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La revue › vol. 11, n° 2-4

Sur la dictature du prolétariat

Jean-Paul Martin · Quatrième Internationale, vol. 11, n° 2-4 · février-avril 1953 · p. 42-49 · 6 518 mots

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Que la « dietature du prolétariat » ait été en définitive conçue par les classiques du marxisme, de Marx à Lenine, non comme la dietature d'une minorité

« Jacobine » sur la classe mais au contraire comme l'épanouissement de la democratie pour toute la classe prolétarienne, pour toutes les couches pauvres alfiées au prolétariat ne fait aucun doute,

Il sufft de relire attentivement les textes, aussi bien ceux de Marx, d'Engels que de Lénine lui-même (en particulier ceux écrits jusqu'a la prise de pouvoir en octobre 1917), pour s'apercevoir d'une manière claire quel était le sens véritable qu'ils donnaient tous à dictature du prolétariat, une fois instauréa.

En ce qui concerne la pensée de Marx et d'Engels sur cette question, personne de bonne foi ne le conteste. Les plus renommés des dirigeants des menche. vikts russes souligner l'évolution Martov et Dan, se sont complus à de la pensée de Marx d'une conception au début un peu « jacobine » de la Révo luton et du régime qu'elle instaurerait ensuite, a celle exprimée plus complètemint par Engels en 1895 dans son in. troduction à « La lutte de classes en France » de Marx :

« Ilépoque des coups de mains, des révolutions faites par de petites minorites conscientes à la tête des masses inconscientes. est passée. Quand il s'agit d'une transformation complète de Porganisation sociale, les masses ellesmêmes doivent en être et avoir compris de quoi il s'agit, pourquoi elles doivent intervenir. C'est ce que l'histoire des cinquante derntères années nous a appris. »

Les théoriciens du menchevisme russe et international ent concentré leurs feux surtout contre la Révolution russe et contre le caractère et l'évolution du régime instauré par Lénine. Ils défendirent lidée. , en se basant sur la théorie du parti élaborée par Lénine dans « Que taire? » et aussi sur certaines formules incluses dans sa brochure « Un pas en avant, deux pas en arrière », que le bolchévisme était une doctrine anti marxiste ayant misé sur une organisation politique du prolétariat essentiellement incohine, c'est-à-dire d'une minorité active et consciente au sein de la classe. sans par'icipation démocratique, ample et effoctive dans la vie politique, de cette classe ni des autres couches paulvres alliées au prolétariat. Ils établirent d'autre port un lien organique entre la conception du Parti, de la révolution et

"a dintature du prolétariat chez les 12 bolchéviks et chez Lénine, leur permettant d'affirmer que « sous le couvert des idées de Lénine sur l'organisation se cachaient en réalité ses conceptions

« jacobines » sur le développement révolutionnaire et sur la dictature, » (1).

La Révolution russe fut selon eux conduite d'une manière jacobine et instaura un régime jacobin.

Th. Dan, il est vrai, voulut bien admettre que ce caractère de la Révolution russe et de son régime politique n'est pas dû seulement à la nature, à l'organisation et aux idées du bolchevisme, mais aussi aux conditions objectives de la Russie, au comportement social, politique et culturel des forces sur lesquelles les bolchéviks s'appuyaient, forces qui n'ont pas seulement détermine le « jacobinisme » de la dictature bolchevique, mais également ses tribulations ultérieures... Dès la naissance de la dietature, la paysannerie petite-bourgeoise apparaît comme la force décirive de la Révolution russe (sur laquelle s'appuie et à laquelle s'adapte la minorité prolétarienne agissante) et elle marque de son empreinte le cours des événements. » (2). D'où aussi la naissance du stalini me, produit organique du léninisme selon Dan.

Rosa Luxembourg qui, comme on le sait, avait déjà dans le passé critiqué l'organisation des bolcheviks et les idées de « Que faire ? », a formulé également certaines critiques à l'égard de la Révo. lution ruse, mais d'un point de vue essentiellement différent de celui des théoriciens du menchevisme (3).

Loin de critiquer l'action du Parti bolchevik dans la période préparatoire à la prise du pouvoir et son orientation ferme vers cet objectif, ou de nier le caractère prolétarien et socialiste de la Révolution russe, elle a au contraire considéré que * le Parti de Lénine a été le seul qui avait compris le devoir d'un parti vraiment révolutionnaire, mot d'ordre « Tout le pouvoir aux oupar son vriers et paysans » ait assuré la marche en avant de la Révolution ».

«. Les bolcheviks ont de même posé immédiatement comme but à cette prise du pouvoir le programme révolutionnaire le plus avancé : non pas la défense de la démocratie bourgeoise, mais la dictature du prolétariat en vue de la réali-ation du socialisme. lIs ont ainsi acquis devant l'histoire le mérite impérissable d'avoir proclamé pour la pre-

(1) Th. Dan, « Les socialistes rosses et la en décembre 1932 & Bruxelles. dictature du prolétariat » Conférence faite

(2) Ibid.

, La revolution russe. (3) R. Luxembourg La Révolution russe.

Q VATRIEME IN T mière fois le but final du socialisme comme un. programme immédiat de la politique pratique. »

Ses critiques à l'égard de la Révolution russe ont porté d'une part sur les deux mots d'ordre de Lénine : partage des terres et droit des periples à disposer d'eux-mêmes, qu'elle considère à tort comme petits bourgeois, et d'autre part sur le contenu démocratique de la dictature du prolétariat.

C'est ce dernier aspect de ses critiques qui nous intéressera plus particulièrement.

Tous ceux qui s'efforcent actuellement de reconstituer le visage de la Révolution russe et de la dictature du prolétariat du temps de Lénine, à travers la monstrueuse défiguration produite près de trois decades de degenerescence bureaucratique, ont de la peine à saisir d'emblée les traits caractéristiques qu'elles avaient alors et leur modification sous la pression de conditions précises.

La Révolution d'Octabre avait instauré un régime politique caractérisé, à ses débuts du moins, par un gouvernement non exclusivement bolchevik, s'appuyant sur des soviets démocratiques, au sein desquels s'affrontaient plusieurs tendances politiques, représentant plusieurs partis soviétiques légaux. D'autre part, le Parti soviétique majoritaire, le Parti bolchévik, loin de représenter un bloc monolithique bureaucratiquement gouverne, etait en realité le parti prolétarien le plus vivant, le plus riche en discussions et en tendances qui ait jamais existe jusqu'alors. Rappelons queldates faits importants dans levolution du répime politique instauré par la Révolution d'Octobre:

Les socialistes révolutionnaires de gauche se retirèrent du gouvernement de coalition formé avec les bolchéviks en mars 1918 à la suite de leur désaccord avec ceux-ci sur le traité de BrestLitovsk. (Ils voulaient continuer la guerre et denonçaient par nationalisme petit. bourgeois les concessions faites pour obtenir la paix).

Mais, tout en étant hors du gouvernement, ils restèrent un parti légal, ainsi que les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires de droite.

Ces deux derniers furent, au cours de la même année 1918, temporairement mis hors la loi à cause des accointances de certains de leurs membres avec les blancs, alors que la guerre civile battait son plein.

Mais les menchéviks furent autorisés à redevenir légaux novembre 1918 quand ils s'engagèrent à agir en opposition loyale dans le cadre du régime soviétique.

Les socialistes-révolutionnaires furent définitivement mis hors la loi à la suite de l'action entreprise par ce parti pour s'opposer à la paix de Brest-Litovsk, provoquant l'assassinat du comte Mirbach, ambassad ur allemand, ainsi qu'une série d'insurrections dans divers endroits du pays, y compris Moscou. Ennn, 0 août is blesserent Lenine lui-meme et assassinèrent deux autres dirigeants

ERNATIONALE soviétiques : Ouritsky et Volodarsky

Un certain esprit libertaire survécut en réalité aussi bien dans les soviets que dans le Parti (surtout dans ce dernier) malgré la guerre civile, jusqu'à la fin de celle-ci, au milieu de 1920

C'est à partir de cette date, à la suite d'un nouveau danger pour la Revolution, qui surgissait de la situation economique critique du pays, epuise par la guerre civile et isole de la révolution internationale, que de nouvelles mesures restrictives de la démocratie fu rent prises, touchant cette fois la vie du Parti même.

Le 10° congrès du P.C. russe où fut interdite la formation tout groupe d'opposition, de tcute fraction à son interieur, coincide avee le soulèvement vaincu de Kronstadt en mars 1921.

La fameuse discussion sur le rôle des syndicats dont Lénine défendit encore l'autonomie relative rapport « l'Etat ouvrier » mais déjà atteint de « déformation bureaucratique », date de ce même congrès.

Le gouvernement d'un parti unique, le régime du parti unique dans le pays, le parti dirigeant monolithique, les syndicats incorporés à l'appareil d'Etat, rien de tout cela ne se trouvait dans le programme ou dans les intentions initiales du parti bolchevik. C'est là la stricte verite historique.

Des conditions précises, qui tiennent essentiellement aux événements qui ont marqué la guerre civile en U.R.S.S., restée isolée de l'appui du prolétariat avancé de l'Occident. ont obligé la direction bolchevique et Lénine personnellement à prendre, à tel ou tel moment, telle ou telle mesure, et ceci non dans un sens définitif mais provisoire.

Lénine en effet n'a jamais théorisé qu'une quelconque des mesures auxquelles il fut forcé de recourir faisaient partie du véritable sens de la dictature du prolétariat. Trotsky mentionne à ce propos que, par exemple, la décision. prise par le 10° congrès du Parti interdisant les fractions, n'avait dans l'esprit de Lénine qu'un sens tout à fait provisoire, et qu'elle n'a été comprise approuvée par le Parti que dans ce sens exclusif (4).

Toute diseussion sur la manière dont fut ou ne pas appliquée la démocratie prolétarienne en U.R.S.S. par le Parti bolchevik et Lénine, risque de rester sans valeur pratique aucune si l'on fait abstraction des conditions historiques concrètes qui ont entouré le premier pouvoir prolétarien. Car il s'agit de savoir si un autre pouvoir révolutionnaire placé dans les mêmes conditions pouvait réagir autrement sans causer en même temps la perte de la Révolution. •Il est incontestable que du point de vue de l'application pure de la démocratie prolétarienne, de nombreuses er reurs furent commises, et Lénine personnellement n'a jamais cessé jusqu'à sa mort de l'admettre, de l'affirmer,

....

(4) L. Trotsky, Cours nouveau.

UATRIEME ainsi que d'insister sur le caractère spécifiquement russe de certaines formes qui furent employées par la dictature du prolétariat en U.R.S.S, Il admettait que ces formes n'étaient pas, telles quelles, nécessairement valables pour la ré. volution dans d'autres pays économique. ment et culturellement plus avances fusse de la recuent née le pas ente que la Russie, que toute l'expérience quelle valable pour l'exportation.

Mais dans quelle mesure les erreurs et « les bêtises » - selon l'expression propre de Lénine - commises par les bolcheviks au pouvoir sont-elles imputables au fait seul que ces derniers étaient forcés de parer en quelque sorte dux besoins les plus pressants, dans des conditions historiques données (au risque de voir autrement la révolution ruinée tout entière) et non pas a une interprétation erronée, effectivement entachée de « jacobinisme » dans les faits, du rôle du Parti, de la conduite de la Révolution, et de la dictature du prolétariat ?

La question n'a pas actuellement seulement un caractère académique.

Si nous revenons aux critiques que Rosa Luxembourg a adressées aux bolcheviks, à Lénine et à Trotsky en particulier, c'est parce qu'à la différênce des mencheviks elle s'est placée par rapport à la Révolution russe sur le terrain solide du prolétariat révolutionnaire, faisant sienne cette révolution ; parce qu'aussi certaines au moins de ses critiques n'ont jamais été vraiment réfutées ni par écrit ni dans les faits; parce que leur écho actuellement, après tant d'années d'expérience, nous semble singulièrement jeune et vibrant de perspicacité ; parce que L. Trotsky luimême est revenu sur certaines de ses conceptions du temps de la Révolution.

Pour toutes ces raisons, les critiques de Rosa méritent d'être rappelées qu'on prenne la peine d'y réfléchir à nouveau.

Rosa Luxembourg critiqua les bolcheviks non du point de vue de la « démocratie formelle » mais de celui du sens véritable de la « dictature du prolétariat » considérée comme une « dictature de classe, non celle d'un parti ou d'une clique — dictature de classe, c'est-à-dire avec la publicite la pius large, la participation la plus active, la plus illimitée des masses populaires, dans une démo cratie complète. » (5). . Elle partait de l'idée que la « dicta ture du prolétariat » ne s'oppose pas à la démocratie en général, mais à la démocratie bourgeoise, démocratie limitée et déformée en ce qui concerne les grandes ma-ses. La « dictature du prolétariat » ne rejette par l'élément démocratique mais le complète et le développe inscua ses ultimes conséquences au profit des plus larges masses.

Elle répéta sans cesse que l'essence de la « dietature du prolétariat » en

(5) La Revolution russe, P. 28..

L'extraordinaire dégénérescence du pouvoir prolétarien qui a caractérise l'évolution du régime soviétique instauré par la Révolution d'Octobre en U.R.S.S., l'expérience plus récente acquise par les Révolutions yougoslave et chinoise, ainsi que le fait que nous assistons actuellement à une phase objectivement supérieure de la révolution prolétarienne se développant internationalement, donnent à cette question du véritable sens de la « dictature du prolétariat » et de lapplication effective de la démocratie prolétarienne une énorme importance, une importance capitale.

Ces facteurs nous obligent à reconsidérer critiquement toute l'expérience de la : Révolution prolétarienne depuis la Révolution russe, à repenser ses problèmes et à en dégager certaines conclusions. Ce ne sont pas là des problèmes artificiels mais des problèmes posés impérativement par la situation actuelle, qui ont suffisamment mûri, qui sont en un mot nécessaires, c'est-à-dire qui ont été préparés par toute l'évolution et l'expérience antérieures. tant que dictature de classe se trouve dans « la vie politique active, libre, énergique des larges masses populaires », dans « l'activité sociale des masses » jouissant d'une « liberté politique illi. mitée » (6).

. :

« Sans élections générales, sans liberté illimitée de presse et de reunion, sans lutte libre entre les opinions, consideret-elle, la vie politique se meurt dans toutes les institutions publiques (y compris les soviets, ajoutait-elle), elle devient une vie apparente où la bureaucratie reste le seul élément actif » (souligné par nous).

La « dietature du prolétariat », pour qu'elle reste une dictature de classe et non d'une petite minorité dirigeante, au nom de la classe, doit sorter pas a pas de la participation active des masses, être sous leur influence directe, soumise au contrôle de Popinion puolique, produit de l'éducation politique crois. sante des masses populaires. » (souligné par nous).

Quel devait être le mécanisme concret, selon R. Luxembourg, d'une telle manière d'appliquer la démocratie prolétarienne sous le régime de la « dictature du prolétariat » ?

Bien que Rosa Luxembourg ne se prononce nulle part clairement sur l'ensemble de ce mécanisme, il n'est pas difficile de dégager critiquement la conception suivante de celui-ci : le système des soviets devait se combiner avec une Assemblée Nationale élue au suffrage universel; l'autorisation des partis; l'autonomie des syndicats et de toute organisation des masses par rapport à l'Etat.

Rosa Luxembourg a critiqué Lénine et en particulier Trotsky pour avoir avoir conclu de la dissolution nécessaire de

(6) Ibid., D. 26-27.

LES CRITIQUES DE ROSA LUXEMBOURG

LES CRITIQUES DE ROSA LUXEMBOURG

Q UATRIEMEIN l'Assemblée constituante élue sous Kerensky « à l'inutilité absolue de toute Assemblee constituante en général » et même « jusqu'a nier la valeur de toute représentation populaire issue d'élections générales en période de révolution ». (7).

Elle trouvait d'autre part que proclamer le droit au suffrage universel et, en même temps, ne l'accorder « qu'a ceux qui vivent de leur propre travail », sans que la société soit encore économiquement en état « de permettre à tous ceux qui veulent travailler et vivre d'une façon digne et convenable de leur propre travail », était « une improvisation non viable ». une mesure sans rapport avec la réalité sociale concrète, un droit mesuré non d'après les conditions écono. miques et sociales concrètes du moment, mais d'après des « schémas abstraits de justice ». Il risquait de rester dérisoire, et il en fut, selon Rosa Luxembourg, effectivement ainsi. Il n'y a pas eu exercice effectif du suffrage universel.

Rosa Luxembourg admettait que les mesures prises contre « toute la classe moyenne, les intellectuels bourgeois et petits bourgeois au lendemain de la Révolution d'octobre, qui boycottaient pendant des mois le gouvernement des so. viets, paralysant les communications, etc., se révoltant ainsi contre le gouvernement ouvrier » : retrait des droits politiques, des moyens d'existence écono-

QUE FAUT-IL DIRE

Que reste-t-il de valable aujourd'hui de ces critiques de Rosa Luxembourg • ? Quel doit être, à la lumière de l'expérience acquise, le fonctionnement de la véritable " dictature du prolétariat » conçue en tant que dictature de classe, de la clarse prolétarienne alliée aux autres couches pauvres de la population?

Notons tout d'abord que c'est encore L. Trotsky qui, le premier, instruit par l'expérience de la Révolu'ion russe • en -trée depuis la mort de Lénine dans une phase de dégénérescence bureaucratique accélérée, a su revenir sur certaines de ses conceptions initialer et tirer des con. clusions allant dans le sens des criti. ques de Rosa. Dès qu'il s'est aperçu de l'usage que les épigones ont voulu faire de la décision du 10º congrès du P.C. russe sur l'interdiction des fractions, L Trotsky a entrepris une lutte vigoureuse pour la défense de l'essence démocratique du Parti léniniste du prolétariat contre la théorisation, Zinoviev et suivie par Staline, du « moébauchée par nolithisme ».

Cette défense brillante de ce qu'est le parti du prolétariat considéré dans ses rapports concrets avec la classe d'une part, et dans les rapports qui existent. d'autre part entre sa base et sa direction, est parmi les meilleures contributions de Léon Trotsky à l'esprit dialectique complète et renforce la thénrie de du marxisme révolutionnaire (9). Lénine sur le parti, qui se différencie fondamentalement de la monstrueuse ca. ricature que présentent actuellement les partis staliniens, en commençant par celui de I'U.R.S.S.

TERNATIONALE mique, ete., « s'imposaient bien entendu pour briser leur résistance avec un poing de fer ».

Mais elle paraissait être contre le fait que de telles mesures conjoncturelles deviennent la « règle générale d'effet durable » de la dictature du prolétariat.

Le droit au suffrage accordé « à ceux qui travaillent » devait impliquer, selon elle, la possibilité effective du régime d'accorder en même temps du travail tous ceux qui en désiraient.

Rosa. Luxembourg, répétons-le, tout en prononçant ces critiques, était parfaitement consciente des conditions historiques défavorables qui ont imposé en quelque sorte ces « déviations » aux bolcheviks. Elle était sincèrement convaincue que ceux-ci procèderaient tout autrement « sils ne subissaient pas l'effroyable pression de la guerre mondiale, de l'occupation allemande, et de toutes les difficultés énormes qui s'y rattachent, et qui doivent nécessairement défigurer toute politique socialiste animée des meilleures intentions et s'inspirant des plus beaux principes ». Elle trouvait cependant que le danger commence là où, faisant de nécessité vertu », on crée « une théorie de la tactique qu'ont imposée ces conditions tatales » et qu'on veut la recommander au proiétariat internafional comme le modèle de la tactique socialiste » (8) AUJOURD'HUI ?

Plus tard, après que L. Trotsky eut renoncé à l'espoir de pouvoir réformer de l'intérieur lInternationale Communiste et les Partis communistes, y compris le P.C. Russe, et ayant considéré que le Thermidor - c'est-à-dire une étape de réaction politique sur la -base sociale de la Révolution - était déjà effectivement consommé en U.R.S.S., émit certaines opinions nouvelles sur la manière de concevoir la renaissance de la démocratie prolétarienne en U.R.S.S.

Déjà dans « Ja Révolution trahie », repensant les problèmes de la « dictature du prolétariat » à la lumière de l'expérience concrète en U.R.S.S., il crut nécessaire de combattre l'idée du parti unique qui n'était nullement inhérente au programme bolchevik, et de réaffirmer que « la proscription des autres partis était manifestement en opposition avec l'esprit de la démocratie soviétique, et les leaders du bolchevisme la regardaient non pas comme un principe mais comme une nécessité passagère d'auto-défense ». (10).

Dans le même ouvrage, L. Trotsky. exposant le programme de la nouvelle révolution politique nécessaire selon lui pour renverser la bureaucratie soviétique, considérait que « la restauration du droit à la critique et une véritable liberté des élections sont des conditions nécescaires pour le développement ultérieur du pays. Cela implique la renais-

(7) Tbid., p. 21.

(8) Ibid., P. 29.

(9) Voir Cours nouveau, L. Trotsky.

(10) « La Révolution trahie »,

UAT

R

NALE sance de la liberté pour les partis soviétiques et la résurrection des syndicats ».

Enfin dans le « Programme de transi.

tion », au chapitre qui traite de la situation en U.R.S.S., est inclus ce passage très important : « La démocratisation des soviets est inconcevable sans la légalisation des partis soviétiques. Les owriers et les paysans eux-mêmes, par leurs libres suffrages, montreront quels sont les partis soviétiques. » (Souligné par nous).

Quand L. Trotsky mentionne la « résurrection » ou la « liberté » des syndicats, il veut manifestement parler, re venant sur les positions qu'il a défendues lors de sa discussion avec Lénine en 1921, de leur autonomie par rapport à l'Etat et au parti gouvernant, c'est-àdire de leur droit de défendre les intérêts des travailleurs occasionnellement contre « l'Etat ouvrier » lui-même (qui n'existe pas en tant que tel (« Etat ouvrier ») mais plus ou moins « bureaucratiquement déformé », et ceci jusqu'à son dépérissement complet, quand il ne s'agira plus du tout d'« Etat ».

Comme chez Rosa Luxembourg, chez

L. Trotsky aussi le mécanisme de l'application effective de la démocratie prolétarienne en tant qu'essence de « dictature du prolétariat » considérée comme dictature de classe, est décrit plutôt sommairement, avec quelques idées directrices, mais sans une analyse plus complète. Ceci est dû, à notre avis, à deux raisons essentielles qui ont ioue à la fois : le manque d'expérience concrète sur la marche du socialisme une fois que le prolétariat aurait conquis le pouvoir, et le fait que l'application de la démocratie prolétarienne de telle ou telle manière, avec telle ou telle ampleur, n'est pas donnée une fois pour toutes selon des schémas abstraits, de caractère principiel, mais dépend dialectiquement des conditions historiques données dans lesquelles se déroule la lutte des classes, dans chaque pays.

Prenons par exemple les cas de l'Assemblée Nationale et du suffrage universel, auxquels se référa Rosa Luxembourg.

Faut-il combiner Soviets et Assemblée Nationale ou les opposer, ou élire les Soviets et l'Assemblée Nationale de manière différente pour arriver à une représentation du pouvoir plus authenti que et plus directe des larges masses ? Qui aura ensuite droit de vote et selon quelle mesure ?

Ces questions ne peuvent être résolues a priori pour tous les pays et toutes les circon tances, selon un code abstrait de principes de la démocratie prolétarienne.

Par exemple, en ce qui concerne plus spécialement le droit de vote, il est évident que la réponse à cette question peut dépendre du caractère social du pays, de la proportion précise entre paysans, petits bourgeois des villes et ouvriers. et des conditions économiques permettant ou non d'assurer du travail à tous ceux qui veulent travailler. Va-t-on faire voter les petits bourgeois des campagnes et des villes dans un régime de 4 9

N.B.P. qui les maintient dans un état de petits propriétaires commerçant plus ou moins librement, avee le même poids que les ouvriers, les ouvriers agricoles et les paysans sans terre ? Va-t-on accorder à la bureaucratie et à Taristoeratie ouvrière les même droits qu'à la maise des travailleurs?

Trotsky avait considéré par exemple à ce propos que « la bureaucratie et la nouvelle aristocratie doivent être chassées des Soviets » (11). « Dans les

Soviets, ajoutait-il, il n'y a place que pour les représentants des ouvriers, des kolkhoziens du rang, des paysans, des soldats rouges ». Le droit de vote devait être réservé seulement à ces couches de la population.

De tout cela apparait la complexité de la question.

Il nous semble cependant que la manière d'appliquer effectivement la dé. mocratie prolétarienne en tant qu'essence de la « dictature du prolétariat » considérée comme la dictature de la classe ouvrière alliée aux autres couches pauvres de la population, ne pourra être le jeu de l'arbitraire mais qu'elle se meut dans un cadre directeur généralement applicable.

Ce cadre est le suivant : Organismes représentatifs des masses pouvant exercer lur contrôle direct jusquan sommet de l'appareil d'Etat. Légalisation de tous les partis soviétiques ; véritable régime de centralisme démocratique du parti révolutionnaire ; autonomie des sundicats par rapport à lappareil d'Etat et aux partis.

Analysons le sens plus précis de chacun de ces éléments.

Qu'on reste sur un système exclusif des soviets ou qu'on combine ceux-ci avec une Assemblée nationale, l'important est d'arriver à ne pas arsurer seulement quelques miettes de véritable contrôle et de gestion de l'Etat et de léconomie aux échelons inférieurs, locaux ou même régionaux, mais une influence aussi directe que possible sur le gouvernement lui-même. Celui-ci doit être soumis au contrôle constant d'un corps aus i démocratique et aussi représentatif que possible, qui le désigne et le révoque, Ceci devrait être, dans un système exclusif de soviets, le Soviet suprême, remplaçant le parlement bourgeois, ou l'Assemblée nationale élue au suffrage direct.

La légalication de tous les partis viétiques signifie le droit, la possibilité SOde se constituer en parti politique distinct pour toutes les tendances d'opinion, au sein de la classe ouvrière et de ses alliés, qui ne remettent pas en cause la base sociale de la Révolution. Les raisons théoriques qui justifient cette mesure sont les suivantes : hétérogénéité de la classe ouvrière qui, ne dépérira qu'avec le processus général du dépérissement des cla ses et . de l'Etat dans l'évolution de la société socialiste; le fait aue -« la réalisation pratique du socialisme », comme écrivait avec tant de justesse Rosa Luxembourg, « en tant

(11) Programme de transition,

U ATRIEMEIN que système économique, juridique et social, est une chose qui reste comple. tement enveloppée dans les brouillons de l'avenir. Ce que nous possédons dans notre programme, ce sont quelques poteaux indicateurs qui montrent la direction générale dans laquelle il faut s'engager, indications d'ailleurs d'un d'un carac tère négatif. Nous savons à peu près ce que nous aurons à supprimer tout d'abord pour rendre la voie libre de l'économie socialiste. Par contre, de quelle sorte seront les mille grandes et petites mesures concrètes vue d'introduire les principes socialistes dans l'économie, dans le droit, dans tous les rapports sociaux, là aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme no peut fournir de renseignement. » (12).

Un régime de centralisme démocrațiau sein du parti révolutionnaire signifie la possibilité de former des tendances, des courants d'opinion temporaires, occasionnellement en désaccord la ligne de sa direction. Dans le cas où ces courants, se cristallisant, deviennent des fractions et s'avèrent incompatibles avec l'existence dans même parti qui, tout en étant démo. cratique, ne cesse pas d'être centralisé, ils auront la possibilité de se constituer en parti politique distinct.

Enfin, l'autonomie des syndicats rapport à l'Etat et aux partis politiques ne signifie pas que les fractions de ces partis au sein des syndicats ne doivent pas lutter pour les influencer politiquement, mais seulement que ni l'Etat ouvrier, ni aucun parti ouvrier ne doit s'identifier avec les syndicats et incorporer leur appareil à son appareil propre. Sans cela la garantie n'existe plus les syndicats puissent rester les plus, larges organisations du prolétariat défendant. intérêts bien compris éventuellement « contre l'Etat ouvrier » lui-même.

De tous ces éléments d'une application efficace de la démocratie prolétarienne, escence de la dictature du prolétariat, le plus important pour le fonctionnement effectif de l'ensemble du mécanisme, nous paraît être la léga lisation de tous les partis soviétiques.

En effet si on prend la peine de réfléchir aussi bien sur l'aspect théorique du problème que sur l'expérience vécue jusqu'à ce jour par la Révolution prolétarienne, seule la possibilité de constituer éventuellement plusieurs partis soviétiques donne à l'ensemble de la démocratie prolétarienne son véritable sens et toute son efficacité. Sans la possibilité pour les différents courants d'opinion qui peuvent éventuellement se manifester au sein de la classe ouvrière qui assume le pouvoir, de se constituer en partis politiques distincts et d'influencer ainsi l'ensemble de la vie politique du pays, on risoie, malgré ies meilleures intentions, de théoriser et de. pratiquer un régime paternaliste pour la classe •profit d'une seule de ses fractions.

(12) R. Luxembourg, La Révolution russe, p.. 25.

Dans la poursuite d'une telle pratique, qui est celle du Parti unique, il n'existe plus aucune garantie que ce parti re présente effectivement sa classe (même si cela a été le cas à un moment donné)

Joult sa confiance. Pour que ce soit vrai, la classe doit avoir a chaque instant la possibilité de s'exprimer poli. tiquement différemment, de promouvoir et d'organiser d'autres partis, de choisir d'autres partis, de voter pour d'autres partis.

Le parti politique reste la formation la plus haute de la conscience de la classe et son meilleur instrument pour l'efficacité de son action. Aucune autre forme d'organisation — soviets, syndicats ou différents Fronts de la pratique stalinienne, reprise aussi bien par les Yougoslaves que par les Chinois. - na remplace le parti politique.

Si seulement une fraction de la classe a la possibilité de se constituer en parti politique et de s'opposer en tant que tel au reste de la classe dans toutes ces autres organisations, elle peut les dominer facilement grâce à la supériorité d'une organisation nationale agissant uniformément sur la base base d'un programme et d'une ligne englobant lensemble des problèmes de la classe.

Face à une telle formation politique d'une fraction de la classe, le reste de celle-ci se présente atomisé, avec des vues bornées, d'intérêt local, éphémère, incapable d'exprimer de défendre d'une façon cohérente, c'est-à-dire politique, sur l'échelle nationale, ses intérêts et ses vues éventuellement opposées à celles du Parti unique. La dictature de la classe dégénère fatalement sous un tel régime en dictature « jacobine » et l'ensemble du jeu de la démocratie prolétarienne se trouve faussé.

Pour que les soviets restent effectivement vivants et démocratiques; pour qu'un corps représentatif national, 5oviet suprême ou Assemblée nationale, détermine le gouvernement; pour que le régime intérieur du Parti révolutionnaire ne dégéaère pas en « monolithisme »; pour que les syndicats restent effectivement libres, il faut qu'il y ait la possibilité de plusieurs partis soviétiques légaux.

C'est à travers eux que peut s'exercer le jeu d'opinions libres éventuellement opposées, et la véritable liberté qui n'est « toujours que la liberté de celui qui pense autrement » (R. Luxembourg).

Nous disons qu'il faut qu'il y ait une telle possibilité, car nous ne pensons pas que le divers partis soviétiques doivent se promouvoir et s'organiser artificiellement. Le parti révolutionnaire représ ntant la conscience de la partie avannée de la classe peut rester l'unique parti (13), ou de loin le parti majoritaire de la classe,

(13) Celui-ci a d'autant plis de chances de iouer ce rôle qu'il maintient un régime intérieur sain capable de contenir des tendances occasionnellement opposées a la ligne de la direction. D'autre part. comme il ne s'agit pas de transformer le Parti en arène de discussions permanentes paralysant son ae tivité. toute fraction qui s'avère incompati-

E

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E mais ceci doit être prouvé par la classe elle-même, par la confiance continue que la classe accorde au parti dans des conditions permettant à celle-ci d'en décider autrement si elle le désire. Le parti révolutionnaire coit s'avérer en tant que tel en se soumettant au jugement constant de la classe.

Toute tentative de substituer le Parti à la classe, de fuir son libre verdict, de la mettre en quelque sorte sous tutelle et de limiter le contrôle constant de la classe sur toutes ses émanations politiques, est une pratique qui va à l'encontre d'une compréhension saine, marxiste révolutionnaire, rapports concrets entre la classe et le Parti et de l'essénce de la dictature du prolétariat en tant que dictature de classe.

Le stalinisme a naturellement érigé en principe aussi bien le système du Parti unique que du Parti monolithique. Il exprime ainsi l'incompatibilité du règne de la bureaucratie soviétique, caste sociale privilégiée érigée au-dessus des larges masses soviétiques, avec le moindre degré de démocratie pour celles-ci.

Mais veici maintenant que les Yougoslaves, faisant pourtant un si grand tapage autour « dépérissement » accéléré de leur Etat, de la débureaucratisation de son appareil, de la décentralisation de ses fonctions politiques économiques. restent parmi les plus acharnes défenseurs du système du Parti unique et l'érigent comme une caractéristique spécifique de la véritable démocratie prolétarienne dans le régime du socialisme.

‹ La première tâche de la Révolution consistera, affirme Tito, à liquider le système multi-parti ». Elle le remplacera. salon les dirigeants yougoslaves, par le Parti unique l'une part, et une large organisation des masses, un front englo. bant à la fois communistes et non communistes, mais qui luttent tous pour un but : le " socialisme, d'aure part signicocialisme, Plu sieurs partis, argument: Tito, fient plusieurs programmes, et dans notre pays il n'y a au'un seul programme : creer une société socialiste. prounit la va te maiorité des citovens do notre payo » (15). Les arguments que Kardeli utilise ailleurs (16) sont les mêmes : un but. un Parti.

Nous avons cependant déjà exposé les raisons théories tenant à la nature hétérogène de la classe ouvrière, et à Pincertitude en ce qui concerne les moyens à atteindre le socialisme, qui réfutent ces arguments des Yougoslaves. Si le but reste unioue pour tout le prolétariat et ses alliés pauvres, sur les moyens à l'atteindre il peut y avoir plusieurs orientations différentes au sein de la olasse. D'autre part, en entreprenant ble avec la coexistence dans le même parti aura la possibilité de se constituer en parti distinct. C'est le verdict de la classe qui dé• cidera ou non de sa viabilité.

(14) « Tito parle », p. 443.

(15) Ibid., p. 444.

(46) « Ouestions actuelles du Socialisme » (articles de Kardel dans le no 11 l'etat et la Démocratie. et dans le n° 15 Les bases socialistes de l'Etat yougoslave). 48 telle ou telle voie pour atteindre le but, on favorisera telle ou telle couche particulière de la classe, nécessairement détriment de certaines autres, ceci ne manquera pas non plus de provoquer des divergences et des orientations ditférentes.

Par exemple la question de l'industria.

lisation, celle de la collectivisation de l'économie agricole, des secteurs de l'industrie à favoriser, des rythmes de développement par secteur, des méthodes à employer pour passer de la propriété agricole individuelle ou coopérative au collectivisme, enfin de la politique extérieure de l'Etat ouvrier - sont autant de matières sur lesquelles, pendant toute une période, les différentes couches de la classe peuvent avoir des opinions et des orientations différentes.

Comment pourront-elles les faire connaître et triompher avec le système du Parti unique qui en outre exclut les tendances occasionnellement opposées dans son sein à la ligne de sa direction, ou encore dans un Front quelconque, qui n'est pas un Front unique de partis distincts mais une organisation unique (excluant elle aussi les tendances organisées sur une échelle nationale et occasionnellement opposées à la ligne de la direction) ?

La théorie des Yougoslaves est d'autant plus indéfendable et en réalité d'autant plus hypocrite, qu'elle se combine seulement avec l'affirmation d'un « dépérissement » de l'Etat, à les en croire parfois presque d'une manière « galopante », mais aussi avec une pratique tout autre.

Le « dépérissement » de l'Etat est un processus politique qui ne peut pas brûler les étape déterminées par le dépérissement effectif des raisons objectives qui donnent naissance à la division de la société en classes. C'est en définitive une question de suppression effective des inégalités économiques par le développement supérieur des forces productives et l'acheminement vers l'abondance. Vat-on faire croire réellement que la Yougoslavie s'approche. même de loin, d'une telle étane. et instifier ainsi seulement

« dépéris-ement » de l'Etat aussi ranide mu'on vondrait le faire croire ?

D'autre part, dans la mesure où l'Etat commence à « dépérir » réellement, ceci doit se manifester sur le plan politique par l'elargissement de la démocratie politique et non par sa restriction. L'évolution de la dictature du prolétariat se fait à travers l'élargissement de la démocratie politiago jusqu'à son dépérissement complet en tant que démocratie.

Restons cependant à la phase de Pélargissement de la démocratie dans laquelle so manifeste politiquement le deperissement de l'Etat. Ceci ne peut signifier que plus de liberté dans tous los orpanismes de masses et dans le Parti révolntinnnaire. La possibilité pour la classe de promouvoir et d'organiser d'autree parti ai elle le désire, ainsi cue de manifos'an des tendances au grin du Parti révolutionnaire occasionnellement opposées à la ligne de sa direction,

Q UATRIEME INT loin de disparaitre, doit devenir complete.

Assistons-nous, même de loin, à un processus analogue en Yougoslavie? Il faut une extraordinaire dose d'ignorance, de simplicité d'esprit ou d'hypocrisie pour l'affirmer. Le Parti yougoslave est devenu plus « monolithique » que jamais, plus « bureaucratique » que jamais dans la mesure où il ne fait que suivre la politique de l'équipe dirigeante qui, d'en haut, contrôle et dirige aussi bien le parti que toutes les autres organisations du pays. L'expression « libre » d'opinions est permise sur des questions locales, pratiques, concernant l'application de la ligne, mais l'expression et l'organisation de tendances politiques nationales est aussi strictement interdite qu'en U.R.S.S. et dans les pays satellites.

La déformation « jacobine » et ensuite bureaucratique du pouvoir ouvrier qui a marqué la première Révolution prolétarienne fut en un sens inévitable dans les conditions historiques précises d'alors.

Actuellement, après la deuxième guerre mondiale, avec la libération du tiers de l'humanité du régime capitaliste, la crise aggravée de celui-ci, et la formidable montée de la Révolution internationale, la question se pose tout autrement.

Il faut partir main enant de la conviction que le courant objectif vers la Révolution mondiale est devenu pratiquement irréversible et irrésistible, et

ERNATIONALH aucune défaite passagère ici ou là, même la perte du pouvoir ici ou là, ne pourra être internationalement décisive et par conséquent pas définitive localement ; que la force de la Révolution est immense, et que le pouvoir prolétarien ne doit souffrir aucune limitation dans l'expression de sa véritable nature : étre la démocratie la plus large pour la classe. Au contraire, c'est en faisant pleinement éclore ce contenu précis qu'on accélèrera la dynamique de la Révolution et en facilitera le triomphe final et total.

Il ne taut par consequent pas admettre aucune justification d'un régime bureaucratique qui théorise l'expropriation politique effective de la classe. Que le mécanisme de la démocratie prolétarienne tel que nous l'avons décrit est valable ausi bien pour l'U.R.S.S. d'aujourd'hui que pour tous les pays qui ont secoué le joug du capitalisme. Qu'il constitue notre programme pour tous ces pays, et le déclarer très haut, avec une assurance plus grande que jamais Que les trotskystes l'inscrivent tel quel dans leur programme pour la révolution politique qu'ils préconisent en U.R.S.S. et dans ses satellites, ainsi qu'en Yougoslavie, ainsi que pour l'orientation de la Révolution chincise et pour la Révolu• tion prolétarienne à venir dans n'inporte quel autre pays. Le 25 mars 1953.

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