La nouvelle orientation donnée par les épigones de Staline à la politique économique de l'U.R.S.S. et des « démocraties populaires ».
en Europe se targue maintenant de se faire sous le signe d'un développement plus équitoujours très éloignée du a socialisme achevé » et par conséquent aussi de son passage immédiat au « communisme ».
Objectifs et moyens de la nouvelle orienTation economique se piacent en errer songetation économique se placent en effet solidement sur le terrain d'un régime de transition préparatoire au socialisme, c'est-à-dire à la phase inférieure du communisme.
En abusant sans vergogne des termes socialisme et communisme pour désigner fétape à laquelle T'U.R.S.S. était, paraît-il. déjà arrivée la bureaucratie dirigeante a énormément embrouillé la question et rendu extrêmement difficile une compréhension cohérente et correcte de l'évolution économique ranta et correcte de l'avolution Aconomiane du pays, en tant que premier exemple historique du passage du capitalisme au socialisme dans les conditions concrètes de développement de la Révolution mondiale à notre époque. C'est en réalité de cette même confusion que sont victimes les différents critiques antistaliniens, ultra-gauche, sectaires, ou carrément opportunistes et réformistes qui voient la « restauration », le « retour au capitalisme » dans l'emploi de méthodes de N.E.P. toujours nécessaires en U.R.S.S., en Chine, dans les autres « démocraties populaires ».
L'expérience accumulée dans ce domaine est maintenant grande et permet de dégager une série de conclusions capitales en ce qui concerne la voie concrète de l'édification socialiste dans le type de pays englobés jusqu'alors par la marche réelle de la Révolution mondiale. D'autre part, à la lumière de la nouvelle étape économique ouverte par les épigones en U.R.S.S., il est utile et même nécessaire de passer en revue le développement économique du pays jusqu'à ce jour afin d'y retrouver entre autres une justification éclafante des grandes lignes de la politique économique préconisée jadis tout d'abord par l'opposition de gauche du P.C. russe et ensuite plus particulièrement par L. Trotsky. La politique économique de l'équipe Malenkov apparaîtra ainsi comme une tentative de s'engager pour la première fois depuis l'ère stalinienne. dans une voie plus conforme aux désideratas d'une économie de transition adaptée aux conditions réelles de I'U.R.S.S.
fibré, plus harmonieux sition de ces régimes, veaux rapports entre damentales : industrie agriculture. Elle met d'un développement ture, rendant possible lole de l'industrie de tion, par le maintien accélération) et à la de l'économie de tranen recherchant de nouses trois branches fonlourde, industrie légère, accent sur la nécessité slus rapide de l'agriculun développement paralobjets de consommaet non par une nouvelle rigueur même par un léger ralentissement du rythme actuel de développement de l'industrie lourde.
Traduits sur le plan des rapports sociaux, ces objectifs économiques doivent résoudre l'alliance de la paysannerie avec l'Etat prolétarien, et élever le niveau de vie des masses ouvrières, ainsi que de tous les consomma feurs. C'est le réaménagement des rapports entre l'Etat prolétarien et l'agriculture qui est au centre du problème.
Il s'agit de remplacer les moyens de coercition principalement politiques par lesquels on maintenait la structure collectivisée de l'agriculture dans l'ère stalinienne, par des moyens principalement économiques qui feront de l'Etat non un client oppresseur et pillard de l'économie agricole mais un client économiquement intéressant et juste.
En relevant considérablement les prix d'achat des produits agricoles par l'Etat qui jusqu' alors étaient très bas, en aménageant et en abaissant les taxes, en limitant le montant des livraisons obligatoires, en fournissant une aide technique plus abondante et plus efficace en spécialistes et en machines, en augmentant pa• rallèlement la production des objets industriels de consommation, et en abaissant leurs prix. on ressoude l'alliance entre l'Etat prolétarien et la paysannerie, jusqu'à présent principale victime de l'accumulation primitive et de l'industrialisation à outrance du pays.
les objectifs, tout comme les moyens par lesquels les épigones pensent les atteindre, démontrent clairement — indépendamment de toute autre considération - que /'U.R.S.S. est 16
Q
ECONOMIE SOCIALISTE OU ECONOMIE DE TRANSITION ?
La première notion capitale pour une compréhension correcte de ce qui s'est passé et se passe actuellement en U.R.S.S. — en nous limitant sur le strict terrain économique — est colle qui définit l'U.R.S.S. non comme un pays achevant le socialisme, la phase inférieure du communisme selon Marx, mais étant installé et encore pour longtemps dans un régime de transition préparatoire au socialisme.
La réalité a apporté des corrections importantes aux schémas théoriques décrivant le passage du capitalisme au socialisme. On a vécu avec ces schémas élaborés tout d'abord par Marx lui-même, repris ensuite par Lénine, jusqu'à la première phase de l'évolution économique de I'U.R.S.S. incluse, la période allant de 1918 à 192l dite du « communisme de guerre ». Selon ces schémas le passage du capitalisme au socialisme commence, sur le terrain économique, par une phase de dépérissement progressif du marché et des notions inséparables qui l'expriment : marchandises et argent.
Marx tenait compte avec beaucoup de réalisme que « ce à quoi → on avait affaire, une fois le pouvoir politique pris dans un pays, ne pouvait pas être immédiatement « une société communiste telle qu'elle s'est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire telle qu'elle vient de sortir de la société capitaliste : une société par conséquent qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l'ancienne société des flancs de laquelle elle est issue » (1). Mais parlant immédiatement après sur la manière de rétribuer les producteurs d'une telle société, il envisage en réalité des échanges de valeurs égales entre les producteurs, dont le « principe est le même que celui qui règle l'échange des marchandises » mais dont « le fond et les formes diffèrent ». Le producteur « reçoit de la société un bon constatant qu'il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et avec ce bon il retire des stocks sociaux (2) d'objets de consommation autant que coute une quantité égale de son travail » (3)- (Souligné par nous.)
Les notions de marché, de marchandises et d'argent, telles que nous les avons connues et nous: les connaissons toujours en U.R.S.S., ne se trouvent pas exactement les mêmes que dans les schémas de Marx ni dans les écrits de Lénine jusqu'à la Révolution, ni même dans
Avec le recul historique et l'expérience acquise depuis dans d'autres exemples, certains
(1) K. Marx, • Critique du programme de Gotha
(2) Lénine parlera dans « l'Etat et la révolution » de certificat permettant de retirer des macasins publics, etc.
(3) Ibid. (3) BId.
la pratique du « communisme de guerre » en U.R.S.S. entre 1918 et 192)..
En effet, cette période fut caractérisée par la nationalisation complète de la grande industrie, la substitution au simple contrôle ouvrier de la gestion ouvrière, l'interdiction du commerce et son remplacement par le systèma de l'appropriation directe de la production par l'Etat et la répartition par lui des produits.
Mais ces mesures - décrètées non seulement par entêtement doctrinal mais bien plus par des nécessités pratiques, le problème urgent étant « la réglementation de la consommation dans une forteresse assiégée » (4) — aboutirent bientôt à une impasse. Elles provoquèrent une chute vertigineuse des forces productives qui se traduisit socialement par le mécontentement explosif à la fois des ouvriers affamés des villes et des paysans surpressurés par l'Etat prolétarien. Il fallut d'urgence tenir compte des conditions réelles, c'est-à-dire du caractère concret du pays. à prédominance agricole, de quelque 22 millions d'exploitations parcellaires, avec encore un faible secteur industriel étatique (< socialiste »), et son isolement au sein d'un monde capitaliste.
La voie de l'édification concrète du socialisme dans de telles conditions devait se préciser en grande partie empiriquement, n'étant exposée dans aucun ouvrage du passé et les schémas définissant son cadre général ne correspondant pas aux conditions d'un pays du type de l'U.R.S.S.
Marx avait établi ces schémas pour une société internationale sortant du capitalisme, mais dès le début d'un niveau des forces productives supérieur à celui du capitalisme le plus avancé. Ni un type de pays comme la Russie en 1917, ni surtout le caractère national de expérience socialiste. isolant pour longtemps dans un seul pays de ce type) ne semblent avoir pesé dans l'élaboration de ces schémas qu'éclairaient en réalité d'autres visions: des pays du type de l'Angleterre commençant la révolution, celle-ci se propageant rapidement sur tout le globe.
Le réalisme révolutionnaire de Lénine, sa maitrise complète du marxisme, manié non comme un dogme mais comme une méthode d'analyse de la réalité et d'orientation dans cette dernière, furent promptement et magistralement démontrés lors du virage du « communisme de guerre » à la N.E.P. effectué sous son impulsion. des principes et des caractéristiques de la N.E.P. apparaissent d'ores et déia comme faisant partie de la phase initiale absolument inévitable de la politique économique à laquelle recourra l'Etat prolétarien avant d'atteindre
(4) I. Trotsky, * La Révolution Trahie ». page 33.
COMPREHENSION CORRECTE DE LA N. E. P.
COMPREHENSION CORRECTE DE LA N. E. P.
UATRIEME, INT l'étape d'une victoire englobant les pays capitalistes avancés, et même après, pendant une période avant que les économies nationales ne se fondent dans une économie internationale planifiée.
Dans la conception de la N.E.P., il y a le maintien délibéré du marché, des marchandises, de l'argent, en un mot, de la pratique et des méthodes commerciales, en tant que moyens pour longtemps nécessaires afin de maintenir et d'accroître les forces productives. de « souder » l'économie agricole à celle de l'industrie étatisée, et de contrôler le développement de celle-ci.
Lénine et les bolcheviks ont vu tout d'abord la première et la deuxième fonction de la N.E.P Ne merence pas tarde a mais l'expérience n'a pas tardé à montrer que « l'industrie elle-même, bien que socialisée, avait besoin des méthodes de calcul monétaire élaborés par le capitalisme. Le plan ne sauraif reposer sur les seules données de l'intelligence. Le jeu de l'offre et de la demande reste pour lui et pour longtemps la base matérielle indispensable et le correctif sauveur » (5)•
La « soudure » entre l'agriculfure, indivividualiste: ou collectivisée, et l'industrie étatique (« socialiste ») s'avère à la lumière de l'expérience une tâche extraordinairement longue qui exige un Etat prolétarien juste acheteur des produits agricoles, juste vendeur de ses propres produits industriels, fournisseur d'une aide abondante en machines et en spécialistes.
Avant que les échanges entre la ville et la campagne ne deviennent équivalents et même
ERNATIONALE en assimila l'expérience. C'est à lui que revient le mérite théorique d'avoir dégagé les idées directrices qui doivent déterminer l'évolution d'une économie qui n'est pas socialiste mais une économie de transition préparatoire au socialisme.
Déia, dans son discours au 12° Congrès du P.C. russe (avril 1923) où furent examinés les premiers résultats de la N.E.P., Trotsky était arrivé a des conclusions importantes qu'il enrichit ensuite davantage dans ses interventions et différents écrits jusqu'au 15° Congrès du P.C, russe (1927).
Dès le débu que la N.E.P.
contradictoire correspondant
* Trotsky a saisi correctement est une politique économique
(dialectiquement contradictoire)
au caractère contradictoire de la forme sociale « fondée sur la collaboration et la lutte des méthodes, des formes et des buts capitalistes et socialistes » (6) que dégage la victoire de la révolution sur le capitalisme.
Trotsky accepta la nécessité absolue pour toute une période d'une telle politique. !| ajouta cependant que, pour obtenir une réponse juste à la question de savoir où conduiro la N.E.P., vers le Socialisme ou le Capitalisme il fallait en réalité répondre à « trois questions »: a) la N.E.P. provoque-t-elle le développement des forces de production ? b) dans quelles formes sociales? c) avec quelle allure ?
Il arriva à la conclusion que l'Etat prolétarien, grâce à son pouvoir politique, sa position-clef dans la grande industrie, les banques, les transports, la nationalisation de la terre et du commerce extérieur suivant une polifique correcte de développement plus rapide et planifié de l'industrie, est capable de dominer le processus économique déclenché par la N.E.P. et de l'orienter vers la victoire définitive des fendances socialistes et non capitalistes.
Grâce à cette compréhension, Trotsky Tut -shonsion. Trotsky fut entre 1923 et 1928, non un adversaire de la N.E.P. en général, mais de la conception unilatérale, erronée et même dangereuse qu'en avait l'équipe Boukharine-Staline qui misait sur les tendances capitalistes de la N.E.P. négligeant criminellement le développement parallèle de l'industrie étatique (7) qui devait être plus rapide.
La légende stalinienne a présenté Trotsky comme étant opposé à la N.E.P. et en faveur de l'industrialisation, ensuite comme étant unilatéralement contre l'industrie lourde et pour l'industrie légère. La
(6) L. Trotsky.
vers le socialisme ?
(7) Voir entre vérité historique est dia-
Vers le capitalisme ou
18.
». page
Discours de L.
utres :
Trotsky au 12° congrès du P.C. russe, dans Particle « Production et révolution ». du Bulletin Communiste du 10 mai 1923. Cours nouveau. Vers le capitalisme ou vers le sorialisme. La platetorme politique de l'opposition russe (préparée pour le 15• Congres du P.C. russe).
n'aillent au delà de l'équité l'agriculture (par l'aide de plus dante et bénévole de l'Etat à la « soudure » ainsi que la tion → resteront précaires.
Cette collectivisation apparait en faveur de en plus abonl'agriculture).
collectivisa:
comme le résultat des méthodes principalement économiques employées par l'Etat prolétarien à la suite d'un développement considérable du secteur étatique de l'industrie, capable d'assurer de tels échanges avec la campagne et de fournir à celle-ci une telle aide.
En inaugurant la N.E.P. en 1921 les bolcheviks l'avaient envisagée au début comme une étape relativement courte, destinée avant tout à développer les forces productives et à mieux souder les rapports entre la ville et la campagne, D'autre part, ils n'avaient pas, pendant longtemps, pris conscience de l'ensemble des longtemps. pris conse problèmes posés par la N.E.P. ainsi que de la conception d'ensemble de politique économique dans laquelle devaient se placer la pratique et les méthodes commerciales caractérisant la N.E.P.
Lénine étant mort entre temps, c est en reamort antre temos cest en réalité Trotsky qui, le premier et le mieux, comprit la signification théorique de la N.E.P. et
(5) L. Trotsky. « La Révolution Trahie ». page 35. 35. 18
U T R I E ME N métralement à l'opposé de ces affirmations mensongères.
L'idée d'un plan pour l'industrie, pour laquelle Trotsky a effectivement et obstinément lutté durant toute la période 1923-1928, ne s'opposa pas à la pratique et aux méthodes commerciales introduites par la N.E.P., mais compléta une conception dialectique de celleci. D'autre part, Trotsky avait envisagé dès le début le développement planifié de l'industrie comme étant inséparable: a) d'un contrôle constant à l'aide d'un étalon monétaire stable et d'une participation démocratique des mas-
LA « SOUDURE » ENTRE LA
En ce qui concerne l'agriculture, Trotsky ne s'est jamais départi de la conception de base que « le renouvellement socialiste de l'agriculture ne se fera naturellement pas par les coopératives considérées comme forme pure d'organisation, mais au moyen de coopératives appuyées sur l'industrialisation de l'agriculfure, son électrification et son industrialisation générale. C'est-à-dire que le progrès technique et socialiste de l'agriculture (8) ne peut pas être séparé d'une prédominance croissante de lindustrie dans l'économie générale du pays → (9).
Dans ce domaine, il critiqua la politique de N.E.P. telle qu'elle fut appliquée par l'équipe Boukharine Staline non d'un point de vue ultragauche, mais parce qu'elle retardait l'industrialisation et la collectivisation de l'agriculture: nuisait à la grande majorité des paysans pauvres, accroissait la force et l'assurance des éléments paysans riches (koulaks). de la petite bourgeoisie citadine et de la bureaucratie. Il critiqua ensuite la collectivisation forcée durant le premier plan quinquennal, qui extermina physiquement quelques millions de koulaks et ébranla jusqu'au tréfonds l'économie du pays et les assises même du pouvoir politique. IL pensait alors que, « maitresse du pouvoir et de l'industrie, la bureaucratie pouvait régler la collectivisation sans mettre le pays au bord de l'abime » (10) en adoptant une allure correspondant aux ressources matéfielles et morales du pays.
Sur le papier, la e collectivisation » depuis lors fut, parait-il, e complète ». Mais les révé lations des épigones (II) sur l'état réel de l'économie agricole, l'élevage, l'organisation et le rendement des kolkhozes ont, dans ce domaines, jeté une lumière crue qui doit avoir très certainement fortement impressionné les
(8) C'est-a-dire la véritable base de la collectivisation et de son évolution.
(9) L. Trotsky. & Vers le capitalisme ou vers le socialisme ? » page 29.
(10) L. Trotsky. « La Révolution Trahie », page 51.
(11) Discours de Malenkov à la session daoût 1953 du Soviet suprême. et rapport de Kronchtchev sur Tetat de l'agriculture et les mesures a prendre.
NATIONALE ses travailleuses dans son élaboration et son exécution ; b) d'un accroissement de l'industrie des objets de consommation et du niveau de vie des masses, parallèle à celui de l'industrie lourde tout en gardant pour une période la primauté aux investissements.
La conception d'une « économie harmonieuse » garantissant le bien-être continu des masses travailleuses de laquelle se réclame actuellement l'équipe des épigones, fut en réalité dès le début défendue par Trotsky et l'Opposition de gauche russe et internationale. VILLE ET LA CAMPAGNE innombrables dupes du « socialisme achevé » en U.R.S.S.
La base agro-technique et mécanique de l'agriculture apparait comme étant encore exfraordinairement restreinte, et les rapports économiques entre l'Etat — principal acheteur des produits agricoles, fournisseur des objets de consommation industriels, distributeur du crédit et de l'aide technique, percepteur d'impôts - sont franchement désavantageux pour la paysannerie. Celle-ci apparait toujours comme étant la véritable partie sacrifiée des masses soviétiques, sur l'autel de l'industrialisation à outrance et de l'accumulation « socialiste » primitive. Staline, « l'ami » des paysans, qui reprocha autrefois à Trotsky sa tendance « à la superindustrialisation », de « tourner le dos à la campagne », etc., fut en réalité le plus féroce pilleur de la paysannerie, qu'il voulut amener au « socialisme » à coups de cravache d'une administration bureaucratique impitoyable et dans le plus grand dénuement.
Comme ce fut toujours le cas, la direction bureaucratique de I'U.R.S.S. effectue actuellement. empiriquement, so nements et des masses, dans ce domaine, révèle franchise inaccoutumée du véritable tableau de tivisée » et « socialisée is la pression des évéun tournant brusque au monde avec une une partie au moins l'agriculture « collec→ ef met en pratique une série de mesures visant à établir la « soudure » entre ce domaine de l'économie, l'industrie étatisée et l'Etat prolétarien.
Certaines d'entre elles rappellent les concessions faites aux tendances individualistes et à l'esprit de propriété des paysans, au lendemain de la collectivisation forcée des années 30 Cette retraite fut cependant alors nécessaire, la base agro-technique et mécanique de la collectivisation et l'état de l'industrie légère destinée à approvisionner la paysannerie en objets de consommation suffisants et bon marché ne permettant pas encore une collectivisation effective de l'agriculture.
C'est encore le cas autourd'hui, où la réintroduction d'une série de mesures capables d'attiser l'intérêt matériel du paysan tient au fait que l'économie soviétique dans son ensemble est loin d'être une économie « socialiste », c'est-à-dire loin d'être caractérisée par
Q UATRIEME IN dies rapports équilibrés entre la production et la consommation, entre l'industrie lourde, l'industrie légère, l'agriculture.
Cependant, en même temps les moyens dont dispose l'Efat pour contróler le processus économique déclenché par ces mesures à la campagne, et pour l'orienter en définitive non vers une dislocation de la structure collectivisée de l'agriculture mais vers sa consolidation réelle sur des bases économiques saines et non primordialement par la coercition; ces moyens sont plus puissants que jamais. lis résident essentiellement dans la force que réprésente actuellement le secteur industriel étafisé, incomparablement plus puissant que dans les années 30, et la stabilisation de la monnaie, reflet elle aussi du progrès général de l'économie soviétique. Ce qui a permis par exemple que l'augmentation des prix d'achat des produits agricoles par l'Etat ne soit pas répercutée sur le pouvoir d'achat des masses ouvrières. Elle a été accompagnée, en effet. non d'une augmentation, mais d'une baisse des prix à la consommation. La nouvelle politique envers les paysans tout comme l'augmentation de • la production et de la vente des produits alimentaires et de consommation, sont probablement financées par la réduction d'une partie des investissements destinés a industrie urde, ura éccnomie sur les dépenses destinecs aux grands travaux projetés par Staline. ot les ressources en or de l'Etat, qui ont permis des achats massifs à l'étranger.
Dans la mesure où l'Etat fournira en quanfités toujours plus grandes les machines nécessaires à l'agriculture et le nombre des techniciens de l'agriculture, et que l'industrie légère saura satisfaire les besoins des paysans en objets de consommation industriels, l'accroissement des forces productives de l'agriculture déclenché entre temps par toute la partie des mesures de N.E.P. concernant l'élévation du prix d'achat des produits agricoles par 'Etat, l'aménagement et la réduction des impâts et des livraisons obligateires à l'Etat, l'encouragement de l'élevage privé, jouera en fa.eur d'une consolidation pius grande de la base économique de l'agriculture collectivisée. C'est dans le cadre d'une faible base industrielle que de telles mesures risqueraient de
Après environ trente ans de politique économique empirique suivie en U.R.S.S,, due non seulement au fait de l'inexpérience dans le domaine de l'édification concrète du socialisme et aux contradictions de la situation objective, mais aussi à la nature bureaucratique de la direction, celle-ci se voit obligée → encore une fois sous la pression des événements, de la réalité, des masses — d'entreprendre un cours économique nouveau qui généralement paraît épouser les grandes lignes de la pensée économique de l'opposition de gauche et de L. Trotsky en particulier. 20
TERNATIONALE faire échapper au contrôle de l'industrie étatisée la forme capitaliste dans laquelle elles englobent l'accroissement des forces productives qu'elles déclenchent.
Même dans ce cas, comme cela fut confirmé lors de la période de N.E.P. proprement dite (1921-1928), le pouvoir prolétarien dispose de moyens (prix, salaires, imoôts, crédits) avec lesquels il peut à chaque moment combattre un tel danger, au prix cependant de contradicfions nouvelles renaissant sans cesse et d'un rythme saccadé de toute l'évolution économique Aujourd'hui, la base industrielle que possede I'U.R.S.S. permet dans ce domaine une évolution plus souple.
En réalité, les véritables vices qui subsistent. pour l'ensemble de l'économie soviétique ne proviennent pas de la rature des mesures -ises dans la nouvelle polit que économique des épigones correspondant en principe aux nécessités urgentes d'une ma che plus équili*rée de cette économie de transition, mais de lexécution de ces mesures par l'appareil bureaucratique et de l'existence de la bureaucratie. C'est toujours celle-ci et son régime qui sont en grande partie responsables des gaspillages qui grèvent démesurément l'économie, et étouffent les initiatives créatrices des masses.
Aujourd'hui, l'U.R.S.S. possède une mainJœuvre technologiquement très qualifiée qui - si elle était débarrassée du contrôle étouffant de la bureaucratie déjà souvent incompétente et toujours spoliatrice — pourrait réduire le gaspillage à un minimum et améliorer énormément la productivité du travail. Exempla entre mille autres dans ce domaine, les résulfats de son action néfaste en ce qui concerne les kolkhoz les mieux équipés et les pius renfables, que les contrôleurs bureaucrates, responsables devant leurs supérieurs pour l'accomplissement des objectifs du plan (bureaucratiquement fixés) sont obligés de pressurer davantage pour combler l'insuffisance des kolkhoz les plus arriérés (12). L'organisation démocratique des masses directement impliquées dans la production est plus que jamais la question-clef d'une véritable évolution équilibrée de l'économie planifiée.
Elle reconnaît, dans les faits, la nécessité de nouveaux rapports équilibrés entre l'industrie lourde l'industrie légère, l'agriculture : la nécessité de concevoir la collectivisation réelle de celle-ci comme étant déterminée non primordialement par les moyens de coercition de l'Etat prolétarien, mais par les capacités de l'industrie étatisée et un juste comportement économique de l'Etat prolétarien (dans son
(12) Cas mentionne dans le rapport Krouchtchev.
VUE D'ENSEMBLE SUR L'ECONOMIE DE TRANSITION
VUE D'ENSEMBLE SUR L'ECONOMIE DE TRANSITION
Q VATRIEME INT rôle d'industriel, de commerçant et de banquier) à l'égard de la paysannerie; la nécessité d'un étalon monétaire stable, ainsi que de la pratique et des méthodes commerciales qui faisaient partie de la conception de la N.E.P., afin d'établir la soudure entre l'économie agricole et l'économie industrielle, jusqu'a ce que les développements importants de cette dernière (y compris dans les branches de l'industrie légère) puissent amener une intégration normale, non forcée, de l'agriculture collectivisée dans les plans d'ensemble de l'économie et l'équilibre réel entre la production et la consommation.
Une talle orientation économique ne peut que favoriser une évolution plus normale de ! économie soviétique et faire baisser entre temps a tensien sociale entre les différentes couches de la population.
Transférée sur le plan des « Démocraties populaires » et de la Chine, elle peut épargner à ces pays les secousses violentes, les tournants brusques, le rythme saccadé qui ont marqué l'évolution propre de l'U.R.S.S. et en éviter ses erreurs. Mais, ce faisant. la bureaucratie reconnait dans les faits aussi bien la faillite de la théorie du « socialisme achevé en U.R.S.S. » que « du socialisme dans un seul pays » en général. Elle se place sur la base d'une économie de transition qui, pendant longtemps encore, combinera dans des proportions différentes d'un pays à l'autre la pratique et les méthodes commerciales propres à une économie de marchế. avec le développement planifié de l'industrie et la collectivisation progressive de l'agriculture selon les possibilités économiques.
Cette évolution ne sera du reste pas rectiligne : elle sera marquée de contradictions nouvelles et influencées par les liens qui doivent s'établir et se maintenir pendant toute une période avec le reste du marché interna-
ERNATIONALE fional. Elle n'atteindra l'équlibre qu'à une phase supérieure que marqueront la victoire de la Révolution mondiale et la fusion dans une économie planifiée d'un secteur du marché mondial, beaucoup plus important que celui d'aujourd'hui, permettant un développement des forces productives supérieur à celui du capitalisme le plus avancé.
L'époque transitoire entre le capitalisme et le socialisme « considérée dans son entier » apparaîtra ainsi, sur le terrain économique, telle que L. Trotsky l'a comprise de bonne heure: < exigeant non la diminution de la circulation des marchandises, mais bien son extrême élargissement. Toutes les branches de l'industrie se transforment et grandissent, il s'en crée sans cesse de nouvelles et toutes doivent, quantitativement comme qualitativement, déterminer leurs relations réciproques. La liquidation simultanée de l'économie rurale. qui produisait pour le consommateur sur place, ef de la famille fermée signifient l'entrée dans la circulation sociale, et dès lors l'entrée dans la circulation monétaire, de toute l'énergie du travail qui se dépensait auparavant dans les limites d'une terme ou dans les murs de l'habitation. Pour la première fois dans l'histoire, tous les produits et tous les services peuvent être échangés les uns contre les autres. D'autre part, une édification socialiste couronnée de succès ne se conçoit pas sans intégration dans le système planifié de l'intérêt personnel immédiat, de l'égoisme du producteur et du consommateur, facteurs qui ne peuvent se manifester ufilement que s'ils disposent de ce moyen coutumier, sür et souple —•l'argent ». (13).
JANVIER 1954.
(13) L. Trotsky. + La Révolution Trahie ». pages 83-84.