuniste.

La confusion de Djilas sur le bureaucratisme ne connaît pas de limites, car pour lui le parti révolutionnaire même en est imbu, ou plutôt. on ne sait pas s'il n'assimile pas le parti révolutionnaire à la bureaucratie:

« (La bureaucratie) ...cet instrument nécessaire à la lutte sociale contre le capitalisme et la classe capitaliste qu'elle a été au début de la révolution lorsqu'elle ne fut pas seulement un despote mais aussi, et beaucoup plus, un organisme de la lutte révolutionnaire des masses (p. 51). »

A vrai dire Djilas oublie que la bureaucratie est une couche sociale, dont il faut définir, dans chaque cas, son origine sociale, sa place dans la société, son pouvoir politique, etc... D'ailleurs, quand il aborde par endroits la réalité de cette façon, il écrit des choses sensées sur la bureaucratie :

« Ce régime (de Staline) ..qui a pris naissance sur le sol du socialisme au cours d'une lutte qui fut menée pour le socialisme dans un pays peu évolué et au cours d'une révolution évoluée après le renversement du régime capitaliste et l'abolition de la propriété capitaliste (p. 30).

La seule efficace est la critique socialiste qui traite le système soviétique comme le régime d'une bureaucratie qui s'est imposée à la société et aux forces productives par suite des conditions objectives spécifiques dans lesquelles la Russie s'est trouvée après la Révolution d'Octobre, et aussi par suite des tendances objectives générales de la période de transition du capitalisme au socialisme. C'est-àdire, que seule est efficace une critique qui considère que la bureaucratie contemporaine est une caste, un pur parasite. Cela signifie en même temps que cette bureaucratie est instable, éphémère, e* cela non point comme le furent les classes au rours de l'histoire, mais comme une survivance des luttes de classe ef des rapports de classe... Ella n'a pas de fonc- tion économique naturelle — c'est-à-dire, l'économie peut se passer d'elle (p. 54). »

Mais si la bureaucratie est une caste sans justification historique dans la production, il est clair que la société soviétique est seulement atteinte d'une maladie - une hypercroissance de la bureaucratie -; que ses bases — ses rapports de production — sont celles d'une société socialiste : que cette maladie s'explique pan des causes spécifiques, et qu'il est impossible d'introduire sérieusement la notion du a capitalisme d'Etat » (que les marxistes ont employée d'une façon très précise) pour défi-

« Trotsky était un révolutionnaire conservateur, un révolutionnaire qui, d'une façon toute dogmatique, restait dans une période de poussée du bureaucratisme sur des positions d'une fidélité fictive à la tradition d'Octobre et aux formes révolutionnaires. Il est resté là d'où Staline est parti, c'est-à-dire qu'il s'est cramponné à Octobre, à son programme, à ses formes de vie et de pouvoir... Staline fut le créateur de quelque chose de nouveau, du bureaucratisme qui poussait, avec une force élémentaire, sur les décombres du capitalisme et du féodalisme, tandis que Trotsky tournait autour des formes et des mots d'ordre révolutionnaires il est vrai, mais déjà périmés (p. 64). »

Au folid, son reproche essentiel aux trotskystes, c'est d'une part leur fidélité à la RévoI. tion d'Octobre, aux conceptions léninistes (au lieu de tout renier comme il le fait) ef d'autre part le fait qu'ils ont été battus par Staline (à la différence des Yougoslaves). Mais que fallait-il faire en U.R.S.S. en présence de la poussée bureaucratique qui avait, Djilas Tadmet, des bases objectives très fortes Tout à tait incidemment. dans une note de bas de page, Djilas fournit une indication un peu maigre :

« C'est alors [dans la période de lutte contre le capitalisme et ses vestiges sociaux] en réalité qu'on aurait dû résoudre le problème si compliqué d'un développement démocratique et socialiste (p. 74). >

Il ne semble jamais être venu à la penséo de Djilas que la lutte de Opposition de gauche, la lutte de Trotsky, c'était précisément la lutte pour orienter la société soviétique vers le socialisme en conservant la direction politique au prolétariat et en élargissant la démocratie ouvrière. Djilas n'a peut-être pas lu les brochures de Trotsky relatives à ces questions ni la plateforme de l'Opposition de gauche de 1927. Il y verrait que tout ce qu'il y a eu de valable dans les déclarations yougoslaves depuis 1948 avait déjà été dit et mieux dit par les cadres bolcheviks que Staline a exterminés.

Pourquoi ont-ils été vaincus, tandis que les Yougoslaves avec tant d'empirisme ont pu résister à Staline ? Essentiellement parce que l'Opposition de gauche a mené son combat dans une période de réaction internationale montante qui a favorisé, entre autre, a monfée de la réaction bureaucratique en U.R.S.S.. tandis que les Yougoslaves profitent dans une grande mesure de conditions internationales défavorables à la bureaucratie du Kremlin, fant en UR S.S. que dans le monde.

Djilas a été interrompu dans ses divagations théoriques par les communistes yougoslaves. La rupture avec le Kominform a ouvert pour eux une période dans laquelle ils doivent alaborer par eux-mêmes leur politique. Ce qui ne veut pas dire qu'ils l'élaborent en vase clos. L'exemple de Djilas montre qu'il n'y a pas de * socialisme dans un scul pays » aussi du roint de vue de la théorie marxiste: la presnir ene nouvelle forme

Djilas a été, à juste quement par les siens, poussé les idées qu'on de société (4).

titre, condamné politimais ils n'ont pas retrouve chez Djilas sur le e socialisme » la « démocratie » et le « capitalisme d'Etat ». Ces idées sont soit héritées du stalinisme, soit construites en réaction au stalinisme : I'U.R.S.S. n'étant pas le socialisme. selon les normes yougoslaves, il faut lui donner une étiquette, donc allons-y pour le « capitalisme d'Etat ».

Il y a encore autre chose que Djilas a conservé du stalinisme, c'est une hostilité fondamentale au trotskysme. Il n'est qua au moment où il prend une désinvolte envers le marxisme, il chement l'expression la plus marxisme à l'époque actuelle. rons les qualificatifs qui n'ont pas étonnant attitude aussi attaque farouachevée du Nous négligeaucune signification politique (Trotsky. mécontent communiste — mécontent de quoi ?) pour ne relever que ce qui est du domaine des idées.

Djilas condamne l'activité de Trotsky et des oppositionnels d'U.R.S.S. en ces termes :

( A tous ceux qul parlent avec un peu de légèreté de • capitalisme d'Etat →, nous

Lenine, en particulter conseillons de relire certains de ses derniers écrits: sur Timpor en nature, rapport au 11: Congrès du P.C. russe, rapport vu ye Congrès de l'internationale communiste.

En ce qui concerne les éléments de régimes économiques différents qui existaient à l'époque en Russie, il y distingue entre autres le capitalisme prive. le capitalisme d'etat, le socialisme. Il parle des capitalistes cultives qui acceptent le « capitalisme d'Etat ». qui sont capables de le mettre en œuvre contre e les capitalistes incultes qui n'entendent consentir auein compromis et continuent de saboter les dispositions du pouvoir des S0viets ». Ainsi le capitalisme d'Etat, cest. pour Lénine, le maintien de capitalistes privés dans l'Etat ouvrier.

Il parle aussi du e capitalisme d'Etat » en régime capitaliste, citant T'exemple de l'Allemagne (de 1918) ou se trouve, écrit-il, & le dernier mot » de la technique moderne de la grosse industrie capitaliste et d'une orgamsation méthodique subordonnée à l'impérialisme de la bourgeoisie et des hobereaux.

Cest-a-dire, l'Etat

C'est-à-dire, la mainmise des trusts. InOnopoles. sur capitaliste. notamment rans une période de guerre. Si Dinlas s'en était souvenu, il aurait évité d'écrire une sollise RuSSE enorme que celle-ci: s (Aux Btals-Unis)..les tendances despotiques des monopoles... se manifestent chez les républicains, et les tendances de capitaiisme d'Etat parmt les éléments du parti démocrate (p. 46).

U A TRIEME I N sinn du monde capitaliste s'est exercée sur leur principal « théoricien » qui est tombé dans une confusion dont la dominante était la rccial-démocratisme. Djilas renonce, paraît-il, à la vie publique après une telle faillite. Mais les communistes yougoslaves qui onf à diriger un Etat - pour éviter autant que possible les écueils, les dangers, la catastrophe — doivent disposer d'une base théorique ferme. Sans abandonner quoique ce soit du marxisme ils doivent élaguer résolument tout ce qu'ils ont hérité du stalinisme - notamment les illusions sur un « socialisme » a portée de la main dans un pays économiquement arriéré et dans un seul pays (allié à l'impérialisme) — et aussi les élucubrations théoriques sur un « capitalisme d'Etat > qu'ils ont découvert après coup parce que la politique du gouvernement soviétique ne leur convenait pas. Les changements qui s'opèrent en U.R.S.S,, ainsi que leur propre expérience, doivent leur permettre de réétu-= dier, ou plutôt d'étudier, car ils ne ont encore jamais fait, les idées fondamentales que

TERNATIONALE Trotsky et l'Opposition de gauche ont défendues sur la société de transition, Ils ont eu pour théoricien principal un homme qui avoua luimême: & Je n'ai sérieusement rien vu ni pressenti dans la réalité de I'U.R.S.S. jusqu'à la fin de 1947 et au début de 1948 › et qui jusqu'à la réunion du Comité Central de janvier ne voyait pas qu'il avançait des théories dont se servait l'ennemi de classe en Yougoslavie, montrant ainsi qu'il comprenait aussi peu la réalité de son pays qu'il n'avait compris celle oe l'U.R.S.S. Il vaudrait mieux prendre pour théoricien le marxiste qui, le premier, a levé le drapeau de la lutte contre la bureaucratie et mené cette lutte sur le ferme terrain du bolchevisme. Ils viennent de sceller la fin du • théoricien » des « fins qui préludent ». Puisse-t-elle être le prélude d'une marche vers le seul marxisme authentique de notre époque, vers le trotskysme, vers la IV° Internationale.

Janvier 1954.

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