Les résultats des élections italiennes du 7 juin sont généralement connus. Le parti gouvernemental de la démocratie chré tienne, qui a obtenu 10.859.554 voix, reste le parti le plus fort, mais il a perdu la majorite absolue qu'il détenait au parlement et enregistré un recul serieux. plus important encore est le fait que la coalition du soi-disant centre démocratique démocratie chrétienne ‚libéraux, sociaux. démocrates, républicains) n'a pas réussi à atteindre le pourcentage nécessaire à lapplication de la nouvelle loi électorale (1). En effet, si la démocratie chrétienne a quand même conservé de fortes positions, les autres partis du centre sont sortis littéralement anéantis de la lutte. Les républicains sont réduits désormais aux proportions d'un groupement de quel. ques centaines de milliers de voix. Les libéraux qui escomptaient une reprise par rapport aux élections de 1948, ont vu leur influence encore diminuer, et maintenant • ne peuvent même pas compter sur une force d'un million de voix. Enfin, les sociaux-démocrates (Parti socialiste de Saragat) ont subi un échec encore plus remarquable, en perdant un tiers de leure suffrages.
La défaite de la coalition centriste a été provoquée en partie par lavance de la droite, en partie par le renforcemeht des partis ouvriers. Ces derniers ont aug menté le nombre de leurs voix et leur pourcentage par rapport aux élections précédentes (plus de 35 % contre 31 % en 1948). En particulier, le P.C. a enre. gistré un succès de taille avec plus de 6 millions de voix, tandis que le P.S.I. (socialistes de Nenni) en a obtenu envi. ron trois millions et demi, ce qui représente une force importante surtout par rapport aux sociaux-démocrates.
En ce qui concerne la droite, son avance par rapport aux élections de 1948 était escomptée. Mais il est significatif que, par rapport aux élections municipales de 1951-1952, elle n'a pas progressé comme elle l'espérait. En particulier, si les monarchistes (P.N.M.) ont marqué
(1) D'après cette loi, le parti on le groupe de nartis apparentes, qui aurait - obtenu 50 0 50 % + 1 des voix, aurait en 65 % des sièges an parlement.
une nouvelle avance en doublant leurs voix (cependant ils sont restés au-dessous de deux millions), les néo-fascistes (M.S. I.) ont fait même des pas en arrière (ils avaient eu 1.680.199 voix aux élections municipales, ils en ont eu 1.580.395, le 7 juin pour un plus grand nombre d'électeurs).
L'un des buts que la bourgeoisie s'était fixée pour les élections du 7 juin, c'était la solution de sa crise de direction politique ouverte dès les élections de 1951-1952. Ce but a-t-il été atteint ?
La réponse est tout à fait claire: non. La crise n'est pas résolue, au contraire, elle est aggravee.
Il est vrai que la coalition centriste, grâce à une heureuse distribution des quorums a obtenu quand même la majorité des sièges aussi bien à la Chambre qu'au Sénat (2). Mais il s'agit d'une majorité très faible qui, en tout cas, n'est pas majorité dans le pays.
C'est surtout l'effritement des alliés centristes qui crée aux catholiques des difficultés supplémentaires. II ne faut pas oublier que jusou'à présent, seul le parti républicain était dans le gouvernement, tandis que libéraux et sociaux-démocrates étaient dans une opposition bienveillante. Maintenant, la continuation d'une expérience gouvernementale centriste serait nécessairement subordonnée à une collaboration directe et active de la part de ces deux derniers partis. Mais - même si on laisse de côté des questions mineures - est-il possible que les sociaux-démocrates confirment leur collaboration avec les catholiques, l'accen. tuent même, qu'ils collaborent avec les libéraux (qui, entre autre, sont contre toute réforme agraire), après l'échec retriste » ? Et s'ils le faisaient, est-ce qu'ils tentissant de leur politique « cenne risqueraient de perdre le soutien même de ces couches, qui les suivent encore ? En outre: est-il possible que la sa collaboration avec les républicains, D.C. (démocratie chrétienne) poursuiva
(2) Dans le scrutin pour le sénat, dans Dans le lequel les jeunes gens, agés an moins de 25 iite he votent pas, le centre a en une majorité de justesse.
T dont l'influence dans le pays est désormais presque nulle ?
Nous pensons que tout cela est fort problématique (3). La continuation de l'expérience centriste telle qu'elle a été jusqu'à présent, nous paraît une éventualité peu probable. Il se peut, bien sûr, que pour une certaine période on traîne avec une solution provisoire, par exem ple un gouvernement composé de catholiques et de « techniciens »; mais de toute évidence cela ne pourrait pas durer longtemps.
Cela veut dire que le problème d'un élargissement de la base du gouvernement ou, autrement dit, d'un changement de politique de la part du parti de M. de Gasperi, est posé et devra trouver, d'une façon ou d'une autre, une certaine solu tion. Quelles sont, après les élections du 7 juin, les solutions pessibles ?
On a beaucoup parlé pendant la campagne électorale d'une combinaison possible D.C.-P.S.I. (socialistes de Nenni) et Nenni lui-même n'a pas ménagé les avances dans ce sens. Du point de vue du rapport des forces, une telle solution serait possible, parce que la combinaison D.C.-P.S.I. disposerait au parlement d'une majorité confortable, qui serait le reflet d'une majorité dans le pays.
Mais une combinaison pareille, bien qu'elle soit souhaitée par Nenni et, peutêtre, par certains membres du parti catholique, n'a pas beaucoup de chances de se réaliser. En ce qui concerne la poli. tique intérieure il y aurait déjà de très grandes difficultés, qui seraient accrues par l'attitude droitière d'une aile de la D.C. et surtout des forces de l'Action catholique, qui jouent un rôle très important dans le pays. Mais c'est sur le plan de la politique internationale que le mariage s'avère impossible. La D.C. pourrait-elle renoncer à sa ligne de stricte fidélité atlantique, à son orientation favorable à la communauté de défense eu ropéenne, à son alignement presque auto. matique sur les positions de l'impérialisme américain ? Elle pourrait tout au plus assouplir son attitude, mais sur le fond elle ne veut ni ne peut changer. En outre, semble-t-il possible que Washington accepte la formation d'un gouvernement italien avec la participation de Pietro Nenni, prix Staline, membre du présidium mondial du Mouvement des Partisans de la Paix ?
D'autre part, Nenni ne peut pas faire trop de concessions. Sur le fond, lui non plus ne peut pas changer. S'il le faisait, il ne serait pas suivi par son parti où. entre autre, les crypto-staliniens ne ces. sent de jouer un rôle de premier plan.
Par conséquent, si de Gasperi et son parti veulent élargir la base de leur gou-
(3) Après les élections, Saragat a déclaré qu'il fut vérifier la « bonne foi ». de Nenni: ce qui signifie que son parti pourrait entrer au gouvernement, si le P.SI. y allait aussi. Une collaboration du P.S.D.I. avec demochrétiens et les libéraux sans les nennistes apparait jusqu'ici assez improbable. 36
ERNATIONAL E vernement, ils doivent se tourner dans une autre direction. Cela revient à parler d'une collaboration éventuelle des catholiques et des monarchistes.
Du point de vue de sa force parlementaire, une telle combinaison serait viable, d'autant plus qu'elle pourrait entrainer une collaboration des libéraux (4). Ajou tons que les monarchistes ont tout mis œuvre afin de rendre possible une telle solution. Ils ont commencé par rompre leur liaison avec les néo-fascistes, il. ont poursuivi en prenant des positions de « droite modérée » et en offrant ouvertement leur collaboration aux catholiques pendant la campagne électorale, ils ont accentué leur attitude « collaborationniste » après le 7 juin, en manifestant leur volonté de mettre de côté la question royale et en réaffirmant sans équivoque leur fidélité atlantique. • Tout le monde sait en Italie que la D.C. est partagée à ce sujet. L'aile droite est favorable à la collaboration avec les monarchistes, tandis que la gauche s'y op pose, et de Gasperi et ses amis du centre du parti ont des hésitations, parce qu'ile craignent surtout une réaction dans leurs propres masses en face d'un déplacement à droite de l'axe du gouvernement. Ce pendant, il nous paraît possible qu'on ar rivera à une telle combinaison à une échéance plus ou moins proche. En dernière analyse c'est la seule solution pos sible dans le cadre de la situation parle. mentaire issue du scrutin du 7 juin.
Il est vrai qu'une telle solution signifierait un déplacement vers la droite. Mais il faut considérer attentivement dans quelles conditions ce déplacement s'opérerait pour en comprendre la réelle signification.
Avant tout, le P.N.M. — comme nous l'avons déjà remarqué - se trouve sur des positions de droite modérée. Deuxièmement, il ne s'agirait pas d'une véri table solution de la crise de la direction bourgeoise, surtout parce que les forces des monarchistes sont encore limitées, et par surcroît, fort instables, étant dornée leur composition sociale (lumpen-prolétariat, « lazzaroni » à Naples et à Palerme exemple). En outre, cette formule D.C.-P.N.M. ne manquerait pas de diminuer encore le prestige du régime parmi les masses à cause d'une politique, qui en tout cas ne pourrait pas être moins réactionnaire que celle des gouvernements précédents : il est évident, par exemple, qu'un gouvernement D.C.-P.N.M. enterrerait définitivement la réforme agraire.
Le sort du mouvement néo-fasciste (M.S.I.) nous aide à mieux comprendre les difficultés de la bourgeoisie italienne. Le néo fascisme ne représente pas une force sérieuse, bien qu'il soit relativement fort dans certaines villes (Rome) et dans certaines régions (Sicile). Ses partisans, qui escomptaient un succès retentissant.
(4) En effet Le Tempo; quotidien, conservateur de Rome, a prôné trois jours après les élections une solution de ce genre.
Q VATRIEME IN T (près de 4 millions de voix), n'ont pas caché leur déception. En réalité, le M.S.I., pour le moment, n'est pas dans le jeu. II ne peut avoir de rôle important et n'a pas gagné la confiance de la partie la plus consciente et la plus nombreuse de la classe dominante. Il ne constitue pas, à l'étape actuelle, une solution sérieuse à l'expérience « démocratique ». Il faut ajouter que le néo-fascisme n'a pas eu de succès même sur un autre plan. Certains bourgeois, tout en misant sur la D.C., ne cachaient pas leur sympathie pour M.S.I. auquel ils auraient voulu confier la tâche auxiliaire d'organisateur d'équipes de choc anti-ouvrières. Mais cette tâche n'a pas été accomplie et il n'y a pas beau. coup de probabilité qu'elle le soit dans le proche avenir (5).
Si on résume toutes les remarques que nous venons de faire, on peut arriver à certaines conclusions. La première, c'est que pour la bourgeoisie italienne, la période de stabilité politique relative vient de se terminer. La crise de sa direction politique est ouverte et les élections du 7 juin l'ont même accentuée.
En ce qui concerne les formes de cette crise, il s'agit jusqu'ici d'une crise graduelle, qui ne connaît pas de ruptures et de renversements brusques. Il est probable que cela sera vrai aussi pour l'étape prochaine.
Mais la remarque majeure qui s'impose est la suivante. Dans les conditions nouvelles, qui se sont déterminées après la fin de la deuxième guerre impérialiste, tout phénomène se présente sous des for. mes nouvelles et toute tentative de sai sir la nouvelle réalité avec des schémas exclusivement déduits de l'expérience du passé est vouée à l'échec le plus pitoyable. Cela est vrai aussi en ce qui con cerne la crise de la direction politique de la bourgeoisie, Il y a vingt ans, il y a trente ans, la crise de la « démocratie bourgeoise », la crise des partis « çentristes » et de leurs gouvernements, ou vrait la perspective d'un développement des partis réactionnaires de droite, voire des partis fascistes. L'échec du «-cen. tre » marquait la montée de la droite, la défaite de la « démocratie » comportait la victoire du fascisme. Aujourd'hui, l'af faire n'est plus tellement simple. Dans les conditions de décadence avancée du capitalisme dans le monde, il se peut que le « centre » tombe en crise sans que la droite enregistre des succès réels. Il se peut qu'il y ait la faillite d'une expérience sans qu'une solution de rechange se dessine. La « démocratie bourgeoise » peut être aux abois sans qu'une solution fasciste soit réalisable. L'expérience française confirme cette appréciation d'une façon éclatante: mais il semble que l'Italie soit prête à suivre l'exemple de sa sœur latine.
Crise chronique de la direction bour-
(5) Les actions de type fasciste classique ont été jusqu'ici très rares et la plupart se sont déroulées dans la clandestinité la plus stricte.
ERNATIONALE geoise - déterminée, en dernière analyse, cela va de soi, par le fait que les problèmes fondamentaux sont en 1 réalité insolubles dans le cadre de la société actuelle - voilà une perspective pour l'Ita. lie, que le plus optimiste des bourgeois ne saurait écarter sans y réfléchir.
La crise de la direction bourgeoise et un éventuel déplacement du gouverne ment vers la droite doivent être envisagés dans l'ensemble de la situation du pays, caractérisée par un renforcement des partis ouvriers. C'est à cause de co renforcement que la crise est destinée à se poursuivre ou qu'un déplacement vers la droite aurait une portée limitée.
Les alchimistes des résultats électoraux ont talt toute sorte de comparaisons, afn de sous-estimer les gains de la gauche. Il n'y a pas besoin d'entrer dans les détails: les faits parlent. Après cinq années de réaction anti-ouvrière, d'anțicommunisme violent, etc., près de 10 millions d'électeurs votent pour les partis ouvriers, soit un million et demi de plus qu'en 1948. Cela veut dire qu'en Italie 10 millions d'électeurs, qui échappent à l'emprise de l'Eglise et foulent aux pieds les chantages des prêtres, sont contre la politique gouvernement bourgeois, contre le pacte atlantique, contre l'impérialisme américain. Y a-t-il quelqu'un qui veuille minimiser ce fait en soi si éloquent ?
Il faut ajouter que la majorité des voix de la gauche est allée au Parti communiste, la cible préférée des attaques réactionnaires. Ces voix représentent une force qui dépasse de loin son expression numérique. Les voix du P.C. représentent la majorité du prolétariat, à savoir les masses les plus politisées et les plus décidées à faire valoir leur poids. De ce point de vue, les voix du P.S.I., bien qu'importantes, n'ont pas la même valeur, du fait qu'elles représentent en partie des couches petites bourgeoises, partie des secteurs ouvriers et paysans plus arriérés et moins dynamiques.
Cinq années de réaction n'ont pas réus. si à briser les reins du mouvement pro. létarien, ni à diminuer son influence dans les masses. Le contraire est vrai. La période de recul, dont on avait eu un reflet déjà aux élections de 1948, mais qui a atteint son maximum vraisemblablement en 1949, est terminée et il y a maintenant une reprise qu'aucune mesure réactionnaire n'a pu conjurer. Il faut préciser qu'apres les élections du 7 juin, il y a même des couches petites bourgeoises qui subissent (dans certains cas qui con. tinuent à subir) l'influence des partis prolétariens. Le succès du P.S.I. a été déterminé en partie par ce fait : il y a des secteurs petits bourgeois qui, bien qu'en principe sociaux-démocrates, ont quitté la social-démocratie à cause de la politique d'asservissement au gouvernement et a limperialisme americain et suivi un parti, dont la politique d'unité avec le P.C. n'était un mystère pour personne.
A propos de la petite bourgeoisie, on se doit de souligner que le phénomène de son évolution vers la droite qui s'était
Q U A ME dessiné, n'a pas dépassé de modestes proportions. Certains épisodes des deux dernières années, en particulier la campagne electorale de 1902. dans certaines
Villes, avaient permis de craindre que de larges masses petites bourgeoises s'orien.
tent vers les monarchistes ou, plus encore, vers les néo-fascistes. Le 7 juin a indiqué que ce n'est pas le cas. Cela est soit lié au renforcement des partis ouvriers, soit ouvre des perspectives pour le proche avenir.
Le 7 juin, d'une part, a affaibli politiquement la bourgeoisie dans la mesure où elle ne sera pas en état d'exprimer une direction stable. D'autre part, il a déterminé une situation plus favorable pour les partis ouvriers, soit à cause de la crise bourgeoise soit en vertu du gain de confiance dont ont bénéficié les masses prolétariennes.
Des perspectives meilleures que par le passé s'ouvrent aussi bien pour les luttes syndicales que pour les luttes politiques des mois prochains.
Il y a maintenant des possibilités plus larges pour une riposte plus énergique à tout développement de l'offensive, capita. liste, pour tout commencement d'une contre-attaque ouvrière.
Bien sûr, tout cela dépend en fin de compte de la politique des directions ouvrières majoritaires.
Dans les derniers mois, et en particulier pendant la campagne électorale, cette politique n'a pas cessé d'être par l'opportunisme le plus manifeste. Le P.C. italien n'a pas abandonné sa ligne droitière et il a même ignoré les zig-zags gauchistes du P.C. français. Le P.S. nenniste s'est placé à la droite du P.C., en s'efforçant d'apparaître comme un parti plus modéré par rapport aux staliniens (6). L/un et l'autre ont sacrifié des actions revendicatives importantes SUr lautel de l'opportunisme électoral.
Il est évident que si une telle politique était poursuivie, on risquerait de perdre une bonne occasion pour une reprise ouvrière. Si on insistait sur des slogans anodins tels que « gouvernement de paix, d'unité nationale, etc. », si on misait sur des combinaisons parlementaires, d'ailleurs irréalisables, on piétinerait sur place et on faciliterait, une fois de plus, la tâche aux réactionnaires. En particulier, il serait désastreux que le P.S.I. accentue sa politique d' « autonomie » et arrive à une collaboration avec les catholiques, qui ne pourrait se faire, fondamentalement, que sur la base de sa capitulation. Un tel développement - heureusement, nous le répétons, improbable — entraînerait soit la rupture de l'unité des deux partis ouvriers, soit une plus ou moins
(6) La différenciation la plus importante concernait la politique internationale : P.S.I. ayant développé sa campagne sur le thème de la neutralité. 38
E RNATIONALE rapide dégénérescence « social-démocrate » du P.S.I. Cela serait inévitable.
en dehors de toute intention subjective.
Nenni pourrait bien vouloir rester fidèle à son programme, même aller au gouver.
nement avec le consentement des staliniens : la logique des choses serait fatalement plus forte et l' « opération »
Nenni se solderait inévitablement par un échec du mouvement ouvrier.
A notre avis, trois préconditions importantes pour une politique ouvrière au dacieuse et dynamique existent après le
7 juin.
1° La crise de la direction bourgeoise et l'instabilité accrue du régime.
, 2º L'état d'esprit des masses prolétariennes, qui sont restées fidèles à leurs partis et qui ont été galvanisées par le succès du 7 juin.
3° L'attitude de certaines couches petites bourgeoises, qui ont été impressionnées par le renforcement des partis ouvriers et se trouvent dans une situation où leur précipitation vers le pôle prolétarien est tout à fait possible.
En réalité, c'est une politique de front unique prolétarien qui s'impose aujourd'hui plus que jamais. Une telle politique aurait pour conséquence de renforcer l'unité des deux partis ouvriers, de rallier autour d'eux les ouvriers et les paysans sans parti, d'exercer une attraction très forte sur des secteurs petits bourgeois, jusqu'ici fidèles à la socialdémocratie. Il existe même la possibilité sérieuse, dans la situation nouvelle qui s'est produite, de ronger la base petite bourgeoise du parti catholique.
Plus concrètement, c'est sur trois lignes principales que devrait s'axer la politique de front unique.
En premier lieu, la direction ouvrière du F.U. devrait exploiter la nouvelle situation en développant des luttes revendicatives importantes pour résoudre des questions qui concernent des catégories très larges et qui sont à l'ordre du jour depuis fort longtemps. Il est possible d'organiser même des luttes générales sur ce plan, dans le but d'améliorer le niveau de vie des masses et de donner un coup aux profits capitalistes. Si une première vague de luttes se concluait par un succès, il serait possible de déclencher des luttes politiques; et loccasion pourrait bien ne pas tarder.
C'est justement sur le plan politique que devraient se dessiner les deux autres lignes d'agitation et d'action du front unique. Avant tout, le front unique devrait se poser pour tâche d'empêcher avec fermeté de nouveaux progrès réactionnaires, notamment l'adoption des nou. velles lois anti-ouvrières, qui sont envisagées depuis longtemps, à savoir la loi antisyndicale, la loi sur les fonctionnaires de l'Etat et la soi-disant loi « polyvaJente » (qui en principe devrait défendre « la démocratie » contre les « totalitarismes de droite et de gauche », mais en réalité donnerait un coup aux libertés des travailleurs). Mais le front uni-
INT
Q U A TRIE ME I N que devrait aussi entamer une offensive sur ce plan, pour en finir avec des mesures réactionnaires, imposées depuis deux ou trois ans dans les usines, dans les bureaux , etc. (comme l'interdiction des réunions et des discussions politiques, les persécutions contre les militants syndicaux, la suppression de certains droits des membres des Commissions internes, etc.) Nous soulignons qu'une telle lutte, qui serait une lutte pour les droits et la liberté d'opinion des travailleurs contre l'arbitraire du patronat, pourrait obtenir le soutien de larges couches petites bourgeoises, de jour en jour plus hostiles à une pression qui les touche de près.
Enfn, le front unique devrait fixer un objectif majeur à toute son action aver le mot d'ordre : « Pour un gouvernement ouvrier et paysan ». Dans la situation actuelle, ce mot d'ordre serait particulièrement opportun. Aussi longtemps qu'il y aura un gouvernement bourgeois, aussi tongtemps qu'on restera dans le cadre du régime capitaliste, on ne pourra pas récondre les problèmes fondamentaux qui se posent ,on ne pourra pas sortir d'une instabilité et d'une crise chronique. Voilà des considérations qui pourraient bien convaincre non seulement des ouvriers et des paysans pauvres, mais aussi des petits-bourgeois, qui commencent à s'apercevoir que la situation, sans un changement radical, est sans issue.
En conelusion, malgré l'action réaction. naire durant cinq années, malgré la pres-
TERNATIONALE sion ouverte de l'impérialisme améri cain (7), malgré l'opportunisme des partis ouvriers et en premier lieu des staliniens. en Italie les jeux ne sont pas faits. Au contraire, einq années de gouvernement bourgeois relativement stable, cing années de « reconstruction » et d'aide américaine ont donné ce résultat: le front bourgeois s'est affaibli et il n'est pas en condition de se donner une direction stable, le front ouvrier progresse sous l'impulsion des masses, qui gardent leur enthousiasme et leur dynamisme.
L'Italie ne sera pas de toute façon une base sûre pour la guerre impérialiste. L'Italie pourrait même réserver des surprises désagréables aux puissants de l'Occident si, à l'admirable esprit de combat des masses ouvrières et paysannes correspondait une direction prolétarienne audacieuse qui eût pour but non de manœuvrer dans le cadre de la diplomatie du Kremlin, mais de préparer un règlement de comptes avec la bourgeoisie ita. lienne en décomposition et l'impérialisme miné dans tous les coins du globe par la montée révolutionnaire des masses.
19 juin 1953.
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(7) Pendant la campagne électorale l'ambassadeur américain en Italie a pris parti ouvertement pour le Centre, en menaçant de suspendre l'aide économique dans le cas d'une défaite des partis pro-atlantiques.