On ne saurait minimiser l'importance historique du premier plan quinquennal chinois qui débute cette année, bien que le pays mène en Corée la guerre contre l'impérialisme mondial coalisé.
Malgré la modestie des pourcentages à atteindre, par comparaison avec les niveaux réalisés en 1952, le plan marque pour la première fois dans l'histoire millénaire de la Chine l'impétueux développement de ses forces productives, jusqu'ici plutôt stagnantes, qui transformera de fond en comble cet immense pays.
Il ne faut pas oublier que la production industrielle représentait à peine 10 % du revenu national. La Chine est lancée dans la voie de l'industrialisation à une allure qui dépasse celle suivie jadis, durant sa première décade, par YU.R.S.S. : 20 % d'une année à l'autre pour toute la prochaine période ouverte par le plan.
Trois ans et demi a peine apres la victoire de Mao Tsé-Tung, la Chine populaire s'engage dans la voie de la planification de l'économie dont l'Etat détient déja les positions-clés : 80 % de l'industrie lourde, 40-50 % de l'industrie 6 légère, 90 % du commerce extérieur, 95 % du crédit. Et 70 % du commerce agricole s'opèrent par les coopératives.
Pendant ces trois dernières années la production industrielle a plus doublé, dépassant le maximum atteint avant la Révolution. D'autre part, la production de grain dépasse de 9% les chiffres les plus élevés d'avant-guerre.
La Chime s'est suffie à elle-même pour la première fois en ce qui concerne la production de riz ; elle a obtenu en 1952 des récoltes exceptionnelles de coton, de sucre, de tabac et d'autres denrées qui étaient auparavant importées.
Les matières premières nécessaires à l'industrialisation du pays sont abondantes, jusqu'ici exploitées et explorées seulement en partie : minerais de fer, pétrole, divers métaux non terreux.
La main-d'œuvre est plus suffisante. Le seul problème grave dans ce domaine reste celui de la spécialisation et des cadres techniques. | Le plan prévoit la formation, jusqu'à sa fin, de deux millions et demi de techniciens, professeurs et personnel qualifié, ce qui équivaut au chiffre actuel du prolétariat industriel
Quant à l'accumulation de capital nécessaire à la réalisation du plan, plusieurs moyens sont mis en action à la fois : apport de PU.R.S.S. et des autres « démocraties populaires » en équipement industriel contre l'exportation de produits agricoles et de matières premières ; réorganisation des systèmes des ressources étatiques, qui augmenteront au fur et à mesure qu'augmenteront le domaine étatique dans l'ensemble de l'économie du pays et l'essor général de celle-ci; économies résultant de la lutte contre le gaspillage et le bureaucratisme ; rationalisation de la production.
L'accumulation intérieure à travers de multiples interventions de 1 Etat reste la principale base des capitaux pour la réalisation du plan.
Géographiquement, la base essentielle pour l'industrialisation du pays reste la région nord-est de la Mandchourie qui fournit la moitié de la production industrielle de la Chine. Cependant le plan prévoit un encouragement à toute industrie locale, en raison de l'accroissement des besoins et du pouvoir d'achat des paysans, et des mesures spéciales très considérables en vue d'implanter des installations industrielles lourdes dans le nord-ouest et le sud-ouest, notamment dans le Setchouen, et même le Sinkiang, où l'on procède systématiquement à la mise en exploitation de nouvelles sources de matières premières.
« De nouveaux complexes industriels modernes sont en construction dans le nord-ouest afin de faire de cette région un des bastions industriels de la Chine. » (Daily News, 24 novembre 1952).
Le plan prévoit des installations industrielles ultramodernes, et c'est là encore un exemple de développement combiné de la Chine neuvelle qui ne traverse pas le même cycle d'expérience que l'U.R.S.S. après la Révolution, mais commence dès le début à un niveau supérieur. A côté des pies et des pelles maniés par vingt millions de paysans employés aux travaux de terrassement et d'irrigation, des charrettes souvent tirées à la main, des vieux métiers à tisser encore en action dans plusieurs usines de Shanghai, voici la nouvelle usine de tissage de toile de Harbin (au centre de la région où on cultive le lin) presque entièrement automatique.
A la nouvelle houillère de Fushin, la chaufferie est contrôlée électriquement. Dans les mines de charbon de Tatang on utilise des pies automatiques, des wagonnets mécaniques, des foreuses pneumatiques.
La Chine construira déjà cette année des rails d'acier, « des grandes turbines à vapeur, des locomotives Diesel de grande vitesse, des machines modernes pour le traitement du minéral, des machines-outils de précision et des grues de grande puissance. » (Daily News, 25 janvier 53).
Les conditions politiques et sociales qui ont permis l'éiaboration du plan et qui permettront sa réalisation sont celles d'un pouvoir de fait du prolétariat allié aux couches pauvres de la population.
Un soi-disant régime intermédiaire entre le capitalisme et la dictature du prolétariat, dirigé par une coalition « démocratique » du prolétariat, de la paysannerie pauvre, de la petite bourgeoisie citadine et même de la bourgeoisie nationale « libérale », qui fut longtemps le but et la perspective de la politique stalinienne en Chine, a déja vécu avant même de naître. Les dirigeants chinois sont obligés de parler de plus en plus de « la Chine s'engageant déjà dans la voie du socialisme » et reconnaissent en réalité dans les faits que leur régime est apparenté à la dictature du prolétariat résolvant à la fois les tâches démocratiques-bourgeoises de la Révolution et entamant déjà les tâches socialistes proprement dites.
Cependant cette dictature de fait du prolétariat est fortement entachée de « déformations bureaucratiques » qui tiennent à la fois à l'éducation stalinienne de la direction du Parti Communiste chinois et au caractère économiquement et culturellement très arriéré du pays. On est encore loin d'un Etat où la classe cuvrière et ses alliés, les masses pauvres du pays, exercent effectivement le pouvoir à travers des comités démocratiques, d'une Assemblée nationale démocra tique, de syndicats démocratiques. Tout est dirigé et contrôlé en réalité par le
P.C. chinois. Grâce à une combinaison de pratiques qui tiennent à la fois aux traditions du pays et à l'héritage de la bureaucratie soviétique, la direction chinoise s'elforce de rééduquer les masses et de forger un appareil étatique nouveau capable de réaliser les tâches résultant du programme d'industrialisation du pays.
Dans la première moitié de 1952 une grande campagne contre le Wu Fan -les cing vices (tricher dans un contrat, soudoyer les employés gouvernementaux, mentir devant l'impôt, voler les biens du gouvernement et voler les informations golivernementales dans un but de spéculation personnelle) - fut menée dans toutes les entreprises industrielles et commreiales. Dans le même temps le San Fan (campagne contre la corruption, le gaspillage et la bureaucratie) se dercula dans tous les services gouvernementaux.
Mais déjà en 1951 une autre campagne pour l'élimination des contre-révolutionnaires avait préparé le terrain en ressuscitant en quelque sorte la guerre civile contre les résidus des anciennes classes, surtout dans les campagnes, et en brisant d'avance leur opposition aux nouvelles tâches résultant de la « marche du pays vers le socialisme ».
Les marxistes révolutionnaires n'auraient rien à reprocher à toutes ces mesures si elles étaient effectivement dirigées exclusivement contre la réaction, et réalisées par l'activité révolutionnaire des masses démocratiquement organisées. Mais ceci n'est pas exactement le cas. Dans la campagne d'élimination des contrerévolutionnaires, la direction du P.C. chinois a inclus tous les adversaires politiques marxistes révolutionnaires de jadis, et n'a pas du tout favorisé la véritable organisation démocratique des masses.
La convocation pour cette année d'un Congrès populaire pan-chinois, congres populaires locaux, ainsi que l'élaboration d'une Constitution nationale, sont naturellement des pas progressifs qui vont en partie dans ce sens, mais qui perpétuent des pratiques staliniennes dans la mesure où elles n'établissent qu'une participation démocratique formelle des masses dans le contrôle et la gestien du peuvoir et de l'économie.
Niais le sort de la Révolution chinoise, malgré ces handicaps, n'est pas encore scellé. Les conditions historiques générales sont tout autres que celles qui ont favorisé la bureaucratisation monstrueuse du pouvoir prolétarien en U.R.S.S. La Chine ne répétera pas la voie russe. Elle entreprend l'étatisation et la planification de son économie dans des conditions infiniment plus favorables, et avec un dynamisme dès le début plus grand. Elle baigne dans un monde qui connaît une fermentation révolutionnaire sans précédent, celle de l'expansion internationale de la Révolution prolétarienne.
Saluons le premier plan quinquennal de la nouvelle Chine, qui marque la marche en avant de la Révolution chinoise, avant-garde de la Révolution coloniale, bientôt de la révolution dans toute l'Asie petentiellement déjà perdue tout entière pour l'impérialisme.
C'est là un achèvement colossal de la Révelution scellant sa victoire finale mondiale, désormais inéluctable.