Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 11, n° 5-7

Le chemin de la révolution permanente en Indonésie

Tjokro · Quatrième Internationale, vol. 11, n° 5-7 · mai-juillet 1953 · p. 40-45 · 4 236 mots

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La politique de la couche dominante en Indonésie est dominée principalement par trois facteurs. Le premier, c'est sa peur des masses populaires révolutionnaires qui ne considèrent nullement la révolution comme terminée. Le deuxième, c'est l'incapacité des gouvernants à rompre leurs liens avec l'impérialisme, en partie précisément à cause de cette pres.

LA POLITIQUE COMMERCIALE DE

Afin de conquérir une position plus indépendante, la bourgeoisie indoné. sienne montante s'efforce de se libérer de l'emprise étouffante que Washington exerce sur elle, avec sa politique de prix trop bas à l'exportation et de prix trop élevés à l'importation. Cela se manifeste avant tout dans les discussions sur le prix du caoutchouc, lequel représente, en effet, la moitié en valeur des exportations indonésiennes. Les Etats-Unis sont le principal acheteur, et ont également dépassé les Pays-Bas en tant que premier fournisseur de marchandises.

En janvier dernier, le New York Times, examinant l'évolution des relation entre l'Indonésie et les Etats-Unis, écrivait : « Les difficultés avec l'Indonésie sont dues à la chute des exportations indonésiennes d'une part, et à la hausse constante du prix des importations indonésiennes des Etats-Unis de l'autre. Une telle situation a conduit à beaucoup de malentendus et de refroidissement entre' l'Indonésie et les Etats-Unis ». Une des causes principales de ce « refroidissement ». c'est le fait que Wall Street a lié le prix du caoutchouc naturel au prix du caoutchouc synthetique, fabrique Sous monopole d'Etat à des prix artificiellement has aux U.S.A.

L'Indonésie a exporté en 1952 au total 715.130 tonnes de caoutchouc. dont 450.000 aux U.S.A. La réaction indonésienne à la tactique des Américains est tellement violente, parce que près des 2/3 du caoutchouc exporté en 1952 ne proviennent pas de grandes plantations pitalistes, mais de petites entreprises paysannes. Sur une population de 70 millions de personnes, l'Indonésie n'en compte pas moins de 9 millions directement impliquées dans l'expleitation du caoutchoue, à savoir : 4 millions de proprié40 sion des masses. Le troisième, c'est leur poussée pour participer à l'exploitation accrue des masses populaires et des ressources naturelles du pays.

Nous entamerons notre analyse de la situation presente en Indonesie par ce dernier facteur qui, actuellement, joue un rôle plus grand que jamais. LA BOURGEOISIE INDONESIENNE taires de petits jardins de caoutchouc (avec leur famille) ; 2 millions d'ouvriers de plantation (avec leur famille) ; et 3 millions de fermiers travailleurs (avec leur famille).

Devant le refus des Américains de relever le prix du caoutchouc naturel, findonésie est de plus en plus obligée de chercher d'autres clients; déjà des milliers de petits paysans et ouvriers sont devenus chômeurs par la fermeture de jardins de caoutchoue ! Parmi les clients potentiels, il y a en premier lieu le Japon. Avant la guerre, c'était la Malaisie qui procurait au Japon 65 % de ses besoins en caoutchouc ; l'Indonésie n'entrait que pour 35% des importations de caoutchouc japonaises. Actuellement, l'Indonésie a déjà conquis la première place parmi les fournisseurs du Japon en caoutchouc ; pour les huit mois se terminant en février 1953, la Banque du Japon reçut des demandes de licences pour l'achat de 32 millions de dollars de caoutchouc, dont 19 millions en Indoné. sie et 13 millions en Malaisie.

Une conférence internationale sur le prix du caoutchouc, réunie récemment à Copenhague, a abouti à un échec, par suite du refus des Américains de relever le prix au-dessus de 25 cents. L'Indonésie semble maintenant sur le point d'entreprendre des pourparlers pour livrer du caoutchouc à l'Union soviétique. Le correspondant à Djakarta du Algemeen Handelsblad, d'Amsterdam écrit, le 18 mai dans ce journal:

« L'impression générale à Djokarta, c'est que l'échec des tentatives d'arriver à un règlement international aura des consequences de grande portée, aussi bien dans le domaine économi.

que que politique. D'après des dépéches provenant de source bien infor-

N mée, des pourparlers ont eu lieu à Londres entre des représentants de PU.R.S.S. et d'Indonésie, concernant la possibilité de conclure un accord de troc entre ces deux pays. Ces représentants se sont rencontrés à l'Ambassade de 'Indonésie, et sont arrivés à un accord concernant la base d'un arrangement éventuel. Ces pourparlers étaient produits par la chute brutale des prix du caoutchouc. L'Indonésie désire exporter en U.R.S.S. du caoutchouc, de l'étain et d'autres matières premières en échange de machines. »

En ce qui concerne sa production d'étain, la deuxième du monde (- en 1952, la Malaisie produisit 56.838 tonnes d'étain ; l'Indonésie 35.003 tonnes et la Bolivie 33.700 tonnes →) l'Indonésie dépendait jusqu'à maintenant exclusivement des achats américains. L'année passée, à 2.000 tonnes près, toute la producdion indonésienne d'étain a été fournie aux Etats-Unis. Mais des changements en cours dans les rapports de propriété des mines d'étain auront leurs répercussiens dans le domaine du commerce international. Les deux sociétés minières les plus importantes, la Banka et la Billiton, sont passées entre des mains indonésiennes depuis le 28 février dernier. Les actions de la Banka sont complètement entre les mains du gouvernement indonésien : ceux de la Billiton le sont pour 5/8. Ce transfert de propriété renforcera la tendance du commerce indonésien à se détourner des pays occidentaux.

Si nous examinons l'évolution du commerce extérieur de l'Indonésie au cours des cinq dernières années, nous constatons déjà très nettement les deux tendances indiquées plus haut: d'une, part, la part prépondérante qu'ont réussi à y occuper les Etats-Unis ; d'autre part, la tentative de la jeune bourgeoisie indo. nésienne de s'émanciper de cette mainmise yankee en développant son commerce avec d'autres pays asiatiques (et dernièrement aussi avec l'Allemagne, l'U.R.S.S. et les démocraties populaires).

Les exportations indonésiennes ont évo. lué régionalement de la façon suivant:

Pays 1948 1951 1951 en % de provenance de 48 Pays asiatiques. 417 1.275 300 % Europe 454 1.037 230 % Amériques 309 634 200 % Plus particulièrement: Japon 191 572 300 % Pays-Bas 235 371 160 % U.S.A. 286 611 210 %

Ces derniers chiffres sont remarquables, parce qu'ils indiquent que le Japon a déja depasse de loin les Pays-Bas sui le marché indonésien, et commence même à menacer la position dominante des U.S.A.

Le commerce avec la Chine, les Indes, l'Allemagne occidentale, la Pologne, qui occupait encore une place négligeable en • 1948, prend actuellement un essor nouveau. Voici quelques dépêches de l'agence indonésienne ANTARA concernant les réactions indonésiennes à la politique américaine d'interdiction de fournitures de matériaux stratégiques à la Chine.

Le 11 mars 1953: « Jusqu'à mainteni officeusement au gouvernement indoon n'a demandé ni officiellement nésien de supprimer les services portuaires aux navires qui transportent des matériaux stratégiques à la République populaire de Chine. On sait que le délégué indonésien s'est abstenu aux Nations Unies lors du vote sur le blocus de la Chine populaire en matières stratégiques ».

Même date : « D. Godokusumo, président de la Commission des affaires parlementaires du parlement indonésien déclara qu'il votera contre tou e aide de la part de l'Indonésie aux mesures de blocus anglo-américaines contre la République populaire de Chine ».

Le 19 mars : « M. Tandioni Manu, an. cien ministre de l'Agriculture, rapporta au journal Harian Rakjat que l'accord de troc caoutchouc contre riz conclu par la société anonyme Kentchana et des organismes commerciaux chinois, vient d'obtenir une garantie gouvernementale chinoise ».

Après ces déjèches vient la nouvelle que A. Mononutu, jusqu'à maint-nant ministre de l'Information, vient d'être nommé ambassadeur indonésien à Pékin. nomme ambassadeur indonesien a Pekin.

Avec les tades, indonesie vient de Avec les Indes, l'Indonésie vient de conclure un nouveau traité commercial, fournissant du caoutchouc, de l'étain, du bois et du coprah, en échange do jute, de textiles et de machines (en 1952, 5 % des importations totales indonésinnes représentaient des importations d'équi. pement industriel !). Nico Palar, jusqu'a maintenant délégué permanent de "'Indonésie aux Nations Unies, a été nommé ambassadeur indonésien aux Indes à partir du ler mai 1953.

Le nouveau traité commercial entre l'Indonésie et l'Allemagne occidentala prévoit des échanges commerciaux sensiblement accrus, s'établissant maintenant à 250 millions de florins (65 millions de dollars) par an.

(en millions de rupies).

Pays 1948 de destination Pays asiatiques. 269 Durope 467 Amériques 190 Plus particulièrement Japon 25 Singapour 176 Pays-Bas 373 U.S.A. 182

1951

1.857

1.680

1951 on % de 48

690 %

360 %

425 %

600 4

100 C

270 *

430 %

Voici maintenant l'évolution des importations indonésiennes: (en millions de rupies)

Le 17 mars dernier, une délégation commerciale polonaise dont le chef est M. Jurkiewicz, directeur au ministère du Commerce extérieur, arriva à Djakarta. afin de conclure un nouveau traite commercial, selon les termes duquel l'In. donesie fournira à la Pologne du caoutchoue et de l'étain en échange de verre, de produits chimiques, d'émail, de papier, etc.

En ce qui concerne les relations entre lIndonésie et l'U.R.S.S., il est important de noter que le membre du parlement Rondonuwu déposa une motion demandant l'ouverture d'une ambassade à Moscou et que, malgré la résistance du gouvernement, cette motion fut adoptée le 9 avril dernier par 82 voix contre 43. Le Parti national indonésien, parti du président Sukarno, vota pour la motion.

Toute cette évolution de la politique commerciale a été influencée par les événements qui se sont produits le 17 octobre 1952 et depuis lors. Ce jour-la, la partie pro-impérialiste de l'armée indonésienne organisa un putsch afin de chasser le parlement. On voulait, en même temps, « protéger » le président Sukarno, mais au cours de cette action, les canons des tanks « protecteurs » furent pointés sur le palais présidentiel. Cette action

Le deuxième facteur dans la politique de la bourgeoisie indonésienne, c'est la protection accordée aux entreprises aux étrangères et la construction de l'armée, de la police et du service de renseignement avec l'aide de spécialistes et d'équipement néerlandais et américain.

L'économie indonésienne est encore en majeure partie dominée par les porteurs de coupons néerlandais. Une des premières actions des dirigeants actuels de la République pendant la révolution, fut de rendre toutes les propriétés étran gères confisquées à leurs propriétaires, en novembre 1946, par l'accord de Linggadjati. Les entreprises étrangères nationalisées comme la Banque de Java, le fu. rent en échange d'indemnités copieuses, Le point atteint par cette protection gouvernement indonésien à la propriété des impérialistes etrangers, apparait dans la. depeche suivante publlee par le Alge. meen Handelsblad, d'Amsterdam (19 février 1953) :

« Lagence d'information indonésienne Antara mande de Djakarta quo m. Kubarsih, membre de la Commis sion de nationalisation des entreprises de gaz et d'électricité, a déclaré que le programme total de nationalisation des entreprises de gaz et d'électricite evigera une somme de 96 millions de n. (1 milliard de fr. français) comme indemnités. Nous insistons sur le fait guil s'agit de florins, car jusqu'a maintenant on ne cita des sommes de pareille grandeur qu'en rupies, ce qui

Just toute une différence, puisquan change actuel 1 florin vaut 3 rupies ». 42 était motivée par l'adoption par le parlement d'une résolution de M. Sophian, membre du parti de Sukarno, exigeant une épuration de l'armée et du ministère de la Défense nationale. Conjointement a cette action militaire, une de monstration populaire avait ete convoquée par le Parti socialiste - pro-imperrialiste — de Sutan Sjarir, également en faveur de la dissolution du parlement et de l'établissement d'une dictature militaire sous le ministre de la Défense nationale, le sultan Hamengku Buwono, « l'homme fort » du régime actuel. Or, contrairement aux prévisions, à côté des quelques milliers de manifestants « socialistes », 150.000 personnes se rassemblerent, exigeant non la dictature militaire du sultan Hamengku Buwono, mais l'organisation d'élections générales. Ceci causa non seulement l'échec du putsch, mais provoqua même des effets opposés aux vœux des conspirateurs. H. Buwono fut démis de ses fonctions ; la direction de l'armée fut épurée, et au mois d'avril de cette année, en conséquence lointaine de l'affaire du 17 octobre, l'ambassadeur indonésien à Washington, Ali Sastroamidjojo, et, le secrétaire-général du ministère de la Défense, Ali Budiardio, furent révoqués (1).

Ici se manifestent la joie et la surprise des entrepreneurs néerlandais devant le fait que le gouvernement indonésien se déclare prêt à payer en réalité trois fois la valeur des entreprises à nationaliser ! On peut difficilement imaginer une meilleure défense des intérêts impérialistes.

D'autre part, les dirigeants indonésiens ont l'illusion de pouvoir construire à côte des entreprises industrielles et agricoles existantes, qui sont aux mains des Hollandais, Américains, etc, une industria et une agriculture indonésiennes, en par. tie avec du capital étranger et en partie par l'effort indonésien propre. Une nou. velle législation concernant le capital étranger vient d'être promulguée, selon laquelle il est interdit de faire sortir du pays des sommes supérieures à 15 % du capital originellement investi.

Mais la condition sine qua non pour attirer de tels capitaux étrangers, c'est la protection des entreprises étrangères existantes contre la pression des masses populaires qui désirent déchirer les accords avec les hollandais. Aux yeux de la bourgeoisie indonesienne, une telle politique représente, en même temps, la

-

(1) Notons que le Burean Politique du P.C. indonesien deelara le 17 octobre ce des officiers réactionnaires, alliés aux sorialistes de droite et aux trotskystes (!) avaient cherché à conquérir le pouvoir et que le P.C . se placa entierement derrière le gouvernement Wilopo. Ne perdons pas de temps sur la calomnie de l'alliance des trotskysles avec les reactionnaires ; mais peut-etre. les 150.000 manifestants cni exigèrent des elections générales, sont-ils coupables de... trotskysme ?

LES RELATIONS AVEC L'IMPERIALISME NEERLANDAIS

LES RELATIONS AVEC L'IMPERIALISME NEERLANDAIS

Al

R

IEME meilleure protection contre le danger de sa propre expropriation par les mêmes masses.

Entre temps, il s'avère que les capitaux étrangers ne se précipitent pas en Indonesie. Le journal Suara Merdeka, de Semarang, écrit le 2 mars 1953 :

« Le capital étranger demande une sécurité physique, la paix sociale, et aussi, en premier lieu, lassurance qu'on pourra également continuer à travailler à l'avenir. On ne cherche pas seulement du profit, mais encore, Vassurance de pouvoir travailler calmement et de conserver sa propriété. L'insécurité résultant de lactivité des bandes armées est un handicap sérieux quand on veut travailler en paix. La question de la paix sociale est également difficile à établir. Cela provient de la mentalité du peuple dans son ensemble et des ouvriers en particulier, qui voient dans tout capital étranger des instruments du capi. talisme et de l'impérialisme. Le fantôme des grèves et de la résistance passive contre le capital étranger est un des facteurs permanents. » (souligné par nous).

Perspective peu alléchante pour les impérialistes ! Ce qui explique pourquoi les colonialistes néerlandais et américains préfèrent retirer leurs profits d'Indonésie pour les investir dans de nouvelles sociétés de plantation en Afrique et en Amérique latine (Brésil).

La Mission militaire néerlandaise (N. M.M.) chargée de la formation des ca-

Le même jeu criminel que MM. Soukarno et Cie jouent en protégeant la proprieté des impérialistes et en prolongeant le maintien en Indonésie de la N.M.M., ils le jouent également depuis des années dans la question des élections générales pour un nouveau parlement.

Au lendemain de l'éclatement de la révolution, on décida d'organiser des éleetions générales parlementaires, en janvier 1946. Ces élections furent remises non tant en raison des besoins de la lutte contre l'impérialisme que du fait que Tan Malakka était, à ce moment-là, la figure politique la plus importante de la République. Il avait constitué, en janvier 1946, le Persatouan perajouangan (Association d'organisations de combat et de partis politiques) dont il était également le principal dirigeant. Alors que Soukarno et Sjarir engageaient des pourparlers avec l'impérialisme néerlandais pour le partage du butin, Tan Malakka organisait la lutte armée. Depuis lors, à chaque reprise, on remit l'échéance des élections. Mais la manifestation monstre des masses de Djakarta, du 17 octobre 1952, exigeant des élections générales, remplit de terreur les gouvernants. Au cours des mois passés, une loi électorale fut fabriquée, puis adoptée au parlement dres de l'armée indonésienne continue à résider en Indonésie. En réalité, la N.

M.M. constitue le point de cristallisation de tous les éléments réactionnaires, en premier lieu, d'une partie de l'ancienne armée des Indes néerlandaises passée à l'armée indonésienne. Les événements du

17 octobre 1952, au cours desquels la

N.M.M. tira les ficelles des conspirateurs, provoquérent des mouvements de protestation contre le séjour de la N.M.M., en

Indonésie. Le 25 mars 1953, on entama des pourparlers pour le départ de la N.

M.M. Mais MM. Sukarno et Cie qui, le

17 octobre 1952, ne furent sauvés que grâce à l'appui des masses populaires, ne savent quoi faire dans la position délicate dans laquelle ils se trouvent ainsi placés. On sait que la N.M.M. est détestée par les masses populaires; mais on sait aussi que seule une armée de toute confiance et construite sur le modèle occidental est capable de protéger l'appareil d'Etat et de réprimer de nouvelles explosions révolutionnaires. On attendit cinq mois avant d'entamer les pourpar lers pour le retrait de la N.M.M. Alors qu'il avait été établi en 1950 que la N.

M.M. se retirerait dès 1952, l'accord conclu le 41 avril dernier prévoit le maintien de cette mission jusqu'à la fin de cette année. Bien qu'il ait été établi que la N.M.M. avait appuyé un putsch, repoussé par les ouvriers de Djakarta, la conscience de classe de la bourgeoisie indonésienne l'oblige à maintenir momentanement en place la N.M.M., plutôt que de s'appuyer sur les masses populaires qui, au cours des années passées, ont tant de fois sauvé la République et ses dirigeants. au debut d'avril. Mais dès que le gouvernement se remit de sa peur. il annonça que les élections ne se tiendraient pas avant la fin de 1954. Il s'agit ici d'une escroquerie politique pure et simple. La peur de voir les masses modifier radicalement la constellation politique actuelle, unit le gouvernement et une masse de membres nommés du parlement. Il y a là, effectivement, des raisons d'inquiétude pour la bourgeoisie.

Ces derniers temps, il y a eu un recul visible du mouvement gréviste. Néanmoins, on ne peut parler de l'établisse. ment d'une « paix sociale ». Voici la statistique des conflits sociaux pour la seule province de Java occidental, qui indique nettement ces deux aspects de la situation :

juill.-déc. 1950 1951 1952 Nombre des conflits de travail. - 2.270 3.543 Nombre de grèves .... 26 298 55 Ouvriers impliqués 69.229 92.617 31.684 Journées de gréves 221.107 79.224 54.075

LA POSITION DES MASSES POPULAIRES

LA POSITION DES MASSES POPULAIRES

Motifs des conflits: introduction des conventions collectives ; reconnaissance des organisations syndicales ; conditions de travail, etc.

Il y a deux causes au reflux du mouvement gréviste : le cours de droite des staliniens et l'intervention du gouvernement dans les conflits sociaux (arbitrage obligatoire du bureau P. 4 D., etc).

Les staliniens exercent une influence prépondérante sur les ouvriers syndiqués du fait qu'ils contrôlent la direction de la principale centrale syndicale, la S.O. B.S.I. Ils ont réussi, en outre, ces derniers temps. à prendre en main la direction d'une série de fédérations, notamment la Sarbupri, en utilisant leurs méthodes bien connues d'organisation de congrès et d'élections d'organismes dirigeants.

La Sarbupri est la fédération des ou. vriers travaillant dans les entreprises et plantations agricoles. La direction fédérale, composée de 39 membres, pour la plupart non-adhérents au P.C., donnait une direction révolutionnaire à la lutto des ouvriers agricoles. Lörs du dernier Congrès du Sarbupri, les staliniens réus. sirent à faire désigner une nouvelle direction fédérale composée de 30 membres du P.C.! Il en résulta une scission syndicale, 12.000 ouvriers constituant leur propre syndicat.

Pour comprendre l'orientation actuelle de la direction de la Sobsi, il faut se rappeler que lors de son Congrès d'octobre 1952 ,on décida d'éliminer tous les termes comme « révolution » « dictature du prolétariat », etc., du programme confédéral. L'organe central du P.C. néerlandais De Waarheid, rapporta le 21 octobre 1952, les décisions du Congrès en ces termes :

« Deux figures dirigeantes de la Sobsi, 4.-S. Dharia et Muni, developpèrent les décisions de la conference. nationale. Avec un grand enthousiasme, ces décisions furent acclamées par des centaines de milliers d'ouvriers, de paysans, de jeunes, de femmes et de REPRESENTANTS DE LA BOURGEOISIE NATIONALE ». (souligné par nous).

Quant aux mesures gouvernementales, la plus lourde de conséquences est celle gui impose à tout syndicat d'annoncer une décision d'arrêt de travail trois semaines à l'avance, pour que le bureau d'arbitrage gouvernemental ait la possibilité d'intervenir, de négocier et, le cas échéant, de déclarer la grève non motivée. Si le syndicat ne se plie pas à ces dispositions, la grève est déclarée illégale, et des mesures sont prises pour en empêcher l'éclatement ou la briser. Ain si dernièrement s'ouvrit à Sourabaja le procès de N. Hartono, dirigeant de la section « Action » du S.B.I.M., fédération des ouvriers métallurgistes d'Indoné sie, accusé d'avoir organisé, en juillet

1952, une vague de grève dans douze usines de construction mécanique de la région de Sourabaja, sans accord préa-

ERNATIONALE lable du bureau P. 4 D. Pour caractériser l'atmosphère qui règne dans le pays, à l'ouverture de ce procès, le 29 avril 1953 l'accusé et son défenseur furent vigoureusement applaudis et fêtés par le public dans la salle du tribunal (on leur remit un collier de fleurs qu'ils portèrent durant le procès).

Mais lorsqu'on sait que les salaires permettent aux ouvriers de couvrir environ un quart de leurs besoins, et que les prix continuent à monter rapidement (2), on comprend que ni les ma. nœuvres staliniennes, ni les mesures gouvernementales ne réussiront à la longue à empêcher l'éclatement de vigoureux conflits sociaux. Aussi, au début de cette année, une nouvelle vague de grève semble s'annoncer, indiquée par les nouvelles suivantes, couvrant seulement le mois de mars 1953 :

- 9 mars : grève à Sourabaja de 1.200 ouvriers de la British-American Tobacco Cy, à cause du licenciement d'un dirigeant syndical. Les grévistes obtiennent gain de cause.

- 9 mars: grève de 500 ouvriers de la S. A. « De Industrie », à cause du licenciement de 9 ouvriers. L'ordre de reprise de travail donné par les autorités ne fut pas suivi. Le travail ne fut repris qu'après que la direction accepta de pro longer de plusieurs semaines le délai lé. gal de paiement de salaire en cas de licenciement par rupture de contrat.

- 14 mars: la fédération des cheminots annonce qu'elle proclamera la grève dans les régions de Sumatra-Est, le 24 mars, si la gratification spéciale exigée n'est pas payée.

- 15 mars: la direction fédérale du syndicat des P.T.T. envoie une lettre au ministre compétent pour exiger le remplacement du système de paiement des salaires à la fin du mois par le système de paiement d'avance au début de chaque mois.

- 18 mars: le syndicat des employés annonce que les employés de la Nationale Handelsbank, de « De Factorij ». de laEscompto Bank, de la Chartered Bank of India et de la Australia and China Bank Ltd, arrêteront le travail à partir du 1er avril. Ils exigent : une participation aux bénéfices, une augmentation des salaires, des soins médicaux, des conpayés et l'application des tarifs d'heures supplémentaires.

(2) Voici quelques chiffres indiquant la hausse des vivres depuis un an:

Riz, le kg.

Viande de bœuf

Poisson

Café ..

Pommes de ter

Haricots

Lait, le litre

OEuf, pièce

Tếv. 1953 fév. 1852

(Rupies)

(Rupies)

2,40

1,10

7,50

0,80

2,30 re.

2,50

0,75

0,40

- 18 mars : la grève de 665 ouvriers de T'entreprise de caoutchouc Redjosari, commencée le 27 février, continue toujours. Elle est due au renvoi d'un ouvrier.

- 19 mars: 12.000 ouvriers de pétrole des entreprises B.P.M. dans la région du Sud-Sumatra arrêteront le travail le 21 mars pour trois jours. Raison : revendi. cations des travailleurs concernant la fa. çon de calculer le prix des rations de

L'évolution politique et sociale de l'In. tesse de la théorie trotskyste de la revodonésie confirme complètement lution permanente. La masse des ou. vriers et des paysan pauvres n'a pas arrêté son combat avec la proclamation de l'indépendance formelle ; elle sait qu'il n'y a pas encore de Merdeka (l'indépendance complète) à 100 %. De son côté, la bourgeoisie indonésienne s'efforce d'arracher autant de concessions que possible de l'impérialisme, afin d'occuper une place plus autonome sur le marché mondial et d'obtenir une part plus grande de la plus-value, et précisément pour cette rai son, elle son, elle ne peut pas appuyer la lutte des travailleurs contre lexploitation des sociétés étrangères et indigènes, mais s'allie au contraire à l'impérialisme pour éeraser les travailleurs quand ceux-ci se lèvent contre la « propriété privée ».

ERNATIONALE vivres qui leur sont dues. Ils exigent le paiement rétroactif de cette somme a partir de novembre 1950. C'est la troisième grève depuis un mois dans cette entreprise.

- 25 mars: grève des ouvriers du tabac de quatre entreprises dans la région de Binjé. Les syndicats n'acceptent pas l'offre patronale d'augmentation des salaires de 1 cent (1 fr. français) l'heure. • Mais les masses populaires ont prouvé pendant la révolution, qu'elles peuvent battre des armées impérialistes équipées jusqu'aux dents. Comparée à cette puissance des masses populaires, la force de l'appareil de répression de Soukarno, apparaît encore minime.

La stagnation de la révolution à l'étape présente découle non d'un rapport de forces sociales défavorable aux masses, mais de l'absence d'un parti bolchevik, c'est-à-dire trotskyste. Espérons que les marxistes indonésiens qui militent dans les différents partis et syndicats ouvriers, et ailleurs, prendront conscience de leur tâche commune, la constitution d'un parti bolchevik-léniniste, de LA SECTION INDONESIENNE DE LA IVe INTERNATIONALE.

Mai 1953.

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