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La revue › vol. 11, n° 5-7

Le « cours nouveau » des post-staliniens

M. Pablo · Quatrième Internationale, vol. 11, n° 5-7 · mai-juillet 1953 · p. 30-34 · 4 106 mots

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L'ampleur du « cours nouveau » que les successeurs de Staline ont inauguré depuis la mort de celui-ci, est devenue telle en l'espace de quelques mois, que les plus incrédules Thomas sont obliges de reconnaître maintenant la réalité du « revirement » survenu dans la traditionnelle politique stalinienne. Ceci aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.

Une politique nouvelle s'esquisse à larges traits progressivement plus précis, aussi bien en U.R.S.S. même que dans les pays satellites de l'Europe et dans les relations avec les pays capitalistes, comme avec la Yougoslavie.

Entre ces différents plans où se développe ce « cours nouveau » maintenant incontestable, il y a naturellement interdépendance et interaction, Si la surprise, causee par ces faits « nouveaux », est 32080 presque totale dans tous les milieux poli. tiques pensants du camp ouvrier ou capitaliste, notre mouvement y trouve, contraire, la confirmation éclatante de ses vues de toujours sur le stalinisme, et plus particulièrement des analyses faites depuis quelques années deja sur les conséquences qu'auraient nécessairement sur le stalinisme, son « expansion », la montée révolutionnaire mondiale et les progrès économiques et culturels accomplis en U.R.S.S.

D'autre part, la signification de la mort de Staline comme événement pouvant précipiter les processus depuis longtemps entamés en U.R.S.S. même, fut immédia. bement et profondement saisie par notre mouvement Nous avions insisté sur le fait que Staline mourrait en réalité à un moment où les bases objectives du stalinisme étaient déjà irrémédiablement minées et son déclin commencé ; qu'il n'y aurait pas un deuxième Staline, c'est-àdire un successeur de Staline pouvant jouer le même rôle historique; que Malenkov risquait de ne rester qu'un candidat à la succession de Staline, rien de plus ; que la situation intérieure de I'U.R. S.S. et son évolution pouvaient s'avérer un facteur d'une grande importance pour l'évolution de la politique post-stalinienne.

Les événements ont confirmé nos pronostics et justifié notre optimisme.

Les Cassandre qui pleuraient sur le triste sort du mouvement ouvrier et du socialisme, assombris par la perspective d'un long règne mondial du stalinisme immuable, s'étendant sur toute une période historique, restent désemparés et troublés. 30

Certains n'avaient-ils pas déjà pris l'habitude de se consoler au service de la « démocratie bourgeoise » occidentale, et même de l'impérialisme américain, « moindres maux » que le « totalitarisme soviétique » ?

Mais - venons-en plutôt aux faits du « cours nouveau » et établissons son ampleur réelle, son sens, ses perspectives.

Dans la masse des actes politiques, des événements, des écrits, produits depuis la mort de Staline par ses successeurs, est facile de discerner des lignes indicatrices du sens du « tournant ».

L'édifice politique stalinien avait accentué dans les dernières années la prépondérance de la bureaucratie privilégiée grand-russe au détriment des masses ouvrières soviétiques dans leur ensemble, au détriment des autres nationalités de I'U.R.S.S., et au détriment des pays satellites de l'Europe orientale.

Les domaines de haute tension qui constituaient aussi les points faibles du regime, ou une rupture pouvait se produire, étaient ceux des rapports avec les masses ouvrières, avec les nationalités, et avec les pays du « glacis ». Les successeurs de Staline agissent maintenant de manière à faire croire qu'ils veulent baisser la tension dans ces trois domaines et, dans un certain sens, ils agissent effectivement ainsi.

Prenons la question des rapports avec les masses ouvrières.

Les masses travailleuses en U.R.S.S., étaient mécontentes de leurs conditions matérielles qui, tout en s'améliorant de manière absolue, conjointement avec les progrès économiques de T'U.R.S.S., restaient relativement médiocres aussi bien par rapport à leurs besoins que par rapport à la part qui revenait aux couches - surtout aux couches supérieures - de la bureaucratie ; elles étaient mécontentes de leurs conditions politiques aussi — malgré les affirmations officielles qu'elles constituaient la classe dirigeante de la nation — elles étaient soumises aux excès du bureaucratisme et du contrôle policier. Les conditions de travail dans les usines et les kolkhozes, la pression du stakhanovisme, du salaire aux pièces et des articles du code pénal, pesaient particulièrement sur elles.

La contradiction entre le caractère social, prolétarien et socialiste de T'U.R.S.S., ses fondements économiques et sociaux,

UATRIEMEIN les progrès économiques et culturels réalisés sur cette base, et le régime politique bureaucratique et policier instauré par Staline, devenait de plus en plus flagrante et intolérable.

Une tension non moins importante règnait - et règne toujours — entre les différentes nationalités qui composent T'U.R.S.S. ,et la bureaucratie grand-russe que favorisait plus particulièrement le Kremlin.

Parmi ces nationalités, certaines comme l'Ukraine et les pays baltes conservent de longues et puissantes traditions culturelles et révolutionnaires. Elles ont de tout temps constitué des foyers actifs de propagande et d'agitation contre tout pouvoir central grand-russe qui a voulu les dominer, les dénationaliser, les russifier.

Après la dernière guerre ‚il y eut enfin un nouvel élément de désagrégation du régime stalinien : l'incorporation organique petit à petit du « glacis » dans l'orbite soviétique. Certains des pays qui le composent, comme la Tchécoslovaquie, certaines régions de la Hongrie, l'Allemagne orientale, possèdent un niveau de culture supérieur, et surtout un prolétariat technologiquement et politiquement très développé. D'autres comme la Pologne sont marqués par un nationalisme profond qui a mené de longues luttes révolutionnaires contre le pouvoir tsariste.

Les tentatives du Kremlin de piller au début purement et simplement ces pays afin de parer aux besoins urgents spécitiquement soviétiques, de leur imposer ensuite sur tous les plans ses propres méthodes de « socialisation », et de les russifier, ont rencontré une résistance de plus en plus accrue.

Pris dans le complexe de toutes ces dif. ficultés, de ces forces centrifuges, de ces contradictions, de ces tensions, l'appareil du Kremlin, dirigé par Staline, voulait faire face jusqu'à sa mort essentiellement par la force, la rigidité et le monolithisme du système. Tout relâchement, toute faille risquait de faire sauter tout le système.

Mais en même temps le rapport des forces entre l'appareil règnant par la for. e stricte la terreur, le monolithisme, et les masses devenait de plus en plus défavorable à l'appareil. Deux raisons essentielles conjointes y contribuaient : la montée révolutionnaire mondiale qui se poursuit depuis la deuxième guerre mondiale, les progrès économiques et culturels des masses soviétiques elle-mêmes.

Vouloir persister avec la même rigidité que par le passé dans le règne de terreur et de monolithisme qu'incarnait le pouvoir de Staline devenait extraordinai. rement risqué.

De son vivant déjà, comme il fut possible de le noter d'une manière plus précise au 19° Congrès du P.C. russe et à travers les préoccupations qui perçaient dans son dernier ouvrage « Les Questions du Socialisme », il y eut des tentatives de faire légèrement baisser la

TERNATIONALE tension et de faire miroiter des changements beaucoup plus importants pour un avenir proche.

Sa mort a précipité l'évolution. Ceux qui disent que tout ce qui se passe actuellement n'est en réalité que l'accomplissement du testament de Staline par ses successeurs se trompent visiblement. Car l'impression générale qui se dégage du « cours nouveau » est celle de la liquidation de la tradition stalinienne dans une série de domaines importants, y compris — comme nous le verrons - celui de son propre « culte » et même de son nom.

Il est par contre beaucoup plus vraisemblable que ses successeurs étaient conscients, longtemps avant sa mort, de la nécessité de toute une série des mesures nouvelles, qu'ils avaient exercé sur lui une certaine pression pour que lui-même initie certaines d'entre elles; et que dès qu'il fut mort normalement ou non - ils se sont précipités pour les déclencher. Ceci par peur d'être devancés par l'explosion des masses encouragées par la mort de celui qui incarnait pour elles le régime despotique et bureaucratique.

Afin d'améliorer les rapports entre les masses ouvrières soviétiques et le régime, les successeurs de Staline ont procédé juqu'ici aux mesures suivantes: ils ont décrété une nouvelle baisse des prix portant sur les articles de consommation courante, la plus importante depuis 1947 ; ils ont complété cette baisse en livrant pour la première fois au marche les soldes des marchandises de première necessité, et accéléré d'autre part la production des moyens de consommation ainsi que la reconstruction et la construction de logements.

Le thème du « bien-être » des masses soviétiques, souci permanent de l'Etat et du plan ,a pris dans les feuilletons des journaux soviétiques une place qu'il n'avait jamais tenue dans l'ancien régime stalinien. Les journaux soviétiques consacrent maintenant une place importante à décrire les difficultés des familles soviétiques pour se loger, meubler convenablement leurs appartements, se procurer des marchandises et des ustensiles bon marché et de bonne qualité. Ils four. nissent abondamment des détails sur tous ces sujets et concluent que « cela ne peut pas durer ». (Literatournaya Gazeta, du 26 juin 1953).

Ce sont le ton et les motifs de ces feuilletons qui tranchent avec ceux de l'ère stalinienne.

On a remarqué, d'autre part, que le nouvel emprunt de 15 milliards de roubles qui, dans les conditions du régime, ressemble à une taxation forcée, fut ré duit cette année de moitié et doit contribuer avant tout au développement des industries des produits de consommation et à la construction des logements.

D'autres mesures concernant l'amélioration des conditions de travail, ainsi que les libertés démocratiques des masses ont

T été prises. Aussi bien l'amnistie que la promesse d'adoucir le code pénal annoncée au moment de la réhabilitation sensationnelle des médecins, « assassins en blouse planche », visent en réalité les victimes du régime de coercition qui règne dans les usines et kolkhozes, afin de « discipliner » la main-d'œuvre et lui extorquer le maximum de travail possible, c'est-àdire une grande masse de simples ouvriers.

Le nombre exact des libérés des camps de concentration n'est pas connu, mais même un organe bourgeois conservateur, comme The Economist (13-6-1953) l'évalue à « plusieurs centaines de milliers ».

La première référence officielle aux pri. sonniers libérés a été faite par le ministre adjoint de la Justice qui demanda aux autorités locales et aux syndicats de trouver du travail pour les personnes ayant bénéficié de l'amnistie.

D'autre part, le thème des « droits constitutionnels du citoyen soviétique » remplace dans les feuilletons des journaux soviétiques celui • de l'ère stalinienne d'antan sur « la vigilance révolutionnaire ».

Auparavant l'auteur de ces feuilletons servait en quelque sorte les organes de répression, juges et policiers, en attirant leur attention et souvent en accusant les fonctionnaires de l'Etat de manquer de « vigilance révolutionnaire ». Le changement consiste maintenant en ce que l'auteur devient l'avocat de la victime injustement accusée.

Le Parti et le gouvernement avaient ouvertement attaqué « les activités criminelles » de l'appareil judiciaire et policier lors de l'affaire des médecins et, peu après, celle des dirigeants georgiens. Maintenant dans les feuilletons des journaux les attaques contre des éléments subalternes de ces organismes sont fréquentes.

Dans le domaine des rapports avec les nationalités, les successeurs de Staline, tout en se réclamant de la doctrine « léniniste-stalinienne » en cette matière, ont déjà pris une série de mesures allant car. rément et d'une manière flagrante à l'encontre des méthodes appliquées du vivant de Staline. Une première indication du changement opéré dans ce domaine fut la vigoureuse dénonciation de toute propagande raciste, chauvine, lors de la réhabilitation des médecins israélites.

Cédant à la pression que les diverses nationalités composant 1'U.R.S.S. exerçent sur le pouvoir central grand-russe du Kremlin, afin de faire baisser dans ce do. maine la tension et d'éviter de graves explosions dans l'avenir, la nouvelle équi. pe procède, dans les appareils du Parti et du gouvernement dans toute une série des Républiques fédérales, à l'épuration des fonctionnaires grand-russes mis en place par Staline lui-même, et à leur remplacement par des cadres indigènes. C'est le sens général des mesures prises 32

ERNATIONALE dans des points aussi sensibles que 'Ukraine, les pays baltes, les République d'Extrême-Orient voisines de Chine, la Géorgie et la Russie blanche.

Les cas de l'Ukraine et de la Lituanie sont les plus significatifs. En Ukraine, il y a eu tout d'abord la réapparition subite, inattendue ,sur la scène politique de commissaire vieux bo evit Praires commissaire peuple Affaires intérieures et ancien président de l'Ukraine, tombé en disgrâce lors de la grande purge de 1936-1938. II avait échappé alors à la mort, mais il fut déchargé de toute fonction et probablement arrêté. Il a fallu que Staline meure pour que la. Pranda mentionne de nouveau son nom en même temps que l'attribution de « l'Ordre du Drapeau rouge du Travail » pour son soixante-quinzième anniversaire !

Ce fait était déjà annonciateur d'autres changements dans les hautes sphères de l'appareil ukrainien. En effet, peu après fut mentionné le remplacement de G.-L. Melnikov, premier secretaire du C.C. du Parti communiste ukrainien et son élimination du Bureau politique du Parti, principalement pour sa politique nationale erronée. Melnikov, très haut personnage dans toute la hiérarchie soviétique, fut accusé d'avoir voulu « russifier » l'Ukraine et plus particulièrement ses territoires de l'ouest (appartenant autrefois à la Pologne) entre autres par l'introduction obligatoire de la langue russe dans les écoles. Son zèle excessit pour imposer la collectivisation de l'agriculture dans ces territoires fut généralement blâmé (1).

Pour comprendre toute l'importance de cette mesure, il faut tenir compte à la fois du rang tenu par le personnage blâmé, mis en place par Staline luimême, et de toute la politique suivie, en Ukraine, durant les dernières années, du vivant de Staline, avec l'accent mis sut les « déviations nationalistes » de l'intelligentzia ukrainienne qu'il fallait résolument combattre. Le tournant dans ce domaine est maintenant de 180°.

Même déroulement des événement en Lituanie où la politique du C.C. du Parti communiste lituanien fut critiquée pour des motifs identiques (excès de « russification ») et où plusieurs cadres grand_ russes furent remplacés par des cadres autochtones.

D'autre part dans la presse soviétique paraissent de plus en plus fréquemment des articles centrés sur un thème tout autre que ceux utilisés dans ce domaine du vivant de Staline, la dénonciation du « nationalisme » et du « chauvinisme ».

(1) Il Taul remarquer d'autre part que tous les personnages actuellement déchargés de leurs l'onctions on blâmes ne soni ni arrêtés ni traduits devant un tribunal, ni même caractérisés comme « agents impérialistes » on « criminels ». Ils sont simplement remplacé par d'autres dans leurs fonctions antérieures et accusés « d'erreurs » plus ou moins « graves » ou « grossieres ». Cet article fut écrit avant la chute de Berma. qui fut — sur ce pomt - accompagnée d'un retour алх themes statiniens.J

T La plus éclatante manifestation dans ce domaine est incontestablement l'article paru dans le numéro du 25 juin 1953 du Communiste, le principal organe théorique du P.C. russe, écrit par P.-N. Fedoseyev.

Ce dernier fut déchargé de sa fonction de rédacteur en chef du Communiste en décembre dernier après une critique acer. be de M. Souslov, poulain de Staline, qui l'aceusa d'avoir propagé dans le passé les idées de N. Voznessensky (2).

Fedoseyev, maintenant réhabilité, écrit dans cet article qu'il est nécessaire de lutter actuellement en U.R.S.S. « contre les survivances du chauvinisme et du nationalisme » qui empoisonnent « l'amitié entre les peuples Fedoseyev dénonce les efforts effectués par quelques historiens soviétiques pour « regarder à travers des lunettes roses la politique réactionnaire du tsarisme ».

Plus loin, il s'élève contre toute mise en quarantaine de la culture de l'occident et ajoute que « les achèvements culturels de tout peuple, grand ou petit, sont vus ici en tant que contribution à la culture mondiale.

« Des aventuriers et des factionalistes, méprisés, avaient à plusieurs reprises essayé d'attiser les sentiments de haine nationale, qui sont profondément étrangers: à l'idéologie socialiste ».

Et cependant, le temps où la « culture sovietique », avant tout « grandcusse » surclassait toute autre, et où toutes les inventions des temps modernes étaient attribuées au « génie russe », n'est pas si loin !

Il y a enfin le domaine des rapports avec les pays satellites d'Europe orientale et centrale.

L'un après l'autre ces pays, avec un retard cependant incontestable par rap port au rythme des événements en U.R. S.S. même s'alignent sur le « cours nouveau ».

En Tchécoslovaquie, en Roumanie, en Allemagne orientale, une « amnistie » à l'exemple russe vient d'être accordée. Dans la presse de tous ces pays, le nouvel accent de la presse soviétique, sur le « bien-être » du peuple, sur les « droits des citoyens », sur les mêmes « lois » et les mêmes « disciplines » pour les diri. geants et les masses, est peu à peu repris.

Les excès dans l'industrialisation et la collectivisation commencent à être reconnus, et le terme de « NEP » en tant que politique de retraite nécessaire dans

(2) Voznessensky, cerveau économique di Politbureau iusqu'a 1949, Tut disgracie cette date. La réhabilitation de Fedosevel pourrait signifier une prochaine réhabilitation de Voznessensky, lui-meme.

ERNATIONALE certains cas est en vogue, pas seulement dans la bouche de W. Ulbricht.

Il est maintenant tout à fait clair que les mesures de « NEP » prises en Allemagne orientale le 10 juin dernier, quelques jours avant le soulèvement, furent initiées par Semionov, sur instruction du Kremlin et à l'encontre de la politique suivie jusqu'alors par la direction du S.E.D. Il ne fait également pas de doute que les nouvelles concessions, cette fois très amples, accordées aux masses en Allemagne orientale après les événements du 17 juin, furent aussi initiées par les autorités soviétiques, cette fois en accord probable avec la direction du S.E.D.

L'idée de reviser les plans dans le sens d'un accroissement de la production des moyens de consommation, visible en U.R S.S. même, gagne aussi les pays satel. lites.

L'heure est partout à la « reconsidération » de la politique suivie aussi bien dans le domaine économique que dans le domaine politique et culturel.

Des changements d'une telle ampleur ne peuvent pas naturelement rester 1mités et touchent en realite la nature même du régime tel qu'il était modelé du vivant de Staline et incarné par ce dernier. • En s'engageant dans le « cours nouveau », ses successeurs ne pouvaient pas échapper à la nécessité de mettre en cause le caractère jusqu'alors personnei du régime, le culte et le nom même de son « Chef ». Et il en est en réalité ain-

Malenkov fut obligé d'abandonner le poste de secrétaire du Parti, de se contenter de celui de président du gouvernement, afin de ne pas accumuler les fonctions, et de souligner le caractère d'equipe impersonnelle de la nouvelle direction. Des articles répétés dans la Pravda et le Communiste ont attaqué le culte du culte du « chef », l'impossibilité de l'infaillibilité, ses conséquences au point de vue « servilité » et « corruption », et loué le caractère collectif de la direction.

La manière d'enseigner l'histoire du Parti fut également mise en cause. Il ne tallait plus qu'elle commence ou se base sur la biographie des « grands hommes » mais sur la comprehension des conditions objectives et le rôle des masses. Ceux qui se réfèrent toujours à des « citations appropriées » et les utilisent n'importe où, même pour expliquer le plan quinquennal, deviennent les cibles de la satire.

Autant de domaines où les attaques sont à peine voilées contre le culte, les louanges extravagantes, et la manière de penser ossifiée, byzantine de Staline et de son ère. Mais son nom même est effectivement de moins en moins mentionné, aussi bien dans les manifestations publiques des nouveaux dirigeants que dans

Q LUATRI EME INT la presse. On imputera difficilement au hasard une telle entrée dans l'oubli qui erie en réalité trop la répudiation, pour le moment il est vrai encore indirecte.

Les changements intervenus dans la politique extérieure russe doivent être déterminés en grande partie par le revirement intérieur. Ceci dans un double sens : a) en tant que changements véridiques qui prolongent sur le plan extérieur la manière nouvelle d'envisager les rapports avec les masses et les nationalités sur le plan intérieur; b) en tant que moyen d'atténuer ne fût-ce que provisoirement la tension avec l'impérialisme, d'éviter la guerre dans l'immédiat, afin de normaliser la situation intérieure de Y'U.R.S.S. et du glacis sur la base du « cours nouveau ».

Le premier sens est indiqué par la manière plus « démocratique » et plus « socialiste » d'envisager les rapports avec des pays comme la Turquie et la YougoSlavie, en abandonnant toute revendication de caractere nationaliste, annexionniste, en direction de la première, en nor. malisant les relations diplomatiques avec la seconde, et en levant la quarantaine qui pesait sur elle (3).

Le deuxième sens se manifeste dans les concessions faites en Corée, en Autriche, en Allemagne orientale. dans des gestes de courtoisie et d'apaisement multiples, le nouveau ton des notes diplomatiques adressees aux pays capitalistes, et les articles de la presse soviétique les concernant.

Ainsi même extrêmement résumées, ces manifestations diverses du tournant post-stalinien ne manquent pas d'être (impressionnantes et d'indiquer clairement son sens.

Certes, il serait fondamentalement et dangereusement erroné d'en conclure que les nouveaux dirigeants se sont par euxmêmes réformés, et qu'ils procèdent avec succès à une « démocratisation à froid » du régime bureaucratique et policier de Staline. C'est la pression des masses qui les contraint à agir ainsi, et c'est le rapport constamment changeant entre cette pression et leur propre pouvoir qui déterminera l'évolution ultérieure du « cours nouveau ».

Les successeurs de Staline n'ont le mérite que d'avoir mieux senti que celui-ci, par le fait de leur position parti-

(3) En ce qui concerne le revirement effectué par rapport à la Yougoslavie il faut noter entre autre le fait que depuis le fer mai 1953. l'organe du Kominform n'a plus publié d'article dirigé contre la Yougoslavie. Du vivant de Staline, il n'y avait presque pas un seul numéro de ce journal sans son article habituel férocement antititiste. 34

ERNATIONALE culière en tant que subordonnés du despote, dégagés des responsabilités principales, la pression énorme, les forces explosives emmagasinées aussi bien dans la société soviétique que dans tout le giacis. Afin de se survivre en tant que direction bonapartiste de la bureaucratie soviétique privilégiée, ils essaient actuellement d'abaisser la tension et de consoliser ainsi leur propre règne par une sére de concessions importantes. Ils procèdent dans tout cela non pas d'une manière directe, franche, démocratique, mais bureaucratiquement. Leur but est d'éviter ainsi de graves explosions et de passer si possible « à froid » sur le palier d'un nouvel équilibre toujours favorable à la bureaucratie. Mais il leur est plus tiel se gal fame s, s fos les apport a- difficile que jamais, dans le rapport acnaires extérieures et intérieures à l'U.R. S.S. et au « glacis », et les forces conservatrices de la bureaucratie de contrôler tout le processus et de le dominer à chaque étape. La dynamique de leurs concessions est en réalité liquidatrice de tout l'héritage stalinien, bien dans le domaine de l'U.R.S.S. que dans celui des rapports avec les pays satellites, avec la Chine et les partis communistes.

Faire marche arrière ne sera également pas facile. En réalité, les événements les obligeront, comme ceci vient de se démontrer en Allemagne orientale, et en partie en Tchécoslovaquie même. à se hâter d'amplifier les concessions pour éviter que les masses impatientes dans les autres pays du glacis et en U.R.S.S même, passent à l'action. Mais fois les concessions amplifiées, marche en avant, vers une liquidation réelle du régime stalinien, risque de devenir irrésistible.

Quelle forme prendra-t-elle alors? Celle d'une crise aiguë et de luttes violentes interbureaucratiques, entre les éléments qui lutteront pour l'immobilisme, sinon pour une marche arrière, et ceux de plus en plus nombreux attirés sante pression des masses par la puispar la puis-

Les délais de la guerre joueront un rôle important, peut-être décisif pour la toute première période, dans un sens ou dans l'autre. Ce qui en tout cas est dès maintenant clair, c'est que le déclin du stalinisme en tant qu'emprise stricte de la bureaucratie soviétique sur les masses soviétiques, les pays du glacis, les partis communistes, est désormais accéléré que le renouveau de la démocratie socialiste dans tous ces pays ainsi qu'en Chine, et la renaissance du mouvement ouvrier international, sont à l'ordre du jour.

Dans la jonction à prévoir, pour les quelques années à venir, des idées et des forces de la IV° Internationale avec les éléments révolutionnaires jusqu'ici orga. nisés ou influencés par le stalinisme, se réalisera, en partie, ia première étape de ce renouveau, à laquelle nous devons œuvrer des maintenant avec la plus grande détermination et le plus robuste optimisme.

1** juillet 1953.

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