Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 11, n° 2-4

Staline et le stalinisme

M. Pablo · Quatrième Internationale, vol. 11, n° 2-4 · février-avril 1953 · p. 20-24 · 4 635 mots

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La mort de Staline ouvre, en un sens, un nouveau chapitre dans l'histoire de

I'U.R.S.S. et du mouvement révolutionnaire international.

Quand il s'empara du pouvoir il y a quelque trente ans déjà, on aurait pu dire que ceci s'était passé effectivement

« avant même que les masses aient appris à distinguer son visage » parmi les autres leaders connus et imposés par la

Révolution d'Octobre. C'est depuis lors que personnalité rencontre conditions pour s'épanouir pleinement, se modeler et acquérir ses traits caractéristiques.

Chaque homme est une possibilite, une potentialité, un devenir. II dépend de felles ou telles circonstances qu'il s'accomplisse ou qu'il s'achemine vers sa fin sans jamais se réaliser. Les hommes d'action, les politiques, les stratèges, les révolutionnaires, jouent le rôle que les conditions objectives leur permettent et, dans un certain sens, leur imposent.

Dans ce sens, ils ne créent pas l'histoire.

ils l'expriment et la servent.

De ce point de vue, Staline est indiscutablement personnage historique ayant joué un rôle déterminé, qu'il s'agit d'apprécier afin de mieux comprendre les perspectives nouvelles ouvertes par sa mort.

Nous le ferons en nous plaçant du point de vue du proletariat révolutionnaire. Il n'y a pas d'obiectivité absolue en cette matière. L'angle sous lequel on examine et on apprécie un personnage historique donné, son rôle, son œuvre, dépend de la position de classe de l'observateur.

D'où la diversité des jugements Staline. Par exemple: « Chef, ami et père de tous les peuples », « Héros »,

Ange », ou « Satrape Asiatique », « figure la plus sinistre de l'Histoire », « Demon » - tout cela n'a de sens qu'en tenant compte de celui qui juge, du point de vue de classe qu'il représente.

Commençons par les appréciations de la bourgeoisie. Les sentiments de la bourgeoisie internationale à l'égard de Staline ne nous intéressent que comme un moyen auxiliaire pour souligner davantage notre propre point de vue sur l'homme et son œuvre.

Ce qui frappe dans les commentaires les les plus sérieux, les moins passionnés, les plus « objectifs » que les hommes de la bourgeoisie, . de la bourgeoisie européenne en particulier, politiciens et journalistes, ont consacrés à la mort de Staline, ce sont les louanges adressées à « sa modération », « sa prudence », « son conservatisme » même.

Certains organes bourgenie a'unt pas 20 hésité à rappeler ouvertement des actes contre-révolutionnaires éminents accomplis par Staline (1).

Par contre, dans les commentaires de la bourgeoisie américaine on a insisté surtout sur la « chance inespérée » of terte par la mort de Staline pour ebranler son « empire » et contribuer « sans guerre » à la dielocation de celui_ei.

Le double rôle de Staline est mis en lumière par ces commentaires contradictoires émis par les deux fractions de la bourgeoisie internationale : celle qui à la rigueur veut, pour le moment du moins, se contenter du statu quo et de la « coexistence pacifique », et celle qui est partisan du refoulement et de la stratégie offensive.

Mais passons à des appréciations plus sérieuses sur l'homme et son œuvre.

Elles proviennent d'auteurs qui ont eu un passé marxiste, et même un passé dass le mouvement communiste de la

Ille Internationale. Celles de B. Souvarine et d'Isaac Deutscher (2) nous paraissent de loin les plus importantes, les plus caractéristiques.

Elles se rejoignent du reste toutes deux sur un point fondamental: l'un et l'autre considèrent le stalinisme comme le produit organique du bolchevisme. Mais tandis que Souvarine trouve dans cette considération une raison pour rejeter à la fois le stalinisme et le bolchevisme comme un accident monstrueux rétrograde de l'Histoire, Isaac Deutscher, lui, voit en Staline « le créateur d'une nouvelle économie » et le pionnier de « nou venes techniques sociales », le « chef et le profiteur d'une revolution tragique. qui portait en elle-même sa contradiction, mais qui se revela creatrice ». ]] le compare a Cromwell, Robespierre Napoléon, Staline « malgré toutes ses limites et tous ses défauts — les limites d'un empiriste et les défauts d'un des. pote - considère Deutscher, laissera probablement dans l'histoire des traces plus profondes qu'aucun des chefs révolutionnaires français a laissées indivi. duellement ».

Les phases jacobine, thermidorienne et bonapartiste de la grande révolution française paraissent à Deutscher, en ce qui concerne le développement interne de la Révolution : russe, se combiner « d'une façon curieuse » dans le stalinisme.

Il admet par contre que « dans sa politique extérieure au cours de la deuxième guerre mondiale, le stalinisme victo-

(1) « Le Monde », éditorial du 7 mars 1953.

12) B. Souvarine, « Staline », Isola Deutscher, « Staline ».

UATRIEMEIN rieux utilise simplement les procédés de lancién régime tsariste » (3).

D'ou proviennent les faiblesses et les contradictions dans tous ces jugements sur Staline et le stalinisme?

Principalement de l'incapacité à saisir le curactère spécifique de la Révolution prolétarienne en géneral, et à comprendre les conditions réelles qui ont marque le développement de la Révolution russe de la Révolution prolétarienne vivante à notre époque.

La Révolution prolétarienne et socialiste par sa nature, ses buts, est une révolution consciente, consciemment dirigée par sa direction, pour atteindre ses buts. Elle consciente déjà dans sa préparation et sa naissance, par le rôle conscient préparatoire à la prise du pouvoir et lors de la prise du pouvoir jouent le Parti révolutionnaire du prolétariat et sa direction. Elle se développe ensuite consciemment vers le parachèvement de ses buts. Dans tout processus le rôle conscient de la direction, dominant consciemment les lois du développement objectif, est énorme. Ce caractère spécifique de la Révolution proletarienne dirigée par une direction consciente, la différencie déjà fondamentalement de toute autre révolution sociale du passé.

Deutscher juge Staline non comme un dirigeant conscient du prolétariat révolutionnaire mais comme un génie empirique, pratique, réaliste, qui a su tirer plus ou moins à chaque moment le meilleur parti des possibilites objectives. La réussite finale de Staline après chaque épreuve lui apparaît comme consacrant le caractère créateur et progressif de ce génie jugé globalement. Deutscher ne voit pas que l'empirisme de Staline avait de précises racines de classe et que, dans la mesure où il s'est exercé loin d'avoir épuisé les possibilités objectives et tiré effectivement d'elles le meilleur parti, il a au contraire aggravé le développement convulsif de I'U.R.S.S. et été le principal organisateur de tant de défaites et de crises que rien n'indiquait comme devant être inévitables (4). Ceci est valable par exemple aussi bien en ce qui concérne la façon dont se sont faites l'industriali-

(3) « Staline ». de Isaac Deutscher, dans l'introduction de l'édition française (N.R.F.).

• (4) Il n'est pas question pour nous de minimiser pour autant la valeur du livre de Isaac Deutscher. ni de contester son effort d'objectivité et la valeur de sa documentation.

Dans ses pages, l'auteur parle très souveni d'une maniere élogieuse du rôle, des idées. des pronostics de L. Trotsky. en contraste avee les vues bornées, l'empirisme de Staline et les falsifications historiques dont ce dernier s'est servi pour décrire Phistoire de la Revolution d'Octobre et de l'U.R.S.S.

En réalite la conclusion logique qu'Isanc Deutscher devrait tirer de son propre exposé des faits et des idées aurait été, a notre avis, de condamner le bilan global de l'activile de Staline comme ayant gaspillé les meilleures chances d'éviter l'isolement prolongé de PU:R.S.S. et la guerre de Hitler en suivant une autre politique. Mais ceite politique possible, celle de Trotsky précisément, allait a l'encontre des intérêts spécifiques de la bureaucratie soviétique dont Staline fut representant.

TERNAT IONALE sation et la collectivisation en U.R.S.S., que la manière de défendre celle-ci par la politique diplomatique des années 19391941 et suivantes.

Mais alors comment expliquer "U.R.S.S. s'industrialisa quand même, devint la deuxième puissance industrielle du monde, liquida effectivement les kou laks, concolida la collectivisation l'économie agricole, gagna la deuxième guerre mondiale, établit un « empire »? Ce bilan, en définitive positif malgré les appréhensions et les craintes émises à plusieurs reprises par ses adversaires. ne justifie-t-il pas Staline et sa politique ?

On pourrait tout d'abord objecter que ce bilan eût été bien davantage positif

June autre direction consciente et non empirique de TU.R.S.S. Deuxièmement que s'il y a eu quand même bilan positif, ceci est dû, malgré les fautes et les crimes commis par staline. a la superiorite, la vitalité et l'élasticité énor mes — qui ont dépassé les prévisions les plus optimistes émises à ce sujet — des nouvelles formes de production établies non par Staline, mais par la Révolution d'Octobre en U.R.S.S. Au fait aussi que ces nouvelles formes ont bénéficié de la crise plus grave qu'on ne l'avait pensé di régime capitaliste.

Le point où il faut dans une certaine mesure donner raison à Deutscher nous semble être le suivant: Staline a exercé jusquau bout son rôle bonapartiste sur la base sociale de la Révolution d'Octobre.

Ceci nous ramène à approfondir Pen. semble des conditions qui ont porté Staline au pouvoir et favorisé le développement du stalinisme, afin de mieux comprendre Tun et l'autre.

Ces conditions c'est Léon Trotsky luimême qui jusqu'a présent les a le mieux analysées. Utilisant la méthode dialectique marxiste appliquée au processus concret de la Révolution russe, de la première révolution prolétarienne, de la révolution vivante à notre époque, Léon Trotsky a expliqué les phénomènes politiques importants de cette Révolution en les rattachant à leur base sociale. Il a mis ainsi en lumière la différenciation sociale qui a eu lieu au sein du prolétariat et de la société russes après prise du pouvoir, aboutissant à la création d'une nouvelle couche sociale, nature spécifique, de la bureaucratie soviétique avec des intérêts spécifiques.

Il a indiqué les raisons à la fois historiques et sociales de l'apparition, du développement et du triomphe politique de cette bureaucratie. Les raisons historiques se confondent avec les conditions particulières dans lesquelles se déroula la longue et dure guerre civile en u.a. S.S., qui extermina une grande partie de l'avant-garde révolutionnaire, fatigua et epulsa une autre partie, avec aussi line vitable bureaucratisation d'une partie de l'avant-garde absorbée l'appareil administralif du pouvoir révopar lutionnaire, introduisant automatique ment — comme l'avait expliqué Rakovsky - un élément de différenciation sociale d'avec la masse du prolétariat, les

Q U ATRIEME IN T mœurs et la mentalité des militants du

Parti avant la prise du pouvoir.

Beaucoup plus déterminantes du développement et surtout du triomphe de la bureaucratie, les raisons sociales tenaient au très bas niveau économique et culturel de l'U.R.S.S. et à son isolement prolongé au milieu d'un monde capitaliste hostile et d'un mouvement ouvrier international subissant défaite sur dé*Quiconque ne saisit pas les conditione faite. de la naissance et de la montée de cette nouvelle couche sociale spécifique, la bureaucratie soviétique, et ne rattache pas le phénomène politique du stalinisme à cette base sociale, est fatalement voué à la désorientation complète sur cette question.

Ni Souvarine, ni Deutscher n'y échappent.

Deutscher par exemple parle de Staline et du stalinisme comme s'il s'agissait d'une personne et d'une politique -à l'exemple des grandes révolutions bourgeoises des XVII et XVIII siècles en Angleterre el en France - d'une seule et même classe sociale, à l'intérieur d'une seule et même classe sociale. Staline lui apparait un des leaders de la direction prolétarienne communiste — le plus cruel mais aussi le plus réaliste -et le stalinisme « le bolchevisme isolé » avant l'irruption internationale de la Révolution. L'action de la bureaucratie so viétique en tant oue couche sociale spécifique lui échappe, de la même manière exemple que la social-démocratie échappe à d'autres en tant que phénomène spécifique ayant une raison sociale de classe spécifique, l'aristocratie vrière distincte de la masse du proléta-

Staline fut créé en tant que tel par la bureaucratie sovietique montante, qui a accédé au pouvoir polifique en en expropriant le prolétariat.

Le stalinisme est la politique de la bureaucratie soviétique déterminée par ses intérêts spécifiques, exprimant sa nature spécifique, et projetée au dehors de I'U.R.S.S. sur une partie du mouvement ouvrier international à travers l'inféodation des directions des Partis communistes au Kremlin.

Les caractéristiques de Staline, sa manière de lutter contre ses adversaires, d'agir et de penser, inimaginables en lant que telles pour un dirigeant du prolétariat révolutionnaire, s'expliquent beaucoup plus aisément quand on les envisage comme celies du représentant d'une bureaucratie, d'une bureaucratie donnée, de la bureaucratie soviétique.

Le despotisme, la ruse, la cruauté, ia tenacité, l'empirisme, l'opportunisme de Staline ont moins de rapport avec une mystique queleonque de « l'âme slave » ou avec l'élément « oriental, semi-asiatique et asiatigue » et les traditions tzaristes propres à la « Sainte-Russie » de toujours, qu'avec les méthodes de lutte et de pensée d'une bureaucratie renfermant des contradictions aussi explosives que celles de la bureaacratie soviétique. S'il en était autremert on aimerait sa. voir comment expliquer les fascismes 22

ERNATIONALE italien et allemand, purs produits de l'Occident « civilisé », qui ont employé des méthodes barbares symétriques à celles de stalinisme ;ou encore les procédés de l'impérialismo américain dans sa guerre contre le Japon et actuellement en Corée. Ou encore faudrait-il faire un petit effort et imaginer les pro cédés de ce même impérialisme en , cas de guerre civile aux Etats-Unis ou d'une crise grave mettant en danger son pou voir dans ce pays.

Les traditions et l'ambiance nationales confèrent souvent les formes, mais le contenu est rempli par les forces vivantes du présent.

Le despotisme de Staline exprima la dictature de la bur aucratie soviétique sur l'ensemble de la cociété soviétique.

Il devait être d'une extrême rigueur. tellement était flagrante, insupportable l'usurpation du pouvoir aux masses, et tellement était et reste en réalité pré caire la position sociale de la bureaucratie prise entre le nrolétariat et l'impérialisme.

La ruse, l'empirisme, l'opportunisme de Staline sont les armes de ceux qui doivent faire de la politique, à défaut d'une politique principieile, d'un programme. d'une ligne. Assis sur une base sociale non autonome, balancés entre des courants contradictoires, sans perspectives et sans avenir, ils font une politique « au jour le jour ». avec des virages brus ques, quand, fouettés par des forees qu'ils ne dominent guère, ils découvrent à deux pas d'eux, dans leur course folle et aveugle, les précipices.

La cruauté extrême est le refuge des despotes pris de panique ou de rage do. vant la résistance accrue des masses et le danger de leur chute. Staline d'avait pas prevu ou souhaite même, ni en 1924 ni en 1927, les massacres de toute la vieille garde du Parti communiste russe et de la Révolution d'Octobre, auxquels il se livra dans les années 1936-1938.

Devant l'opposition montante des masses en U.R.S.S., qui était favorisée par les progrès économiques et culturels, et l'imminence de la guerre, Staline decima tous les eléments canables soit de cristalliser le mécontentement des masses, soit de profiter des difficultés futures pour le renverser.

Sa ténacité, sa fermeté, sa vigueur de « Chef » ont fait !admiration ou la crainte de la bourgeoi.ie. Elle lui a reconnu des qualités qu'elle-même ne possède guère.

Staline fut le représentant d'une caste sociale parasitaire cer es, mais qui suce la sève d'un arore seme et vigoureux. la bureaucratie soviétique gérant l'économie et ie pouvoir du premier Etat ouvrier. Face à l'occident capitaliste décadent, il représentait l'élan du barbare, mais qui s'appuyait sur un ordre social nouveau.

Faut-il en conclure que Staline fut une figure impersonnelle, la somme impersonnelle et passive des caractéristiques de la machine bureaucratique qui l'a créé et développé, le visage général et abstrait, sans physionomie propre, de la bureaucratie ?

Q ATRIEME IN T

Léon Trotsky, qui na cependant pas vécu la deuxième guerre mondiale et le nouvel apres-guerre, mais a écrit son « Staline » sous la pression intolérable des crimes abominables de Staline lors des procès et de l'extermination de la vieille garde, c'est-à-dire à l'apogée de la réaction thermidorienne, parle dans l'introduction inachevée de son livre « des qualités spéciales et exceptionnelles de Staline. « Mais ce n'étaient pas celles penseur, ajoute-t-il, ni de l'écrivain, ni de l'orateur » (5).

C'étaient celles de homme qui connaissait bien à fond le milieu de l'appareil de son Parti, de ses hommes, et qui a su l'utiliser à ses fins pour s'emparer du pouvoir. Une tois installé au pouvoir, Staline sut perfectiorner son rôle plus spécial de Bonparte au sein de la bu reaucratie smetique.

Celle-ci, produit de contradictions sociales multiples (6) joue dans son ensemble au sein de la société soviétique un rôle bonapartiste, s'élevant au-dessus des masses travailleuses de l'U.R.S.S. et profitant de l'équilibre entre le prolétariat international et l'impérialisme. Hétérogène, pleine de contradictions inté neures, elle comporte en elle-même une structure bonapartiste qui va de sa base au sommet.

Staline, chef des « chefs » était deve. nu le super-arbitre de la bureaucratie, le Bonaparte par excellence. Pour maintenir à cette fonction il dut se créer la force et le prestige nécessaires. l'un ni l'autre ne sont le produit exclu-

(5) La machine bureaucratique a crép la legende de Staline a penseur ». « théoricien » ‹ classique du marxisme » dans la lignée de Marx. Engels. Lénine.

La senle pièce de littérature marxiste valable pobliée par Staline est « La question natonale et coloniale » écrite en 1913 avec Paide et sous la supervision de Lénine мao-1se-Tung v ajoute « Les questions du leninisme » et, bien sûr. le dernier ouvrage sne: « bes problèmes économiques du socilisme ». (a La grande amitié ». article Mao-Ise-Tung dans le journal Jeng Ming Ji Pao, de Pékin du 12 mars 1953)

'Le premier écrit en 1924 codifie d'une maniere pédante el simpliste le riche enseignement dialectique de Lénine. Quant an second ouvrage, l'étude du camarade Germain montre fond «théorique » et « marxíste » réel.

1l y aurait place pour toute une étade sur Preuvre littéraire et théorique de Staline tant qu'expression de la curiense mixture de byzantinisme, de scholastique d'empirisme et d'apportunisme vulgaire qui traverse d'un bout A l'autre la pensée de la bureaucratie

Quant à Part de la pius flagrante falsifiention des événements el des textes, « Illisloire di Parti commiste musse ». autre oivre de Staline, en restera un monument i Jamais dépassé.

(6) « la bureaueratie soviétique est le produi de contradietions sociales • entre la ville et la campagne, entre le prolétarial et la paysannerie (ces deux genres de contradictions ne coincident pas), entre les répubiiques nationales et leurs subdivisions, entre les divers groupes de la paysannerie, entre les diverses conches du prolétariat, entre les divers groupes de consommateurs. enfin entre l'Etat soviétique dans son ensemble et son encerclement capitaliste. » (1.. Trotsky. « L'Etat ouvrier, thermidor et bonapartisme 22.

ERNATIONALE sif du simple fonctionnement de la machine bureaucratique qui, de toute manière, a besoin d'un « Chef » incontes. table. Il fallait en pius, des conditions ,historiques favorables, des dons personnels, et du temps.

stanne, le Bonaparte, a pu jouer son rôle spécifique grâce aux conditions historiques qui entre les deux guerres ont favorisé la bureaucratie = soviétique ; grâce à son passé et à son prestige de vieux bolchevik, à connaissance l'appareil du Parti, à sa ténacité, à sa volonté, à son manque de scrupues. grâce aussi aux longues années que l'Histoire lui a concédées pour se former et se consolider relativement

Staline n'était pas simplement le chef formel de la bureaucratie soviétique et de son noyau dirigeant, l'incarnation de son unité, la conscience et le prestige collectifs de la bureaucratie. Il possédait une force réelle grâce à un appareil personnel composé d'hommes de confiance à lui placés à tous Les postes-clés du Parti, du Gouvernement, de la Police, de l'Armée.

Grâce à cet appareil personnel, directement lié à lui, « secret et omnipotent, au-dessus de tous les pouvoirs », comme le remarque à ce sujet avec justesse B. Souvarine (7), il contrôlait et dominait chacun des autres membres de la direction de la bureaucratie soviétique pris séparément.

Ce sont cette force et ce prestige personnels réels, créés grâce à des condi_ tions objectives favorables d'une longue carrière, qui permirent à Staline de jouer son role de super-arbitre incontestable et d'élément unificateur et stabilisateur de la bureaucratie.

Cette fonction spécifique ne peut pas être remplie actuellement du jour au lendemain par aucun de ses successeurs. Elle ne pourra pas être remplie d'une manière identique, même dans des délais plus longs. Et ceci pour la raison principale suivante: les conditions historiques objectives qui ont favorisé l'ascension de la bureaucratie et le règne de Staline ont fondamentalement changé depuis la deuxième guerre.

L'équilibre sur lequel reposait la bureaucratie soviét.que et le pouvoir bonapartiste de Staline est rompu sur tous les plans, intérieur et extérieur ; dans le domaine des rapports de la bureaucratie soviétique avec les masses du pays, avec les masses internationales également, dans le domaine des rapports entre les masses, l'impérialisme et la bureaucratie même.

La bureancratie soviétique se trouve prise actuellement eatre la pression of fensive de l'imperialiome coalisé dirigé par Washington et la pression qu'excer cent de plus en olus fortement sur elle la formidable montée de la Révolution internationale et l'opposition renforcée des masses soviétiques à son régime policier, sur la base des progrès éconoraiques et culturels accomplis en U.R.S.S

Ce dernier facteur n'est pas d'importance minime. Trotsky a toujours sou-

(7) Le Figaro, 7 mars 1953.

Q UA TRIEME IN tenu que le développement économique et culturel le "U.R.3.S., tout en profitant pendant une pretière période davantage à la bureaucratie qu'aux masses mêmes se retournera inevitabiement contre le régime politique, poncier et bureaucratique.

L/U.R.S.S. n'a régressé ni économique ment ni cuitureliement, malgré la ges tion bureaucratique de l'économie et de l'Etat, et malgré a guerre. La marge des possibilités, de viabilité, de vigueur du régime social issu de a Révolution d'octobre s'est avérée énorme. Economiquement et socialement ie régime est actuel. lement plus fort, plus solidement ciné qu'avant la zuerre. La rupture de l'encerelement impérialiste, crise aggravee ilu capitalisme, ont puissamment contribué à le renforcer et non à l'affaiblir.

Dans « la Révoluiion Trahie », Trotsky s'interrogeait sur l'avenir de l'UR S.S. dans la décade 1036-1946 qu'il considérait, à juste titre, comme critique, en constatant l'amp'eur de l'action thermidorienne du noyau dirigeant de la bureaucratie et l'approche menaçante de la guerre.

Si on examine la situation actuelle de la bureaucratie soviétique sur la base des effets globaux de l'évolution propre de l'U.R.S.S. et de l'évorution de la situation internationale (8), il n'est pas hasardeux de la résumer comme suit: l'équilibre de la pureaucratie soviétique dens son ensemble devieni de plus en plus précaire au sein le ia société soviétique ; au sein de la bure meratie soviétique même l'aile restaurationniste désirant dé nationaliser et déplanifier l'économie est en recul par rapport à l'aile bonapartiste proprement dite qui s'appuie sur les bases sociales du regine issi de la Révolution d'octobre.

Deux conciusions importantes se dégagent de cette constatation: le noyau bonapartiste Cirigeant un la bureaucratie peut compter sur une hase plus large que par le passé au sein de la bureaucratie, mais plus restreinte an sein des masses.

C'est ce lernier farceur qui compte essentiellement en re aui concerne l'avenir des successeurs de Staline. Nous parlons deg successeurs et non d'un successeur, car l'ensemble des conditions historiques qui ont favorisé le régne de Staline est irrémédiablement réve.a.

De ce point de vue, Staline fut unique et sera irrempla sable imssi bien dans sa fonction de super-arbore inviolable que comme élément stabi.isateur et unificateur de la burezucratie Sa disparition libère dans un certain sens les tendances centrifuges qui traversent la bureauerace sevietique et les d.rections des Por. tis communistes inféodés ou liés Kremlin. Clle rendra toute la situation dans bureaucratie stalinienne plus fluide, plus mouvante : elle accélérera sa crise et les diff: onciations.

Des observat hirs autres que nous aperçoivent Jéjà que, dans un certain sens, le stal'nisme était mort avant la

(8) Celle-ci étant caractérisée par la montée de la Révolution internationale et la erise aggravée du capitalisme. 24.

TERNATIONALE mort de Staline, lis aperçoivent, quoique confusément, que la Ivnamique de la situstioninternationale nourrie par crise du capital sme et la montée de la Revolution internationale a entrepris de démolir, pierre par pierre l'échafaudage « théorique » du stanisme: la « théorie du socialisme dans un seul pays », le schéma des révilutions et des régimes non proleta.iens colles par la soi-disant « Democratie populaire ». la « coexis tence pacifique ». Ils apercoivent quel coup mortel fut pour le stalinisme en général et pour Staine personnellement la victoire imprevue, non désirée, Mao Tsé '[ung ,ui, lui-même, fut forcé de lutter pour le pouvoir sous la pres sion des mosses paynannes révolution naires (8).

Naturellement il ne faut pas dès la disparition de Staline s'empresser conclure que le desar oi et la crise de la bureaucratie stalinien: e provoqueront des résultats désisifs mmédiats. Staline est mort, nais le sort définitif du stalinisme est lé à ces victoires encore plus importantes de la Frolution sur l'imperialisme.

Sur les resuitas immédiats de la suecession de Staline à la tête de la bureaucratie soviétiqe nous ne pouvons pour le moment que conjecturer.

Les premières réaciens du noyau bonapartiste de in bu saucratie indiquent qu'il ne s'attendait pas à une disparition aussi subite de con cuef ; qu'il s'en est senti désorienté, menacé de droite et gauche, et qu'il a reagi en procédant à une concen cation extrême du pouvoir aux mains d'une équipe composée en majorité d'anciens.

La concen ation du pouvoir annulant arbitrairement ies décisions si récentes du 19e Congrès du P.c. de rU.R.S.S., se manifeste aussi bien dans la création du « Présidium du Conseil des ministres ». véritable « "almet de guerre » réunis sant Malenitov. Beria. Molotov, Boulganine et Kagaanvitch, lous les cinq des anciens, que dans le nouveau « Présidium du Comité Central » de dix mambres titulaires et qua* e suppléants au lieu des vingt-cing titula res ei lix suppléants du Présidium élu pai le 19º Congrès (10).

Dans les deux Présidiums une équipe plus restreinte de trois membres s'y distingue : Malenkov, Beria, Molotov.

On remarquera la promotion de Beria à la deuxième place, au lieu de la quatrième qu'il occupait du vivant de Staline. (Staline, Molotov, Malenkov, Beria.). L'occupe-t-il avec l'assentiment volontaire de Molotov et de tous les autres membres de l'équipe dirigeante, ou l'a-t-il, en alliance avec Malenkov, imposée aux autres (ainsi que celle de Malenkov) ?

Malenkov est proposé au rôle de successeur formel de -Staline, chef des « chefs » Mais il est loin de remplir la même fonction. Il s'appuie sur une équipe dont chaque membre est à la tête d'un service et d'une force autonomes (Beria, de la police; Boulganine, de l'armée ; Molotov, des Affaires étrangères) et ne possède ni force ni prestige personnel propre. Les rapports de force entre lui et l'équipe qui le porte sont exactement le contraire de ceux qui existaient entre Staline et ses coéquipiers. Il n'est encore qu'un candidat à la succession réelle de Staline. II risque fort de ne rester que cela.

Le 10 mars 1953.

(9) Dans un article publié le 6 mars 1953 lans le Manchester Guardian l. Deutscher. pres avotr souligné que Staline avait on le rôle de frein plutôt que de moteur de la Révolution internationale. et auralt ete compiètement surpris par la victoire de Mao-TséTung à qui il avait toujours recommandé de s'entendre avec le Kuomintang. considère que tous les elforts de Staline visaient à mainte nir la révolution « dans un seul pays ». Mais Staline, remarque Deutscher, n'avait pas prévn à quel point la victoire sur l'Allemagne et le Japon obligerail le kremlin à sortir du vieux cadre dans lequel il aurait voulu se consotider. En ce sens, « le stalinisme, affirme Deutscher, était mort bien avant Staline ».

(10) L'ancien Politburean, supprimé par le 19. Congres du P.C., se trouve ainsi ressuscité.

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