L'assassinat des Rosenberg, par l'administration Eisenhower, est un événement politique significatif. Les dirigeants américains ont voulu donner des leçons à ceux qui se sont mêlés à cette affaire, sur la façon dont ils entendaient agir quoiqu'il arrive.
En Europe, la classe ouvrière a pris la défense des Rosenberg, comme elle a pris la défense de Sacco et Vanzetti jadis, comme elle intervient chaque fois que la justice de classe frappe, pour une raison ou une autre, des éléments progressils. Cette fois-ci les ouvriers européens y ont ajouté des sentiments l'impérialisme américain dont ils voient chaque jour qui passe son intervention pour la défense des intérêts capitalistes.
Certains milieux de la bourgeoisie europédone, surtout en France, sont égaJement intervenus en faveur des Rosenberg, comprenant que la mise à mort aurait inévitablement comme conséquence d'exacerber les sentiments anti-américains et de rendre plus difficile encore la poursuite de la politique de préparatida à la guerre sous la direction des Etats-Unis.
Eisenhower n'a tenu compte ni des sentiments des masses travailleuses européennes ni des conseils de certains bourgeois européens, Il a agi ainsi parce que ce qui est déterminant pour lui, c'est la situation sociale en Amérique et pas la situation en Europe, Pour lui, pour le Pentagone et le State Department, les bourgeoisies européennes seront obligées, bon gré mal gré, d'avaler les décisions du capitalisme américain. L'affaire des Rosenberg est peu pour lui à côté de ce qui viendra pour la défense du capital à l'échelle mondiale.
Aux Etats-Unis, il est notoire que l'affaire Rosenberg n'a pas soulevé une large émotion. Le mouvement ouvrier, c'est-à-dire les organisations syndicales fortes de 17 millions d'adhérents, a été en grande majorité indifférent à cette affaire, Il n'a pas vu que cela l'affectait. Comment expliquer cette situation ? Sur le plan économique, les années de bonne conjoncture n'ont pas encore cessé et les menaces de crise soulèvent quelques inquiétudes, mais ne suffisent pas à présent à provoquer une politisation des masses. La réaction a d'ailleurs eu soin de ménager les organisations syndicales dans sa « chasse aux sorcières »; qui plus est, ce semt les bureaucrates syndicaux qui se sont eux-mêmes ehargés d'épurer l'appareil syndical d'éléments dits « subversifs ». La réaction s'est attaquée avant tout aux communistes, aux mouvements d'avant-garde ouvrière et aux éléments progressifs libéraux, surtout à ceux de ces derniers qui avaient pu à un moment ou à un autre flirter avec des staliniens, Aux Etats-Unis, c'est contre da minorité politiquement pensante que laffaire Rosenberg était dirigée.
La réaction en Amérique y fera peut-être trembler des petits bourgeois, des libéraux. Mais elle n'arrêtera pas la lutte de l'avant-garde ouvrière. Les Rosenberg ont montré jusqu'a leur dernier souffle de vie un courage, un stoicisme exemplaires qui stimuleront la volonté de combat de tous ceux qui, dans le monde et particulièrement aux Etats-Unis, se refusent à s'incliner devant le dieu dollar.