Les élections parlementaires du 22 février ont abouti à un résultat fort important : le camp ouvrier a gagné 210.000 voix; le camp bourgeois en a perdu 80.000. C'est un indice très favorable pour le développement des futures luttes de classe qui seront accentuées par ce résultat électoral.
Le Parti Socialiste autrichien, qui jouit de l'appui de 90 % de la classe ouvrière du pays, devint le 22 février le parti le plus puissant d'Autriche. Le nombre de ses voix passa de 1.623.000 en avril 1949 à 1.800.000, soit relativement au nombre total des suffrages exprimés de 38,7 % en 1949 à 42,1 %. « L'opposition populaire » — liste sous laquelle le P.C. se camoufla cette fois-ci — gagna 15.000 voix par rapport à 1949. Par contre, les deux principaux partis bourgeois. Parti populiste et les Indépendants (néofascis es), perdirent tous les deux des voix, les premiers 65.000, les seconds 15.000.
On se trouve donc en face d'une poussée à gauche nette et incontestable. Les élections aux diètes provinciales tenues le même jour ont davantage encore souligné le même phénomène. Ainsi s'exprime. sur le terrain parlementaire la radicalisation des masses qui s'était déjà manifestée par l'élection d'un président -La défaite électorale de la bourgeoisie et de son parti principal, le Parti populiste, est due avant tout à sa politique de rapine accentuée, imposée depuis plus d'un an aux masses laborieuses. cours des deux dernières années l'aide Marshall accordée à l'Autriche n'a cessé de diminuer. Maintenant, elle va s'arrêter complètement. C'était la source principale à laquelle la bourgeoisie puisait les moyens matériels de sa politique de compromis. Elle ne pense pas un seul instant à sacrifier une parcelle de ses profits pour permettre la prolongation de cette politique de compromis avec le P.S. Au contraire, plus elle est menacée de crise économique, et plus elle cherene par tous les moyens à maintenir ses profits aux frais des classes laborieuses. A cette fin, elle recourt à la « politique d'assainissement et de stabilisation » inaugurée il y a plus d'un an. Pour imposer cette politique nouvelle avec suffisamment d'énergie, le Parti populiste plaça en janvier 1952 quelques « hommes nouveaux » à la tête des ministères qu'il occupe au sein du gouvernement de coalition populiste-socialiste. Les rede la République socialiste en mai 1951, par les grèves contre le prince Stahremberg en janvier 1952, par les grèves et les démonstrations des ouvriers du bâtiment, des employés et des ouvriers des transports au cours de l'année 1952.
Une analyse pius détaillée du résultat des élections indique que dans certaines villes et provinces, il s'est produit plutôt une avalanche qu'une simple poussée à gauche. Dans la province de HauteAutriche, bastion des partis bourgeois, le P.S. augmenta ses voix de 30 % et conquit la majorite absolue dans le chefneu, Linz. Dans la province ultra-catholique du Tyrol, le P.S. accroît ses voix de 25 %; dans la province de Carinthie, de 20 %. A Vienne il reconquiert la majorité absolue perdue en 1949; dans la province de Basse-Autriche, foyer d'origine du parti populiste, les socialistes gagnerent également la majorité.
Les résultats de nombreuses petites villes et de communes paysannes indiquent un progrès identique des voix socialistes. D'importantes couches de petits paysans sont passées pour la première fois au parti socialiste. C'est surtout le résultat électoral de la province de Carinthie qui indique cette tendance. présentants directs de la Confédération des Industriels entrèrent ainsi au gouvernement, avant tout Kamitz qui, en tant • que ministre les Emances ayant une orientation déflationniste, annula d'importants investissements déjà votés par le Parlement. Ces mesures provoquérent la résistance des ouvriers du bâtiment, déjà fortement touchés par le chômage. La coalition gouvernementale sembla sur le point de se rompre. Sous la pression des démonstrations des ouvriers du bâtiment au printemps 1952, la bourgeoisie recula momentanement. Mais à l'automne 1952, lors de la préparation du budget, la lutte sur les investissements se déclencha à nouveau. La bourgeoisie, décidée à imposer coûte que coûte son cours déflationniste, proposa des « économies » aux dépens exclusifs des masses : diminution des pensions, des allocations de sécurité sociale, des investissements dans l'industrie nationalisée à administration social-démocrate (notamment chemins de fer et P.T.T.), ce qui devait provoquer un accroissement du chômage, etc. Ce programme de rapine fit effectivement éclater la coalition gou-
CAUSES DE LA DEFAITE BOURGEOISE
CAUSES DE LA DEFAITE BOURGEOISE
IN vernementale, Le 22 octobre, le cabinet
Figl démissionna. On decida alors d'avancer à février les élections parlementaires, prévues pour l'automne 1953
Afin de camoufler ses visées réelles, la bourgeoisie chercha a mener sa campagne électorale sous le drapeau de la
« lutte contre l'inflation ». Mais la portée de ce programme fut d'autant mieux comprise par les masses qu'au cours des trois mois précédant les élections il y eut un accroissement massif du chômage, qui atteignit le chiffre de 300.000,
15 % de toute la classe ouvrière! Le ministre populiste du Commerce salua cyniquement cet accroissement du chômage comme étant favorable à une diminution des salaires et à une intensification du travail. Kamitz décida quelques semaines avant les élections d'arrêter le paiement des impôts pour quelques grandes firmes menacées par la crise, indiquant nettement qui devait payer les sacrifices et qui devait être épargné par sa politique d'économies! De toutes ces expériences les masses tirèrent la con-
La direction droitière du P.S. autrichien interprète le résultat électoral à sa façon. Elle y voit avant tout une justification de sa politique de collaboration de classe, de coalition gouvernementale, avec la bourgeoisie. Ses dirigeants, Schärf et Helmer, avaient déjà répété à plusieurs reprises avant les élections qu'ils continueraient cette politique au cas d'une victoire électorale. Ils veulent utiliser la poussée à gauche, manifestée dans les résultats du 22 février, pour convaincre la bourgeoisie qu'une coalition avec la social-démocratie représente le seul moyen d'éviter une crise sociale en Autriche.
En réalité, la victoire électorale socialiste du février n'est pas due en dernier lieu au fait que le P.S. autrichien a été poussé depuis le début de 1952 dans une opposition de plus en plus prononcée à la politique populiste. L'action dans l'affaire Stahremberg, l'opposition au cours de Kamitz, les débats autour du budget, autant d'étapes d'une accentuation de l'opposition socialiste au sein du cabinet de coalition, opposition imposée aux chefs sociaux-démocrates par le mécontentement croissant des masses. Sous la pression de ces masses d'une part et de la bourgeoisie de l'au-
Aux élections de 1949, le P.C. autrichien avait essayé de se camoufler en « bloc de gauche » en s'alliant à un groupe social-démocrate scissionniste, di. rigé par Erwin Scharf, pour élargir quelque peu sa base. Cette fois-ci, une mangeuvre de camouflage encore plus grossière fut entreprise : il s'allia à un ancien mihistre réactionnaire de Schussnigg, Dobretsberger, et s'appela « opposition populaire ». Le résultat fut une 30
TERNATIONALE clusion qu'il fallait éviter à tout prix une victoire électorale des populistes, qui équivaudrait à une accentuation de cette politique de rapine. Elles décidèrent de renforcer massivement la socialdémocratie.
Constatant cette orientation très sensible de l'opinion publique, les populistes cherchèrent en fin janvier à tromper les électeurs par une manœuvre grossiere. Brusquement, la propagande electorale populiste opéra un tournant.
Raab (président du Parti populiste) et
Kamitz se prononcèrent en faveur d'un programme de travaux publics, de réforme des impôts sur les salaires, etc.
Mais cette manœuvre n'influença guère les électeurs qui s'étaient déjà formé leur opinion. Les masses avaient compris le sens de la « stabilisation » poursuivie par les populistes. La défaite électorale bourgeoise du 22 février, voilà la réponse des masses à une politique économique d'attaques ininterrompues contre leur niveau de vie. tre - qui se montra de moins en moins « raisonnable » au fur et à mesure que l'aide Marshall diminuait et que la crise menaçait ses profits! — les dirigeants socialistes ont été obligés, bien malgré eux, d'engager une série de luttes partielles contre la bourgeoisie. La démission du gouvernement, le 22 octobre, démontra au pays que la direction socialiste n'était pas prête à accepter tout le programme déflationniste bourgeois, même au prix d'une sérieuse crise politique. Les dirigeants socialistes étaient obligés par la logique de leur lutte de convoquer les masses dans des centaines de réunions pour exprimer précisément cette opposition à la politique populiste. Ce que les masses ont done approuvé le 22 février, c'est cette opposition aux Raab et Kamitz, et non pas la collaboration avec eux! C'était précisément la rupture virtuelle de la coalition, le 22 octobre, qui accrut la confiance des masses dans leurs propres forces et qui les amena à bloquer sur le P.S. Sans cette rupture de la coalition, la victoire socialiste du 22 février eût ete inconcevable ; cette victoire ne confirme done pas mais infirme l'orientation générale réformiste de Schärf, Helmer et Cie. défaite éclatante. S'il gagna quelques voix, le pourcentage des voix obtenues par cette iste camouflee etait intérieur a celui de 1949, et le P.C. autrichien perdit un des deux mandats de base, celui qu'il pos-édait dans le secteur d'occupation soviétique à Vienne!... • Les ouvriers autrichiens ne pouvalent être attirés par la personnalité insignifiante d'un ancien ministre clérico-fasciste. Sans doute également le procès
RAISONS DE LA VICTOIRE SOCIALISTE
LA BANQUEROUTE STALINIENNE
RAISONS DE LA VICTOIRE SOCIALISTE
LA BANQUEROUTE STALINIENNE
Slansky et la campagne antisémite ontils coûté des voix aux staliniens. Mais la raison fondamentale de la défaite électorale du P.C., ce fut la politique sectaire, ultra-gauche des staliniens, qui cherchèrent toujours à expliquer masses qu'il n'y avait aucune différence fondamentale entre Figl et Schärf, entre les populistes et les socialistes ! Plus encore, on peut dire que les attaques principales du P.C. furent dirigées contre les socialistes, non pas contre la bourgeoisie, Les niasses ont donné le 22 fevrier aux chefs staliniens leur avis sur un tel cours criminel sectaire !
Le changement des rapports de forces entre les classes février est parallèle a un indiqué par les tions du 22 phénomène international analogue, qui s'est manifesté depuis la guerre de
Corée à l'échelle mondiale. Les élections en Autriche ont montré que, même dans ce pays, souffrant cependant de 8 années d'occupation, les facteurs déterminant une modification fondamentale des rapports de forces entre les classes commencent à se manifester. Ces facteurs sont avant tout l'exacerbation mondiale des contradictions de classe, l'approche
APRES LES
La bourgeoisie ne s'était pas engagée à la légère ou sous la pression de facteurs éphémères dans son cours de rapine ; elle y était poussée au contraire par une situation globale qui persiste plus que jamais au lendemain des élections. - Elle sera donc obligée de s'en tenir à ses projets de défense de ses profits. Le P.S. par contre s'efforce de monnayer la victoire du 22 février dans une continuation de la coalition imposée à la bourgeoisie. Une telle coalition n'est cependant acceptable pour les populistes que si les sociaux-démocrates acceptent en bloc le « cours Kamitz » qui a éé justement rejeté par les masses le 22 février! Tels sont les éléments contradictoires de la situation politique autrichienne, au lendemain des elections.
Le plan précis des populistes consiste dans. le projet d'une « coalition élastique ». Les populistes ont conclu un pacte avec les Indépendants néo-fascistes. Ils proposent l'entrée de ceux-ci dans le gouvernement pour y accroître le poids des ministres bourgeois. Au cas où les sociaux-démocrates maintiendront leur refus de collaboration avec les Indépendants, les Populistes seraient prêts à collaborer avec les socialistes seulement au cas où ils auraient le droit de rompre la solidarité ministérielle. Cela signifie que chaque fois que les ministres socialistes refuseront d'accepter une proposition populiste, celle-ci serait présentée quand même au Parlement, et adoptée par les voix des Populistos et des Independants. La bourgeoisie di poserait ainsi de deux majorités interchangeables à l'As emblee pour imposer l'ensemble de son programme.
Les di geants sociaux-démocrates ne peuvent eccepter l'entrée des Indépen-
E RATIONALE de la crise économique et les reflets de la révolution coloniale montante dans la conscience ouvrière internationale.
Il est évident d'autre part que les élections parlementaires n'indiquent que partiellement la modification des rapports de forces entre les classes. L'épreuve de forces dans la lutte extraparlementaire en donnera une mesure effective. Déjà les luttes partielles de l'an dernier ont montre lénergie combattive du proletariat : les ouvriers du batiment firent grève à 100 %, y compris les ouvriers chrétiens ; la démonstration des employés de Vienne fut sur le point de prendre d'assaut le siège de la Confédération des Industriels. Il est incontestable que les luttes extra-parlementaires à venir indiqueront un degré de radicalisation des masses supérieur à celui qui s'est manifesté dans le résultat électoral. La signification profonde la victoire du 22 février réside précide ment dans le fait qu'elle contribuera à accroître la confiance des travailleurs dans leurs propres forces et dans leur capacité de vaincre et favorisera ainsi le développement de ces luttes extraparlementaires. ELECTIONS dants dans le cabinet; : ils ont peur de passer dans l'opposition, ce qui signifierait la fin de la « paix sociale » en Autriche. Il ne leur reste que deux possibilités de « moindre mal » : soit constituer un gouvernement minoritaire euxmêmes, qui serait à la merei du bloc bourgeois à l'Assemblée ; soit obliger les Populistes à accepter la reconduction de la coalition avec les socialistes sous sa forme précédente, au besoin par une pression accrue en dehors du Parlement. Le résultat électoral du 22 février, combiné à l'orientation réformiste des chefs sociaux-démocrates, pourrait ainsi aboutir à une situation paradoxale dans laquelle la social-démocratie utiliserait l'arme de luttes extra-parlementaires pour. imposer la coalition gouvernementale à la bourgeoisie !
En tout cas, quel que soit le gouvernement constitué après les élections en Autriche — les pourparlers ont été jusqu'à maintenant fort laborieux! - que la coalition socialiste-populiste se reconstitue ou non, la tension entre les classes indiquée par le résultat électoral du 22 février ne manquera pas d'influer également sur la politique de la direction cocial-démocrate, au sein du cabinet et en dehors de lui. Une aile importante de la direction socialiste est sans doute arrivée à la conclusion qu'il faudra à lavenir combiner la lutte parlementaire avec la lutte extra-parlementaire, qu'elle soit au gouvrnement ou non. Ainsi, à l'in'érieur même du P.S., la radicalisation ouvrière n'a pas non plus manaué d'avoir gos effets. Les conditions subjectives nour una accentuation de cette radicalisation se trouveront ainsi lentemont réunies.