Le 10 et le 11, on pouvait déjà trouver des indices presque physiques de la tension croissante. Un de ces indices était les dimensions monstrueuses des meetings. La diffusion formidable des bulleting d'information des partis de gauche en était un autre. Le L.S.S.P. a publié, le * Samasamajaya », le « Samasamajist » et le « Samadharman », à raison de deux éditions par semaine vers la fn — ce qui équivalait, en fait, à la sortie d'un journal six jours par semaine. La diffusion n'avait de limites que celles de nos capacités d'impression ; la demande était, en effet, formidable. C'est sans doute près de 100.000 exemplaires de nos journaux qui ont été diffusés pendant cette période; la presse de propagande capitaliste a été battue en brèche comme jamais auparavant. Les journaux de Lake House, notamment, étaient suspects au public et ne produisaient pas l'effet qu'ils produisaient en 1947 et 1952.
La soirés du 11 vit des heurts entre les étudiants d'Université et la police, à
N.D.L.R. - L'article que nous publions est extrait de la brochure du camarade Colvin de Silva portant le titre Hartal.
Hortat signifie grève générale non violente, forme de lutte d'inspiration gandhienne. Les masses naturellement y mettent chaque fois le contenu qui leur convient. Dans les premiers chapitres de sa brochure, le camarade Colvin de Silva décrit l'ampleur pris par le mouvement des masses à Ceylan, le 12 août dernier ‚appelées par le Front unique des partis ouvriers à protester contre la supression par le gouvernement réactionnaire de la subvention de riz, principale nourriture des masses; les racines historiques de ce mouvement; les - indices précurseurs de la tempête populaire ; les préparatifs de lutte du gouvernement et des masses.
La partie que nous publions s'ouvre directement sur les événements du 12 août a Ceylan.
Kandy et Peradeniya. Matraqués à Kan. dy, les manifestants étudiants se replièrent sur l'Université, à Peradeniya; cette retraite leur valut seulement d'être poursuivis et matraqués à nouveau, non seulement sur le campus, mais aussi à l'intérieur de Joyatilaka Hall. Maltraités, les étudiants se battirent avec tout ce qu'ils avaient sous la main ; ils se heurtèrent à l'arrogant vice-chancelier Attygale lui-même ; et, en dépit de ses menaces, qui faisaient écho aux prises de position du gouvernement, ils se mirent en grève le lendemain. Les étudiants forcèrent littéralement ce Monsieur à rabattre son caquet et à aller se porter garant des étudiants arrêtés. Depuis lors, la police elle-même a reconnu, incidemment, que l'un des étudiants avait été agressé et arrêté sans avoir pris part à la manifestation, ni à l'un des incidents qui l'accompagnèrent.
Le 11 aussi ‚le peuple connut un grand succès préliminaire. Les travailleurs de la Compagnie d'autobus du Sud-Ouest se prononcèrent pour la grève ; et leur patron, M. Cyril de Zoysa, un des pillers de l'U.N.P., plia sous l'ouragan. Il déclara aux représentants syndicaux qu'il laissait ses employés libres d'agir comme bon leur semblerait. Par là même, on était sûr que la plus grande compagnie d'autobus de Ceylan ne fonctionnerait pas le 12.
A minuit, nouveau grand succès populaire. Les ateliers d'essai de Deuratagoda se mirent en grève. Pareil événement n'était pas arrivé en 1947. La nouvella fut connue, dans la nuit, par les tracts du L.S.S.P.; c'est par cet intermédiaire aussi que les nouvelles concernan: la compagnie d'autobus du SudOuest étaient parvenus aux autres lignes d'autobus.
A Colombo, dès l'aube du 12, les dirigeants du L.S.S.P. étaient dans la rue et aux portes des principales entreprises, tant gouvernementales que privées. Le port se mit en grève. Les ateliers de chemins de fer de Patmolana également. Grève dans les tramways. Grève aux
VATRIEME usines P.W.D. à Kolonnawa. Grève dans les ateliers de menuiserie Di. Grève aux usines de tissage et de filature de Wellawatta. Grève aux ateliers Walker. Grève chez les ouvriers allumettiers. Grève chez Tucker. Grève dans toute une série d'entreprises . plus petites. Les actions grévistes déferlaient comme une vague.
Ensuite, les boutiques et les autres établissements fermèrent. De Ratmolana à
Pettali, de Pettali à Grandpan, de Grandpan à Borella, et de Borella à Pamankada, c'est tout juste si l'on pouvait trouver une boutique ouverte, si total était cet aspect du hartal. Les manifestations de masse décidèrent les hésitants; la prudence obligea même les plus hostiles à suivre le mouvement.
En même temps, les lignes d'autobus cessèrent toute activté, les unes après les autres. A l'exception de quelques cas isolés et vite réprimés, aucun autobus n'était dans les rues à 10 heures du matin. Les rues de Colombo, ordinairement actives, semblaient nues et désertes; jusqu'aux voitures privées dont le nombre n'atteignait pas le dixième de ce qu'il était d'habitude. Les conducteurs de pousse-pousse et les meneurs de buffles eux-mêmes, ne se montraient pas dans les rues. Rien sur les trottoirs, si ce n'est de petites files d'attente sans espoir aux arrêts d'autobus, et quelques employés qui se trainaient péniblement. Bien peu purent se rendre à leur travail; et les services gouvernementaux, où certains employés avaient passé la nuit aux frais du gouvernement, furent tout simplement dans l'incapacité de fonctionner, malgré tous les dires de la propagande officielle.
Les mairies de Colombo et de Moratuwa avaient hissé le drapeau noir. Le Conseil municipal de Colombo avait décidé de soutenir le hartal et d'exiger la démission du gouvernement. Les travailleurs municipaux se mirent en grève (à l'exception de ceux des divers sérvices sanitaires). Le Conseil urbain de Moratuwa, contrôlé par le L.S.S.P., alla plus loin et participa complètement au hartal, en dépit des menaces des services du gouvernement local. C'est une foule d'excellente humeur qui déambulait à Colombo ce matin là ; riant très fort des énormes inepties des « Daily News » qui tiraient : « Travail normal ce matin ». Lake House ne se remettra jamais de ce mensonge ! Jusqu'à la police qui était de bonne humeur. En beaucoup d'endroits, les militaires brillaient par leur absence.
Le gouvernement capitaliste de TU. N.P. a été pris de panique. Le cabinet s'est réuni le 12, à bord du navire de sa majesté le « Newfoudland », vaisseau de guerre anglais qui se trouvait dans le port de Colombo ! A Dompe, la police avait déjà tiré et tué. Un autre homme était tombé sous les balles à Mutwal. 48
Plus tard, dans la journée, cependant.
la situation changea ; et avec elle l'humeur populaire. A Pettah, on vit la police charger et matraquer une foule qui n'aurait pu se disperser, si elle lavait voulu, et qui, souvent, n'aurait pas accepté de se disperser, même si elle l'avait pu. A la fin, les gens se défendirent à coups de briques et de pierres , arrachées à la chauscée. Il faut noter que les masses, loin de montrer de la peur, se battirent avec détermination. C'est à cet endroit qu'Edwin fut abattu ; il refusait de quitter la chaussée et tendait la poitrine aux fusils. Notre parti lui a fait des funérailles solennelles.
Au même moment survinrent des nouvelles concernant des fusillades survenues chez Volkart frères, au marche Manning, aux établissements de construction maritime Walker, dans le port. A Kirillapone, à la sortie du secteur opposé de Colombo, la foule a construit une véritable banricade et a soutenu une bataille rangée contre une troupe de quatreabords de Colombo étaient bloqués, soit vingts policiers en armes. Tous les par des manifestations, soit par des barrages de route. Toutes les communications, à l'exception de la radio, étaient coupees entre Colombo et les autres centres. La capitale, où les masses submergeaient la police, était isolée du reste du pays. Partout, les dirigeants du L.S.S.P. étaient triomphalement accueillis.
Hors de Colombo, le tableau était identique. Les trains et les autobus étaient paralysés. Aucun camion ne sortit. Les masses manifestèrent dans la rue, se battirent contre la police, forcèrent même les établissements hostiles à fermer, et arrêtèrent tout trafic par tous moyens en leur pouvoir. De Gintota dans le Sud, à Megombo et Wennapuwa, dans le Nord, en passant par les côtes Ouest et Sud-Ouest, de Colombo jusqu'à Ratnapure, à travers Avissawella, le hartal était total et le peuple triomphait. Situation identique dans la péninsule de Jaffna. Ça et là des foyers de soulèvement parsemaient le pays.
Le gouvernement U.N.P., si plein de jactance, avait été pris complètement au dépourvu. Il s'était préparé à combattre une grève, et il devait aussi faire face à un hartal. Il ne le comprit pas et fut incapable d'endiguer le mouvement. Comment d'ailleurs un soulèvement de masse pourrait-il être endigué par un gouvernement qui ne l'a pas prévu et n'a aucune expérience dans ce domaine ? La police était visiblement impuissante. Un policier, qui restera anonyme, remarquait : « Nous ne sommes que six mille; que faire contre huit millions d'hommes ? ». A Egoda Uyana, par exemple, la population, arrivée à un état d'esprit presque insurrectionnel, avait capturé un train, repoussé les policiers en armes
LA PANIQUE GOUVERNEMENTALE
LA PANIQUE GOUVERNEMENTALE
Q UATRIEME IN dans leurs postes et refusé de se disperser, même lorsque les militaires avaient tiré sur la masse désarmée qu'ils constituaient. A Panadura, deux wagons de chemin de fer furent incendiés juste en face de la gare. A Borakanda, près de Karandeniya, la foule, presque insurectionnelle elle ausi, avait encerclé la police et le magistrat qui lisait l'acte d'émeute, en exigeant l'assurance que certains camarades, arrêtés antérieurement, seraient relâchés. A Boralesgamuwa, aux faubourgs même de Colombo, toute une file d'autobus Gamini, qui essayaient de fendre le hartal, avaient été aussi encerelés et saccagés. A Dompe même, un car de police avait été détruit et on attirmait que le peuple avait essaye de s'emparer d'un poste de police. A Maharagama, on disait que le peuple avait règné en maître pendant un jour. La situation n'était guère différente à Homagama, Kirillapone, Waskaduwa, et borakanda. En certains endroits, tels que Balapitiya, Akurala, Ratzura, la police comme l'armée se faisait remarquer le 12 par leur étrange absence - et en ces endroits, la journée du 12 fut calme, le hartal étant total!
Frappé de panique, le gouvernement U.N.P. fit appel à l'armée, fixa un couvrefeu de 6 heures du soir à 6 heures du matin, et déclara l'état de siège en vertu de l'acte de sécurité publique, dès laprès-midi du 12. C'était fermer la porte de l'écurie quand le coursier s'est dejà enfui. Le harial et la grève, proclamés pour un seul jour, étaient presque Imis. Un calme raisonnable semblait devoir régner le lendemain, si toutefois le gouvernement voulait laisser le calme se rétablir.
Mais le calme ne devait pas revenir. D'une part, le mouvement s'était luimême élevé à une telle hauteur qu'il ne pouvait retomber automatiquement et sans délai. D'autre part, le gouvernement U.N.P., au milieu de sa panique saisit lEtat de siège comme une occasion de déclancher une terreur implacable contre les masses. La police devint plus brutale. L'armée agit plus aveuglément. Dans les régions rurales, les partisans de l'UNe., qui, le 12, avaient tremblé dans leur isolement, sortirent de leur lâcheté pour chercher des revanches de poltron. Ils dénoncèrent aux autorités toute personne qu'ils savaient, ou qu'on leur avait dit, être en liaison avec le mouvement Samasamaja, avec les jeunesses Samasamaja en particulier.
Les autorités saisirent l'occasion deux mains. Il est significatif que le 13 ait compté autant de morts que le 12. La police tira et tua à Uragha, le 13. De mênce, à Ratgama; de même à Hikkaduwa. L'homme qui tomba à Uragha, avait tendu la poitrine aux balles. Jusqu'au bout le mort de Ratgama avait fait preuve de hardiesse. On ne connait
TER NATIONALE Ils joignirent à la liste leurs ennemis personnels et ceux contre lesquels ils avaient des griefs particuliers. Et ils se mirent à rechercher et à fournir contre les militants Samasamaja qu'ils dénoncaient des preuves, souvent complètement fausses et forgées de toute pièce. C'était, à nouveau, l'expérience de la loi martiale de 1915. En vue, semble-t-il, de parfaire la comparaison, le gouvernement capitaliste de I'U.N.P. annonca la fondation d'une pseudo garde aivique, d'escadrons de prétendus « volontaires pour la défense rurale » visiblement destinés à regrouper tous ces éléments dont nous venons de parler. Ceylan n'a pas encore oublié la fameuse garde urbaine de 1915.
Le régime d'exception ne se différenclait que très peu de la loi martiale, bien que les décrets d'exception aient été appliqués dans le cadre de tribunaux ordinaires. On peut s'en rendre compte par la règlementation des cautions. Cette règlementation retira aux cours le droit de libérer sous caution, et le confia virtuellement à la police. Certaines atteintes à la propriété devinrent passibles de mort. Les peines sanctionnant les autres atteintes furent majorées. Une loi Sur les émeutes, nouvelle et plus extensive, fut promulguée. L'exécutif s'arrogea le droit de détenir les personnes sans procès, et, de limiter leurs mouvements, de confisquer les propriétés des organisations ou des personnes. Ces mesures et, en fait, tous les attributs de l'état policier vinrent au jour avec une rapidité qui sema la panique et laissait présager bien des difficultés.
En même temps, a laube du 1s, une trouble contusion regnait. Le couvre-teu avait donné naissance à des bruits divers ; et ces bruits à l'agitation. A Uragha, par exemple, on se mit à bloquer la route aux compagnies d'autobus qui s'étaient montrées hostiles la veille. Non loin de Barakanda, le peuple se rassembla en une masse combattive, qui menaça de marcher sur Ambalagoda, au secours des camarades détenus depuis lla veille au poste de police. A Kirillapone la foule se battit contre la police et l'armée, et incendia même un camion citerne. A Hikkaduwa, elle contint une troupe de policiers en armes pendant quatre heures, refusant de la laisser passer. Et ainsi de suite, sans cesse plus avant. Le peuple, prive de nouvelles et de directives venant de ses amis, réagissait selon ses instinets. pas jet on ne pourra jamais connaître, le nombre de blessés à balle qui ne succombèrent pas ; il est, toutefois, hautement significatif que la police, après avoir donné au « Temps de Ceylan » Ne chiffre de 21 morts, l'ait ensuite retiré et réduit à 7. Le premier ministre luimême ne semblait pas très sûr du chiffre; le gouvernement semblait être bien
LA TERREUR
LA TERREUR
Q UATRIEME IN T peu imformé de ce qui s'était passé. La vengeance du gouvernement U.N.P., s'abattit aussi sur le Conseil municipal de Colombo et le Conseil urbain de Moratuwa, qui s'étaient solidarisés avec le hartal. Ces assemblées, élues furent suspendues par les décrets d'exception, et la domination directe du gouvernement central fut imposée, par l'intermédiaire de commissaires spéciaux.
Les jours et les semaines qui suivirent virent un gouvernement, qui avait légiféré dans la panique, utiliser ces lois pour étouffer et réduire toutes les véritables oppositions. Par ces lois, les meetings, les groupes de plus de trois personnes, furent interdits. Par ces lois, notre presse ne put être vendue. Par ces lois, toute liberté de déplacement fut supprimée ; aucune opposition authentique ne pouvait agir. On s'en prit alors à la presse de gauche. Notre imprimerie fut perquisitionnée et nos presses placées sous scellés. Pas un de nos locaux qui n'ait été plusieurs fois perquisitionné. Jusqu'aux drapeaux du Parti qui furent confisqués par une police, intentionnellement violente et brutale sans provocation de notre part.
Puis les arrestations massives commencèrent. Des centaines de personnes, qui n'avaient fait que violer le couvrefeu, se virent expédiés dans des prisons bondées. Des centaines d'autres furent placées sous mandat, sans plainte déposée contre elles, et maintenues en prison pour être souvent libérées plus tard, sans qu'aucune preuve ait été apportée contre elles ni que les accusations aient été sérieusement examinées. Des maisons furent envahies par la police, au cours de ses enquêtes. A Baralugoda, 200 policiers en armes, ne se bornèrent pas à fouiller la maison de notre camarare Robert Gunawardene, membre du parlement: ils mirent sens dessus dessous son jardin, à la recherche d'armes et d'explosifs qui ne s'y trouvaient pas. Les passages à tabac étaient monnaie •courante dans les postes de police: si bien que les gene fuvaient leur domicile plutôt que d'affronter la terreur. Dans les régions rurales, la police semble, en quelques endroits, avoir été prise de folie furieuse. Les habitants d'une maison d'Urapha racontent l'histoire d'une destruction par la police qui vous donne mal au ventre et vous plonge dans la colère. Les habitants de Karandeniya ont déclaré publiquement que la police a mis le feu à plusieurs endroits du village. les soirs de couvre-feu. De partout sont venus des récits semblables. En ces endroits, la police régnait sans contrainte, même si l'autorité du gouvernement
1818-1848-1915
La force et la puissance du coup porté par le peuple au gouvernement capitaliste de 1'U.N.P., le 12 août dernier apparaît nettement de la description sommaire des événements que nous venons de faire. Le gouvernement U.N.P. a lit.50
ERNATIONALE U.N.P. n'y était pas respectée. Ce n'était pas le règne des lois d'exceptions, mais celui de la piraterie en uniformes.
L'horreur de son propre régime d'état de siège parvint jusqu'au gouvernement capitaliste de l'U.N.P., lorqu'au pont de Kirillapone, une sentinelle militaire abattit l'inoffensif M. Beriyatamby, qui rendait à Quickshaw. Une décision d'un juge de Colombo lui fit apparaître le ridicule d'au moins une de ses lois d'exception et démontra l'incapacité totale dans laquelle se trouvait le propre ministre de la justice du gouvernement d'interpréter les lois même qu'il avait parainnées. Par dessus tout, les hommes d'affaires se plaignaient que l'état de siège et le couvrefeu soient en train de tuer leurs affaires. Jusque dans les cercles qui soutenaient I'U.N.P., on comprenait de plus en plus leffet de boomerang qu'avait la terreur. Le gouvernement capitaliste de I'U.N.P. ne se renforçait pas par la terreur qu'il avait déchaînée. Au contraire il s'affaiblissait encore. Le « Temps de Ceylan » se mit à laisser entendre assez nettement qu'il était temps de mettre fin à l'état de siège.
Devant cet état de choses, un léger relâchement commença à se faire resbenti. Le couvie-feu fut levé. La proclamation de l'état de siège fut limitée aux vingt-quatre districts de l'ile où le soulèvement avait été le plus intense. Les règlementations des cautions furent amendées. Une amnistie fut proclamée pour les infractions au couvre-feu. L'armee fut rappelée.
En meme temps, lobjectif politique d'une prolongation de Etat de siege commença à devenir clair. Le régime d'exception servait à étouffer l'opposition au gouvernement capitaliste de l'U.N.P. Le L.S.S.P. étant notamment réduit au silence, l'Opposition devait se borner à discours parlementaires. sous scellés de notre imprimerie, qui interdisait la publication de nos journaux, empêchait ces discours de parvenir jusqu'au public. La presse capitaliste meurait ce qu'elle avait toujours été : la pourvoyeuse de mensonges anti-Samasamaja, au lieu de nouvelles Samasamaja.
demande que fit notre Parti de la convocation d'une Commission d'enquête, indépendante et impartiale, sur les fusillades, ne reçut aucune publicité. Notre dénonciation des atrocités ne transpira pas dans la presse. Les nouvelles des affaires judiciaires étaient elles mêmes supprimées. Le gouvernement U.N.P. continua sa répression derrière un voile de silence imposé par les décrets d'ex/ ception dont il se servait comme instrument de répression. - AOUT 1953 téralement défié le peuple d'oser protester contre ses mesures. Il a, également, ouvertement préparé son appareil de répression contre toute tentative de réponse à son défi. Il pensait prévenir ainsi toute protestation. Le seul résultat fut
Q UATRIE ME que, le 12 août, un peuple outragé et irrité se dressa dans toute sa puissance, renvoya au gouvernement son défi en pieine face, et lui donna, ainsi qu'à ses alliés de classe, une leçon de politique telle qu'elle sera vraisemblablement jamais oubliée. Ainsi que nous l'avons vu, pendant une partie de la journée, le peuple a effectivement réduit à l'impuissance l'appareil de répression du gouvernement U.N.P. et forcé la classe capitaliste à plier sous la volonté populaire.
Absolument rien, aucune répression, aucune persécution ultérieure, ne pourra ôter de la tête du peuple la conscience de la puissance des masses, dont il a fait l'expérience ce jour-là. Desormais, le gouvernement devra compter avec ce fait. Aucun gouvernement ne peut l'abo-
Ainsi donc, le 12 août, un nouveau facteur a fait sa réapparition sur la scène politique. Il s'agit de l'intervention directe des masses dans le domaine politique, c'est là le facteur fondamental du processus révolutionnaire. Dans l'avenir, notre politique ne peut être la même qu'auparavant. La conscience de la puissance des masses, conscience qui est née dans les masses elles-mêmes, aussi bien que chez leurs adversaires, vient confirmer cela.
Le caractère du soulèvement d'août le place à un niveau très élevé. Il l'intègre dans la tradition de 1818, de 1848 et de 1915. Mais avec une différence. Le caractère de classe du soulèvement d'août 1953 est fondamentalement différent de celui des mouvements énumérés. Le soulèvement de 1818, à coup sûr, a et un caractère populaire. C'est le peuple qui s'est dressé. Mais sa direction était féodale ; et il visait à rétablir un roi féodal. Ce fut un mouvement tourné vers le passé, non vers l'avenir. Le soulèvement de 1848, d'une ampleur moins considérable, a été, toutefois, de nature plus moderne. C'était la protestation violente d'une population rurale contre le processus d'expropriation capitaliste des terres. Il eut des dirigeants, pas de direction. Les anciens féodaux étaient brisés, impuissantés. Aucune classe nouvelle, capable de diriger la lu'te et de l'orienter vers la prise du pouvoir, ne s'était fait jour. Le soulèvement de 1848 était, par conséquent, prédestiné à n'être qu'un simple épisode : il n'a même pas été un moment de la mémoire et de la conscience politique du peuple. 1915, fut différent à la fois de 1818 et de 1848. Il a porté l'empreinte de la classe capitaliste cinghalaise, nouvellement constituée, en plein essor. Il était
L/état de siège a été levé ; mais le véritable état d'exception demeure. Une tache subsiste: remplacer le gouvernement capitaliste de l'U.N.P. Une lutte se poursuit : le combat pour la démission
RNATIONAL donc orienté vers l'avenir. Mais la fai-blesse même de la nouvelle classe, son absence d'ideologie claire, se reflétèrent dans forme communo-religieuse qu'adopta le soulèvement de 1915. Le heurt entre le peuple et l'impérialisme britannique se vit, ainsi masqué, rendu moins apparent. Mais la lutte laissa dans la conscience populaire le souvenir d'une lutte de masse contre les maîtres étrangers. Elle poussa Ceylan dans la voie de la lutte de libération nationale.
Le soulèvement d'août 1953 est le premier soulèvement de masse, de toute l'histoire de Ceylan, contre la domination des capitalistes cinghalais. C'est le premier soulèvement de masse, de l'histoire de Ceylan, qui porte la marque de l'alliance des ouvriers et des paysans, instrument social de l'émancipation nationale de Ceylan. C'est à Ceylan, le premier grand soulèvement qui indique aux masses la voie de la prise du pouvoir et de la naissance du gouvernement ouvrier-paysan.
Il faut aussi distinguer, de façon notable, le soulèvement de 1953 des grandes luttes grévistes de la classe ouvrière, dont Ceylan a été le témoin depuis la grève du port de 1921. Le mouvement d'août 1953 n'était pas, avant tout, mouvement gréviste, bien que les grèves en aient constitué une part importante. Les luttes d'août sont nées et ont été menées par des masses beaucoup plus larges que la classe ouvrière. Elles sont nées de masses à prédominance rurale qui leur ont, ensuite, donné le caractère d'un véritable soulèvement, dans les régions de l'ile les plus denses et les plus avancées au point de vue politique ; à savoir, la côte Ouest et Sud-Ouest, ainsi qu'une partie des régions intérieures correspondantes.
Du fait de la non participation de la direction du Congrès indien de Ceylan, l'importante masse de travailleurs des plantations n'a pas fait grève le 12 août, bien que dans bon nombre de domaines, on ait cessé le travail, lorsque le Samasamaja était en force.
Chacun peut se rendre compte de la puissance qu'aurait eu et qu'aurait acquise le soulèvement d'août 1953, si les travailleurs des plantations y avaient participé, de toute la masse ouvrière concentrée qu'ils cosntituent, A l'échelle nationale, l'alliance des ouvriers et des paysans aurait été complète. Mais la voie est nettement tracée pour la lutte pour le pouvoir qui s'annonce — car le mouvement d'août 1953 n'est pas seulement enraciné dans le passé, il est aussi le miroir de l'avenir. du gouvernement et l'organisation de nouvelles élections générales.
Mais le gouvernement U.N.P. a reçu un coup dont-il ne se remettra jamais tout à fait. Le 12 août ne s'est pas borné à
COMMENT ALLER DE L'AVANT
INT
COMMENT ALLER DE L'AVANT
WUATRIEMEIN le faire trébucher, il a aussi dé érioré sa base morale. Le 12 août a de plus irrémédiablement sapé sa base de masse.
Aucune concession mineure ne peut désormais rétablir cette base — pas même le rétablissement du prix du riz ! L'abolition de la subvention au prix du riz a, d'un seul coup, mis à nu le visage capitaliste du gouvernement U.N.P., comme si un voile avait été soudain arraché. Les masses jamais plus ne pourront être déçues en prenant ce gouvernement pour le leur. La terreur consécutive au 12 août, plus encore que les mesures antérieures, a . imprimé dans leurs cerveaux et marqué dans leur conscience la nature capitaliste de ce gouvernement. Elles ont à jamais appris que cet Etat est l'Etat de la classe dominante.
En même temps que cela, les masses ont également appris que, si elles voulaien: améliorer la société, elles devaient la diriger. Si elles veulent que leurs vœux soient exaucés, elles doivent bâtir leur Etat.
La voie vers la création par les masses de leur propre Etat est la voie de pouvoir ; et le pouvoir des masses ne réside pas seulement dans leur nombre, mais encore dans leur degré d'organisation. Ce n'est pas par accident que les secteurs les plus importants du mouvement du 12 août ont été précisément ceux, où le mouvement Samasamaja existait depuis le plus longtemps. Ce n'est pas non plus par accident que les sommets de la lutte ont été atteints aux endroits ou le 52
TERNATIONALE Parti Lanka Samasamaja et ses jeunesses étaient les mieux organisés. Ce fut presqu'une loi du soulèvement du 12 août que partout où se trouvaient les Samasamajistes, le peuple ait bougé. Et, en effet, dans son ensemble, le mouvement du 12 août fut, à bien des égards, un triomphe pour les dirigeants, locaux du mouvement Samasamaja et, dans cette mesure, un triomphe pour le Samasamajisme lui-même. Par suite, c'est, de toute évidence, le devoir des militants de la ville et de la campagne que de rejoindre le mouvement Samasamaja.
Le Parti Lanka Samasamaja est tout prêt et tout désireux de recruter et d'édu quer ces militants; d'ajouter à leur expérience de luttes la compréhension politique qui les rendra irrésistibles lorsque les masses tendront vers le pouvoir. Le Parti Lanka Samasamaja leur apporte une tradition riche de dix-huit années ; sa propre expérience des luttes ; la clarté de son programme et la puissance de te de son re amme et la puisan de Parti Lanka Samasamaja fait appel à eux en -tant que Parti des travailleurs, que Parti de l'avenir, que Parti sous la direction duquel le peuple cinghalais parviendra à la victoire finale - la vietoire qui lui apportera la pleine indépendance nationale et le socialisme.
Rejoignez le mouvement Samasamaja !
Formez une section des jeunesses Sa_ masamaja dans chaque village et chaque centre urbain du Lanka.
Vive la tradition et l'esprit populaires daoût 53 !