Août 1953 a vu en France le plus important mouvement de travailleurs depuis juin 1936. Par millions, ils ont fait grève. La puissance de la classe ouvrière s'est manifestée de façon rarement dépassée.
Août 53 fut une surprise pour tous en France et dans le monde entier qui a accordé à cet événement une attention méritée. Mais il y a surprise et surprise. Pour presque tout le monde bourgeois et pour d'autres, la surprise était de voir ces travailleurs de France qui, depuis la « libération » en 1944-1945, n'avaient fait que perdre du terrain et semblaient incapables de réagir devant une réduction continue de leur standard de vie et les attaques réitérées contre les libertés ouvrières bouger d'un coup et avec autant d'unanimité, malgré les divisions syndicales, sans attendre les directives syndicales. Pour ceux qui suivaient de près ce qui se passait dans la classe ouvrière, la surprise fut tout autre. En mai dernier,
Commençons par décrire sommairement celui-ci. Le gouvernement Laniel, constitué récemment après une quarantamne de jours de crise, avait obtenu, du parlement elu en 1951 au moyen d'une loi truquée, des pleins pouvoirs pour assainir la situation économique et financière du pays. Comme il n'est pas quertion de cesser la guerre d'Indochine ni la préparation de la troisième guerre mondiale, qu'il n'est pas question de porter atteinte au capital ou à ses profits, c'est sur le dos des travailleurs que devaient inévitablement retomber toutes les mesures. Le gouvernement commença par s'attaquer à ses propres exploites, Violant cyniquement toute une série d'engagements formulés il y a bien longtemps. Or, le mécontentement des travailleurs des services publics et de la fonction publique s'était déia manifesté surtout au cours de l'hiver dernier, dans des manifestations limitées mais signi. ficatives. Le gouvernement chercha à dissimuler ses projets jusqu'au tout dernier moment, mais il y eut des fuites. Le feu était ainsi mis aux poudres. Ce nous écrivions : « les élections, les luttes, le ler mai montrent un dépacement à gauche, une volonté de combat, une réanimation de la lutte de classe » (La Vérité des ' Travailleurs). Au congrès du P.C.I. (section française de la IV° Internationale), en juillet, tous les militants de la métallurgie disaient : au retour des vacances, en septembre-octobre ça va certainement bouger. La surprise dans ce cas fut celle du moment et des catégories de travailleurs qui prirent l'initiative de la lutte. En pleine période de vacances, au moment où la plupart des grandes usines etaient fermees, ce sont les services publies et les fonctionnaires - où prédominent des couches qui sont loin d'être à l'avant-garde - qui ont fait grève pendant près de trois semaines. Cet élément de surprise — la période la plus inattendue de l'année et les catégories de travailleurs impliquées — ne fait que mieux montrer l'importance du mouvement. furent les postiers de Bordeaux qui spontanément déclenchèrent la grève. Dans cette corporation, le téléphone et le télégramme transportèrent la nouvelle rapidement à travers le pays: d'heure en heure les débrayages allaient se succéder.
Les directions syndicales ne s'attendaient guère à ce mouvement. Même les syndicats C.G.T. qui avaient alerté tous les travailleurs menacés par les décretsloi- n'avaient pas cru possible de faire plus qu'une journée de protestation; celle-ci eut lieu vingt-quatre heures avant que les postiers de Bordeaux se mirent en grève.
Le mouvement ayant démarré sponta nément, les syndicats Force Ouvrière et C.F.T.C. appelèrent à une grève générale de 24 ou 48 heures suivant les catégories. Les syndicats C.G.T. s'y associèrent, donnant toutefois la directive de laisser la base décider de la suite du mouvement. Dans les catégories intéressées, la C.G.T. domine dans les chemins de fer, le gaz, l'électricité, les traneports parisiens. Ailleurs, la division syn.
LA MARCHE DU MOUVEMENT
LA MARCHE DU MOUVEMENT
U ATRIEME INT dicale est telle qu'il n'existe aucun syndicat prépondérant, sauf à la Sécurité sociale où se trouve le plus important syndicat de F.O. L'ordre de grève limitée de la part de F.O. ou de la C.F.T.C. se comprend aisément, ces syndicats ne voulant faire qu'une démonstration. En outre, F.O. a des liens avec le P.S. Les catégories mises en cause forment une grosse part des électeurs socialistes. Le P.S. mise sur la tenue de nouvelles élections générales en 1954. Enfin, pour ces deux syndicats soi-disant « libres », la periode présentait l'avantage que, C.G.T. et le P.C. n'ayant pas à leur disposition les métallos en vacances, le risque d'un débordement de leur part paraissait minime. Nous reviendrons plus Join sur la conduite de la C.G.T.
Mais les dirigeants de F.O. et de la C.F.T.C. ne furent que des apprentissorciers. Au bout! de 24 ou 48 heures de grève, les travailleurs ne voulaient plus reprendre le travail avant d'avoir obteau satisfaction. Le mouvement commença à s'élargir. Le gouvernement déclara ne pas vouloir négocier tant que durerait la grève ; ses déclarations aboutissaient à une augmentation du nombre des grévistes. Il atteignit 4 millions. Plus un train ne circulait. Pas une lettre n'était distribuée. Télégrammes et communications téléphoniques n'étaient admis que pour les cas graves ou urgents. Pas de transports dans la région parisienne. Les services municipaux des grandes villes (nettoyage, enterrements)
fonctionnaient plus. Les services d'Air-France s'arrêtaient. Le mouvement s'étendait à la Marine marchande, les plus grands navires étaient immobilisés
Par son ampleur, par ses conséquences immédiates et, compte tenu de la situation du capitalisme français, ce mouvement était éminemment politique, indépendamment des revendications qui d'ailleurs étaient précises chez les postiers et assez vagues pour les autres corporations. En fait, la lutte de clas-e en France va vers un paroxysme, et août 53 est une étape dans cette marche à la révolution, aux de penser qu'on revolu ion, une étape importante. Mais il serait faux de penser qu'on était à
ERNATIONALE en pleine période de tourisme. Les douanes na fonctionnaient plus. Les hôpitaux étaient gérés par les comités de grève a farıs... La paralysie gagnait le pays tout entier. Au fur et à mesure que les jours passaient, un nouveau danger pointait : les grandes usines allaient ouvrir leurs portes, leurs ouvriers allaient-ils épauler le mouvement ?
Les élus du M.R.P., ce parti gouvernemental qui a des liens avec la C.F. T.C., intervinrent; des tractations commencèrent dans la coulisse. La direction de la C.G.T. se déclara prête à participer à des négociations, mais elle fut délibérément mise à l'écart. Ayant obtenu de très vagues promesses, les dirigeants F.O. et C.F.T.C. donnèrent l'ordre de reprise du travail. D'une façon générale cet ordre ne fut pas suivi. Toutefois, le mouvement en fut affecté, d'autant plus qu'il piétinait depuis plusieurs jours et que les travailleurs de l'industrie privée, les métallos notamment, n'avaient pas dépassé le cadre de manifestations de solidarité et n'étaient pas venus se joindre en force au mouvement. Celui-ei commença à s'effilocher. Moins de quarante-huit heures après, la C.G.T. donnait à son tour l'ordre de reprise du travail. Parti le 6 août, le mouvement etait pratiquement arrêté le 25.
La trahison de F.O. et de la C.F.T.C. était visible au point de provoquer de nombreuses démissions et aussi des oppositions dans leur sein. La C.G.T. en tiré ,un grand profit, et recrute à présent largement. Mais il n'est pas possible d'analyser la conduite de la C.G.T. sans examiner le mouvement sous un angle politique. deux doigts de la guerre civile et de la prise du pouvoir. Après des années de recul, d'échecs souvent fort lourds, ce mouvement devait constituer un regroupement des forces ouvrières, une vérification des forces, la prise de conscience de l'ampleur et des objectifs des prochaines étapes. Les travailleurs ont largement fait leur devoir dans ce mouvement, comment se sont comportées les directions ouvrières ?
LA POLITIQUE DES ORGANISATIONS OUVRIERES
La direction du P.S., avec toute la rouerie parlementaire dont sont capables des sociaux-démocrates, se déclara solidaire des grévistes, fit le silence sur Tattitudé de F.O. et demanda une convocation extraordinaire de l'Asremblée nationale pour y faire, bien entendu, sa propagande électorale du haut de la tribune du Parlement.
La direction du P.C. a montré une indécision extrême. Echaudée par les 36• échecs des deux années précédentes, elle n'avait qu'une idée : faire le front unique a la base et éviter tout ce qui pourrait rompre celui-ci Appliquée à la C.G.T. cette préoccupation était correcte. Il était juste que la C.G.T. n'introduise pas d'autres mots d'ordre que ceux des grévistes. La principale critique à adresser à la C.G.T., c'est de n'avoir pas fait de propositions de front unique aux autres centrales syndicales. Le front uni-
LA SIGNIFICATION POLITIQUE DU MOUVEMENT
LA SIGNIFICATION POLITIQUE DU MOUVEMENT
Q UATRIEME IN T que fut effectivement néalisé à la base, mais plus on montait les échelons syndicaux et moins il y avait de front unique.
Organisation syndicale, la C.G.T. devait con idérer le mouvement avant tout de ce point de vue et, par son attitude unitaire, gêner les manbuvres de division et de trahison des autres centrales. Aussi de larges couches ouvrières ont été satisfaites de sa conduite. Mais le P.C.? Comme parti ouvrier, la solidarité envers ce mouvement était un tâche élémentaire, mais ce ne pouvait être la seule, surtout pour un parti qui, disposant de l'influence sur la majorité de la classe, a les plus grandes prétentions comme direction politique. A ce point de vue, la carence de la direction du P.C. fut totale. L'Humanité donnait chaque jour un vaste tableau du mouvement, ville par ville, corporation par corporation. Mais on n'y trouvait pas la
Depuis des mois la direction du P.C. •dit : il faut un changement d'orientation politique au pays. Jamais elle n'a dit, même au cours de ce mouvement ni depuis : il faut un autre gouvernement pour etlectuer ce changement d'orientation. Pourtant la demande de convocation extraordinaire de l'Assemblée natio nale aurait du conduire inévitablement à la question du gouvernement. Si les élus communistes et socialistes avaient obtenu cette convocation en pleine période de grève (1), qu'auraient-ils dit, qu'auraient-ils fait? Le gouvernement aurait évidemment posé la question de confiance. Les travailleurs auraient attendu que les députés communistes et socialistes refusent la confiance et lui opposent la constitution d'un gouvernement P.C.-P.S. au service des travailleurs.
La question était ainsi si fortement posée par lec faits qu'un journaliste bourgeois voulut en effrayer les socialistes pour qu'ils abandonnent leu demande de convocation du Parlement:
« Le parti socialiste es:-il prêt à transporter sur le plan parlementaire l'unité d'action réalisée sur le terrain revendicatif, et à constituer avec les communistes le gouvernement enfin à l'image du pays réel que ceux-ci appellent de leurs vœux ? » (A. Cheneboit « Te Monde », 13 août).
Si la direction du P.C. formulait ces vœux, personne n'en a rien su car ils n'ont jamais été imprimés dans l'Humamité.
Cette carence du plus important parti de la classe ouvrière eut de sérieuses conséquences sur la marche du mouve-
(1) Il y eut en fait plus des 209 demandes mecessaires, mais le gouvernement et la proSidence de lAssemblée se livrèrent a des trafies sondides pour mien trouver que 207 !
ERNATIONAL E moindre explication politique, pas la moindre tentative d'éducation de ces travailleurs en • lutte sur les causes profondes de la situation et encore moins sur les perspeetives. Quand la direction du P.S. demanda la convocation extraordinaire de l'Assemblée nationale, il fallut près de deux jours pour que la direction du P.C. comprit la valeur politique de cette demande et l'adopta. Elle alla même alors jusqu'à demander à la direction du P.S. que las deux groupes parlementaires se concertent pour obtenir cette convocațion. Mais elle sembla être effrayée de sa propre audace. Ses décisions s'arrêtèrent là. Sur le plan politique la direction du P.C. s'aligna sur celle du P.S, comme sur le plan revendicatif elle s'identifia avec la C.G.T. A moment elle n'indiqua que, par son existence même, ce mouvement posait la question du gouvernement. ment. A aucun moment les travailleurs de France n'ont été élevés par la direction de ce parti au-dessus de leurs reven. dications de catégories, jamais elle ne leur indiqua une perspective plus large. De ce fait, les moyens de lutte revendicative se trouvaient nécessairement réduits. Sans un large objectif politique à lhorizon, impossible de mettre en avant le mot d'ordre de la grève générale. En dehors des postiers qui tenaient chaque jour de vibrants meetings, les autres catégories ne furent guère réunies dans de puissants rassemblements atimulant la combativité. Mais de grands mestings auraient été impossible: seulement sur des revendications limitées de catégories. Pourquoi les mili. tants de la ‹CiG.T. eurent-ils tant de difficultés à faire débrayer les usines de la métallurgie ? Au retour des vacances, ces ouvriers qui prévoyaient d'entrer en lutte plus tard se trouvaient sans argent. Pour qu'ils surmontent cette difficulté, il leur aurait fallu un mot d'ordre large, un objectif plus vaste que l'abrogation de décrets-lois qui ne les frappaient qu'indirectement. Enfin, lorsque F.O. et C.F.I.C. donnerent Tordre de reprise du travail, ce n'est pas cela qui determina lee grévistes. La plupart poursuivirent la lutte, mais en l'absence de perspectives claires, les moins résolus ce sentaient pris dans l'alternative d'accepter des promesses insuffisantes ou de continuer un mouvement pendant un temps indéterminé seulement pour n'obtenir que peu de choses en plus dans le meilleur des cas.
Autrement dit, la fin du mouvement d'aout 5s dans lequivoque est essentiellement due à cette absence de politisation de la part du P.C. Divers facteurs joueront quant au déclenchement plus ou moins rapide des prochaines grandes luttes, mais il est certain que cette carence qui se poursuit ne pourra que retarder ce moment.
AOUT 53 ET LA QUESTION GOUVERNEMENTALE
AOUT 53 ET LA QUESTION GOUVERNEMENTALE
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LES INQUIETUDES CAPITALISTES
Revenons à août 53, et plaçons ce mouvement dans son cadre le plus général. Le capitalisme français est le plus faible de tous les capitalismes occidentaux, il est incapable de résoudre ses difficultés, les fardeaux qu'il est obligé de porter le conduisent à une crise révolutionnaire de première grandeur. Août est une étape dans le développement de la révolution prolétarienne en France.
Ce mouvement a révélé combien le rapport des forces est en faveur de la classe ouvrière; il a montré non seulenient que le capital n'a pas la possibilité de mobiliser la petite bourgeoisie, ce qu'avait déjà souligné la faillite de l'expérience de Gaulle, mais qu'au contraire les classes moyennes étaient généralement sympathiques à ce mouvement, malgré les nombreux inconvénients qu'il entrainait :
« Fallait-il qu'ils (les grévistes) se sentent assurés du consentement de la masse pour interrompre vacances, voyages et courrier au plein cœur de l'été ! » (E. Roche, vice-président du parti radical, « Le Monde », 13 septembre).
La bourgeoisie française a été profondément secouée par ce mouvement. Une chose a produit sur elle la plus grosse impression : pour les bourgeois, grands ou petits, s'il y a des mouvements ouvriers, s'il y a même un mouvement ouvrier (quelle que soit sa direction), c'est parce qu'il y a des « meneurs ». Achetez les uns, réprimez les autres, et il y aura la paix sociale ! Or, en août 1953, elle a vu, de sec yeux vu, un mouvement parti spontanément, où les « me-
Au lendemain de ce mouvement, il a été aussi question d'une tentative de coup d'Etat pour instaurer une . dictature militaire du maréchal Juin. Pendant que ces grèves se produisaient en France, une équipe de fonctionnaires coloniaux et de grands colons, une clique que dirige ce Juin, avait forcé la politique du gouvernement français et imposé ainsi le changement du sultan du Maroc. Une opération similaire n'est-elle pas possible en France ? Puisqu'il n'y a pas eu de riposte des masses au Maroc, pourquoi n'en serait-il pas de même en France ? Des bourgeois ont fait remarquer que Juin ne pouvait trouver en revêtir une chemise noire, brune ou de France des petits bourgeois prêts à toute autre couleur et, par suite, ont conclu a l'impossibilité d'une telle éventualité. C'est mal poser le problème. II n'est pas possible d'imaginer la réédition du fascisme, la mobilisation extraparlementaire de la petite bourgeoisie contre la classe ouvrière. Mais le grand capital ne peut songer, surtout avec la 18 neurs », c'est-à-dire tous les dirigeants neurs ont été menés par le mouvement. D'où une crainte qui, chez certains, frise la panique. Une expression saisissante nous est fournie par la démagogie de l'article déjà cité plus haut du vice-président du parti radical :
« De quoi s'agit-il aujourd'hui pour la France ? D'un procès entre quelques dizaines de millions de Français et quelques centaines de milliers de privilégiés. Sur une population de plus de 40 millions d'êtres, il demeure des millions de pauvres et de misérables sans logis et dotés d'un salaire insuffisant qu'on décore, par antithèse, du nom de salaire minimum vital... Le mieux est qu'on en discute au gouvernement, au Parlement, dans les syndicats, dans les partis politiques. ».
Au congrès du parti radical qui vient de se tenir, Mendès-France, qui est un des candidats les plus en vue à la présidence du Conseil, s'est écrié : « NOUS SOMMES EN 1788 ».
La confusion règne dans de très larges couches de la bourgeoisie, et il faudra attendre quelque temps avant que se termine le débat qui en fait se poursuit parmi ses hommes politiques. Une aile insiste pour des mesures gouvernementales d'urgence, le relèvement des bas salaires, une baisse sensible du coût de la vie, la construction de logements... Le gouvernement a pris des mesures dérisoires qui ne trompent personne et qui montrent que le mouvement, malgré sa fin en queue de poisson, rapporte tout de même quelque chose. perspective de la guerre, à laisser les choses à la dérive. Juin est l'homme de demain, offrant des qualités qui faisaient totalement défaut à de Gaulle. L'aile de la bourgeoirie qui aujourd'hui songe à la dictature militaire et qui travaille à la préparer n'est pas aujourd'hui déterminante. Elle ne se risquera certainement pas à faire son opération à trop bref délai. Elle doit aussi savoir qu'une telle operation, c'est le passage à une étape plus elevee, celle de la guerre civile, qui se trouvera certainement étroitement liée avec le déclenchement du conflit mondial. Mais cette aile a un grand avantage sur toutes les autres fractions du capital : elle a une politique, les autres n'ont rien ou tout au plus des palliatifs pour retarder l'échéance.
A propos de cette aile, il n'y a pas de doute que l'une des rairons du coup de force au Maroc. c'est la préparati d'une base matérielle pour son opération en France, à la manière de Franco au Maroc espagnol avant le 18 iuillet 1936 :
« Une Afrique du Nord entièrement sou-
DANGER DE DICTATURE MILITAIRE
DANGER DE DICTATURE MILITAIRE
UAT R EME mise aux forces arrlérées et réactionnaires, bénéficiant à Paris de complicités éminentes, constitue dès à présent une teniation e: un tremplin pour l'instauration d'un régime autoritaire dans la métropole », a déclaré ces
Les directions ouvrières se montrent au lendemain de ce mouvement bien somnolentes par rapport aux hommes de la bourgeoisie. Dlles ont d'abord la tendance commune à minimiser la signification politique du mouvement, sous prétexte qu'il y avait des revendications économiques relatives au niveau de vie.
La direction du P.S., dont le journal central le Populaire n'a pas paru une seule fois au cours du mois d'août (la rédaction était en vacances) a à nouveau réclamé la convocation extraordinaire de l'Assemblée nationale qui a finalement été acquise, mais dans des conditions tout à fait différentes pour le semaine avant la session normale, et des gouvernement: elle aura lieu une semaines après la fin du mouvement. Le Parlement ne représente pas vraiment le pays, vient de déclarer Guy Mollet, secrétaire du P.S. — ce qui est vrai, mais il en attribue la raison... à l'existence du P.C. afin de faire oublier la participation de son parti à la loi électorale truquée et aux apparentements de 1951. Il préconise également la création d'un « Front populaire démocratique et social », avec un programme timoré en matière de politique intérieure et une résistance très timide, qui ose à peine s'exprimer, envers les exigences de la politique américaine. Ce Front ne serait pas une coalition avec d'autres partis (quoiqu'il y ait actuellement des conversations avec le parti radical) mais un rassemblement d'organisations réformistes (Force Ouvrière, coopératives...) dans lequel il s'agirait de faire entrer « les ouvriers communistes, abusés par les chofs staliniens »! Guy Mollet veut peut-être se faire passer pour plus sot qu'il ne l'est. Il ne doit pas avoir d'illusions sur la possibilité de gagner ainsi des ouvriers communistes. Si jamais ce Front est constitué - ce qui est encore bien douteux - son objectif sera plutôt d'ordre électoral, et les socialistes doivent probablement préférer négocier après des élections avec des partis bourgeois que de recommencer le coup des apparentements où ils ont été roulés.
Ce Front ne passionne guère l'opinion, même pas les couches les plus proches du P.S. Il veut escamoter la réalité, et avant fout l'existence du P.C. comme plus fort parti ouvrier, dont la base ouvrière ne rejoindra jamais plus le P.S.
Mais si les dirigeants socialistes peuvent s'amuser à leur petit jeu, c'est que les dirigeants du P.C. les laissent tranquilles en restant encore plus muets, si possible, qu'au cours du mouvement d'août 53. Jadis, le Bureau politique
E RN A TIONA L E jours-ci le Comité Directeur de l'association « France-Maghreb » dont un des membres les plus éminents est le bourgcois très conservateur F. Mauriac. avait l'habitude de donner chaque semaine un « procès-verbal » de ses réunions, dans lequel il mettait en vedette la position de ce parti sur les question essentielles. Depuis plus de six mois, cette coutume a disparu et c'est seulement de temps à autre qu'il parait une « déclaration du B.P. ». En juillet parut une déclaration sur l'affaire Beria (après un rapide voyage de Duclos, à Moscou) une autre déclaration a paru en septembre sur les résultats des élections de l'Allemagne occidentale. A ce jour (24 septembre) aucune analyse, aucun programme, aucun texte sur août 53.
Le mouvement a posé avec une force considérable la question du front unique des organisations ouvrières et celle du gouvernement. Sur la question du front unique, l'essentiel des articles de la presse du P.C. consiste à relever toutes les manifestations de l'opposition de la direction du P.S. à un rapprochement entre militants communistes et socialistes. On peut dire, en effet, beaucoup de choses sur ce point, mais ça ne fait раз avancer la question d'un pas. L'Humanité publie aussi des résolutions communes de sections socialistes et communistes en faveur des revendications ouvrières. Elles sont symptomatiques de ce qui se produit dans les rangs ouvriers. Le plus loin que la direction du P.C. est allée, ce sont des articles de Lecœur qui reflètent certainement des discussions aux sommets de ce parti: nous ne sommes pas contre des accords de sommet, écrit-il en substance, mais ils n'ont de valeur que s'il y a le front unique à la base. Dans les organismes de base du P.C. on suggère l'idée que c'est seulement après que le front unique à la base sera largement réalisé qu'il pourra être question de propositions aux sommets. Ainsi la question est divisée en deux temps, d'une manière nuisible à sa solution. Sur la question gouvernementale, il y a quelques années, rares étaient les appels du P.C. qui ne se terminaient pas par le mot d'ordre « pour un gouvernement d'union démocratique », sans que jamais ait été précisé qui seraient les constituants de ce gouvernement. Depuis un an ou deux, cette formule vague qui ne suscitait aucun écho chez les ouvriers en général ni chez les militants communistes en particulier avait été recouverte par une formule, en un sens plus vague, mais plus sensible par ailleurs: il faut changer l'orientation du pays. Cela voulait au moins dire pour tout le monde qu'il fallait arrêter la marche de la réaction, la politique de guerre, la poli-
LES PARTIS OUVRIERS AU LENDEMAIN DU MOUVEMENT
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LES PARTIS OUVRIERS AU LENDEMAIN DU MOUVEMENT
Q UATRIEME INT tique coloniale, etc. L'action des masses devait imposer ce changement d'orientation. Mais comment ? En août 53, il aurait fallu parler concrètement. Le mouvement, comme nous l'avons dit plus haut, ne pouvait être qu'une première étape dans le développement de la révolution en France. Mais pour qu'il aille le plus loin possible, pour que solent préAvant que ce mouvement se déclenche, le nombre de ceux qui prevoyaient de très grandes luttes était limite a une avant-garde restreinte. L'écrasante majorité des 4 millions de grévistes ne savait pas qu'elle allait à la grève, elle n'avait aucune idee du mouvement auquel elle donnerait naissance. Aujourd'hui la certitude de prochaines luttes, de leur inévitabilité est le point de départ des pensées de ceux qui ont fait grève et de ceux qui n'ont pas eu à participer au mouvement. Il en résulte que tous les problèmes qui se posaient consciemment à quslques milliers ou dizaines de milliers de militants et qui n'étaient guère débattus dans les grandes organisations, se posent aujourd hui consoiemment à des millions et des millions de travailleurs, ce qui rendra leur escamotage, par les vieilles directions, beaucoup plus difficile. Bien entendu, la solution de chacun des problèmes posés est encore souvent loin d'apparaître clairement, mais le seul fait que des millions d'hommes ont conseience qu'ils vont avoir à lutter constitue un progrès objectif considérable. En outre, ee premier grand mouvement a, dans les corporations qui y ont été engagées, fait naître de nouvelles promotions de militant. Enfin, parmi les militants de plus longue date la notion de leurs responsabilités pour l'avenir s'est plus fortement imposée. Le processus de politisation oroissante que nous avons observé depuis plusieurs mois parmi les militants du P.C. ne manquera pas d'em être intensément stimulé. C'est en tout cela que consiste le plus grand acquis d'août 53. Cela se traduira certainement dans les semaines et mois à venir par une maturation politique au sein des organisations ouvrières. Le monolithisme stalinien qui était déia atteint en sera plus fortement ébranlé. On ne peut préiuger les voies et formes que ce phénomène prendra, mais nous n'avons aucune raison de penser — surtout après l'affaire Marty-Tillon — qu'il aboutira à des ruptures, à des scissions d'ampleur notable : c'est au sein du mouvement dirigé par le P.C. que cette politisation
GESTION OUVRIERE, De même que des millions de travailleurs sont entrés en lutte sans y avoir été préparés spécifiquement, de même ils ont été amenés par le mouvement même à ébaucher des formes de contrôle 20
ERNATIONALE parées au maximum les étapes ultérieures, il fallait concrétiser la perspective par le mot d'ordre du gouvernement P.C-P.S. comme moyen de changer l'orientation du pays. Le silence de la direction du P.C. ne pourra s'éterniser, parce que le mouvement a entraîné de profonds changements dans la situation en France. s'exprimera et agira, y compris sur les dirigeants eux-mêmes pendant toute une période.
Mais le mouvement a apporté bien d'autres choses, notamment sur la question de l'unité d'action. La classe ouvrière de France s'est trouvée devant un mouvement syndical fortement divisé entre trois confédérations et des fédérations et syndicats autonomes. Avant le mouvement, il était le plus souvent extrêmement difficile de parvenir à une entente sur les revendications à présenter. Au cours du mouvement, sont nées des formes d'organisation à la base surmontant cette situation. Généralement on trouvait dans les comités de grève une combinaison de représentants des syndicats et de travailleurs organisés ou non, élus par les grévistes. En fait, les comités de grève tendaient à combiner de façon souple la représentation des syndi cats et le contrôle des travailleurs, C'est évidemment plus commode de le réaliser à la base qu'au sommet. La grève terminée, les comités de grève se sont souvent transformés en comités d'unité d'action. Mais un nouveau problème se pose, notamment pour les militant communistes: plus le mouvement s'éloigne et moins il est possible de maintenir l'ensemble des travailleurs intéressés à la vie de ces comités; d'autre part, les représentants des syndicats autres que ceux de la C.G.T. sont sous une pression ouvrière moindre et d'autant plus craintifs à l'égard de la C.G.T. Sous le problème • d'organisation ainsi posé pointe en réalité un problème plus important : celui des rapports entre les syndicats et les organismes plus larges de la classe organismes qui, avec le développement de la situation, auront à remolir des tâches de comités de masse. Dans les pays où la elasse ouvrière a de fortes traditions d'organisation syndicap rien ne serait plus dangereux que d'opposer syndicats et comités. Le mouvemont d'août 53 donne pour la France les éléments d'une solution combinant ces deux formes, assurant la prédominance à l'une ou à l'autre selon le niveau de la lutte à un moment donné. CONTROLE OUVRIER ouvrier ou de gestion ouvrière en fonction des nécessités du mouvement. Nulle part ces mots n'ont été employés, sauf par les trotskystes, et pourtant la chose éait là. Ce sont les postiers qui jugeaient
QUELQUES RESULTATS IMPORTANTS
QUELQUES RESULTATS IMPORTANTS
Q VATRIEME IN de l'urgence ou de la gravité des communications pour donner la ligne téléphonique... ou pour la retirer aussitôt qu'ils s'apercevaient, en suivant les conversations, qu'ils avaient été trompés. Ce sont les cheminots qui organisaient des rames pour déplacer des piquets de grève ou pour tenir des réunions. Ce sont les travailleurs municipaux dans les communes à municipalité ouvrière qui décidaient
Aout 53 a été à très juste titre suivi dans le monde entier. Il se produisit dans une situation marquée du signe de la révolution et de la guerre. La montée révolutionnaire qui s'est élancée de l'Asie et emparée de presque tous les territoires coloniaux, rencontre en Europe l'avant-dernier bastion du capitalisme, Quatre grands pays y dominent la situation: la Grande-Bretagne et l'Allemagne aux prolétariats à direction socialiste, la France et l'Italie aux prolétariats à direction stalinienne. Socialdémocratie et stalinisme connaissent dans leur sein des crises parallèles. Les prolétaires de tous ces pays exercent sur leurs organisations traditionnelles des pressions croissantes. Les directions freinent, Mais la force du mouvement des masses se libère avec d'autant plus de puissance que s'accentue la décomposition du capitalisme. En France, il est le plus affaibli par , sa propre perte de confiance. Autour de la guerre d'Indochine se sont accumulés des scandales qui n'auraient pas depare les derniers jours du tsarisme ou du regime de Tchan-Kai-Chek. Les travailleurs de France se trouvent ainsi placés en
ERNATIONALE de certaines mesures comme le ramassage des ordures pour des raisons d'hygiène. Ce sont plusieurs hôpitaux de Paris, gérés par les comités de grève. Et nous ne donnons là que les faits les plus saillants, qui ont montré les capacités indéniables des travailleurs à être autre chose dans la société que des instruments de travail pour le capital. flèche en Europe. Leur mouvement d'août 53 a certainement contribué à stimuler une nouvelle vague de luttes en Itale, 1l est vrai que la principale direction est lamentable, mais il n'y a aucune raison de désespérer. Nous ne sommes pas en juin 36 quand le fascisme montait dans le monde, submergeait l'Europe. Il y a dans la classe ouvrière de France des militants communistes par dizaines de milliers qui ont accumulé les expériences : 1936, 1944, 1947... On n'avait pas loupé le coche à ces moments-là, affirmait la direction dans sa campagne contre Marty et Tillon, c'était une défense au fond contre la tendance grandissante chez les propres militants du P.C.: on ne veut plus louper le coche. Juin 36 s'était terminé avec des revendications satisfaites et des illusions sur le Front populaire. Août 53 s'est terminé avec la conscience qu'on allait à des combats plus sérieux. Quand des millions de travailleurs se mettent à penser au combat, on peut avoir confiance qu'ils trouveront le chemin dé la victoire.
24 septembre 1953.