Pour accomplir son coup de foroe, Timpérialisme, sentant que les conditions n'étaient plus favorables pour bien longtemps, a choisi soigneusement son moment et a mené son action avec une extrême rapidité.
Le Glaoui rentre précipitamment de France, après avoir obtenu sans doute l'appui des représentants du capital international, fait sa tournée de propagande lambour battant, réunit les conjurés, intronise son iman et ré lame très haut le trône pour le fantoche. Avec plusieurs sections de blindés, en lespace d'une heure, le sultan es; enlevé par les hommes de la Rési24 dence; 24 heures après l'autre esi là. En trois semaines tout était réglé.
Le gouvernement et la Résidence ont monté les événements suivant une mise en scène magistrale aidée par la suppression de toute liberté d'expression. Cela a pu faciliter l'automystification des Européens mais n'a nullement illusioné les Marocains.
Les figurants de premier plan étaient ces fameux cavaliers berbères, mercenaires des caïds pro-Glaoui, membres de tribus ignorentes amenés de force, quelques dizaines de mille au maximum, censés représenter la volonté des masses rurales du Maroz. Chaleureusement
Q UATRIE ME INT applaudis par les Européens, ils ont reçu un accueil glacial de la part des populations des médinas.
Il faut détruire à ce sujet la prétendue distinction entre Arabes et Berbères, les premiers étant, d'après les journalistes, à gage des conquérants oppresseurs qui veulent dominer les seconds, Il n'y a en réalité que des Marocains parlant arabe ou berbère (ou les deux) et des milieux ruraux de structures économiques très diverses, de droit coulumier ou islamique uniformément appelées tribus.
En réalité, à part quelques corrompus, dans les villes et même dans le Sud, les Marocains ne reconnaissent pas le nouveau sultan. Pour les parades militaro-religieuses organisées en faveur du fantoche, la « foule » a été amenée de force sous la menace de peines de prison. Dans les villes du Nord, elles ont été néanmoins un fiasco complet.
Mais bien sûr ce fut avant tout grâce à la terreur et à la répression que le coup de force put réussir. Déjà très développées dans ce pays elles atteignirent à cette occasion une intensité encore jamais vue. L'Istiglal, déjà depuis 6 mois dans l'illégalité, n'eut pas une capacité de riposte suffisante pour parer à l'attaque brusquée de l'impérialisme. Le fait le plus saillant de cette histoire est la défaite du sultan avec une très faible fraction de son entourage et le revirement complet de presque tous ceux qul, auparavant, le soutenaient : vizirs, oulémas, quelques pachas et caïds. Ceux qui ont refusé de se soumettre sont en fuite ou... en prison. Mais il ne s'agit que de l'élimination d'une fraction droitière, opportunis'e du mouVement national. En même temps un coup très heureux est porté aux illusions des masses et de l'Istiqlal quant à la force de résistance d'un sultan dans son palais. Inévitablement des
ERNATIONALE féodaux patriotes échouent, comme d'autres, s'ils tentent une politique de compromis avec l'impérialisme. L'Istiglal qui est lié à cette classe économiquement (mais pas politiquement) supporte fatalement son instabilité mais d'un auire côté la poussée des masses marocaines tend à l'affranchir de toute sa politique opportuniste.
La conscience des masses populaires ne semble pas avoir été démoralisée par les événements. Bien qu'attachée sentimentalement à l'ancien sultan, elle est habituée, de par le passé historique du pays, à l'inconsistance des éléments féodaux qui l'ont toujours exploitée sans limite.
Le déroulement de l'opération, la répression qui a frappé l'Istiqlal soulignent les limites actuelles du mouvement pour l'indépendance en même temps que son évolution future probable. Il est apparu que seul, en tant que parti, l'Istiglal était dans la bataille, les autres n'y étant intervenus que verbalement et que, d'autre part, dans cet épisode, ce furent les jeunes es les ouvriers qui participèrent le plus activement à la lutte.
Vu le manque d'armes, l'action des nationalistes n'a pu se développer en face d'une police surarmée, et s'est un moment orientée vers le sabotage. Il est probable que la classe ouvrière qui se développe en fonction de l'expansion économique aura un poids de plus en plus grand au sein du mouvement nafional. Déjà des embryona d'organisation ont existé, des grèves ont eu lieu. Les « djemmas ouvriers » que la Résidence veut organiser sur le mode corporatif deviendront inévitablement des syndicats. Le mouvement s'orientera de plus en plus, non sur la guérilla dans les villes et les bleds, comme autrefois, mais sur un approfondissement de la lutte des classes entre le prolétariat et l'impérialisme.
2 septembre 1953.