Ce mois-ci a lieu le premier anniversaire de l'ascension révolutionnaire au pouvoir du gouvernement présidé par Paz Estenssoro. C'est l'action des masses armées qui a balayé en avril 1952 l'ancien gouvernement militaire et porté au pouvoir le parti se réclamant d'une tradition et d'un programme national-démocratique révolutionnaire : le M.N.R.
Depuis a commencé une véritable ère révolutionnaire dans le pays, caractérisée par l'activité de plus en plus ample et profonde des masses ouvrières et paysannes.
On ne peut définir cette situation que comme la phase nationale-démocratique de la Révolution bolivienne.
La Bolivie est un pays semi-colonial dont la structure économique et sociale particulière explique la révolution qui a commencé et en détermine le caractère.
Située au centre de l'Amérique du sud, d'une superficie de 107 milions d'heotares, elia est à peine peuplée d'environ 4.400.000 d'habitants. 65% de cette population sont concentres sur le haut-plateau (Altiplano) de 3.500 à 5.000 mètres d'altitude, dont la surfaçe n'excède de celle du pays tout entier. 20 % de la population sont concentrés dans le Yunga entre 1.000 et 3.000 mètres et occupent 14 % environ de la surface totale. Les 15 % restants dé la population sont éparpillés dans les Llanos et la région du Gran Chaco situés entre 500 et 2.000 mètres ce qui représente 70 % du territoire total du pays.
La concentration de la plus grande partie de la population dans l'Altiplano s'explique par la proximité des mines dont la production représente encore la plus grande richesse du pays. Cette concentration existait déja du temps des Incas, qui avaient réussi, grace à un colossal système de travaux d'irrigation et de conservation du sol, à maintenir le principa! secteur d'agriculture du pays sur l'Altiplano, et à résoudre ainsi le problème de l'approvisionnement en nourriture des travailleurs des mines.
Il n'en reste pas moins que cette distribution géographique de la population, en contra-• diction flagrante avec la distribution naturelle des terres arables du pays, est une des causes du déséquilibre économique, et surtout du très bas niveau de vie.
La production agricole du pays est une des plus faibles de toute l'Amérique latine, et ceci malgré l'existence d'environ 65 millions d'hectares de terre productive (arable et forestière) avec relativement peu de dépenses.
: Le niveau matériel et culturel de la population est parmi les plus bas dans le monde. Selon une enquête de l'O.N.U. la consommation de nourriture par habitant correspond a quelque 1.600 calories par jour contre 2.730 en Argentine, 2.350 au Chili, 2.340 au Brésil, 2.280 en Colombie. Le rapport de la Commission ajoute que cette consommation est naturetlemen: nettement insuffisante pour un adulte normal de poids moyen de 70 kg., heureusement le poids moyen des Boliviens est inférieur à ce chiffre ! Il évite d'ajouter que c'est là le résultat d'une sous-alimentation chronique.
: De 1937 à 1952, l'index des prix de détail a monté de 100 à 1.040. Pendant la même période, l'index des salaires est passé de 100 à 650 seulement.
En Argentine il y a une moyenne de 2 paires de chaussures par an et par habitant, au Chili 1 paire et demi, au Pérou 1 paire pour 4 habitants, en Bolivie 1 paire pour 17 habitants.
La très grande majorité de la population, composée des indios (autochtones) et des métis, est illettrée, ce qui fait que le corps électoral est composé d'une petite minorité.
En 1950, il y avait 142.000 enfants inscrits dans les écoles primaires sur un total de 445.000 enfants en age scolaire, fréquentant 60 jours par an les écoles dans les districts ruraux, 90 à 100 jours dans les districts urbains. L'éducation supérieure est bxclusivement réservée à une petite minorité provenant des couches moyennes et supérieures de la petite
La géographie sociale du pays est typique de tous les pays semi-coloniaux. On y trouve une majorité paysanne, une assez nombreuse petite bourgeoisie citadine, une minorité prolétarienne cependant fortement concentrée dans les mines et certaines autres branches industrielles (transports, textiles, ciment, verre, produits chimiques, bière et alcool, tabac, peaux).
Les milieux possédants du pays sont composés essentiellement des couches des grands propriétaires terriens et d'une bourgeoisie moyenne de compradores, numériquement faible, tirant ses principales ressources des entreprises minières et de quelques autres industries, dont les plus importantes étaient aux maing des impérialistes (essentiellement • Américains et Anglais).
La population paysanne englobe queique 900.000 travailleurs, dont la très grande majorité est sans terre aucune ou possédant juste un petit lopin de 1/2 à 3 hectares. ils travai!!ent pour la plupart comme ouvriers agricoles ou serfs dans les domaines des grands propriétaires terriens, dont la superficie varie de quelques milliers à 20 mille hectares et plus. et travaillent sur ces terres dans des conditions d'habitat, d'hygiène et de nourriture parmi les plus abjectes. Jointes aux moyens et aux méthodes très primitives d'exploitation de la terre, ces conditions expliquent ld rendement très faible de l'agriculture. Pour toutes ces raisons l'acuité de la question agraire en Bolivie est, extrême, et par conséquent aussi ses incidences sur les développements politiques du pays et l'avenir de la Révolution.
La petite bourgeoisie citadine est divisée entre une majorité très pauvre, aux conditions très précaires, très radicalisée par conséquent, toujours disponible comme alliée du prolétariat. révolutionnaire, et certaines couches super eures corrompues par leur situation relativement pivilégiée dans l'appareil étatique et le fonctionnariat dans les grandes entreprises minieres, industrielles et commerciales. 32
Le prolétariat groupe environ 200.000 personnes, dont 60.000 mineurs, 30.000 ouvriers industrieis, 20.000 ouvriers du bâtiment, 25.000 ouvriers des transports, 40.000 employés de commerce.
Les mineurs constituent de loin le groupe le plus centralisé du prolétariat bolivien, travaillant dans trois grandes et quelque soixante autres petites et moyennes entreprises minières.
pichesses minières pays, principalement en étain, tungstène, plomb, zinc, antimoine, cuivre, forment les exportations essentielles du pays qui se sont élevées en moyenne an entre 1940 et 1950 à 90 millions de dollars environ. Mais tandis que les 60.000 mineurs ont reçu en 1948 1.400 millions de bolivares (moznaie ede balles monace nationaie), les quelque 15.000 fonctionnaires politiques et sociaux du dans cette même année 1.300 millions de bolivares.
La répartition du revenu national illustre l'extrême exploitation de la très grande majorité de la population par les impérialistes, les milieux possédants indigènes et les couches supérieures de la petite bourgeoisie incrustées dans ce système d'exploitation. Même si on évalue le revenu national du pays entre 250 et 350 millions de dollars (1), 120 millions seulement correspondent au revenu de 90 % de la population. Le reste, plus de la moitié du total, est partagé entre les propriétaires des mines, les grands propriétaires fonciers et les minces couches de la bourgeoisie indigène et de la petite bourgeoisie supérieure.
du pays par l'impérialisme et les gouvernements successifs de la réaction indigène (la fameuse rosca) à sa solde ont conduit la Bolivie à l'extrême détresse, à un extrême appauvrissement, richesses naturelles exceptionnelles. En effet, si la Bolivie a une production agricole et même minière (2) parmi les plus basses de toute l'Amérique latine monde, elle possède par contre aussi bien des terres (arables et forestieres) très étendues, trés productives, que des richesses minieres a peine ou meme nullement exploitées Jusqu'ici.
Outre les gisements de métaux divers très précieux de l'Altiplano, les gisements pétrolifères très riches du pays sont à peine exploités ou même explorés. Les cours d'eau chutes d'eau abondants ; rationnellement exploités, non seulement ils augmenteraient énormément le rendement de l'agriculture, mais sauraient résoudre par eux-mêmes la question de l'énergie pour tout le pays ainsi que pour les pays voisins.
Le caractère hautement explosif qui caractérise le mouvement des masses particulièrement dans les quinze dernières années dans ce pays, s'explique par cet extraordinaire agglomérat de
Get de contradictions que constitue la essentielle entre les conditions de vie et les aspirations de la très grande majorité de la population composée de paysans sans terre, d'ouvriers (les ouvriers mineurs en particulier, esclaves de quelques grandes entreprises minières, travaillant dans des conditions indescriptibles dans les plus hautes et plus terribles mines de la terre), des couches paupérisées de la petite bourgeoisie des villes, et une infime minorité de féodo-capitalistes compradores, gouvernant pour le compte des impérialistes par la force et la corruption.
Le dernier sursaut révolutionnaire des masses boliviennes date, avons-nous écrit, d'avril 1952. Le parti qui depuis lors gouverne le pays - le Mouvement National Révolutionnaire est représentatif du développement politique des masses dans des pays à caractère semi-colonial analogue à celui de la Bolivie, Il exprime le rôle dirigeant que s'efforce d'assurer la petite bourgeoisie sur le mouvement des masses après le discrédit consommé de la bourgeoisie de compradores, et avant que le prolétariat ait pu s'ériger en direction cationale révolutionnaire de toutes les masses opprimées du pays.
Le M.N.R. est un parti de masse, à direction en majorité petite bourgeoise truffée de quelques éléments bourgeois et nationaux conscients, c'est-à-dire de quelques représentants consoients de la bourgeoisie industrielle nationale en formation, comme par exemple très probablement Paz Estensoro lui-même.
Son idéologie, son programme confus, mixture d'aspirations et de phrases révolutionnaires avec une pratique opportuniste et, en définitive, capitularde devant 'impérialisme et la rosea, sont l'expression de cette nature de classe de sa direction,
A défaut d'un parti prolétarien révolutionnaire fortement enraciné dans les masses, est inévitable que dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux, la première phase de la révolution marque la montée des formations politiques radicales de la petite bourgeoisie (ou de la bourgeoisie nationale libérale dans les pays d'une évolution sociale plus avancée, comme les Indes, la Chine, l'Argentine, le Brésil, le Chili).
Mais P'incapacité organique de la petite bourgeoisie de résoudre une fois au pouvoir fut-ce que les tâches démocratiques-nationales proprement dites dance, question agraire) s'avère bientôt totale, Ses couches supérieures capitulent vite devant la pression de l'impérialisme et de la réaction ; ses couches inférieures sont attirées de plus en plus par le dynamisme des idées et surtout' de l'action du Parti révolutionnaire du prolétariat. Pour se maintenir plus longtemps au choses à se transformer en gouvernement bonapartiste, à la Kerensky, à la Mossaforce des degh, à la Paz Estensoro.
Dans une étape plus avancée il tombera soit sous la poussée de la droite instaurant un régime de dictature militaire, soit sous celle de la gauche instaurant le véritable gouvernement gouvernement bolivien et TO.N.U. estiment. sans préciser sur quelle base. 450.000.000 de dollars le revenu national, tout en considérant que le revenu journalier par famille a la Paz n'excède pas 0.60 dollars.
(2) On estime que, même avec T'équipement minier actuel tres primitif, très défectueux la production pourrait passer en ce qui concerne la valeur des exportations, de 90 millions de dollars par an en movenne a environ 150 millions de dollars.
ouvrier et paysan, la dictature du prolétariat allié aux couches pauvres de la paysannerie et de la perite bourgeoisie citadine.
La marche de la Révolution bolivienne depuis un an confirme en tout point la ligne générale d'une telle évolution classique de la Révolution prolétarienne à notre époque. Elle rappelle quoique qu'en miniature, beaucoup plus la marche de la Révolution russe que celle de la chinoise par exempie. Elle a commencé en portant au pouvoir le parti radical de la petite-bourgeoisie comme ce fut à une étape donnée avant Octobre le cas pour la Révo-l soutenu par les masses révolutionnaires, face aux formations politiques vaincues des milieux indigènes compradores, et le Parti révolutionnaire du prolétaria., le POR (section bolivienne de la IV" Internationale) encore faible.
Mais les masses ne confondirent pas totalement leur activité avec celle de ce gouvernement. Elles s'organisèrent dès le début parallèlement et indépendamment de ce gouvernemen. dans des organisations propres, embryon du double pouvoir : la Centrale Ouvrière Bolivienne d'un côté.
Milices armées, de l'autre. Leur activité révolutionnaire, loin de s'arrêter avec l'installation du nouveau gouvernement, en prit prétexte pour s'approfondir. C'est la pression multiple des masses, toujours armées, toujours actives, qui a décidé le gouvernement à nationaliser les trois principates entreprises minières et à faire accepter cette concession par l'impérialisme.
Mais c'est à partir du moment où la fièvre révolutionnaire a gagné les masses paysannes que la Révolution a connu un nouvel élan ei s'achemine depuis vers son point culminan. et
La nationalisation des mines, si importante qu'elle soit, reste limitée par deux faits : l'appareil d'Etat qui a nationalisé n'est pas aux mains des masses ; la nationalisation est faite sans véritable contrôle ouvrier et moyennant une considérable indemnisation grevant davantage un budget qui écrase déjà l'économie décrépite du pays.
Les éléments bourgeois, procapitalistes et pro-impérialistes du gouvernement pensent faire de la nationalisation des mines une arme de corruption ultérieure et dislocation du mouvement ouvrier du pays, grâce à l'absorption par l'appareil d'administration des mizes d'une serie d'élémenis ouvriers dirigeants.
Toutes autres sont les perspectives ouvertes actuellement par le mouvement révolutionnaire des masses paysannes. Dans la région de Cochabamba un demi million de naysans-serfs s'est mis en mouvement pour occuper dès maintenant les terres et les cultiver au profit exclusif de ceux qui travaillent. L'exemple devient contagieux et englobera bientôt l'ensemble des masses paysannes affamées de terre.
Le gouvernement, qui était conscient de l'acuité de la question agraire du pays, a voulu s'en débarrasser, en « étudiant » d'abord, en exécutant éventuellement ensuite une anodine réforme agraire. Les paysans exigent à sa place une véritable révolution agraire expropriant sans indemnisation les propriétaires terriens, accordant l'usufruit de la terre à ceux qui travaillent effectivement, et tout cela dans l'immédiat.
Il y a là une incompatibilité absolue entre les intérêts et les aspirations de la grande et le caractère petit-bourgeois gouvernement, truffé d'agents conscients des féodo-capitalistes indigènes et de l'impérialisme,
Seule maintenant la lutte révolutionnaire pourra décider aussi bien du sort de la Révolution agraire que de l'ensemble de la Révolution bolivienne.
Guvriers et paysans sont en train de faire leur jonctior dans la lutte révolutionnaire commune. Ce développement le plus caractéristique et le plus prometteur n'est pas seutement le résultat du mouvement spontané des masses. Le rôle conscient de la direction révelutionnaire du prolétariat, de son Parti, y est pour une part de plus en plus déterminante.
Comme dans la Révolution russe, nous assistons aussi dans la Révolution belivienne accéléré de l'influence de la direction petite-bourgeoise sur les masses, au profit de Pinfluence grandissante de la direction prolétarienne qui s'efforce d'exprimer consciemment les intérêts et les aspirations de toutes les masses pauvres du pays, de faire múrir égelement dans tous les secteurs décisifs la lutte révolutionnaire et de la coordonner sur le plan nations! en l'acheminant vers un combat global, final : la formation d'un véritable gouvernement ouvrier et paysan.
Ce gouvernement ne pourra pas surgir mécaniquement mais dialectiquement, en s'appuyant sur les organismes de double pouvoir créés par le mouvement propre des masses, et correspondant au niveau de leur conscience acquise par leurs propres luttes et expériences.
Il y a la C.O.B, et les Milices ouvrières en tant qu'embryons de double pouvoir, qu'il s'agit de maintenir et de renforcer au maximum possible, Il y a aussi maintenant les Comités et les Syndicats paysans qui se constituent pour réaliser dans l'immédias l'occupation des
Le gouvernement des ouvriers et paysans apparaîtra demain peut-être comme l'émanation naturelle de tous ces organismes sur lesquels
La tactique du P.O.R. envers le M.N.R. et le gouvernement actuel est fonction d'une série de facteurs et de leur modification dans l'évolution de la situation du pays: du caractère
Men tant que parti radical de la petite bourgeoisie d'un pays semi-colonial, l'attitude initiale des masses envers ce parti, de la faiblesse relative initiale du parti révolutionnaire, de la pratique concrète du parti et du gouvernement du M.N.R., soumis tous les deux à la pression de forces sociales
Le P.O.R. a commencé par accorder à juste raison un appui critique au gouvernement M.N.R. C'est-à-dire il a évité de lancer le mot d'ordre « A bas le gouvernement du M.N.R. » ; il la soutenu critiquement contre toute attaque venant de l'impérialisme et la réaction, ainsi dans toute mesure progressive. Mais il a évité en même temps d'exprimer de manière que ce soit une confiance envers ce gouvernement. Il a au contraire propulsé tant qu'il a pu l'activité et l'organisation révolutionnaire autonomes des masses.
Au fur et à mesure que le gouvernement s'avèrait incapable de realiser le programme 34 national-démocratique de la Révolution, qu'il hésitait, capitulait, faisait indirectement le jeu de l'impérialisme et de la réaction, se préparait à trahir et, pour cette raison, s'efforçait de pourchasser et de brimer les révolutionnaires, le P.O.R. restreignit son appui et developpa sa critique.
Cette attitude souple qui exige de mettre tel ou tel accent réfléchi à chaque moment concret, sans confusionnisme mais également sans sectarisme, le P.O.R. l'a appliquée jusqu'à maintenant en faisant preuve d'une maturité politique remarquable. de etat ont etie des con commune, an de the o u ma
Envers la base prolétarienne et plébéienne du M.N.R. son aile gauche, le P.O.R. fait mum les différenciations progressives.
•La collaboration d'une aile révolutionnaire d'origine M.N.R. à un futur gouvernement ouvrier et paysan appuyé sur les organismes révolutionnaires des masses, ne peut pas être exclue. Au contraire il faut faire constamment valoir aux yeux de ses éléments les plus avancés cette perspective concrétisée dans ce que pourraient être le programme et les réalisations d'un tel gouvernement, en contraste avec la pratique et les possibilités du gouvernement actuel. Les perspectives de la formation d'un véritable gouvernement ouvrier et paysan en Bolivie el son maintien au pouvoir sont des plus favorables, La jonction du mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans, à laquelle travaille consciemment le P.O.R., portera la Révolution sur un niveau supérieur et ouvrira alors largement cette perspective dans des délais relativement courts.
Un tel gouvernement n'aura à craindre ni les effets catastrophiques d'un blocus économique décrêté par les impérialistes et les gouvernements réactionnaires de certains pays environnants ni une Intervention militaire. Le niveau des importations essentielles pour la vie du pays est actuellement si bas (à peine 2 millions de dollars par mois) (3) qu'on pourra y faire face soit par l'exportation d'une partie minime des richesses minières actuelles du pays, soit en développant légèrement le niveau actuel très bas de la production agricole, soit par la conjonction de ces deux facteurs.
D'autre part, la moindre organisation rationnelle des ressources propres du pays, débarrassée de l'énorme tribut improductif payé actuellement aux impérialistes, aux propriétaires foncters et à la bureaucratie étatique, élèvera le niveau de vie des masses : d'une manière fortement sensible pour celles-ci. Leur appui au régime ne fera que se renforcer avec chaque Jour d'action d'un tel gouvernement.
D'autre part, ce dernier s'efforcera d'exploiter une conjoncture relativement favorable qui règne actuellement en Amérique latine, en proposant des accords commerciaux réalistes et réciproquement avantageux à tous les pays voisins, jusques et y compris un pool de toutes les. matières premieres latino-américaines.
La position géographique de la Bolivie la met d'autre part relativement à l'abri de toute aventure militaire que décideraient éventuellement des gouvernements voisins réactionnaires.
La Révolution bolivienne qui soulève déjà un vif intérêt et une profonde sympathie parmi les masses ouvrières et paysannes des pays environnants (4), pourra compter sur elles pour qu'elles s'opposent à de telles aventures.
Le maintien à plus large échéance d'un pouvoir ouvrier et paysan en Bolivie dépendra naturellement de l'évolution de l'Amérique latine dans son ensemble et de la situation internationale en général.
Les révolutionnaires boliviens sont conscients de tous ces facteurs, de tous ces atouts, de toutes ces chances, des responsabilités aussi qui leur incombent. Ils sont conscients qu'ils constituent actuellement l'avant-garde du mouvement marxiste-révolutionnaire de la IVe Internationale, qui doit donner une preuve pratique d'œuvrer à la Révolution proletarienne dans un pays où. la prise du pouvoir ne sera pas en quelque sorte le fruit du hasard, de conditions exceptionnellement favorables, à la suite d'une guerre par exemple comme en Yougoslavie ou en Chine, mais des conditions normales, classiques, où le rôle conscient, responsab'e da l'avant-garde guidée par une ligne véritablement marxiste révolutionnaire et non opportuniste, s'avérera en définitive le plus déterminant.