Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 11, n° 8-10

L'imbroglio de Trieste

Quatrième Internationale, vol. 11, n° 8-10 · novembre 1953 · p. 13-14 · 505 mots

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La décision des Anglo-" méricains d'accorder la zone A du territoire de Trieste à l'Italie malgré les stipulations contraires du traité de paix avec ce pays, provoqué une tension dans les rapports entre Rome et Belgrade et au sein de la « Communauté atlantique » en général, autour de laquelle gravite depuis un certain temps la Yougoslavie sur le plan de sa politique extérieure.

La décision des Angle-Américains s'explique par leur désir de consolider le gouvernement Pella en Italie, d'éviter une nouvelle crise ministérielle prolongée dans ce pays, et de faire ratifier vite par Rome le traité de l'Armée européenne, objectif numéro un à l'étape actuelle de la politique de Washington en Europe.

D'autre part, les nouveaux rapports qui semblent s'établr depuis la mort de Staline entre Moscou et Belgrade, n'ont pas cessé d'inquiéter les Anglo-Américains.

Tout compte fait, une telle décision de leur part, inévitable à la longue, afin de contenter leur partenaire de loin le plus important et le plus sûr : l'italie, il est mieux qu'elle intervienne maintenant que plus tard, à une étape de rapprochement éventuel plus prononcé entre Moscou et Belgrade.

C'est qu'en effet actuellement le gouvernement yougoslave se trouve dans la situation la plus délicate et la plus faible, prisonnier comme il est de l'aide économique et militaire que Washington lui accorde, de ces engagements avee les diffé lents membres de la « Communauté atlantique », et sans qu'il puisse faire confiance, à l'étape actuelle, à aucune avance du Kremlin.

La décision des Anglo-Américains risque naturellement de toute manière d'entamer le processus inverse d'un nouvel éloignement de la Yougoslavie de ses

QUATRIEMEINTERNATIONALE alliés impérialistes et de rapprochement accéléré avec Moscou. Les masses yougoslaves dans leur très grande majorité n'y seraient aucunement hostiles manifestations anti-impérialistes orageuses ont pleinement significatives cet égard. Tito lui-même n'a pu manquer très probablement d'en tenir compte et d'en tirer les conclusions.

Mais la rentrée de la Yougoslavie dans le camp soviétique ne pourra de toute manière se réaliser sans révision profonde des rapports du Kremlin avec les autres Etats anticapitalistes. Car ni la Yougoslavie ne pourra jamais accepter d'y retourner sur la base d'un satellite pur et simple (plus prisonnier que jamais, dans ce cas, du Kremlin), ni non plus ce dernier n'acceptera de lui accorder un régime de faveur sans l'étendre cette fois du même coup à toutes les autres « démocra ties populaires ».

Quant à la question proprement dite de Trieste, la solution la plus valable dans les conditions actuelles reste celle d'un autogouvernement démocratique de ce territoire neutre, démilitarisé, débarrassé de toute tutelle « internationale » (camouflage de l'impérialisme), par ses habitants eux-mêmes, respectant pleinement les droits culturels de la mosaïque nationale dont ce territoire est composé. Des facilités commerciales égales doivent être accordées dans le port libre de Trieste, aussi bien à PItalie qu'a la Yougoslavie.

Toute autre solution risque de maintenir là un foyer de discorde grave entre les peuples de l'Italie et de la Yougoslavie, que l'impérialisme et la réaction exploiteraient à leur profit.

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