LA C.O.B., ORGANISATION DE FRONT UNIQUE DES EXPLOITÉS
Les masses boliviennes, gui cherchaient désespérément un pôle pour se regrouper et une direction, parvinrent, par le triomphe de l'insurrection du avril, à constituer la Centrale Ouvrière Bolivienne. Le gouvernement de la féodotaires, les exploités, en forgeant la C.O.B., montraient leur admirable volonté de s'unir.
Les travailleurs qui venaient grossir les rangs de la C.O.B. le faisaient à travers leurs syndicats respectifs; ils bourgeoisie était terrassé, forgeaient en même temps organisation. Tandis qu'aux
Palacio Quemado la lutte les ouvriers leur propre environs du faisait rage arrivaient donc à la C.O.B. partagés en tendances politiques les plus diverses.
Par son origine, la Centrale Bolivienne est liée aux traditions syndicales.
Mais contre les fractions politiques non prolé.
(3) Pour la nonrriture à peine la moitié pour la constituer on fit appel à des
(1) Du Chili, du Pérou et de l'Argentine en particulier.
T dirigeants et non à des représentants de base qui auraient pu être élus plus démocratiquement. Cette méthode de constitution de la C.O.B. recelait déjà une cause de faiblesse de la Centrale, permettait une bureaucratisation celle-ci qui risquait de l'isoler des masses et de la faire formellement contrôler par le gouvernement.
Mais dès les premiers jours et sous la pression des événements, la C.O.B. rompait le cadre syndical pour faire des incursions sur le terrain politique. Cependant elle n'agissait pas comme un pouvoir, pas plus qu'elle ne centrait son attention sur la question fondamentale de la Révolution, celle du pouvoir. Bien que se trouvant au-delà d'un syndicalisme pur et simple, elle se voyait limitée dans son action en raison de son esprit de collaboration à l'égard du nouveau gouvernement. Elle se comportait comme un organisme de pression, comme la gauche du bloc démocratique. Pourtant, malgré ces limitations, la C.O.B. s'est avérée être un danger pour les gouvernants actuels, car elle pouvait devenir un levier dans les mains des masses pour déloger la direction petitebourgeoise.
On sait que le gouvernement s'est employé à saboter la C.O.B.; il a même essayé de la détruire directement. Mais ayant constaté que ses efforts dans ce domaine se révélaient stériles, les abandonna pour passer à des tentatives en vue de contrôler bureaucratiquement la C.O.B., de la mettre au pas, de lui enlever toute tendance révolutionnaire, de la transformer en somme d'une alliée en un appendice du gouvernement.
La constitution de la C.O.N., en 1947, dont la vie fut brève, ainsi que la rentrée en scène du combatif Comité de Vigilance et du Comité de Coordination en 1950, se comptent parmi les tentatives des travailleurs boliviens pour réa-. liser leur unité. Mais ce fut la défaite de l'oligarchie et le soulèvement du prolétariat armé qui préparèrent les conditions pour l'existence de la C.O.B. en tant que noyau regroupant autour de lui tous les courants ouvriers avec des possibilités d'élargir la mobilisation des masses dans la présente étape historique. De cette façon, la situation spécifique du pays et les caractéristiques de l'époque intervenant, la division des forces ouvrières dont la faiblesse jusqu'a hier permettait à la « rosca » d'exercer sa politique réactionnaire a pu être surmontée. La Bolivie a donc dans ce domaine fait un pas en avant tant sur le plan politique que sur le plan de l'organisation de la classe ouvrière. Dans ces pays existe une profusion de centrales ouvrières : nationaliste, socialiste, anarchiste, communiste, ete. Le sectarisme, le manque de vision politique y affaiblissent le mouvement syndical conduisent le prolétariat sur une voie de défaites.
Les syndicats sont en tant que tels l'exemple le plus simple de front unique 36
ERNATIONALE d'une classe. La C.O.B. a porté niveau plus élevé, aussi bien politique que syndical, le front unique du prolétariat ; elle tend à donner une expression concrète à • l'alliance politique des exploités des villes (prolétaires, artisans, couches pauvres de la petite bourgeoisie) et des exploités de la campagne. Cela veut dire qu'au sein de la C.O.B. retrouvent des secteurs affiliés à tel tel parti politique de gauche, des éléments préconisant telles ou telles idées programmatiques devant la réalité nationale. C'est pourquoi le maintien de la C.O.B., son existence, exigent la démocratie syndicale au plus haut degré, Il faut donc y respecter la libre expression des opinions, v garantir aux tendances politiques leur droit à la propagande, y garantir l'égalité des conditions leur permettant que leurs idées soient connues de la base. Les divers partis politiques qui envoient leurs militants pour discuter dans la C.O.B. la solution des questions fondamentales intéressant les majorités nationales, ont intérêt à ce que leurs conceptions soient largement connues de la base ouvrière et que ce soit celle-ci qui se prononce.
Le fait que ces partis et ces groupes politiques forment un front unique tacite ne signifie pas qu'ils doivent renoncer à leurs propres programmes; ils se bornent dans ce front unique à collaborer sur des questions pratiques bien précises, en revendiquant toujours le droit de critique. Dans la C.O.B., les revolutionnaires n'abandonneront pas leurs critiques à l'égard des autres secteurs, cette attitude constituant un des principaux moyens d'orienter les masses ouvrières sur un bon chemin. Ce qui précède suppose que les discussions qui se poursuivent sans cesse à l'intérieur de la C.O.B. ne doivent pas être des tempêtes dans un verre d'eau ou de piètres accrochages entre bureaucrates, mais des discussions portées à la connaissance des militants de base pour que ceux-ci puissent intervenir. Les ouvriers doivent vivre leur propre expérience en s'orientant grâce à elle et à la propagande des révolutionnaires. Mais tout cela restera lettre morte si on ne démolit pas ce mur de silence dont sont entourées maintenant les activités de la C.O.B. Les révolutionnaires lutteront pour la publicité de ces activités. Qui a un intérêt à ce que le silence soit fait sur tout ce que dit et fait actuellement la C.O.B. ? Surtout les éléments gouvernementaux qui craignent les masses et défendent leurs privilèges personnels.
L'harmonie à l'intérieur de la C.O.B. sera une réalité quand chacun de ses membres sera sûr que ses idées y sont respectées, que ses divergences politiques ne - lui attireront aucune persécution, qu'on lui permettra de lutter pour gagner une influence dans les masses, que sa propagande écrite pourra circuler sans entrave et être largement discutée, et que les éléments gouvernementaux, aidés d'une police spéciale, ne le pourchasseront pas dans les syndicats en raison d'une telle propagande. La C.O.B.
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UATRI doit agir pour que tous ces droits soient garantis, elle doit lutter contre les excès des gouvernants. Alors on parviendra à une forme concrète de démocratie profitant à la grande majorité. Mais aujourd'hui ce sont les éléments réactionnaires, les impérialistes, qui jouissent de toutes sortes de garanties pour leur acti. vité antipopulaire, tandis que les révolutionnaires sont toujours surveillés et poursuivis par la police. Jusqu'ici la C.O.B. : s'est tue devant l'arbitraire dont ont été victimes les véritables syndicalistes et les révolutionnaires.
Dans la C.O.B. il faut faire triompher démocratie syndicale, qui est toute autre chose que le centralisme démocratique propre aux partis politiques révolutionnaires. La lutte de tendance au sein. de la C.O.B. est une pièce essentielle de la C.O.B. même ; faire connaitre aux masses ces luttes dans tous leurs détails, c'est le plus sage.
Entre le mouvement politique et celui de la C.O.B. il y a une liaison étroite. Les secteurs qui se revendiquent de la
L'UNITÉ
La liberté d'expression pour les diverses tendances du mouvement ouvrier n'affaiblit pas la force du prolétariat du moment ou cet aspect de la démocratie dans les syndieats commande l'unite d'action, c'est-à-dire la lutte en commun la réalisation d'un programme donné. L'unité d'action dans la C.O.B. doit surgir de la nécessité de lutter contre Tétouffement de la Révolution, ce qui signifie orienter la politique nationale conformément aux intérêts historiques de la classe ouvrière et détruire toute renaissance droitière. Le programd'action doit chercher à instaurer un véritable contrôle ouvrier dans les mines nationalisées en commençant par imposer un changement de structure à
LA C.O.B., EMBRYON
L'insurrection du 9 avril a mis à l'ordre du jour la question de la prise du pouvoir par la classe ouvrière. Done la C.O.B., organisme exprimant l'unité des ouvriers et des paysans, ne doit pas être considérée comme une simple centrale syndicale se limitant à des problèmes concernant les revendications économiques des masses. La C.O.B., il faut qu'on le comprenne. constitue par elle-même une forme d'organisation particullere supérieure des masses créée dans une période de montée révolutionnaire. Dans son sein, et quoiqu'à l'état embryonnaire, se trouvent les éléments du pouvoir, consciemment exprimés par l'activité de la fraction du P.O.R. Leur développement changera profondément la strueture de la centrale ouvrière pour faire d'elle in parlement ouvrier ayant en même temps les attributs exécutifs du pouvoir, c'est-à-dire ayant autorité pour faire exécuter ses décisions, juger, contrôler les leviers économiques du pays. devenir en somme le véritable dirigeant de la vie des ouvriers. C'est ainsi que la COB. deviendra l'élément essentiel révolution sont très justement intéressés à conquérir la majorité des travailleurs. C'est le chemin normal que la révolution a à parcourir. Si un tel but était mis en cause, le soutien de la COB ne se justifierait nullement. Mais se justifierait nullement. cette lutte l'intérieur de la C.O.B. pour gagner la majorité doit être une lutte loyale, chacun pouvant défendre les principes programmatiques de son parti. L'apolitisme syndical a été de tout temps le masque anti-ouvrier de la réaction. A l'étape actuelle, l'apolitisme est devenu l'argument auquel ont recours ceux qui craignent que les ouvriers donnent leur propre solution à la question du pouvoir. Quant au P.O.R., il n'a rien de commun avec l'apolitisme du mouvement syndical. Tout au contraire il propose aux syndicats une révolutionnaire de classe, politique qui dans les condisance de elion gouvernemen tions présentes coit commencer par l'indépendance des organisations ouvrières vis-à-vis des institutions gouvernementales. D'ACTION l'actuelle Corporation Minière de Bolidu prolétariat, seul participation active vie, grâce à participation capable d'éviter le danger d'une bureaucratisation de cet organisme. En outre le programme d'action commune de la C.O.B. ne doit pas ignorer la révolution agraire qui prend de plus en plus une importance grandissante et devient la question fondamentale décidant de l'avenir de la Révo lution bolivienne. Dans ce domaine BELE mot d'ordre doit être : Nationalisation et partage des terres aux paysans afin de détruire totalement la forme de propriété des latifundias. Dans cette question, il faut abandonner les phrases lyriques pour entrer dans la voie des faits DU POUVOIR OUVRIER de la dualité du pouvoir dans la période transitoire caractérisée par la lutte entre le pouvoir petit-bourgeois bonapartiste et le prolétariat. Tout cela est déjà contenu dans le programme qui a servi de plateforme à l'organisation de la C.O.B., dans ses propres méthodes d'action (mobilisations de masse, manifestations, floraison des organismes de base à la ville et à la campagne, etc.) ainsi que dans le projet de constitution d'un Etat-major des milices ouvrières.
Partons des conquêtes enregistrées, de l'activité révolutionnaire des masses, développons les jusqu'à leurs ultimes conséquences. La C.O.B. est apparue dans le mouvement ouvrier comme l'embryon du pouvoir de celui-ci, avec un sens et une dynamique tout particuliers. Aussi, pour amplifier la Révolution, il faut partir de l'existence de la C.O.B., de ce qu'elle signifie aux yeux des travailleurs, de son dynamisme, ceci pour développer cet embryon du pouvoir en accentuant et en résolvant cette situation de dualité du pouvoir créée en face du « pouvoir officiel ».
U A T R TEM E I N
Cette forme l'organisation offerte par la C.O.B. doit être généralisée partout de façon à ce qu'aucune région ne reste en dehors. Il faut que ces caractéristi. ques de pouvoir ouvrier de la C.O.B. soient développées en augmentant ses facultés délibératives et en la dotant de la force d'exécution au moyen de l'armement des milices ouvrières. Mais cette transformation de la C.O.B. ne sera pas possible si la représentation de la base n'est pas élargie. Les exploites
En dépit de teutes ses caractéristiques, la C.O.B. ne peut se substituer au Parti révolutionnaire, et ce serait une erreur grave que de confondre l'un et l'autre. La C.O.B. est l'instrument révolutionnaire sur lequel s'appuie la classe ouvrière pour approfondir encore davantage sa mobilisation, tandis que le Parti est le dirigeant de la Révolution. C'est dire que la classe ouvrière a besoin, en plus de la C.O.B., de son propre parti. C'est pourquoi le renforcement de la C.O.B. doit aller de pair avec celui du parti de la classe ouvrière, done, du P.O.R. Tout ouvrier, paysan, employé ou exploité appartenant aux classes moyennes, qui lutte pour se libérer de l'exploitation capitaliste, a le devoir de mili-
E RN A T IONA L E doivent élire à la proportionnelle les délégués qui à la C.O.B. auront à décider de leur sort.
Par sa propre structure, la C.O.B. se heurte quotidiennement à la politique de l'actuel gouvernement qui est un gouvernement transitoire. Cette étape transitoire prendra fin soit par l'avance de la Révolution, soit par son recul II n'est pas difficile d'ausculter la pensée des masses travailleuses pour savoir dans quel sens elles veulent aller. ter dans le P.O.R., de répandre sa propagande, de défendre les intérêts du prolétariat, de travailler inlassablement au triomphe de la Révolution.
La C.O.B. a joué un rôle très important dans le renversement du gouvernement de la téodo-bourgeoisie, l'action des révolutionnaires qui avaient été largement éduques par le P.O.R. a suffi pour l'accomplissement de cette tâche. Mais pour que le pouvoir passe aux mains de l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat, l'activité par elle-même des éléments révolutionnaires est par trop insuffisante. La nécessité du Parti est incontestable. Elle ne peut pas être remise à plus tard.
LA C.O.B. ET L'IMPERIALISME
Le choc le plus violent entre la C.O.B. et l'actuel gouvernement est dû au fait que celui-ci a un caractère bonapartiste qui l'oblige à osciller entre le pôle impérialiste et celui du prolétariat. Aux moments de plus grand danger il cherche le soutien de la C.O.B. Mais, d'autre part, sa nécessité de complaire à l'impérialisme le pousse ensuite à attaquer la Centrale Ouvrière et à saboter son activité. Après l'échec du coup de force réactionnaire du 6 janvier, le gouvernement a tourné son feu contre la C.U.B. et cherche à détruire sa direction. (Est-ce le prix des tractations concernant l'étain ?). Dans sa lutte contre la C.O.B. en raison de la peur produite dans la petite bourgeoisie par la puis-
Le P.O.R. appelle les sante mobilisation des masses, le gouvernement s'acnarne contre le secteur le plus révolutionnaire : le P.O.R. C'est ainsi que se révèle chaque jour davantage l'étroite liaison qui existe entre la C.O.B. et le parti politique de la classe ouvrière.
L'avenir de la C.O.B. est fonction de son propre renforcement, de sa capacite de se transformer en une forme de pouvoir prolétarien, de sa capacité de suivre la route tracée par le Parti Ouvrier Révolutionnaire de Bolivie.
(Article paru dans Lucha Obrera, 23 janvier 1953, organe du Parti Ouvrier Révolutionnaire, section bolivienne de la IV° Internationale.)