La direction du Labour Party a publié, le 17 juin, un projet de programme qui sera discuté fin septembre au Congrès qui se tiendra à Margate. Cest un programme d'action destiné à appeler les électeurs britanniques à porter a mouveau le Labour Party au pouvoir pour réaliser ce programme. On se rappelle que la direction du L.P. est composée d'une majorité de droite, élue par les syndicats, alors que le dernier Congrès avait montré que le parti était en écrasante majorité à gauche, derrière la tendance bevaniste.
La direction du L.P. qui se trouvait tenue par certaines décisions du Congrês précédent a publié un texte qui témoigne certainement d'un effort pour répondre aux aspirations de la base. Les Attlee, Morrisson, ete., se sont vus contraints d'aller plus loin qu'ils ne le désiraient, sous peine d'être emportés par l'indignation 6 des membres de leur parti. Mais ils l'ont fait plutôt dans certaines formulations que dans le contenu du programme lui-même. Ils affirment qu'il faut « des mesures socialistes énergiques qui seules peuvent empêcher la catastrophe ». Ils ont introduit dans leur programme toute une série de mesures indispensables au bien-être des masses travailleuses, mesures auxquelles ils avaient résisté ou même s'étaient opposés quand ils étaient au gouvernement: suppression des frais pour les soins médicaux, relèvement des subsides pour maintenir les aliments à bas prix, construction de logements, d'écoles, d'hôpitaux, etc.
Mais ceci n'est qu'un aspect de ce programme. Car, on fin de compte, la Grande-Bretagne doit trouver le capital pour l'exécuter. Or, la Grande-Bretagne, pays qui vit avant tout par son commerce extérieur, se trouve coincée par un énorme déficit en dollars.
Une grande partie des difficultés provient, comme partout ailleurs, fardeau des charges militaires. Sur ce point, le programme prend une position mitigée — ce qui n'est pas surprenant si on se souvient que même la bevamiste n'a pas sur ce point une position ferme,
Le programme présenté par la direction du L.P. propose, pour boucher le trou en dollars, d'organiser une vaste coopération de la zone sterling, en liaison aussi avec l'Europe occidentale; de procéder à d'importants investissements dans des industries sélectionnées, susceptibles d'exporter, d'y renforcer la productivité, de développer le commerce ouest-est, ajoutant qu'ainsi les masses coloniales pourraient être détournées de « l'impérialisme communiste ».
Om remarquera tout de suite que, sous la formule de la zone sterling, trouve à peine dissimulée la notion de l'Empire britannique, retouchée peur mienx correspondre aux nécessilés actuelles du capitalisme anglais.
Máts tout ce programme d'ensemble de l'économie britannique, comment la direction du L.P. propose-t-elle de le réaliser concrètement ? Ici viennent se placer un certain nombre de mesures, dont les principales sent la renationalisation des industries que les conservateurs sont en tram de rendre au capital privé, et quelques autres nationalisations, ou plus exactement, l'achat par PEtat d'un certain nombre d'entreprises dans des branches données de l'industrie. Autrement dit, il y aurait une certaine extension des nationalisations, mais pas globalement par industrie, uniquement par un choix approprié d'usines.
Disons tout de suite qu'on est loin des sentiments exprimés par la base du Labour Party l'an dernier, an Congrès de Morecambe, et il faut s'attendre qu'en septembre prochain, le Congrès verra de nombreux amendements à ce programme, pour y mettre non pas des phrases sur « les mesures socialistes énermistes, a act des a comeau dopait condicationis giques », mais un contenu plus substantiel. Déja les organes de la gauche du nistes, a déjà dressé un tableau de six revendications importantes à ajouter au programme.
Mais ce qui est le plus caractéristique de la part des dirigeants du Labour Party et qui traduit eneore l'énorme part d'empirisme qui sévit dans le mouvement cuvrier anglais, c'est que ee programme semble avoir été conçu sans que ceux qui l'ont écrit aient réfléchi quelques minutes sur l'expérience de six années de gouvernement travailliste, de 1945 à 1951, et à ses conséquences.
Si l'on tente de définir la politique suivie par le gouvernement travailliste au lendemain de la guerre ou proposée dans ce programme par un terme, on doit recourir au mot « dirigisme » qui a été utilisé en France. Il s'agit tout compte fait d'une économie capitaliste dans laquelle il y a, comme dans l'économie planifiée des premières certains pays du glacis, deux secteurs un Secteur étatique privé et dans laquelle l'Etat s'efforce non d'introduire une planification d'ensemble, mais une certaine régulation. Autrement dit, la conception qui a présidé à l'élaboration du programme travailliste, c'est une sorte d'hommage involontaire que le capitalisme rend à la conception socialiste de l'économie, à la planification, mais le minimum nécessaire pour s'efforcer de poursuivre tant bien que mal la marche de l'économie capitaliste dans sa période de déclin. Le capitalisme subsiste, l'Etat reste à son service, les nationalisations aussi, Sous couvert d'introduire graduellement le socialisme au moyen de mesures « énergiques », les dirigeants du Labour Parly en fait, cherchent les meilleures mesures pour réformer peu à peu le système capitaliste, afin d'éviter la catastrophe que personne ne peut plus désormais ne pas voir venir.
Cette politique a été suivie par les dirigeants travaillistes au lendemain de la guerre, dans des conditions aussi favorables que possible pour la période presente, Ils disposaient d'un soutien complet des masses, ils avaient une confortable majorité parlementaire, le capitalisme se montrait « raisonnable » comme nulle part alleurs. Et cependant l'économie anglaise est allée de crise em erise. Malgré la patience qu'ont montrée les travailleurs britanniques pour assurer le succès de l'expérience travailliste, le résultat global a été un échec. La naissance de l'opposition bevaniste a en un sens exprimé cet échec et l'aspiration à trouver une autre solution pour le mouvement ouvrier pour échapper à la catastrophe préparée par le capitalisme.
A juste titre, Toppositich de gauche à la direction du L.P. avait préconisé de véritables mesures énergiques, c'est-à-dire la nationalisation non plus d'une partie de l'économie anglaise, mais de sa plus grande partie. Ce n'est pas en ajoutant quelques usines — choisies suivant on ne sait trop quel eritère — aux 15 %atre apporté à la situation. Les travailleurs qui, par la voix de leurs environ de l'économie angiaise déjà nationalisés qu'un changement décisif par la voix de leurs délégués l'an. dernier à Morecambe ,voulaignt plus de nationalisations et avec une structure qui ne soit pas la copie pure et simple de l'industrie capitaliste, ne sauraient être satisfaits d'un tel programme. Il faut aussi observer la différence entre les résultats obtenus par ce « dirigisme » même sous une direction ouvrière et ceux obtenus dans des pays arriérés (du glacis) là où le capitalisme a été aboli, et ce malgré les entraves et les gaspillages d'une direction bureaucratique.
Le résultat politique de cette orientation générale de la direction du L.P. est bien clair, Le moment venu, les conservateurs ont repris la direction du gouvernement, rendant tout ce qu'ils pouvaient comme sources de profit aux capitalistes privés. Si la classe ouvrière anglaise montre une fidélité à toute épreuve envers le Labour Party, malgré la politique de sa direction, par contre la petite bourgeoisie n'est guère attirée par cette politique sans vigueur, et tout compte fait, une bonne partie vote pour les conservateurs. D'où certains succès que ce parti a remportés dans des élections partielles.
Mais, cette politique empirique, pleutre, à la remorque de la bourgeoisie, le sera pas décisive. La volonté des travailleurs britanniques de sortir du capitalisme, de prendre effectivement « des mesures socialistes énergiques » l'emportera. Le temps de cette direction qui s'est associée aux simagrées du couronnement approche de sa fin. Il est certes difficile aux travailleurs de se débarrasser de multiples préjugés bourgeois et petits bourgeois acquis au cours des années passées ; mais plus de chemin a été accompli par eux dans les deux dernières années que pendant un demi-siècle, et ils continuent d'avancer sur la voie de leur émancipation. Attendons avec confiance d'abord le prochain Congrès du L.P., qui ne manquera pas de montrer de neuveaux progrès de la gauche. La progression du prolétariat britannique ne s'arrêtera pas de sitôt.