Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 12, n° 1-2

De Staline à Malenkov

E. Germain · Quatrième Internationale, vol. 12, n° 1-2 · janvier-février 1954 · p. 9-15 · 6 077 mots

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Personne de sensé ne met plus en question le fait que des changements importants se sont produits en .U.R.S.S. depuis la mort de Staline. La libération des médecins, l'amnistie, l'arrestation et le procès de Beria, la campagne contre l'arbitraire et la toute-puissance de la police, le cours plus libéral envers les minorités nationales, la baisse des prix des produits de première nécessité, le changement d'accent dans la politique

« LIBERALISATION Laissons de côté ces critiques particulièrement perspicaces pour qui découvrir l'affaiblissement de la bureaucratie soviétique est synonyme de « capitulation devant le stalinisme ». Il est apparu toute une école englobant, outre des politiciens et des journalistes bourgeois, des tendances progressives du mouvement ouvrier comme celle de Bevan qui appliquent à l'évolution récente de l'U.R.S.S. un schéma élaboré par analogie avec l'évolution du capitalisme an 19° siècle. L'époque de Staline, disent-ils en substrimitive & socialiste ». Comme à l'aube tance était l'époque de l'accumulation du capitalisme industriel, il fallait créer avec du sang, de la sueur et des larmes la base de l'industrie soviétique. Brandler appelle cela « construire le socialisme par des moyens barbares ». Mais lorsque le capitalisme eut acquis cette base indispensable au progrès ultérieur, il put permettre un accroissement du niveau de vie des masses et un élargissement de la démocratie politique. Ces conquêtes n'étaient dorénavant plus incompatibles avec l'équilibre économique. Il en serait de même en U.R.S.S. Une base économique suffisamment large étant donnée, la bureaucratie pourrait se permettre le luxe de réformes libérales sans mettre en danger la sécurité du pays ou la bonne marche de l'économie. Les réformes de - l'ère Malenkov seraient une preuve de la consolidation, non de la fragilité du régime bureaucratique en U.R.S.S. Mais les objections à cette analogie superficielle se présentent en masse pour quiconque est familiarisé avec l'histoire de la démocratie parlementaire en Europe occidentale. Tout d'abord, les grandes réformes démocratiques du 19° siècle, avant tout le suffrage universel, ne furent nullement accordées par la bourgeoisie lorsqu'elle eut achevé son accumulation primitive. Elles furent imposées à celle-ci, soit par les masses populaires, économique plaçant les besoins des consommateurs au premier plan, l'amélioration des conditions de vie des paysans, les attaques contre le bureaucratisme en matière d'art — les faits sont trop nombreux et pointent tous dans la même direction. Eneore s'agit-il de les interpréter correctement dans le cadre d'une analyse d'ensemble de la société soviétique et des tendances de son développement. » ET STABILISATION soit par d'autres forces sociales s'appuyant sur ces masses populaires (propriétaires fonciers en Allemagne et partiellement en Grande-Bretagne). Même ainsi, il fallut près d'un demi-siècle après la fin de la période de « l'accumulation primitive » pour arriver à ce résultat. Et ce n'est surtout pas parce que l'accumulation s'était ralentie dans les vieux pays capitalistes que la bourgeoisie put économiquement faire ces concessions. Au contraire, ce ralentissement la poussa plutôt à s'opposer plus radicalement encore à toute concession substantielle au prolétariat. La base - économique de la démocratie parlementaire en Occident. ce furent les surprofits coloniaux réalisés par la bourgeoisie. La démocratie occidentale est une démocratie essentiellement impérialiste. Ce ne sont certes pas les maigres ressources que la bureaucratie soviétique obtient de l'exploitation de son « glacis » — ressources qui d'ailleurs diminuent d'année en année et cont insignifiantes en 1953-54 par rapport à ce qu'elles étaient en 194-47 — qui offrent la clef pour comprendre la politique de l'ère Malenkov. De toute l'analogie. un seul élément s'avère valable : c'est le fait que, comme en Occident, les réformes accordées par Malenkov sont incontestablement arrachées sous la pression croissante des masses populaires.

Lorsque T'U.R.S.S. fut secouée par les convulsions barbares de la • Tejovtchina », de la grande épuration de 1936-38, nous y avons vu un signe sûr de l'instabilité de la dictature bonapartiste : la terreur • que l'appareil devait employer pour maintenir son règne était en rapport direct avec la violence des contradictions qu'il fallait comprimer. Les concessions aujourd'hui accordées par Malenkov ne sont-elles alors pas les indices d'une consolidation du régime ? Prouvent-elles que les contradictions ont diminué en acuité, permettant ainsi des

T méthodes de gouvernement plus souples? Ce raisonnement pèche par son côté purement formel. L'époque de déclin de toute dictature voit une alternance de terreur extrême et de mesures libérales soudaines. La succession régulière de ces phases dans l'histoire du tsarisme à la fin du 19º et au début du 20 siècle est trop connue pour qu'il faille s'y attarder. La terreur exprime incontestablement une crise sociale violente; mais elle exprime également l'atomisation politique et la démoralisation des forces combattre que les effets de la terreur ne font que décupler. Du moment où la terreur s'applique à un adversaire qui

Un fait bien simpie suffit à indiquer. le sens réel des réformes de Malenkov, prouvant que celles-ci témoignent non d'une consolidation de la bureaucratie mais de son affaiblissement : les réformes économiques introduites depuis un an vont toutes dans le sens d'une dimimition de la part de la bureaucratie dans la répartition du revenu national Aucune couche sociale ne manifeste son renforcement en limitant volontairement sa part des revenus. Une telle manifestation d'altruisme social serait plus surprenante de la part de la bureaucratie soviétique, avide et égoiste entre toutes. que de toute autre couche sociale!

Les réformes économiques introduites en U.R.S.S. comme dans le glacis vont toutes dans le même sens accroitre les disponibilités des individus aux dépens des disponibilités de l'Etat; accroitre le fonds de consommation aux dépens du fonds d'accumulation. Le cas des pays du glacis est simple et clair. Par décision du C.C. du Parti des Travailleurs de Hongrie du 31 octobre 1953. cres daces maton seront consa 70 % du revenu national seront consa tion en 1954 contre 58 % en 1953 (Scabad Nep 6 novembre 1953). En Tehécoslovaquie, le premier ministre Siroky annonce le 15 septembre 1953 à l'Assemblée Nationale que les investissements (compte non tenu de la construction de logements privés) seront diminués de 16.1 % (Rude Pravo, 16 septembre 1953). En Roumanie, Gheorgiu-Dej parle d'une diminution du fonds d'accumulation pour les années 1953-55 à 27 % du revenu national (il n'indique pas quel était le pourcentage antérieur) (Nouvelle Voie. de Bucarest, 25 août 1953). Des décisions analogues ont été prises dans les autres pays de démocratie populaire.

En Union Soviétique de tels chiffres n'ont pas été fournis. Mais nous pouvons arriver à une estimation analogue par recoupements, Dans le discours de Mikoyan du 17 octobre 1953 (Pravda 25 octobre 1953), il est indiqué que le gouvernement a mis cette année à la disposition des consommateurs des marchandises pour 37.2 milliards de roubles de plus que prévu par le Plan. En même temps il est prévu que le pouvoir d'achat de la population s'accroîtra de 10

ERNATIONALE ce redresse sous les coups, resserre ses liens avee des masses toujours plus laret et entraîne des couches croisantes dans la lutte politique, elle devient complètement inefficace. Les gouvernants s'ils désirent prolonger tant soit peu leur règne doivent alors la remplacer par des méthodes de domination plus souples. Ce changement ne fait qu'indiquer que la crise passe des fonds de la société, où elle était restée réelle mais Inarticulée, vers la surface politique où elle commence à balbutier un appel à la révolte. C'est exactement ce qui s'est produit en U.R.S.S. 51 milliards de roubles par rapport à l'année précédente (baisse des prix de de 46 milliards contre 24 milliards de l'année passée, soit 22 milliards en plus ; diminution de la souscription aux emprunts de 16 milliards; accroissement du revenu agricole par la diminution des impôts et l'augmentation du prix d'achat de 13 milliards). Une infime fraction des quelque 40 milliards de roubles que les consommateurs soviétiques ont acheté en plus en 1953 est due à l'accroissement prévu de la production. En fait. les objectifs pour la de consommation

Malenkov étaient que ceux prévus production de biens en 1953 énumérés par exactement les mêmes par le Plan. Il s'est donc produit nécessairement un transfert de machines et de main-d'œuvre du secteur des moyens de production à celui des biens de consommation, un transfert d'argent du fonds d'accumulation vers le fonds de consommation. En fait. des observateurs ont indiqué la cessation quasi-totale des « grands travaux du communisme » de « transformation du désert » et autres projets frappés du péché de gigantisme en face du manque évident de confort élémentaire du peuple. <

Comme la bureaucratie représente ellemême une fraction non négligeable de la population soviétique, il va sans dire que, parmi les consommateurs qui achèteront dorénavant plus et mieux, se trouvent également de nombreux bureaucrates. Une partie du programme d'accroissement de la production des biens de consommation - les frigidaires, les postes de télévision, les automobiles privées, etc. est destinée à satisfaire la demande de la part de la bureaueratie. Nous retrouvons ici la même tentative d'élargir les bases de la dictature, de faire profiter une couche plus large de privilégiés d'éléments de luxe qui est une des caractéristiques du cours Malenkov. Mais il serait absurde de voir dans cet accroissement de la production de luxe l'aspect exclusif ou même principal des concessions faites à la consommation. Ces concessions concernent essentiellement la production de beurre, de viande et de légumes, de cotonnades et de souliers, de simples montres-bracelets (on en prévoit une production annuelle

UNE REDISTRIBUTION DU REVENU NATIONAL

UNE REDISTRIBUTION DU REVENU NATIONAL

QUATRIEME de T millions pour 1955) et des pièces de mobilier les plus simples (lits en fer) qui n'ont rien à voir avec le luxe, même en U.R.S.S. et qui vont satisfaire la demande de la masse des ouvriers et des paysans, non celle des bureaucrates.

TERNATIONALE légère. Quant au revenu illégal, énorme masse provenant du vol, des détournements, des affaires de marché parallèle, ete., il est encore davantage proportionnel à la masse des moyens (machines, produits auxiliaires, produits finis, disponibilites financières) que le bureaucrate peut manier, moyens qui sont bien plus élevés dans l'industrie lourde que dans l'industrie légère. Le simple changement de programme de production d'une même entreprise — par exemple le remplacement de la production de bulldozers ou de grues par celle de frigidaires et de machine à coudre — représente une perte considérable pour les bureaucrates de cette usine parce que le calcul différent des prix et des profits pour la deuxième catégorie de produits réduit la marge des primes et surtout celle du spécialement constitués dans les usines auprès des comités d'entreprise (Munca,.. 4 novembre 1953). Cependant, ces deux journaux entourent ces innovations de tant de formules restrictives et d'avertissements sévères aux « délinquants » qu'il est difficile d'estimer la portée réelle des mesures

Quoi qu'il en rien de pareil

Par contre rapporté déjà concession.

en tant que soit, en U.R.S.S. il n'y a l'atmosphère changée de substantielles modifications en faveur de la bureaucratie. Les attaques contre l'arbitraire de la police secrète ont été suivies d'une réduction réelle du pouvoir de cette police à l'intérieur des administrations du parti et de l'Etat. Dorénavant, les rapports .wah Dorenavanh tes Tapporus ont été renversés : ce seront les appareils du parti et de l'Etat qui contrôleront la police et non vice-versa. La masse de la bureaucratie se trouve ainsi, du moins en partie, libérée d'une surveillance et d'une menace qui lui pesaient très lourdement : la surveillance de gens considérés « incompétents » et qui la menaçaient constamment de révocation pour la moindre faute ou imprudence.

Il paraît établi d'autre part qu'avee la chute de Beria les modifications survenues dans la politique des nationalités après la mort de Staline n'ont pas été révoquées (voir une étude détaillée à ce sujet publiée dans le numéro de novembre 1953 de la revue britannique The World To-day). Ces modifications se traduisent en pratique par le fait que des positions de premier plan dans les républiques soviétiques ne seront plus monopolisées par les bureaucrates grand-russes, mais seront en majeure partie assurées aux bureaucrates d'origine locale. De même l'abandon du cours Jdanov en politique culturelle est une concession à une fraction importante de la bureaucratie. - Le bilan des « réformes » de l'ère Malenkov peut donc s'établir comme suit : concessions économiques réelles

Il faut en outre constater nution relative du poids du moyens de production par poids du secteur des moyens que la dimisecteur des rapport au de consomgagnent également en mateurs, ils risquent moins en partie, teurs.

• cult police, contre le tan de du e que consomperdre, du tableau des chef, contre les formes extrêmes de dans la presse et dans l'art accueillies favorablement byzantinisme ont certes été par toutes les couches de cette population. Cependant, si on examine attentivement ce qui été changé en fait à ce sujet, force est de reconnaître l'ampleur très restreinte des modifications et de leur portée sociale précise.

Il n'y a aucune preuve qu'une concession politique réelle ait été faite aux masses ouvrières et paysannes d'U.R.S.S.

- dans la mesure où l'atmosphère changée ne représente pas en elle-même un changement de fait. En Allemagne orien. tale, une telle concession, de portée co•Lossale, avait effectivement été introduite, pour être précipitamment reprise quelques semaines plus tard: ce fut le droit de grève solennellement concédé aux ouvriers par l'infortuné ministre de la Justice, Fechner, qui paie chèrement aujourd'hui l'imprudence de sa fraction dans le S.E.D. En Hongrie, le gouvernement a supprimé les amendes dans les usines pour marque de discipline du travail (Scabad Nep. 22 août 1953), En Roumanie nous apprenons que le gouvernement a décidé de transférer dorénavant tous les délits en matière de discipline de travail des tribunaux ordinaires à des « tribunaux de camarades » mesures prises sur le plan politique, on obtient une image quelque peu différente. Sans aucun doute, t oute la population de l'U.R.S.S. a exhalé un soupir de soulagement à la mort du vieux despote. L'amnistie annoncée, les attaques contre la toute-puissance et l'arbitraire de la mation dans l'économie soviétique entraine un affaiblissement de la position de la bureaucratie. Une partie relativement restreinte des revenus de la bureaucratie provient de ses traitements et salaires normaux et réguliers. La majeure partie du revenu légal provient des primes et du « fonds du directeur », tous les deux proportionnels au chiffre d'affaires et aux bénéfices de l'entreprise notoirement supérieurs dans l'in-

* fonds du directeur ».

dustrie lourde à ceux de l'industrie

LE « CHANGEMENT D'ATMOSPHERE » POLITIQUE

Sur le plan économique, il est done incontestable que des concessions réelles et substantielles ont été faites à la masse des ouvriers et des paysans. Ce que les bureaucrates -

- surtout les couches inférieures de la bureaucratie - y mation dans l'économie soviétique entraine un affaiblissement de la position de la bureaucratie. Une partie relativement restreinte des revenus de la bureaucratie provient de ses traitements et salaires normaux et réguliers. La majeure partie du revenu légal provient des primes et du « fonds du directeur », tous les deux proportionnels au chiffre d'affaires et aux bénéfices de l'entrenotoirement supérieurs dans l'industrie lourde à ceux de l'industrie

LE « CHANGEMENT D'ATMOSPHERE » POLITIQUE

Sur le plan économique, il est done concessions réelles et substantielles ont été faites à la des paysans. Ce - surtout les coubureaucratie - y le en tant qu'administraSi on examine mesures prises sur le plan politique, on obtient une image quelque peu différente.

Route la population un soupir de soudu vieux despote. les attaques contre l'arbitraire de la

UATRIEMEINTERNATIONAL aux masses ; concessions politiques initiales à des couches plus larges de la bureaucratie. La dictature s'efforce d'acquérir à la fois plus de popularité dans les masses et une base plus large dans la bureaucratie. Ce double objectif correspond bien a la nature même de la dictature bonapartiste. Contrairement aux classes dominantes, la bureaucratie ne possède guerre de racines dans le mode de production de la société soviétique. Ce n'est pas son pouvoir économique réel qui est la base de son règne politique. C'est au contraire la dictature politique qui représente la seule base lui assurant à la longue l'appropriation d'une part importante du revenu national. Cette appropriation se fait encore aujourd'hui dans une large mesure en infraction à la légalité soviétique, même à la légalité de l'époque stalinienne. Briser ou même atténuer le monopole absolu du pouvoir politique qu'exerce la bureaucratie en U.R.S.S., c'est frapper de mort la position économiquement privilégiée de cette caste parasitaire. C'est pourquoi il est peu probable sinon exclu qu'entre l'époque de la toute-puissance bureaucratique et le moment de son renversement révolutionnaire par les masses puisse s'intercaler une période de droits politiques croissants pour le prolétariat, comparable à des époques analogues qui se sont effectivement placées avant le renversement de la monarchie absolue par la bourgeoisie, ou avant le renversement de la bourgeoisie par le prolétariat. C'est que ces classes dominantes pouvaient bien concilier pendant certaines époques le maintien de leur domination sociale avec l'accroissement des droits politiques, les racines profonDU MECONTENTEMENT POPULAIRE

Jusqu'à maintenant, les observateurs n'ont noté que les formes les plus générales de mécontentement populaire envers la dictature, telles qu'elles s'exprimaient depuis de longues années, même à travers les aveux de la presse stalinienne : mécontentement envers la pénurie de biens de consommation, la mauvaise qualité de la plupart des produits offerts aux consommateurs. l'effroyable pénurie de logement — il y a dans les villes soviétiques actuellement 4 m? de disponible par tête d'habitant, contre le minimum sanitaire de 7 m2 ! - la toutepuissance de la police, le nationalisme grand-russe exacerbé. Que les masses aient exprime, d'une façon de plus en plus inquiétante pour la dictature. leur mécontentement sur tous ces sujets, ne souffre plus de discussion (1). Cet été

(1) Il est intéressant de noter quelques autres manifestations de ce mécontentement • Les habitants de Sverdlovsk n'ont qu'un rire amer pour réponse à toute question relative à l'habillement et aux chaussures s (Isvestia, 8 octobre 1953). Un grand magasin a rayons multiples de Moscon organisa une enquête parmi ses clients sur la qualite des meubles qu'il avait à vendre. « des questionnalres portaient des réponses claires et neltes : « Les meubles ne valent 12 des que cette domination garde dans la sphère de la propriété restant intactes.

Mais s'il est peu probable que la dictature bonapartiste puisse jamais réaliser de véritables réformes politiques en faveur du prolétariat, il n'en est pas de même en ce qui concerne les réformes en faveur de la bureaucratie. Il ne faut pas oublier que la masse de la bureaucratie était exclue de l'exercice de tout pouvoir politique en U.R.S.S. tout autant que la masse de la bourgeoisie en était exclue sous la dictature fasciste. Dans les deux cas ce fut le prix payé par la couche sociale en question pour sauvegarder ses privilèges économiques. Mais ce prix lui-même n'a un sens qu'aussi longtemps que la dictature représente une garantie véritablement efficace pour ces privilèges, c'est-à-dire aussi longtemps qu'elle réussit effectivement à comprimer les contradictions sociales.

Lorsque celles-ci commencent à se manifester malgré tout, la dictature absolue devient un élément de faiblesse et non de force pour la couche dirigeante. La dictature bonapartiste s'efforce donc d'élargir ses bases, d'accroître les couches de la bureaucratie auxquelles sera accordé un droit de critique plus large, une indépendance plus grande par rapport aux organismes de répression, une possibilité majeure de participer à l'exercice du pouvoir, Dans la mesure où des couches inférieures de la bureaucratie seront entrainées dans ce processus et où la rigidité hiérarchique s'atténuera tant soit peu, une telle évolution pourrait agir comme un stimulant avivant les appétits démocratiques des masses et préparant le terrain pour un regain d'ac. tivité de celles-ci. AUX REVENDICATIONS OUVRIERES s'est produite une véritable grève des acheteurs dans les principales villes soviétiques, à l'occasion des premières ventes à solde organisées par les magasins d'Etat depuis l'origine du commerce nationalisé. Ces soldes devaient débarrasser les stocks de toutes les marchandises démodées. Les acheteurs ont boudé ces soldes attendant la mise en vente de produits meilleurs. Le fameux discours de Mikovan a sans doute été partiellement inspiré par ce fait.

Ces motifs de mécontentement ne sont pas particuliers à la classe ouvrière proprement dite, bien qu'ils la concernent plus que les autres couches de la population. Les remèdes annoncés, du domaine du plan et de l'organisation de la répartition, ne guériront le mal qu'en partie. La presse soviétique continue à dénoncer deux tares fondamentales de la planification que nous avions signarien : nous ne voulons pas les acheter 3

(Literatournala Gazeta, 25 juin 1953). Dans l'organe des syndicats, Trud, on lit & Les ouvriers ont exprime des critiques violentes et pleinement justifiées sur la nourriture dans la ville d'Omsk .Ils ont exigé qu'un buffet chaud soit mis la disposition, de lequipe de muit a (15 février 1953).

QUATRIEME• IN T lées lors de la discussion du dernier livre

Staline et du 19° Congrès du P.C. de I'U.R.S.S. : l'inutilisation du potentiel de production existant et la désorganisation produite par l'hypercentralisation. Ces dernières semaines encore, la presse soviétique a dénoncé des faits incroyables comme celui de Sverdlovsk, la principale ville industrielle de l'Oural dont on connaît les énormes combinats d'acier et de metallurgie, où il était impossible de trouver un poele de cuisine (Pravda, 1** décembre 1953), ou de Léningrad, deuxième ville du pays et métropole de plus de deux millions d'habitants, où on ne pouvait trouver une seule paire de lunettes à vendre après huit jours de recherches (Pravda, 17 novembre 1953).

Mais ce qui, a letape actuelle, paraît bien plus important qu'une énumératioa des griefs communs à toute la population soviétique, c'est la constatation du fait que des revendications spécifiquement ouvrières commencent à transpirer en U.R.S.S. Ainsi, la presse soviétique parle à plusieurs reprises reprises de différends au sujet de la législation sociale, les ouvriers ayant poursuivi la défense de leur cause jusque devant les tribunaux. L'organe des syndicats soviétiques Trud rapporte, dans son numéro du 28 mai 1953, que plusieurs procès de ce genre eurent lieu à Stalino, le centre de la région du Donetz. Des ouvriers d'un charbonnage introduisirent une plainte contre leur directeur qui refusait de leur payer une prime collec tive. Après de nombreux atermoiements, dont trois remises de jugement, le tribunal populaire finit par condamner le directeur. Il fut transféré peu de temps après dans un autre charbonnage. Là il eut également un conflit avec groupe d'ouvriers sur une question de prime. Nouveau procès. Nouvelle « pro cédure interminable », comme dit Trud Le syndicat n'eut gain de cause qu'après avoir obtenu l'appui du comité du parti et du procureur (). C'est d'ailleurs le juge du tribunal populaire, alerté par les ouvriers. qui amena le syndicat à s'occuper de la cause de ceux-ci. Et Trud réprimande le directeur, le « camarade » Owtchinnikof, pour son attitude bureaucratique : « Il agit comme un despote qui donne et retient comme bon lui semble...»

Dans Trud du 4 octobre 1953, lisons que, dans un autre centre minier, celui de Kousnetz, un mineur s'adressa au tribunal parce que la direction du trust avait démoli sa maison pour des raisons de construction, et refusait de lui payer une indemnité. L'affaire alla jusqu'au tribunal régional où elle fut décidée en faveur du mineur. Trua explique en passant que « les dirigeants du trust « Kaganovitchugolj » n'attachent pas beaucoup d'importance à la loi. A Kisseljowsk. ils déterminent euxmêmes ce qu'est la loi... »

Dans Trud du 19 août 1953 on examine les agissements des dirigeants du trust « Gidromechanisatsija » à Kachowka. La commission de conciliation y reçut en peu de temps 67 plaintes sur

ERNATIONALE des questions de salaire de la part des ouvriers. Il y eut également de nombreuses plaintes d'ouvriers contre la suppression du congé légal, le non-paiement des heures supplémentaires, l'obligation de travailler dans des conditions anormales de sécurité, etc. « L'administration ne prit pas note des plaintes ouvrieres », ajoute Trud. Et ce journal conclut :

Les actions illégales que se permettent divers fonctionnaires et techniciens dans ladministration ont provoqué l'indignation des ouvriers. Il

Best plus que temps que le comité central du syndicat des ouvriers des entreprises hydrauliques et électriques rappelle à Tordre les éléments диї.

sans egard pour personne, violent les lois du travail.

Dans le numéro du Trud du 8 septembre 1953, on commence par faire une remarque analogue : « Il existe encore aujourd'hui une masse de fonctionnaires dirigeants dans l'économie qui piétinent insolemment (!) les droits des citoyens soviétiques ». On y dénonce la direction de l'usine de ciment de Secht janof (région de Vorochilovgrad) qui oblige ses employés à travailler chaque jour au delà des 8 heures légales, sans nécessité queleonque pour la production. On y dénonce la direction du trust de montage électrique du Caucase qui refuse, depuis trois ans, les congés payés à ses salariés. Des lecteurs de Trud écrivent des lettres au journal pour signaler des cas analogues. Une ouvrière de la région de Koursk se plaint qu'on ne paie pas l'indemnisation de grossesse aux femmes des usines de craie. employé du trust de charbon de Vachrouchévo se plaint que les employés de ce trust n'osent plus demander un congé, parce qu'à leur retour ils sont invariablement déplacés à des postes plus mauvais. Et le journal finit par exhorter lec syndicats pour que ceux-ci « exercent une pression constante afin de faire observer les lois de défense du travail »...

La presse de la bureaucratie ne soulève le voile sur ces conditions misérables qui règnent dans les entreprises que pour le rabattre tout de suite avec quelques formules rituelles vides de sens. Entre temps nous avons pu jeter un coup d'œil plein d'intérêt sur les relations réelles entre bureaucrates, ouvriers et représentante du parti et des syndicats. Le secrétaire du comité du parti à l'usine de fabrication de fau cheuses-batteuses à Taganrog n'agit qu'en tant que « mauvais serviteur du directeur d'usine. Très souvent il laisse iom ber la remarque : « Le directeur et moi nous avons décidé. » (Pravda, 6 juin 1953). L'organe théorique du P.C. de TU.R.S.S., Communiste, révèle dans son n° 11 de 1953 que dans ces conditions (un comportement analogue des diri geants du parti à celui que nous venons d'indiquer)

s'établit une relation malsaine entre subalternes et chefs, dans laquelle on commence à désigner le chef du 13

T terme « monsieur » (« monsieur, " dit », « monsieur a ordonné personnellement »…)

Voilà donc ce qui concerne plus parti culièrement la classe ouvrière. A l'usine, monsieur le directeur est un maitre ab solu. Il abuse de la législation dans la mesure ou elle lui permet de punir les travailleurs d'amendes ou de peines de prison pour des vétilles. Sinon, il la piétine impudemment. Il agit comme un despote absolu qui fait lui-même la loi. Leg chefs du parti font la courbette devant lui, répétant servilement ses ordres et ses paroles. Les syndicats n'osent agir sans l'appui du parti et du procureur (c'est-à-dire de la police ! Contre tout ce complexe de conditions indignes, les ouvriers commencent à murmurer. Ils commencent à agir individuellement.

L'AVENIR DE

Deux petits extraits de la presse stalinienne nous révèlent clairement les forces motrices de la révolution qui se prépare en U.R.S.S. Le premier provient do organe la le lannacca Komsomale de l'organe de la jeunesse, Komsomolskaja Pravda (17 juillet 1953). Un groupe d'étudiantes d'une école professionnelle avait des ennuis avec un appareil appareil do soudure autogène. Passa un ingénieur qu'elles appelèrent à leur secours. L'ingénieur chercha pendant plusieurs heures et ne put les aider. Puis vint un jeune ouvrier du voyage qui répara l'appareil en un tournemain. La Kamolskaja Pravda conclut : ce n'est pas une histoire pour rire...

Les travailleurs qualifiés d'Union soviétique ne rient pas des bureaucrates incompétents, malhonnêtes et incapables qu'ils rencontrent à chaque pas. Ils se fachent et fulminent. « Ces misérables bureaucrates (sic) ont réussi à rendre notre culture de concombres non renta ble », s'exclament des jardiniers de la région de Klin dans les Isvestia du 15 août 1953. Ces « misérables bureaucrates » qui s'accordent généreusement la part du lion du revenu national, qui pensent « qu'il est de leur tâche exclusive de calculer (!). tandis que c'est la tâche de l'ouvrier d'exécuter » (Komsomolskaja Pravda, 17 juillet 1953), sont dautant plus hais des ouvriers qu'ils sont non seulement despotes et oppres seurs mais encore de moins en moins à la hauteur de leur tâche (2). Le sentiment de confiance en leurs propres forces que les travailleurs acouièrent de plus en plus grâce à leur qualification croissante rend leur opposition, leur haine envers la bureaucratie plus vioJente, nus implacable. La longue et triste liste d'innombrables valeurs gaspillées

(2) Le journal réorgien « Saria Wostoka », du 2 octobre déelare que, sur 2.741 arronomes attachés au ministère de l'agriculture dans les quelque 2.000 kolkhoz de la république. 2.414 agronomes travaillent comme réfacteurs et administrateurs dans le ministère meme et ses innombrables départements. comme directeurs de trusts de parrum. - de bière, de limonade, comme chers de sections d'achat, ete.y etc. 14

ERNATIONALE Ils introduisent des plaintes devant les tribunaux. Ils écrivent des lettres aux. journaux. Ils exercent une pression multiple, subtile mais non moins réelle, sur les fonctionnaires de base des syndicats. Ce n'est pas le beurre, les chemises ou les montres-bracelets que Malenkov leur promet qui réduiront au silence cette révolte qui gronde. Au contraire : plus la vie de l'ouvrier comme consommateur deviendra supportable, et plus , la servitude du livret sance aveugle devant sieurs », l'absence de pitre de la gestion et de travail, l'obéisles nouveaux «mestoute voix au chade la planification, deviendront insupportables. Voilà ce qui déclenche l'action des forces moléculaires qui préparent le renversement révolutionnaire de la dictature bonapartiste. L'U. R. S. S. et détruites par suite de l'incompétence des administrateurs arrogants, liste qu'on peut composer à la lecture de la presse soviétique courante, fait fermenter la lutte sociale sur les lieux de travail de te sociale l'élan d'une patriotique.

le progrès défense effic ur les lieux de travail de cause noble et hautement dans le sens élevé du mot :

le l'économie soviétique, sa ace contre la menace impérialiste exigent impérieusement le remplacement de l'arbitraire bureaucratique par la démocratie soviétique en tant que forme dirigeante du Plan.

Le deuxième extrait provient d'un journal d'Allemagne orientale. Dans Neues Deutschland du 7 août 1953 nous lisons une interview qu'un stakhanoviste soviétique du nom de Bukrov, en visite à l'entreprise berlinoise Bergmann-Borsig, accorde au reporter de l'organe stalinien. Il s'y réfère aux événements du 17 juin en Allemagne orientale :

Nous autres, ouvriers de Léningrad étions inquiets des événements qui se sont produits chez vous le l7 juin.

Notes

NOUS

- ouvriers de la que allemande capitalistes au mmes demandé si les

République démocratidésirent ramener les pouvoir chez eux. Nous désirons obtenir des éclaircissements à ce sujet... Nous nous sommes posé la question : n'était-il pas possible d'éliminer les difficultés par d'autres moyens qu'une grève? La classe ouvrière de l'Union soviétique a quand même eu à surmonter des difficultés bien plus grandes encore sans mener une grève contre le gouvernement qui est notre gouvernement.

Bukrov lui-même est plutôt un représentant des couches inférieures de la bureaucratie qu'un représentant de la classe ouvrière soviétique. Una partie de ses paroles reflète la mentalité commune 91X bureaucrates staliniens et leur réaction orchestrée aux magnifiques événements du 17 juin. Mais que d'aveux percent dans ces ouelques lignes! Ainsi donc, les ouvriers de Léningrad se sont préoccupés des événements d'Allemagne orientale. Ils se sent interrogés sur les buts politiques du soulèvement ouvrier Ils ont compris instinctivement que ceux qui ont agi à Berlin n'étaient pas des fascistes mais la classe ouvrière. Ils ont compris qu'il s'agissait bien de grèves et non d'un putsch organisé par Adenauer. Ils ont compris que ces grèves étaient causées par des « difficultés » que de toute façon il aurait fallu éliminer.

Après la révolution chinoise, dont on admit à contre-cœur qu'elle avait provoqué un immense enthousiasme dans la jeunesse soviétique, voilà que le soulèvement ouvrier d'Allemagne orientale est discuté, soupesé, analyse par lavantgarde prolétarienne en U.R.S.S. C'est tout un monde nouveau qui s'ouvre à la pensée, à la conscience communiste de la jeunesse soviétique, ranimant une famme qui couve sous les cendres. Sur le fond de ces interrogations générales se dessine déjà une question plus précise : Faut-il les imiter? Comment? Quand ?

Les progrès économiques de I'U.R.S.S et les progrès de la révolution mondiale sonnent le glas de la dictature bonapartiste en U.R.S.S. Liquidant les manifestations les plus répugnantes de l'ère stalinienne, la caste régnante jette du lest pour s'acerocher au pouvoir. Il lui reste encore du temps pour maneuvrer, car le prolétariat doit rassembler ses forces atomisées. prendre pleinement conscience des possibilités nouvelles, gagner confiance dans une lutte politique. faire les premiers pas sur la voie de l'action organisée. Tout cela ne se fera pas du Jour au lendemain. Mais l'importance exceptionnelle des signes qui s'accumuIent est telle qu'on peut dire sans risoue de se tromper : ce processus a commencé.

L'affaiblissement de la dictature bonapartiste est une chose ; la stabilité relative de la structure économique TU.R.S.S. en est une autre. Nous n'avons pas identifié la révolution avec ces usurpateurs barbares aux pires journées de triomphe de ceux-ci. Nous ne commettrons certainement pas l'erreur de faire une telle identification à un moment où les usurpateurs de toute évidence, sont entrés sur la voie du déclin. Par rapport à la situation d'il y a 20 ans, le règne de la bureaucratie est infiniment plus chancelant, plus caduc, plus miné, par toutes les modifications de la situation intérieure et extérieure. Mais par rapport à cette même époque, la strueture économico-sociale de l'Etat ouvrier est infiniment plus solide (3). Pour ré-

(3) Un groupe de sociologues américains organisa en automne 1950 une enquête prolongée dans la nouvelle émigration soviétique en Allemagne pour le compte de l'Université Harvard. Ils interrogerent notamment groupe de 26 anciens dirigeants économiques sovietiques - done anciens bureaucrates eleves. Les émigrés étaient unanimes a se prononcer en faveur de l'économie planitlée de l'etatisation des moyens de production, et se déclaraient adversaires CELl capitalisme et de la propriété privée (Quarterly Journal of

Economics, août 1952).

TERNATIONALE tablir la propriété privée des moyens de production en U.R.S.S., la bureaucratie (plus exactement, ses couches restaurationnistes) devrait attaquer l'ordre actuel des choses, renforcer ses privilèges, refouler encore plus les masses ouvrières et paysannes. Il n'en est pas question aujourd'hui. La bureaucratie, et certaine. ment ses couches restaurationnistes, ne sont pas sur l'offensive mais sur la défensive. Elles ne recherchent pas de nouveaux privilèges, elles défendent à grand-peine (et avec un succès décroissant !) leurs privilèges existants. Elles ne revendiquent pas ni ne refoulent les ouvriers et les paysans; elles doivent jeter du lest. Ce qui monte en U.R.S.S., ce n'est pas une contre-révolution sociale qui ne pourrait triompher que sur la base d'un écrasement, d'une défaite complète du prolétariat, mais la révolution politique contre la bureaucratie, assurant et garantissant définitivement, en alliance avec la révolution internationale montante, le nouveau mode de production issu de la Révolution d'octobre.

Il a fallu à Staline 30 ans de pouvoir et de crimes monstrueux pour ériger laborieusement la pyramide du mythe de sa toute-puissance et de sa sagesse divine. Moins d'un an a suffi pour que cette pyramide s'effondre lamentablement sous les coups de ceux même au profit desquels elle fut érigée. Chaque anniversaire oublié, non célébré mème, atteste ainsi devant l'histoire la vanité ultime des efforts pour arrêter le progrès par des movens mécaniques, si puissants soient-ils. Les memes esprits superficiels qui, il y a un an, fêtèrent encore en Staline le grand architecte d'on ne sait quelles « réalisations pratiques », se hâtent aujourd'hui d'annoncer la popularité sans pareille et le long avenir du gouvernement Malenkov. Is se sont condamnés à trainer à la remorque des faits accomplis et des triomphateurs passagers. Il n'est pas difficile de leur annoncer par avance que l'ère Malenkov ne durera pas 30 ans; elle n'en durera même pas dix. La IV* Internationale a été construite sur la conviction inébranlable que la révolution mondiale et la démocratie socialiste sont les deux tendances fondamentales de notre siècle. Tout ce qui s'est passé ces. dernières années précise nettement que la percée de ces tendances s'annonce imminente, a déjà commencé. Dans ce sens nous pouvons conclure en nous appuyant sur plus de faits qu'il va un an: à l'époque stalinienne ne succèdera pas l'époque Malenkov mais l'époque de la

IV* Internationale.

Tanvier Janvier 1954. 1054 15

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