1. - LA SITUATION ACTUELLE DU MOUVEMENT PAYSAN
1) La période révolutionnaire ouverte le 9 avril a secoué de larges couches des classes sociales exploitées, aussi bien dans les villes qu'à la campagne. La mobilisation paysanne a entraîné derrière elle de larges secteurs qui jusqu'ici s'étaient tenus en marge de toute activité. Ce fait révèle par lui-même toute l'ampleur du processus révolutionnaire. Plus que jamais dans le passé la mobilisation paysanne se réalise dans des conditions exceptionnellement favorables qui peuvent lui permettre de rem38 porter une victoire complète. A la différence des « soulèvements » de 1781 (Amaru-Katari), la masse des paysans se prépare aujourd'hui à entrer en lutte, au moment où le prolétariat occupe le premier plan dans l'action politique. L'alliance révolutionnaire des salariés des villes avec les paysans - cle de la stratégie de la révolution bolivienne -a déjà effectué les premiers pas en avant en s'incarnant, quoique de manière imparfaite, dans certaines organisations de masses. Actuellement, à la différence de
LA C.O.B. ET LE PARTI REVOLUTIONNAIRE
LA C.O.B. ET LE PARTI REVOLUTIONNAIRE
Y AT R I ATRIE ME IN ce qui s'etait passé pendant la « Révolution fédérale », c'est le prolétariat -classe essentiellement révolutionnaire qui s'est mis à la tête du mouvement révolutionnaire pour le conduire à victoiré. C'est dire que le processus révolutionnaire s'oriente vers la destruction totale de toutes les formes d'oppression. C'est dans cette perspective que doivent être considérées toutes les conquêtes acquises par les masses ainsi que les reformes partielles auxquelles les cercles gouvernementaux bornent tous leurs efforts. niveau politique caractérie les luttes paysannes leur est conféré par le l'avant-garde combattive et expérimentée du prolétariat se regroupe dans son propre parti le P.O.R. Ce Parti est conscient du fait que le proche avenir sera dénoué sous son influence.
21 La mobilisation paysanne a fait apparaître à la surface tout ce qu'il y a de positif et de négatif dans la paysannerie. Des profondeurs de son passé de lutte, renaissent les traditions d'héroïsme, de ténacité et de capacité à organiser des guérillas en tant que forme élémentaire de lutte militaire. Mais elles se heurtent à l'atomisation du mouvement, à l'absence d'un commandement centralisé, à la tendance à poser et à résoudre les problèmes dans d'étroites limites communales, dans une situation ou les paysans sont dans l'impossibilité de parvenir par eux-mêmes à lier leurs propres problèmes à l'ensemble de la politique générale et de pouvoir assimiler l'expérience de la lutte de classe.
3) Les paysans se mobilisent éperon-
II. - NATIONALISATION ET
1) A cette étape élevée du processus révolutionnaire, le P.O.R. tient à souligner de nouveau que la seule solution révolutionnaire de la question agraire se trouve dans la nationalisation de la terre sans indemnisation et leur remise aux organisations paysannes. Cette tâche politique sera le premier pas que fera le gouvernement ouvrier et payson. Tel est le programme que le P.O.R. présente aux exploités des campagnes.
2) Le problème est essentiellement problème politique dont l'aspect technicoéconomique est d'ordre secondaire. solutions sont des solutions politiques, c'est-à-dire ayant un caractère de classe. Une réponse à la question agraire ne pourra pas venir des commissions de techniciens, pas plus que des amis des cercles gouvernementaux, mais elle sera donnée par les masses paysannes dans leur action révolutionnaire. La solution politique de classe fera que la paysannerie s'incorporera activement au processus révolutionnaire. L'expérience la nationalisation des mines nous montre que les commissions d'études ne font qu'exprimer la pression des classes so. ciales qui s'affrontent. La réaction bourgeoise, les gros propriétaires fonciers ont les plus grandes possibilités pour faire passer leurs intérêts dans les commissions gouvernementales.
3) Le caractère et la structure du
TERNATIONALE nés par une aspiration incontestahle, la conquête des terres qu'ils travailent. Une série d'expériences isolées (dans la vallée de Cochabamba, dans le hautplateau) a permis de découvrir le sens que prendra dans les faits cette reven dication. En effet, les petits colons s'apprêtent à s'emparer des parcelles qu'ils travalllent; le petit paysan, qui avait été dépossédé par le gros propriétaire foncier, lutte pour revenir à son lopin ; communautés paysannes, de leur côté, désirent oue les terres qu'elles avaient leur soient restituées ; les métayers veulent rompre tout rapport avec le propriétaire se liberer ainsi du paiement de la rente. Toutes ces revendications se résument dans le mot d'ordre lancé par les masses paysannes et qui a déjà été réalisé dans de petites régions : « Occupation des terres
4) Le manque d'uniformité du développement du mouvement paysan s'est encore révélé ces derniers mois. La région de Cochabamba s'est trouvée à l'avant-garde du mouvement, tandis que d'autres régions se mobilisent plus lentement. L'acuité de l'agitation dans la vallée de Cochabamba est due à des conditions particulières qui différencient cette région des autres, à savoir :
grande concentration de paysans; b) une très grande division de la terre, ce qui a augmenté le poids des charges des paysans ; 6) une tradition révolutionnaire et organisationnelle des mas. ses. Ces conditions ont accentué encore davantage le caractère violent des luttes paysannes. OCCUPATION DES TERRES M.N.R., dont les couches supérieures compient des propriétaires fonciers bien connus, font craindre que la « réforme agraire » annoncée, si elle se réalise l'intermédiaire d'une commission technique, ne permette à la grande propriété foncière de sauver son existence du danger que représente la mobilisation des masses. Des pas ont déjà été faits dans cette direction, ainsi que le démontrent : a) l'attitude favorable des. autorités exécutives, départementales et provinciales, à l'égard des propriétaires fonciers ; b) les garanties accordées à ceux-cl: c) la tentative de faire une discrimination entre des latifundias pro. ductives et des latifundias improductives ; d) le désir évident de procéder à la réforme agraire dans le cadre juri dique féodo-bourgeois actuel; e) la ten tative de réaliser une réforme agrairo à l'insu et par-dessus le mouvement des masses paysannes; f) les efforts de la réaction en vue d'incruster ses hommes de confiance dans la commission de la réforme agraire en s'aidant pour y parvenir des sociétés rurales et de Paile droitière du M.N.R. (Barrenechea, Guevara et Cie).
4) Les tentatives de réaliser les trans. formations agraires dans le cadre du capitalisme sont contraires aux intérêts de la révolution. Le petit propriétaire, prisonnier des rapports bourgeois expri-
T més dans la liberté d'acheter et de vendire, succomberait au milieu de cette douloureuse lutte de l'accumulation primitive, les terres se concentreraient à nouveau dans un petit nombre de mains, et la couche des paysans riches augmenterait. Aujourd'hui la lutte entre les divers secteurs de la paysannerie est passée à l'arrière-plan et laction des paysans se réalise à travers un front de, classe. La théorie du « capitalisme à la campagne » est un produit du désespoir des éléments réactionnaires qui veulent ainsi trouver un appui en vue de sauver les privilèges des bourgeois cLes Villes. La realisation plébéienne de la liquidation des latifundias, tel est le premier pas vers la • destruction du régime de la propriété privée.
5) La nationalisation des terres sera un acte politique du gouvernement ou• vrier et paysan, résultat de la lutte révolutionnaire des masses paysannes et ouvrières. Les exploités des campagnes parviendront à - la nationalisation par leur action quotidienne. Le premier pas dans cette voie sera l'appropriation directe de la terre par ceux qui la tra-
III. — LA LUTTE POUR LA TERRE
1) La destruction des latifundias, la libération réelle des indios et le réel anéantissement de la grosse propriété foncière en tant que système seront possibles à condition que le prolétariat se place à la tête des masses paysannes et petites bourgeoises citadines qui ont montré leur décision révolutionnaire. Cela veut dire que la direction du mou vement révolutionnaire revient histori quement au P.O.R. en tant qu'avantgarde proletarienne. Quant a la direction petite-bourgeoise, elle est intéres sée a freiner le mouvement paysan, a donner un sens étroit, bourgeois, à la réforme agraire. Le P.O.R. parle de revolution agraire dans la mesure où il reconnait le rôle décisif à l'action des masses et lie de manière vitalé cette action au problème de la Révolution bolivienne elle-même.
2) Parallèlement à cette action, l'alliance des prolétaires et des paysans a tendance à se projeter sur le plan étatique, c'est-à-dire à constituer le gouvernement ouvrier et paysan. La constitution d'un tel gouvernement n'écarte pas en principe la participation du parti petit-bourgeois, ou d'une fraction de celui-ci. Pour le moment et aussi longtemps que règne l'illusion de l'unité du M.N.R., une telle perspective doit être écartée. Cependant, compte tenu des caractéristiques de l'« aile gauche » et de son mouvement d'oscillation de droite à gauche et vice-versa, le P.O.R. s'ef foreera d'aider l'évolution de cette aile vers la constitution du gouvernement ouvrier et paysan.
3) Dans ces conditions, la lutte pour la terre menée par les masses paysannes, ainsi que ja nécessité de détruire effectivement les latifundias, se trouvent subordonnées à la question du pouvoir. Seul le gouvernement ouvrier et paysan pourra donner satisfaction aux aspira 40
ERNATIONALE vaillent. Le mot d'ordre « occupez les terres » s'incarne impérieusement dans l'élan spontané des masses face a la politique hésitante du gouvernement dans ce domaine. Le récent Congrès du
M.N.R. est loin d'avoir donné une orientation révolutionnaire en ce qui .concerne la réforme agraire. Il est regrettable que son « aile gauche » se soit compromise dans une telle attitude entachée d'un caractère réactionnaire. Ce pendant, le P.O.R. s'efforcera que cette aile gauche du M.N.R. prenne dans le cours de la révolution une position en faveur des masses exploitées.
6) L'occupation des terres est valable, juste et actuelle. Elle se réalise déja grâce au puissant élan des masses, et ce par-dessus toute direction politique. C'est ce qui s'est passé à Pojo, à Torotoro, à Cliza (Cochabamba) et dans certaines régions du département de La Paz. Le P.OR. n'a pas participé aux initiatives de telles mesures, bien que celles-ci soient entièrement conformes à programme. Aussi, ses militants sont appelés à y jouer le rôle d'avantgarde qui leur est dévolu. ET LA QUESTION DU POUVOIR tions des masses. La lutte pour la terre acquerra le caractère classique de la guerre paysanne soulèvement armé des masses et cecupation des. terres. Pour que les paysans puissent consolider leurs propres conquêtes, ils se trouveront dans la nécessité d'accorder leur soutien au prolétariat au pouvoir. Pour le P.O.R., la réalisation et la défense des tâches démocratiques bourgeoises s'effectuent dans le courant de leur transformation tâches anticapitalistes. La nationalisation de la terre poso la perspective suivante : le gouvernement ouvrier et paysan oriente l'économie dans son ensemble vers l'abolition de la propriété privée. Dans la présente étape, plus que par le passé, on ne peut poser le mot d'ordre de l'occupation des terres de façon isolée et autonome par rapport au problème du pouvoir. L'acuité de l'action des masses obligera cellesci a se poser immédiatement la question : quelle classe gouvernera le pays?
4) La liaison étroite entre les revendications immédiates et la question du futur gouvernement ouvrier et paysan se reflète en ce qui concerne le domaine organisationnel dans le caractère sui generis que prennent les syndicats paysans. En réalité il ne s'agit pas de syndicats au striet sens du terme, mais de larges organisations de masse qui exercent les fonctions de pouvoir politique et qui, pour les paysans, tendent à devenir la seule autorité. Ainsi, dans les campagnes, en raison des fonctions délibératives et exécutives de ces syndicats, on voit se développer progressiment les éléments de la dualité du pouvoir. Le P.O.R., loin de combattre ces organisations des masses, comme le font certaines organisations gouvernementales, travaille dans leur sein et tâche de les transformer en véritables Conseils pouvant devenir des organes de pouvoir.
IV. — LES CONDITIONS DE LA VICTOIRE
1) Le passage de la propagande sur un mot d'ordre à la réalisation de celuici est subordonné aux conditions favorables pour la victoire. Dans la ques tion paysanne, le fond réside dans la contradiction entre la maturité objective de la mobilisation des masses et relative faiblesse de l'avant-garde révolutionnaire, qui n'a pas permis de surmonter les caractéristiques négatives de la paysannerie. La tâche du moment c'est de regrouper politiquement les couches les plus avancées de la paysannerie et de réussir à ce que l'avantgarde du prolétariat pénètre effectivement au sein des masses paysannes, au lieu de les isoler ou de les freiner au service d'intérêt étrangers à ceux des exploites.
2) Il faut adopter des règles d'organisation permettant de surmonter la con tradiction mentionnée ci-dessus. Il faut donner un contenu politique homogène à l'action des masses paysannes et que cette action s'harmonise avec celle du prolétariat.
V. - CONTRE
1) Les organisations de masse sont l'expression du front unique de classe. Cela présuppose la coexistence de diverses tendances politiques dans la plus ample démocratie syndicale. C'est cela que réside la puissance et l'unité d'action. La constitution de syndicats « purs » selon un critère de parti équivaudrait à porter le plus grand préjudice aux exploités, et de tels syndicats seraient voués à la mort. La liberte d'action des secteurs politiques à l'intérieur des syndicats est un droit élémentaire auquel les révolutionnaires ne sauraient renoncer. Plus encore, si l'on faisait échec à ces droits de propagande, d'éducation révolutionnaire des masses et de liberté d'action, il n'en résulterait que la scission.
2) Le P.O.R. lutte contre le secta. riste, contre la division syndicale, contre les persécutions des exploités pour leurs: idées politiques, contre la bureaucratisation des cadres dirigeants, et pour une véritable démocratie syndicale. Le P.O.R. agit dans les organisations de masses en raison du droit que lui a accordé sa condition de parti révolu-
3) Le P.O.R. énonce les conditions nécessaires et immédiates suivantes pour la victoire des masses paysannes :
a) L'unification du mouvement pay san à l'échelle nationale, en le dotant d'une direction unique. b) L'alliance effective de ce mouvement avec le mouvement prolétarien, les organisations prolétariennes se mobilisant pour la réalisation des aspirations des masses paysannes, condition préalable à la propre émancipation du prolétariat. Les centrales ouvrières doivent être l'expression réelle de cette alliance. c) La lutte contre les tendances localistes dans la formulation et la solution des problemes concernant les paysans. C'est seulement ainsi qu'on pourra éviter des aventures qui taciliteraient une répression à l'égard des cadres paysans. d) L'edification a l'échelle nationale de l'organisation pay sanne en vue de la tenue d'un grand congrès paysan qui fixera les buts de cette classe. LE SECTARISME tionnaire éprouvé, et il exige qu'on respecte la propagande et les idees, de tous les partis sur le pian syndical.
3) Il critique sévèrement la division de la Fédération Paysanne de Cochabamba réalisée par les autorités qui se sont appuyées sur des éléments discré dités en vue de créer une direction soumettant sans condition à leur vo lonté. Le P.O.R. dénonce cette manoeuvre comme relevant d'un sectarisme mortel.
4) En ce qui concerne le problème qui a été créé par la division imposée de la Fédération Paysanne de Cochabamba, le P.O.R. est d'avis que la solution doit être recherchée dans la formation d'un comité provisoire représentant toutes les tendances, chargé de convoquer un congrès régional d'où pourrait sortir une authentique direction révolutionnaire. Si le autorités tiennent à s'enfermer dans leur sectarisme, il faut que la légalité soit reconquise par l'action de la Fédération dirigée par Emile Chacon en tant que véritable représentant du mouve ment paysan lans cette région.
VI. - LE P.O.R. ET LES PLANS GOUVERNEMENTAUX
SUR LA REFORME AGRAIRE
Nous savons que le gouvernement essaie, par la constitution d'une commission pour la réforme agraire, d'étrangler le mouvement des masses paysannes et de sauver du naufrage une grande partie des privilèges féodaux.
Cependant, vu le caractère délibératif d'une telle commission, le P.O.R., qui est toujours étranger aux manœuvres polltiques du gouvernement, entrera dans la commission s'il y est invité. Il y déléguera un de ses membres afin d'y faire connaître les points de vue du parti et de montrer la voie révolutionnaire aux paysans. Car le P.O.R. ne cache pas son programme, il ie défend par tous les moyens.