Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 11, n° 5-7

Les « Kerenski » d'aujourd'hui

Quatrième Internationale, vol. 11, n° 5-7 · mai-juillet 1953 · p. 8-9 · 790 mots

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Dans une série de pays à caractère semi-colonial, la première phase de la Révolution que ceux-ci traversent actuellement a porté ou maintenu au pouvoir, des hommes jouant un rôle bonapartiste qui rappelle celui de Kerenski avant Getobre 1917.

C'est plus particulièrement le cas de l'Iran, de l'Egypte, de la Bolivie, du Guatemala et, dans une moindre mesure, de l'Argentine même et du Chili.

Les hommes qui gouvernent ces pays se maintiennent actuellement grâce à un équilibre établi entre une réaction impuissante pour le moment, et le camp de la 8

Révolation prolétarienne où la direction, soit fait défaut, soit n'y est pas encore suffisarment établie.

La caractéristique générale de la situation dans ces pays, c'est la puissance du mouvement révolutionnaire des masses qui a mis jusqu'a présent en échec toutes les tentatives de la réaction indigène épaulée par l'impérialisme de renverser la vapeur, et a obligé d'autre part les hommes au pouvoir — pour se survivre, ne pas tember à gauche et pouvoir ultérieurement seulement trahir à accorder de larges concessions aux masses, à accentuer le caractère révolutionnaire de leur phraséologie, et à s'appuyer en fait de plus en plus sur les masses.

De cette manière ils sont devenus en réalité les prisonniers des masses, particulièrement dans le cas de l'Iran, de la Bolivie, du Guatemala. Et seule l'absence, les fautes ou la carence de la direction prolétarienne, pourront leur permettre de s'en dégager.

Cependant les différences sont notables d'un cas à l'autre. En Iran, Mossadegh semble avoir gagné toutes les batailles livrées jusqu'ici contre l'impérialisme anglais, contre la cour et contre son soutien populaire et parlementaire repréSenté par le Mollah Kashani qui vient d'être évincé de la présidence du Majlis. C'est grâce à l'appui extra-parlementaire des masses qui avaient conquis la rue, qui encerclaient chaque fois le parlement et manifestaient dans son enceinte même, que Mossadegh a remporté ses victoires. Son maintien au pouvoir est dû avant tout à la politique de soutien indirect que lui accorde le Parti Toudeh, influencé par le Kremlin. Ce dernier redoute manifestement une victoire de la révolution dans ce pays, économiquement et stratégiquement si important, ce qui pourrait déclencher une intervention directe de l'impérialisme américain, et la moi cel au moment on le kient a data . . guerre tout court en Asie. Mais PIran est déjà un fruit trop mûr pour qu'il ne

En Egypte, l'équipe des militaires que préside le général Neguib apparait comme soumise à la fois à l'influence de la base prolétarienne et plébéienne du mouvement révolutionnaire qui secoue ce pays, et à celle de la bourgeoisie industrielle montante. Cette dernière désirant élargir le marché intérieur, l'étendre même si possible au delà de l'Egypte (au Soudan, par exemple) et acquérir une certaime indépendance réelle par rapport à l'impérialisme britannique, pourrait avoir encouragé une série de mesures prises par Néguib contre la royauté, Pimpérialisme britannique, le régime féodal agraire. Mais en même temps, elle ne cherche certainement dans tout cela que des demi-mesures et des réformes prudentes. Par contre la base prolétarienne et plébéienne (les ouvriers, les paysans pauvres, la petite bourgeoisie citadine radicale, l'intelligentzia) pousse beaucoup plus loin et empêche par son dynamisme une décantatici définitive de la politique de Neguib dans un sens de classe strictement et olairement probourgeois.

En Bolivie, la situation s'apparente beaucoup à celle de l'Iran, Paz Estensoro étant constamment poussé à gauche par le mouvement des masses et les tentatives répétées de la réaction qui échouent. Il ne se maintient plus que par la force des ouvriers et des paysans armés.

La différence essentielle cependant avee le cas de l'Iran (et celui du Guatemala), c'est qu'en Bolivie, le parti prolétarien (le P.O.R.) n'est pas inféodé au Kremlin, mais est complètement indépendant, armé d'un programme et d'une ligne juste, combaltif, prêt à jouer pleinement son rôle,

Il y a enfin le cas de l'Argentine et en partie du Chili. Peron et Ibanez, porte-parole de la bourgeoisie industrielle montante qui doit lutter contre des ennemis puissants, l'impérialisme et les féodo-capitalistes indigènes (grands producteurs agricoles et commerçants), se voient obligés de recourir de plus en plus au soutien des masses prolétariennes. Mais en agissant ainsi, ils suscitent de nouvelles contradictions insolubles qui minent la stabilité de leur régime, tout en portant à un niveau supérieur le mouvement révolutionnaire des masses.

L'extensien et la durée prises par les régimes des « Kerenski » sont une preuve que la période actuelle est dominée par une formidable montée révolutionnaire mondiale des masses.

Un délai, plus long qu'on ne pouvait l'espérer, a été ainsi donné pour que le Parti marxiste révolutionnaire se forme, se consolide, se prépare à faire succéder les Kerenski par Octobre. Faute de quoi la dictature militaire réactionnaire serait l'autre terme inévitable de l'alternative.

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