Le soulèvement ouvrier des 16-19 juin 1953 est l'action révolutionnaire la plus importante du prolétariat allemand depuis 1923. C'est une action d'ampleur et de portée historique, une étape nouvelle dans l'essor et le renouveau du prolétariat allemand et une étape nouvelle dans le passage de la montée révolutionnaire
LA PREHISTOIRE
Eduqués depuis 75 ans par le mot d'ordre « Akkord ist Mord» (« le travail aux pièces, c'est l'assassinat»), les ouvriers d'Allemagne orientale ont dès le début résisté de toutes leurs forces à la politique stalinienne d'accroissement de la productivité du travail par intensification de la production, c'est-à-dire par exploitation physique accrue des travailleurs. Cette résistance • a été à tel point efficace que les dirigeants staliniens ont été obligés de modifier à plusieurs reprises leurs organisations d'entreprise pour éviter que celles-ci, si bureaucratisées soient-elles, ne reflètent les véritables aspirations ouvrières. On "en arriva ainsi à dissoudre en fait les comités d'entreprise (Betriebsræte) et à les remplacer par les directions syndicales d'entreprise ( Betriebsgewerkschaftsleitung) comme principal organisme de « représentation » ouvrière à l'entreprise. Mais ce changement ne suffit pas. On passa alors à la conclusion annuelle de conventions collectives, fixant les normes de production, « devoirs » des ouvriers en échange desqueis ils recevaient les « droits » accordés par la direction : sommes à dépenser pour les crèches, les clubs, les réfectoires, etc. Ces conventions devaient être discutées publiquement et votées ouvertement. On espérait ainsi briser la résistance ouvrière silencieuse et en même temps découvrir quelques-uns des « meneurs » qui avaient
Mais depuis la 2 Conférence du SED (mai 1952) qui proclama le cours vers la « construction du socialisme », la construction de forces armées de la Répu22 internationale vers les pays qui sont sous la domination stalinienne. Par ses origines, sa dynamique et les formes particulières qu'il a prises, ce soulèvement permet une analyse plus précise de l'opposition ouvrière qui renversera la bureaucratie stalinienne. DU SOULEVEMENT « idéologiquement préparé » cette résistance. Mais l'esprit d'auto-défense et de solidarité des ouvriers eut raison de ces manœuvres. En 1950 et en 1951, lors des premières discussions de conventions collectives, les ouvriers refusèrent de voter les propositions gouvernementales dans de nombreuses grandes entreprises. 1l fallut recommencer quatre, cinq fois des, assemblées plénières dans des usines comme LEUNA (essence synthétique, à› Mersebourg) et RIESA (hauts fourneaux et aciéries) avant qu'un projet d'ailleurs modifié put être adopté.
Les dirigeants du SED cherchèrent à obtenir un accroissement constant des normes en invoquant comme principal argument psychologique le fait qu'un tel accroissement était nécessaire pour améliorer le niveau de vie des travailleurs. Naturellement, une partie importante de l'accroissement de la production n'améliora pas les conditions de vie ouvrière. Elle servait à accroître le fonds d'accumulation, draîné presque exclusivement vers l'industrie lourde, et à créer un fonds de consommation improductive pour la nouvelle bureaucratie en voie de formation. Néanmoins, il n'y a pas de doute qu'à partir de 1947, avec les premiers succès de la reconstruction économique, la situation ouvrière s'améliora progressivement, fût-ce à un rythme plus lent qu'en Allemagne occidentale depuis 1949. blique Démocratique Allemande, la collectivisation accélérée de l'agriculture et le développement encore plus accentué de l'industrie lourde, il y eut un tour-
LE TOURNANT DE 1952
LE TOURNANT DE 1952
T nant brusque dans la situation qui commença à empirer sans cesse, comme les dirigeants du SED ladmettent maintenant volontiers (Grotewohl, Neues Deutschland, organe central du SED, 17 juin 1953). Il y eut d'abord une pénurie de vivres croissante. Puis Neues Deutschland dut admettre • le 31 janvier 1953 que a le ravitaillement de la population conforme au plan en textiles et autres biens industriels est en danger!» Un décret gouvernemental du 2 février chercha à améliorer la situation en attaquant le commerce et l'industrie privés ; mais il en résulta une nouvelle diminution des produits de consommation eirculant dans le pays. Le gouvernement aux abois prit alors des mesures extrêmes: il supprima les cartes de ravitaillement à plus de 2 millions de personnes, accroissant en même temps radicalement les prix sur le marché libre pour des produits de consommation massive (comme les sucreries, la charcuterie, etc.).
En même temps, une crise financière grave se développa en Allemagne orientale. Le réarmement accéléré engloutit beaucoup de fonds réservés aux invesinvestissements industriels. Afin de réaliser le plan malgré tout, il fallut trouver des fonds ailleurs. On puisa dans le fonds de sécurité sociale, en réduisant les paiements pour toutes sortes d'assurances sociales (maladie, vieillesse, invalidité de travail, vacances, ete.). On supprima les subsides d'Etat permettant le paiement des tickets de chemin de ter avec une réduction de 75 % pour les ouvriers voyageant vers ou de leurs lieux de travail.
Dans la tension énorme qui s'établit en Allemagne orientale dès le début de 1953, ce furent les classes moyennes qui commencèrent à agir d'une façon typique : elles s'enfuirent. En 1952, 50.000 50.000 personnes avaient quitté la D.D.R.; pendant les quatre premiers mois de 1953,
Le 28 mai 1953. le gouvernement publia un décret accroissant les normes de production d'une moyenne de 10 %. Dans une série d'industries comme l'industrie métallurgique et l'industrie du bâtiment, les nouvelles normes furent introduites à partin du 10 juin. Mais, dans certains cas, les feuilles de paye des 5, 7 et 10 juin étaient déjà calculées sur la base des nouvelles normes de production et impliquaient done d'importantes réductions de salaires. Dans le bâtiment, cette réduc tion était particulièrement forte: 10 a 15 % pour les ouvriers non qualifiés; 50 % et plus pour les qualifiés dont on modifia en même temps le système de calcul des primes (L'Observateur, 25 juin 1953).
Le décret du 28 mai avait été précédé d'une campagne systématique du SED en faveur de l'accroissement « volontaire » des normes. Cette campagne se
ERNATIONAL E leur nombre s'éleva à 150.000. 80 % des réfugiés étaient des paysans, des artisans, des commercants de petits industriels avec leurs familles. Cet exode aggrava la crise économique; dans de nombreux villages, les champs ne furent pas ensemencés au printemps de 1953. Les choses ne pouvaient continuer ainsi; un tournant était nécessaire. Le 9 juin 1953, le Comité Central du SED proclama un « cours nouveau» et le mit tout de suite en pratique. Des concessions importantes et substantielles furent faites à la bourgeoisie et à la petite bourgeoisie. Un système de crédit pratiquement gratuit fut établi pour le commerce et l'industrie privés. La dénationalisation des entreprises d'industrie légère expropriées depuis un an fut promise. (Le 27 juin, les premières usines furent rendues à leurs anciens propriétaires à Francfort-sur-l'Oder). On permit aux paysans de quitter leurs coopératives ; on diminua fortement leurs taux de livraisons obligatoires à l'Etat. La lutte contre lEglise, principale force organisée des classes moyennes, fut arrê tée brusquement. L'organisation de jeunesse protestante Junge Gemeinde, la veille encore dénoncée comme une « organisation de camouflage d'espions, de saboteurs et de provocateurs» fut complètement légalisée et on lui promit le droit de fonctionner sans restrictions. D'importants dirigeants de partis bourgeois, comme l'ancien ministre du ravi. taillement libéral Hamann, arrêté sous l'accusation de corruption, furent mis en liberté et traités avec le maximum d'égards.
Mais aucune concession ne fut faite aux ouvriers. Au contraire: au même moment où on améliorait les conditions de vie des autres classes sociales, on aggrava celles de la classe ouvrière. Voilà ce qui a. conduit à l'explosion des 16-19 Juin. heurta à une résistance particulière des ouvriers, signe des événements à venir. Le journal du SED Freiheit de Halle rapporta dans son n° du 29 mai 1953 une véritable émeute aux usines Zeitz, lors de l'assemblée plénière du 16 avril. Un ouvrier du nom de Wilhelm déclara :
« Camarades, ce qui se passe actellement chez nous est une honte pour un ouvrier. 70 ans après la mort de Karl Mara nous devons encore discuter des besoins de vis les plus élémentaires. Si Karl Marx pouvait sentir cela, il se retournerait dans sa tombe. »
Un autre ouvrier, du nom de Mai, demanda combien de primes avait reçu le fonctionnaire du parti Kahnt, et combien il avait produit pour obtenir tant de primes. Le journal stalinien parle
L'ACCROISSEMENT DES NORMES
L'ACCROISSEMENT DES NORMES
T d'une « provocation ouverte contre le
Parti », de « boue jetée sur le drapeau de Karl Marx » (!). Bientôt, il parlera un langage différent...
Le 2 juin, Neues Deutschland rapporte la résistance ouvrière à l'accroissement des normes dans l'usine de fonderie et de machines de Lichtenberg près de Berlin. Le 14 juin, le même journal rapporte que, le 28 mai, les activistes des entreprises de construction de logements à Berlin rejetèrent à une grande majoite laugmentation des normes de 10 % ine grève partielle aurait même éclate parmi les charpentiers d'un chantier de la Stalinallee, un des deux principaux centres de construction de Berlin-Est. Les 9, 10 et 11 juin, des discussions violentes eurent lieu dans de nombreuses entreprises de Berlin-Est sur la question de l'augmentation des normes, notamment à l'usine de lampes électriques OSRAM et à l'usine de textiles FORTSCHRITT; dans cette dernière usine, le 12 juin, les ouvrières acceptent les augmentations de normes avec une déclaration « provocatrice»: cette acceptation n'est pas volontaire mais imposée par la force ! Provocateur était en tout larticle de fond de l'organe syndical « Tribune » du 14 juin, qui explique que le « cours nouveau » ne s'appliquera pas à la question des normes.
Mais c'est parmi les ouvriers du bâtiment que l'émotion fut à son comble. D'abord, parce que les réductions de salaires parmi les travailleurs qualifiés y étaient les plus considérables. Ensuite, parce que les ouvriers du bâtiment de Berlin possédaient une vieille tradition de syndicalisme révolutionnaire. En 1932. encore, 80 % des ouvriers du bâtiment syndiqués à Berlin n'étaient pas membres de la confédération syndicale réformiste mais d'un syndicat révolutionnaire du bâtiment, dirigé par des communistes oppositionnels. Enfin, parce que les gars du batiment, surtout sur les principaux chantiers de la Stalinallee et de Friedrichshain. étaient en grande majorité des membres actifs du SED, communistes très conscients et très confiants dans leurs propres forces. Finalement, parce que les ouvriers du bâtiment de Berlin, de même que les ouvriers des acieries de Fürstenberge et que les mineurs de Zwickau, avaient mené une campagne de longue date — et sans succès ! - contre l'exécrable organisation du travail, le gaspillage et l'incompétence de la bureaucratie. En fait, malgré plusieurs accroissements volontaires normes de la part des ouvriers, l'industrie du bâtiment ne remplit son plan du premier trimestre de 1953 qu'à 77 %. C'était une véritable provocation que d'exiger dans ces conditions un nouvel accroissement des normes de la part des travailleurs — sans changer les bureaucrates dirigeants incapables.
Ce sont les ouvriers du block 40 de la Stalinallee, à 75 % membres du SED, qui prennent le 8 juin l'initiative de vo24
ERNATIONALE ter une résolution demandant le retrait de l'augmentation des normes. La résolution est rédigée sous forme de pétition
« au chef de NOTRE gouvernement, le camarade Otto Grotewohl, et au secrétaire-général de NOTRE parti, le camarade Walter Ulbricht ». Ils ne reçoivent réponse à cette pétition. Au contraire: 10 juin, les nouvelles normes sont appliquées. Le 10 juin, les ouvriers des aciéries de Henningsdorf se joignent au mouvement de protestation publique et décident, après une réunion mouvementée, de commencer la grève perlée à partir du lendemain (Observa_ teur 25 juin). Le 15 juin, les cuvriers du bâtiment de Friedrichshain entrent à leur tour en action et une grève partielle éclate sur ses chantiers. La campagne d'auto-critique menée par le gouvernement à partir de son acceptation, le 12 juin, des décisions de « cours nouveau » du C.C. du SED, donne un eoup mortel à son prestige, étant donné la forme bureaucratique rigide dans laquelle « graves erreurs » « avouées ». Le peuple a l'impression que de tels aveux ne peuvent signifier autre chose que l'U.R.S.S. « laisse tomber » le SED. Ainsi se créent toutes les préconditions pour l'explosion du 16 juin.
L'hebdomadaire L/Observateur a publié un récit détaillé des événements à Berlin du 16 et du 17 juin que nous résumerons ici. La grève partielle des gars du bâtiment des chantiers de Fried. richshain avait entraîné l'arrestation de deux « meneurs » par la VOPO (police populaire). Les ouvriers de Friedrichshain envoyent une délégation aux chantiers de la Stalinallee pour les informer de l'événement. Le 16 au matin, on discute de cette grève sur tous les chantiers de la Stalinallee. Les ouvriers d'un bloc décident de chercher du travail ailleurs. Comme ils se préparent à partir, les autres ouvriers arrêtent également le travail. On décide alors de se rendre en masse au siège du gouvernement pour demander la réponse du gouvernement à la pétition du 8 juin. La manifestation traverse la ville en bon . ordre ; la VOPO, pensant qu'il s'agit d'une manifestation officielle, laisse passer, Chemin faisant, les ouvriers du bâtiment de la Stalinallee sont rejoints par plusieurs milliers de leurs camarades. Ils sont six mille quand ils arrivent devant le siège du gouvernement. Ils désirent parler à Grotewohl et Ulbricht; mais ce sont Rau, ministre de l'Economie, et Selbmann, ministre des Mines, qui tent et essayent de les calmer. Voyant ces bureaucrates débordés, un ouvrier les pousse de côté et harangue la foule, énumérant les revendications des ouvriers :
« Diminution immédiate des normes de 10 %.
Diminution immédiate de 40 % des prin des vivres et des objets de première nécessité vendus dans les H.O.
Ceux des dirigeants qui ont commis de graves erreurs doivent s'en aller.
Il faut démocratiser le Parti et les
Syndicats.
Il ne faut plus attendre que le gouvernement de Bonn prenne linitiative pour la réunification réelle de
7' Allemagne. Il faut que le gouvernement de la D.D.R. commence tout de suite à arracher les barrières sépavant les deux Allemagnes, Il faut unifier le pays par des élections secrètes, générales et libres, et assurer une victoire ovorière dans ces élections.»
(L'Observateur, 25 juin).
L'orateur conclut son discours en proclamant pour le lendemain la grève générale dans Berlin afin de réaliser ces revendications. La foule des grévistes avait déjà montré auparavant son haut niveau de conscience en criant au bureaucrate stalinien: « Les mais communistes, c'est nous, pas toi! »
Le lendemain, 17 juin, l'appel à la grève générale qui s'était répandu dans tout le secteur Est, est suivi par les métallurgistes de Henningsdorf et les ouvriers de la Reichsbahn-Bau-Union de Velten qui, au nombre 30.000, traversent le secteur occidental pour aboutir au Walter Ulbricht Stadium où ils diseutent du renversement du gouvernement et son remplacement par un « gouvernement de métallurgistes », c'est-à-dire un gouvernement de forme soviétique. forme sovietique Les ouvriers du bâtiment ont tous arrêté le travail et manifestent devant le siège du gouvernement. Les ouvriers de beaucoup d'usines importantes se joignent à eux, notamment des Kabelwerke Köpenick, d'OSRAM, des ateliers de réparation des chemins de fer, de la PLANTASIEMENS de Lichtenberg, des anciennes usines A.E.G. de Treptow, ete. Puis, l'ensemble des cheminots du métro, du métro aérien, des trams se joignent aux grévistes qui occupent les rues au nombre de 150.000. Le correspondant de
Entre temps, la nouvelle des événement de Berlin s'est répandue dans toute la zône orientale d'Allemagne. Des mouvements de solidarité, des grèves et des manifestations de rue éclatent dans tous les centres industriels. A Magdebourg. vieux centre social-démocrate, les ollvriers libèrent les prisonniers politiques et manifestent en exigeant la légalisation du parti social-démocrate. Les cheminots de Magdebourg font partir des locomotives dans tous les sens avec l'inscription : « NOUS NE NEGOCIFRONS NI AVEC ULBRICHT NI AVEC ADENAUER. NOUS NEGOCIERONS SEULEMENT AVEC OLLENHAUER » (01lenhauer, le chet du S.P.D. est originaire de Magdebourg). A Halle et Erfurt, la grève est générale et les manifestations de rues particulièrement tumultueuses : l'assaut es: donné aux prisons. A Leipzig, deuxième ville d'Allemagne orientale, la plupart des usines sont en grève et la manifestation de rue très violente. De grandes usines comme le chantier naval
ERNATIONALE l'Observateur note que les ouvriers des transports apportent à la manifestation une note particulière d'ordre, de discipline et de conscience socialistes.
Le 17 juin, iusqu'à midi, la manifesta: tion conserve un caractère nettement ouvrier et hautement conscient: peu ou pas d'actes de violence sont commis. Mais à partir de midi, une masse d'éléments venus de Berlin-Ouest commence à pénétrer dans le secteur oriental de Berlin, où la V.O.P.O. est complètement débordée. Parmi eux se trouvent des bandes réactionnaires bien organisées. notamment la bande des B.D.J., candidats-assassins fascistes financés par les Américains, dont les préparatifs d'assas. sinats des principaux leaders sociauxdémocrates furent dénoncés en 1952 par le président du Conseil du Land de Hesse, Zinn. Ce sont ces lumpen ainsi que de jeunes chômeurs démoralisés qui commettront les principaux actes de vandalisme, de pillage de magasins et d'incendie de grands bâtiments autour du Potsdamer Platz. Ces émeutes provo. quent l'intervention du commandant soviétique qui proclame l'état de siège. Mais la foule ne reflue que lentement ; il faudra l'heure du couvre-feu pour que les rues soient désertes. Entre temps, la V.O.P.O. a tiré sur des groupes d'émeutiers et tué 16 personnes, dont 11 habitants de Berlin-Ouest et quelques jeunes de Berlin-Est. Un seul gréviste se trouve parmi les victimes.
D'après les rapports de presse et les nouvelles de nos amis de Berlin, la grève n'a pas pris fin le 17; le 18 encore, 50 o% des grévistes de Berlin n'ont pas repris le travail. bes 19, 20, 21, la greve continue dans quelques bastions ouvriers, notamment aux Kabelwerke de Köpenick où, de l'aveu de la presse stalinienne, fonctionne un comité de grève, de même qu'au bloc 40 de la Stalinallee. Neptun (a Rostock), les usines zeiss a Tena), Lowa (a Gorlitz), Olympia a Erfurt), Buna (à Halle), les usines de locomotives de Babelsberg, les aciéries de Fürstenwalde et de Brandebourg, ont toutes arrêté le travail.
Mais le centre du mouvement gréviste, en province et dans un certain sens de toute l'Allemagne orientale, ce sont les célèbres usines Leuna à Mersebourg. Les travailleurs de Leuna ont une grandiose tradition héroique : centre du mouvement spartakiste au cours de la première guerre mondiale, Leuna est la forteresse du jeune Parti communiste allemand et l'héroïque et soulèvement de ses ouvriers en mars 1921 représente un des points culminants de la lutte révolutionnaire dans ce pays. Sous Hitler, Leuna fut un des principaux centres de résistance ou vrière. Depuis 1950, Leuna est le principal centre de résistance contre laccroissement des normes. Lorsque la grève y éclate le 17, les ouvriers saisissent
LES EVENEMENTS DES 17-19 DANS LES VILLES DE PROVINCE
LES EVENEMENTS DES 17-19 DANS LES VILLES DE PROVINCE le micro et donnent les instructions d'organisation et de résistance par radio. Une délégation de 1.500 ouvriers de Leuna va apporter leur salut aux grévistes de Berlin. Le 18, la répression s'organise; des centaines d'ouvriers sont arrêtés. Mais la résistance, farouche, ne peut être brisée. Après avoir frappé, les bureaucrates staliniens cajolent. Ulbricht, le
Isolée à la seule zone orientale, la grève du 17 ne pouvait être victorieuse. Tôt ou tard, les forces d'occupation soviétiques allaient intervenir, et contre les tanks et les baionnettes soviétiques, les ouvriers de Berlin-Est n'étaient pas prêts à se battre. La condition de la victoire de la grève, c'était son extension à Berlin-Ouest et a l'Allemagne occidentale. Les grévistes l'avaient compris instine.. tivement! D'après les rapports de nos amis de Berlin, l'ouvrier du bâtiment qui. devant le siège du bâtiment proclama la grève générale le 16 juin, la proclama non pour Berlin-ast seul, mais pour tout le Grand-Berlin ! Les metallos de Henningsdorf qui traversèrent le secteur français de Berlin n'y allaient pas chercher les cigarettes et le chocolat qu'on leur jeta; ils y allaient chercher leurs camarades métallurgistes de BerlinOuest. Malheureusement, ceux-ci restèrent dans leurs usines. Au lieu de prolétaires socialistes, ce furent des lumpen de Berlin-Ouest qui se mélangèrent à la manifestation, dénaturant celle-ci et facilitant ainsi largement l'intervention soviétique. Imaginez un instant qu'au lieu de voir des jeunes réactionnaires brûler des drapeaux rouges, les soldats soviétiques aient vu s'approcher des masses compactes d'ouvriers socialistes de Berlin-Ouest en vêtements de travail, drapeaux rouges en tête et chantant T'Internationale! La répression aurait été très difficile et, si elle avait eu lieu malgré tout, aurait laissé des traces pro. fondes chez les soldats de l'Armée SOviétique ! (Des rapports de province, où les manifestations tumultueuses eurent un caractère plus prolétarien que la manifestation de l'après-midi du 17 juin à Berlin, disent qu'à Halle les soldats soviétiques auraient tiré démonstrativemest en l'air lorsque la foule s'approcha, et auraient reçu de frénétiques applaudissements de la part des ouvriers).
Ces conditions de la victoire du mouvement de Berlin Est étaient tellement évidentes à Berlin que, même lors de la réunion de la direction du Parti socialdémocrate à laquelle assistèrent plu-
TERNATIONALE secrétaire général en personne, se déplace à Leuna pour appeler les ouvriers à reprendre le travail. Mais les grévistes décident de saboter la réunion: sur 23.000 ouvriers, seuls 1.300 apparaissent au meeting. Le 23, la grève de Leuna dure toujours ! C'est un exploit sans précédent dans l'histoire de la lutte ouvrière contre la bureaucratie soviétique. sieurs dirigeants nationaux du Parti, quelques orateurs mirent sur le tapis la question de la greve de solidarite, pour la rejeter d'ailleurs sous le prétexte dorénavant classique que « les conditions objectives n'étaient pas mûres ». Malgré l'atmosphère incontestablement défavorable de Berlin, avec ses 300.000 chômeurs et sa social-démocratie la plus droitière de toute l'Allemagne, les ouvriers de Berlin-Ouest attendaient des directives d'action qui ne vinrent jamais. L'inaction du S.P.D. fut le complément naturel de l'action, soigneusement préparée et dirigée, des bandes réactionnaires. Les ouvriers de Berlin-Est ont donné une leçon aux ouvriers sociauxdémocrates des zones occidentales quant leur capacité d'agir spontanément. Puissent leurs frères de l'Ouest imiter bientôt cet exemple!
Les autorités d'occupation et la bourgeoisie allemande étaient profondément effrayées par le mouvement gréviste. Elles en comprenaient d'avance le carac_ tère explosif et le danger qu'il traverse la ligne de démarcation. Ce qu'elles cherchaient, c'étaient quelques incidents sanglants pour discréditer l'Armée soviéti que, non une grève ouvrière victorieuse, renforçant la conviction de la classe ouvrière qu'elle représente la seule force active du pays! Aussha faciliter les ineurent-elles tout intérêt à provoquer et cidents de l'après-midi du 17, qui entrai nèrent l'intervention soviétique. Leur peur avait été suffisamment grande, pour qu'elles interdisent tout de suite toute manifestation réunion publique Berlin-Ouest s'il n'y avait pas de demande d'autorisation prealable, et refusent celleci à une demande des jeunesses socialistes disant qu'il fallait agir en « bloc des organisations démocratiques ». tronie du gort: au moment où la propagande occidentale prétendait que les ouvriers faisaient grève à l'Est pour « la liberté démocratique », potentats militaires occidentaux commencèrent par juguler cette même liberté à Berlin Ouest Est-ce vraiment un hasard, ou plutôt un symbole ?
LES OUVRIERS D'ALLEMAGNE ORIENTALE N'ONT PAS ETE ECRASES
Si, par la responsabilité et la couardise des dirigeants ouvriers occidentaux. la grève du 17 juin n'a pas été complètement victorieuse, il n'est pas question. pourtant, qu'elle ait été écrasée dans le 26 sang. La répression des troupes soviétiques, pour sévère qu'elle soit — on parle d'une trentaine de fusillés — n'en a pas moins gardé un caractère trop limité pour intimider effectivement les masses
LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE
LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE
Q CATRIEME IN T énormes qui ont pris conscience de leur propre force. Devant les travailleurs qui continuent obstinément leur résistance, les chefs staliniens alternent promesses et menaces, puis annoncent la libération de la plupart des ouvriers arrêtés et se rabattent presque exclusivement sur les annonces d'une rapide amélioration des conditions de vie. « Donnez-nous 15 jours de temps », prie Grotewohl devant une assemblée ouvrière. « Nous sommes complètement responsables de ce qui vient d'arriver », déclare-t-il sous les applaudissements massifs de l'assistance. Gageons qu'il n'aimait pas beaucoup ce genre d'applaudissements. Dans ces conditions, il ne peut y avoir un sentiment de défaite dass la classe ouvrière.
Plus mêmes: les concessions substantielles que font et continuent à faire les dirigeants staliniens renforcent l'impression des travailleurs que leur mouvement a abouti à un succès important. A travers toutes les « critiques et autocritihabitude, on n'avait pourtant jamais vu ques » dont les dirigeants staliniens ont quelque chose de pareil! Des le 16 juin, laugmentation des normes de 10 Go est rapportée ; on condamne la méthode administrative d'augmenter les normes. Le 21 juin, le Comité Central libère des sommes importantes du fonds d'investissement pour l'industrie lourde afin d'accroître la construction de logements et les assurances sociales, et d'augmenter les subsides de l'Etat permettant de rétablir les cartes de chemins de fer à tarifs réduits de 75 % pour les ouvriers. Le 26 juin, le Conseil des ministres annonce que 50 % des fonds d'investissement mis de côté pour l'industrie lourde seront accordés à l'industrie des biens
En fait, les dirigeants du S.E.D. ont été amenés, entre le 16 et le 26 juin, à faire une autocritique qui s'attaque aux racines mêmes de la politique économique et sociale stalinienne. Des thèses que le mouvement trotskyste avait déferdues pendant vingt-cinq ans se trouvent d'un seul coup admises et reprises par les plus hauts dignitaires staliniens en Allemagne orientale :
1. - Ils admettent que le développement exagéré et disproportionné de l'industrie lourde a abouti à une réduction du niveau de vie des travailleurs et provoqué une crise économique, sociale et politique des pires dimensions :
« Le développement forcé de Pindustrie lourde a abouti.. à la restriction de l'industrie des moyens de consommation. Cela a empêché l'accroissement ultérieur du niveau de vie. » (Neues Deutschland, 17 juin 1953.)
2. - Ils admettent que l'augmentation constante des normes a été introduite de façon purement administrative et contre la volonté des travailleurs, provoquant le mécontentement des travailleurs.
ERNATIONAL E de consommation. Les matériaux de construction seront mis en vente libre pour permettre aux ouvriers de cons. truire leurs propres maisons. L'approvisionnement en textiles serait réglé par les entreprises elles-mêmes sur la base de subsides d'Etat.
Au total 2 milliards de D-marks ont été transférés de l'industrie lourde et du réarmement à l'industrie légère et à la construction de logements.
Aussi le sentiment de force et de confance des travailleurs éclate-t-il dans les réunions d'usines que rapporte la presse stalinienne elle-même. La critique la plus violente est adressée de toute part aux dirigeants du parti et des syndicats. Leg ouvriers ne parlent pas seulement des normes, des salaires, des prix dans les H.O. Ils posent des questions hautement politiques. « Ne vaudrait-il pas mieux que vous démissionniez, demandent-ils encore à Grotewohl à l'usine de trans. formateurs d'Oberschöneweide (Neues Deutschland, 24 juin). Grotewohl se contorsionne, explique qu'il fera un rapport devant la « Chambre du Peuple » qui décidera alors souverainement, qu'entre temps, il est du devoir du gouvernement de réparer ses fautes... Aux usines de machines de Berlin-Weissensee, les ouvriers reprennent Ulbricht sur la demande de faire une critique franche et ouverte. « Encore, faut-il que nous ayong l'assurance qu'on ne nous fera rien ensuite. Que sont devenus les trois camarades disparus de la section du Transport depuis le 17 juin ? ». Jamais, depuis 1927, des dirigeants staliniens n'ont été placés dans une situation les obligeant à écouter et à répondre patiemment à un tel langage.
« Les mesures erronées ont conduit à un emploi accru des mauvaises méthodes administratives (pour Vaugmentation des normes) et même des mesures punitives accentuées (pour obtenir la même augmentation) ...ce qui a limité les forces créatrices du peuple (Grotewohl, Neues Deutsch. land, 17 juin 1953).
3. - Ils admettent que la prétendue augmentation « volontaire » des normes était en réalité une augmentation administrative, obtenue par des pressions, des menaces, ou même la violence :
« Le ler mai, les dirigeants des entreprises de construction de logements (à Berlin) publiaient un communiqué de presse déclarant que la grande majorité des brigades de travail avait volontairement augmenté ses normes de 10 %. Mais lorsque les mêmes di. rigeants organisèrent la réunion des activistes et brigadiers du 28 mai, la grande majorité rejeta cette augmentation des normes » (Neues Deutschland, 14 juin 1953).
4. - Ils admettent que les syndicats ont jusqu'à maintenant fonctionné comme
L' « AUTOCRITIQUE » DES DIRIGEANTS DU S.E.D.
L' « AUTOCRITIQUE » DES DIRIGEANTS DU S.E.D.
Q
U
A.
E le prolongement de la direction des entreprises nationalisées :
« Le syndicat Bâtiment_Bois du I. D.G.B. (confédération syndicale d'Allemagne orientale) .ne doit plus agir comme le pendant des directions des entreprises ». (Neues Deutschland, 17 jum).
5. - Ils admettent maintenant l'idée « trotskyste » déjà reprise par le P.C. yougoslave et en partie par le P.C. chinois que c'est la tâche des syndicats de défendre les intérêts des ouvriers, au besoin contre la direction des entreprises nationalisées (idée provenant en réalité de Lénine et adoptée par le Parti bolchevik dans ses thèses sur les syndicats) :
« Il est nécessaire de surmonter la pratique fausse d'une série de directions syndicales qui oublient, dans leur désir d'accroitre la productivté travail dans les entreprises nationarisées, qu'il est en même temps nécessaire de defendre les intérêts des travarleurs contre toute forme de falsification bureaucratique. La tâche principale des syndicats, c'est actusilement de remplir leur fonction de représentants des intérêts des travailleurs dans la lutte pour l'amélioration LES REPERCUSSIONS DU
Les événements du 16 au 19 juin auront des répercussions profondes sur la montée du mouvement ouvrier allemand dans son ensemble, c'est-à-dire en premier lieu sur les ouvriers d'Allemagne occidentale. Ceux-ci avaient jusqu'à maintenant l'initiative dans la reprise de la lutte ouvrière en Allemagne. L'initiative est passée maintenant à leurs frères de l'Est. Nul doute que l'exemple de Berlin stimulera la volonté de lutte et l'ampleur de vue des militants et des fonctionnaires d'avant-garde dans les organisations de masse de l'Allemagne occidentale. Les ouvriers de Berlin, de Leuna, de Magdebourg et de Leipzig ont montré qu'il est possible de tenir tête, par Jaction de masse ,aux forces de la V.O.P. O. et à la menace des forces d'occupation soviétiques. Les ouvriers d'Allemagne occidentale pourront en tirer la lecon qu'il sera encore beaucoup plus facile de briser les forces de police de la République de Bonn aussi longtemps que la nouvelle Wehrmacht n'est pas reconstruite. La perspective de l'unité allemande, de l'unification du mouvement on. vrier de toute l'Allemagne, devient de plus en plus une perspective révolutionnaire dans laquelle la classe ouvrière allemande apparaîtra à nouvean comme la principale force ouvrière d'Europe. Exiger le retrait immédiat des forces d'occupation d'Allemagne, c'est pour le mouvement ouvrier international exiger l'élimination du principal obstacle à la montée révolutionnaire en Allemagne. 28 des conditions d'existence économiques et culturelles dans chaque usine, chaque vilage, chaque ville.. de façon honnête et consciencieuse » (Neues Deutchland, 20 juin). Les ouvriers, en réponse à la repression, commencèrent à revendiguer ouvertement le droit de grève. Ils demandèrent aux chefs du S.E.D. si le droit de grève existait dans la D.D.R. Encore le 24 juin, parlant aux usines beuna, Walter Ulbricht déclara que « par principe il est intolérable de faire la grève dans la D.D.R., car en faisant la grève contre un Etat ouvrier ,les travailleurs tailleraient dans leur propre chair ». Mais une semaine plus tard, un tournant devient nécessaire à ce sujet également, tant s'est accrue la pression ouvrière. Dans son numéro du 2 juillet, Neues Deutschland, publie un additif à une interview du ministre de la Justice de la D.D.R., Max Fechner, dans laquelle il est dit : « Le droit de grève est constitutionnellement garanti dans la D.D.R. Les membres de comités de grève ne seront pas punis pour leur activité dans ces comité ». Il s'agit là d'un tournant fondamental de la politique ouvrière du stalinisme, reconnaissant implicitement la justesse d'une des principales revendications du mouvement trotskyste, depuis vingt-cinq ans. SOULEVEMENT OUVRIER
L'écho des événements de Berlin, après les événements similaires de Pilsen et de Brno, lors de la dernière réforme monétaire tchécoslovaque, résonnera dans tous les centres industriels des pays de démocratie populaire et en U.R.S.S. mê. me. Pour la première fois, les ouvriers ont, par l'action de masse, arraché de substantielles concessions à la bureaucratie stalinienne. Cet exemple sera étu dié et imité ailleurs. Produits indirects de l'évolution récente en U.R.S.S. (c'est sur ordre de Moscou que Semionov obligea le S.E.D. à entamer son « cours nouveau ») les événements révolutionnaires de Berlin accéléreront cette évolution de la politique stalinienne en U.R. S.S. visible depuis la mort de Staline. Les dirigeants soviétiques chercheront, par des mesures préventives, à éviter qu'une même vague de grève ne se répète dans leur propre pays. Mais il est douteux que ce but soit atteint. Les rapports de force deviennent de plus en plus défavorables à la bureaucratie dans les pays de démocratie populaire industrialisés et en U.R.S.S. même. La confiance des travailleurs dans leurs propres forces et leur propre avenir fera un nouveau bond en avant. Les événements de Berlin représentent ainsi une étape décisive vers le renversement révolutionnaire de la bureaucratie par le prolétariat, vers la résurrection et le triomphe de la démocratie soviétique.
LEÇONS DU SOULEVEMENT OUVRIER
Le tracé de cette lutte prolétarienne contre la bureaucratie, que nous étions étions forcés jadis de dessiner en pointillé peut maintenant s'esquisser en traits pleins. Contrairement à toutes les prédictions de sceptiques et de capitulards, ce ne sont pas des esclaves demoralises, mais des ouvriers communistes conscients qui conduisent et conduiront cette lutte. Ils ne la conduisent pas sous le drapeau de la « liberté occidentale », mais sous celui du véritable communisme, de la démocratisation de l'Etat et des organisations ouvrières, du pouvoir direct des travailleurs, c'est-à-dine du pouvoir des soviets (1).
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(1) Les capitalistes d'Allemagne occidentale savent tres bien pourquoi ils représentent la lutte des travailleurs . de la D.D.R comme une lutte pour « la liberté » : 15 comptent sur la chute de la D.D.R. pour conquérir de nouveau la liberté pour la propriété privée et l'exploitation « libre » de, la force de travail en Allemagne orientale. Quelques jours après la grève du 16 juin, M. Thiedeck. secrétaire d'Elat pour les questions panallemandes à Bonn. déclara a une séance de la Chambre de Commerce à coblence que la première tache à résoudre sur la voie de la réunifleation allemande, c'est Pabolition de l'économie planifiée dans la zone celte économie dans celle de l'Allemagne occi- d'occupation sovietique et la réintégration de dentale, basée sur le marché libre. L'ancien ministre Walter von Keudell, écrit dans le même sens dans le journal « Die Welt », du Ter juulet 1953. Le service de presse économique de la direction du parti social-démocrate allemand attaqua violemment ces projels dans son numéro du 25 Juin 1953. 11 révéla également qu'au ministere pour les questions pan-allemandes à Bonn fonctionne depuis quinze mois, un Institut de Recherches qui a préparé tous les détails de la reprivatisation de l'économie de la D.D.R. pour le « jour J ». Malheureusement. le S.P. D. ne mène aucune campagne publique contre ces projets. Il n'écrit rien à ce sujet dans ses quotidiens. Et il participe activement au concert sur la prétendue « lutte pour la lberté » des ouvriers de la D.D.R.. facilitant ainsi aux magnats de l'industrie Telaboration de leurs projets de vol des entreprises socialisées.
Ce ne sont pas des « idées nouvelles », après la « faillite du bolchevisme et du marxisme », mais les vieilles traditions spartakistes, bolcheviques, communistes, qui gouvernent leurs actions. L'avenir n'est pas à la « synthèse » entre la démocratie bourgeoise et la dictature stalinienne. L'avenir est au triomphe de la démocratie soviétique sur la base sociale nouvelle établie par la Révolution d'Octobre, étendue aux pays de démocratie populaire. C'est le programme et les pers. pectives trotskystes que les grévistes de Berlin-Est ont confirmés de façon éclatante. C'est en trotskystes qu'ils ont agi et parlé, sans mêler leur drapeau à celui des croises atlantiques, le 16 et le matin des croisés du 17 juin.
Il y a un an, rapportant les discussions que la révolution chinoise avait dé. clenchées au sein du Parti communiste de l'Union soviétique, nous avions noté que les progrès de la révolution internationale catapultèrent des idées révolution. naires en U.R.S.S. même. Lors de la publication du dernier ouvrage de Staline, nous avons entendu une vague de critique révolutionnaire envers la bureaucratie accompagner les pénibles explications du Chef Bien-Aimé. Staline mort, ses suecesseurs se sont précipités pour admettre, par l'ampleur de leurs concessions aux masses, l'existence d'un énorme mécontentement populaire contre la bureaucra. tie. Le ler mai dernier, l'appel de la IV° Internationale annonça que la montée révolutionnaire internationale atteignait les pays sous domination stalinienne. Les ouvriers de Berlin-Est dont nous saluons le courage et la haute conscience communiste nous permettent aujourd'hui d'écrire sans exagération : la montée révolutionnaire contre la bureaucratie stalinienne a commencé. Un nouveau chapitre s'ouvre dans l'histoire de la révolution mondiale à notre époque.
26 juin 1953.