Dens l'abondante production idéologique des dirigeants communistes yougoslaves, Trotsky et le frotskysme viennent d'avoir l'honneur de deux mentions. C'est Milovan Djilas qui en est l'auteur, et elles valent la peino d'être tronsmises à la postérité. Les voici :
* Le fait que Trotsky en ait parlé (de la bureaucratie soviétique) comme d'une caste ne signifie point que nous sommes d'accord aver lui. Son analyse comme ses conclusions diffè rent absolument roye a ue los demnits superficiels et le des nôtres, critique n'était pas marxiste, au fond. car elle expli quait un processus objectif par l'action de bonnes ou méchantes personnes, et non point ces personnes par le processus objectif. Trot sky lui-même n'a été qu'une variante, bureaucratique-aventuriste, du processus russe. En tout cas, il n'aurait pas pu ne pas l'être : au lieu de la victoire de la bureaucratie dans un seul pays, il représentait la conception de la réalisation de la bureaucratie mondiale (révo lution mondiale) par les victoires de I'U.R.S.S sur le monde extérieur. Ce n'est pas un hasard si les conceptions de Staline - aujourd'hui qu'il est passé à la politique de conquête mondiale - ressemblent de plus en pius aux conceptions trotskystes, et si les divergences entre trotskystes ef stalinistes, en ce qui concerne les questions essentielles, sont de plus plus insignifiantes. » Questions actuelle. en du Socialisme, n° 12, juin-juillet 1952, pp. 3031.)
« Staline s'est transformé, au cours de l'évo. lution objective de l'U.R.S.S., qui partit de: germes du socialisme et de la démocratie révolutionnaire pour aboutir au capitalisme d'Etai et au bureaucratisme, en un praticien du capitalisme d'Etat, en chef et guide spirituel et politique de la bureaucratique privilégiée et de la dictature bureaucratique. C'est ce que Trofsky (comme les trotskystes stalinisés d'aujourd'hui) n'a jamais pu comprendre. C'est pourquoi sa critique du système stalinien el de Staline n'a jamais été capable de comprendre la processus objectif, de dépasser le cadre d'articles plus ou moins spirituels et d'un apport documentaire plus ou moins important du point de vue historique. » (Questions actuelles du Socialisme, n° 14, octobre-novembre 1952, p. 44).
On admettra que les articles de Djilas ne brillent guère par leur esprit et que leur auTeur n'apporte pas la moindre documentation -34 à l'appui de ses affirmations fantaisistes, Toutefois on aura plus de difficultés à caractéri ser le sens général des passages précédents. Est-ce de l'ignorance ? Mais Djilas parle quelque part avec mépris de la bureaucratie composée de « semi-intellectuels et demi-lettrés ». Un marxiste révolutionnaire sérieux, tettré comme il l'est lui-même, devrait du moins prendre la peine d'étudier les idées d'un adversaire qu'il combat idéologiquement. L'unique source à laquelle Djilas a puisé sa connaissance du trotskysme, seraient-ce... les Œuvres Complètes de Staline ?
Si ce n'est de l'ignorance, est-ce de la mauvaise foi 2 Motivée par quels desseins obscurs 2 En quoi la calomnie et le mensonge utilisés contre Trotsky sont-ils des matériaux de construction de la « démocratie socialiste » et du « marxisme révolutionnaire vivant » en Yougoslavie ? Ou Djilas pense-t-il qu'on ne pourra pas défendre la Yougoslavie contre les attentats du Guépéou et l'infiltration des doilars sans « liquider » le trotskysme ?
Optons plutôt pour l'hypothèse de la mauvaise foi mitigée par l'ignorance. En polémi quant contre les derniers écrits de Staline. Djilas prétend le plus sérieusement du monde que ce sont les théoriciens yougoslaves qui ont découvert que les catégories marchandises. argent et valeur restent valables dans la période de transition (Questions Actuelles du Socialisme n° l4, p. 7). Comment pourrait-il savoir qu'il y a 20 ans Trotsky consacrait sept colonnes de journal à ce problème ? Djilas suppose sérieusement que ce sont les théoriciens yougoslaves qui ont découvert la contrediction entre la nécessité d'un début de dépérissement de l'Etat à l'époque de la construction du socialisme, et l'affirmation stalinienne selon laquelle cette construction, déjà achevés en U.R.S.S., s'accompagnerait d'un renforcement de l'Etat. Mais il y a treize ans, dans un article intitulé « La philosophie bonapartiste de l'Etat ». Trotsky analysa la même contradiction dans des termes bien plus clairs que ne l'ont fait les théoriciens yougoslaves Sachant qu'il n'a pas lu — et de loin! -tous les écrits de Trotsky, Djilas, s'il avait voulu se comporter en « intellectuel sérieux ». en marxiste employant une méthode de recher che rigoureuse, et non en journaliste superficiel jugeant d'après les informations obtanues de seconde main — mais de quelle main da maitre dans la falsification - aurait dû sa
E
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M taire sur un sujet imparfaitement connu ou di moins s'abstenir de jugements radicaux. Va donc pour l'ignorance.
Mais Djilas a lu « La Révolution Trahie » et la biographie de Staline. Seule la mauvaise foi peut alors expliquer cette affirmation mensongère que Trotsky expliquerait « un processus objectif par l'action de bonnes ou mé chantes personnes, et non point ces personnes par le processus objectif ». Chaque lecteur nonrête des écrits que nous venons de citer y trouverait une petite centaine de citations qui affirment précisément le contraire. Trot sky a toujours réduit à l'extrême — et de nombreux historiens et e critiques » plus ou moins bienveillants le lui ont assez reproché ! — le rôle des « méchantes personnes ». de léur incarnation, losip Vissarianovitch Djougaschvili, dans l'établissement de la dictature de la bureaucratie en U.R.S.S. Il a toujours expliqué ce rôle par des processus objectifs. 1 est allé jusqu'à dire que Staline n'est que le produit de l'appareil, de la bureaucratio des conditions historiques objectives qui ont ecouti à la victoire de celle-ci. Il a analysé minutieusement les conditions matérielles objectives - économiques, sociales et politiaves — qui ont rendu cette victoire inévitable dans une conjoncture déterminée du monde. il a répété des centaines de fois : il ne s'agit pas d'un conflit de personnes, mais en dernière analyse des rapports de forces entre les classes à l'échelle nationale et internationale. « Il ne s'agissait pos d'un match entre Staline et Trotsky, mais d'un antagonisme entre bureaucratie et prolétariat » : cette phrase, prise par hasard dans l'article de Trotsky « Bolchevisme et stalinisme », est caractéristique d'innombrables citations du même genre, à puiser dans les écrits de Trotsky.
Seule la mauvaise foi peut expliquer que Djilas effirme que Trotsky « n'a jamais pu comprendre » que Staline est « le chef et guide spirituel et politique de la bureaucratie privilégiée et de la dictature bureaucratique ». et que pour cette raison, il n'a « jamais été capable de comprendre le processus objectif ». La Révolution Trahie que Djilas a lue comporte une analyse minutieuse de ce rôle obiectif de Staline, du « processus objectif » ce l'établissement de sa dictature, et il ne faut pas perdre toute pudeur au point d'ouEler que tout de même La Révolution Trahie a été rédigée quinze ans avant que Djilas n'aperçoive ce même « processus objectif ».
Quand des théoriciens yougoslaves plus sériGux que Djilas se livrent à un travail d'analyse approfondi, ils arrivent à des conclusions qui rappelient mot à mot les résultats de l'analyse trotskyste. Edouard Kardelj écrit dans son discours L'Etat et la Démocratie: « Le despotisme bureaucratique du type stalinien est le produit de l'état arriéré de la campa gne soviétique ». (Questions actuelles du Socialisme, n° [!, mars-mai 1952, p. 10). Combien de fois Trotsky n'a-t-il pas expliqué la même chose ? En réalité, il serait facile de démontrer que tout ce qu'il y a de valable dans l'œuvre théorique des communistes yougoslaves n'est qu'une redécouverte (et à peine sous une formulation nouvelle) de ce qua Trotsky et le mouvement trotskyste international ont trouvé depuis vingt ans quant a la nature de la bureaucratie soviétique et de sa politique. Mais cette partie valable de l'œuvre idéologique des communistes yougosiaves est mêlée chez eux de thèses de nature absolument pragmatiques, du même type que les thèses staliniennes, construites exclusivement pour les besoins de la cause, pour justifier tal ou tel tournant diplomatique ou politique de l'Etat yougoslave, et éloignées de toute vérité objective. scientifique. A cette catégo. rie appartient l'affirmation grotesque selon laquelle la bureaucratie soviétique aurait des desseins de conquête mondiale. A cette même catégorie appartient également l'affirmation que le despotisme bureaucratique, produit de conditions objectives - et non de l'action de bonnes ou méchantes personnes ! - puisse dépérir et même disparaître en Yougoslavie par le seul effet de la « conscience » qu'en ont les * bonnes personnes » (les dirigeants communistes yougoslaves) et sans que les conditions objectives qui lui ont donné naissance ne se modifient (l'état arriéré de l'économie yougoslave et l'isolement de la révolufion yougoslave dans un monde hostile, sont infiniment plus prononcés aujourd'hui que ce n'était le cas de l'U.R.S.S. en 1923-28). Les accusations lancées par Djilas contre Trotsky et le trotskysme se retournent précisément... contre les théories particulières de Djilas luimême.
Où la mauvaise foi n'est plus mitigée mais renforcée par l'ignorance, c'est quand Djilas: combinant les calomnies réformistes avec les calomnies staliniennes, accuse Trotsky d'avoir représenté c la conception de la réalisation de la bureaucratie mondiale... par les victoires de I'U.R.S.S. sur le monde extérieur ». Djilas se sent-il la vocation d'un Vichinsky en miniature pour pouvoir proférer de telles monstruosités ? Vingt-cinq ans avant le réveil de la sensée théorique des communistes voucoslaves Trotsky et l'Opposition de gauche en URSS avaient compris que, dans les conditions objectives de l'état arriéré de la Russie, le renforcement de la puissance de la bureaucratie et l'affaissement du pouvoir ouvrier étaient inévitables, Ils avaient pour cette raison défen. du une stratégie combinée de renforcement du prolétariat, de son poids économique, politique, subjectif dans la société : le passage à une politique d'industrialisation d'une part, l'aide politique aux partis-frères des pays avancés d'autre part, pour que ceux-ci guident la classe ouvrière de leurs pays respectifs vers la victoire de la révolution socialiste. Seul en définitive l'élargissement de la base de la révolution vers les pays avancés et hautement industrialisés pouvait renforcer suffisamment le
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Q prolétariat pour empêcher une victoire des tendances bureaucratiques. C'est pourquoi Trotsky critiqua avec passion la politique fausse du P.C. allemand défendit avec passion, la nécessité pour la direction de l'Internationale communiste de s'inspirer des leçons stratégiques et tactiques de la victoire d'Octobre, d'aider les partis-frères par tous les moyens à assurer la victoire dans leur pays. C'est précisément parce que Trotsky, mille fois plus clairement que les Djilas de toute sorte. comprenait que la question de la bureaucratie était au fond une question de rapports de forces entre les classes à l'échelle nationale et internationale qu'il misait sur la révolution mondiale, c'est-à-dire sur l'affirmation et la victoire du prolétariat des pays avancés venant en aide à la classe ouvrière épuisée, fatiguée et démoralisée de I'U.R.S.S. Et cette position. dont vingt-cinq années d'histoire ont tragiquement confirmé le réalisme, est aujourd'hui défigurée par Dilias en une « conception de la réalisation de la bureaucratie mondiale... par les victoires de I'U.R.S.S. sur le monde extérieur » 1 Que dire de telles falsifications ?
En verité, ce n'est ni de la gratitude ni de la reconnaissance que Trotsky et le trotskysmo avaieni attendu de histoire pour avoir vu plus ciairement ce que d'autres forces du mouvoment communiste international viendraient à découvrir par la suite. La meilleure « récompense » qui se conçoit, c'est le fait de voir son analyse résister à l'épreuve du temps et d'événements gigantesques et ses propres idées se frayer un chemin dans la tête de ceux qui hier encore, étaient parmi leurs pires détracteurs. Mais il faut renverser la question. Pourquoi Djilas crache-t-il dans le puits où il puise la majeure partie valable de sa science nouvelle ? Pourquoi cet acharnement dans la calomnie et le mensonge contre le trotskysme, à une époque où les communistes yougoslaves eux aussi subissent quotidiennement les calomnies et mensonges de la part des kominformistes ? Pourquoi ces étranges apôtres de la « démocratie socialiste » cachent-ils soigneusement les écrits de Trotsky, les véritables conceptions du trotskysme, les idées de la IV° Internationale au mouvement communiste et aux masses laborieuses yougoslaves, alors que cette même IV° Internationale fut la première, et longtemps la seule force, qui se précipita à l'aide de la Yougoslavie attaquée par le Kremlin et - plus insidieusement mais non moins réellement - par Wall Street?
La raison nous paraît claire. Le trotskysme. c'est la conscience théorique du prolétariat mondial. La IV Internationale, c'est l'incarnafion des intérêts généraux, universels des travailleurs de tous les pays, au delà des intérêts partiels, particularistes, de telle ou telle cor. poration, fraction politique ou section nationale. La IVe internationale a autant à cœur les intérêts des travailleurs yougoslaves que ceux des travailleurs vietnamiens, argentins, sud-africains ou soviétiques. Les dirigeants 36
TERNATIONALE communistes vougoslaves subordonnent les intéréts généraux, internationaux, de la réva lution et du socialisme, aux intérêts momentanés - mai compris l — de leur Etat et de ses louvoiements entre ses ennemis. Ils ont découvert, il est vrai, une série de vérités nouvelles sur la bureaucratie soviétique et le revisionnisme stalinien, pour la plupart puisés dans l'arsenal du trotskysme. Ils ont oublié au même moment une série d'autres vérités sur l'impérialisme à notre époque, sur la révolution coloniale, sur la lutte armée des peuples arriérés pour leur indépendance (subitement appelée : c agression »] sur la combinaison entre la lutte pour l'indépendance nationale et celle pour l'émancipation sociale (subitement appelée : « ingérence stalinienne dans la lutte pour l'indépendance nationale »). Mais la vérité est indivisible. Celui qui veut la supprimer en partie ou momentanément, sous quelque prétexte que ce soit, füt-ce celui de la légitime défense, doit avoir recours aux armes de la calomnie et du mensonge. Voilà le premier secret de la lutte de Djilas contre le trotskysme.
Le tournant rapide du P.C.Y. sur des quesfions fondamentales d'analyse politique n'a pas été accepté sans doutes ni même révoltes intérieures par des centaines et des milliers de cadres communistes yougoslaves trempés dans une guerre civile d'exceptionnelle rigueur. Le malaise qui règne manifestement dans le Parti c'est exprimé au cours du 6 Congrès du P.C.Y. Il s'est exorimé dans l'élimination de Neskovitch de la direction du parti, pour lequel on découvre subitement d'anciennes fautes — toujours l'école de Vychinsky 1 -afin de ne pas faire apparafire les divergences politiques réelles. Il s'est exprimé dans cette extraordinaire mesure que représente la dissolution du Parti, sa transtormation en une « Union » dont les buts seront « éducatits » et qui sianifie en pratique - puisque la direction de l'Union est identique à la direcfion de / Etat - que l'élite du prolétariat yougoslave, la base et les cadres inférieurs du Parti, n'auront plus d'influence directrice sur l'Etat. Elle s'est exprimée dans la nervosité qui règne dans les milieux dirigeants et qui a fait voir à Tito — encore l'école de Vychinsky 1 -un « complot de l'ennemi » dans l'incident tragico-comique de Djouvitch protestant contre te « vol » de sa femme.
Or, le trotskysme, c'est à la fois la critique la plus marxiste, la plus rigoureuse de la bureaucratie stalinienne, et la fusion avec toutes les forces anticapitalistes mondiales d'aujourd'hui. Tous les esprits critiques ou simplement incertains dans le P.C.Y., qui n'acceptent pas l'orientation nouvelle d'intégration de fait dans le système d'alliance inter-impérialiste, et se refusent en même temps à capituler devant le stalinisme, pourraient bien trouver dans le trotskysme le point de cristallisation de leur position actuelle. C'est le deuxième secret de la lutte de Djilas contre le trotskysme. Cela explique la tentative infantile de Djilas d'expliquer comme « insignifiantes » les divergences
VATRIEME IN T entre trotskystes et staliniens. La seule divergence « insignifiante » que Staline manifeste avec cette définition de Djilas, c'est qu'il est occupé depuis un quart de siècle à exterminer les trotskystes.
Djilas, comme d'ailleurs tous les autres diri. geants du P.C.Y.. font grand bruit sur les questions de « démocratisation du pays », de « libre lutte d'opinions », de « démocratie socialiste »Beaucoup de ces idées nous sont sympathiques parce que Léon Trotsky les avait exposées en détail en 1923 dans un petit livre appelé « Cours Nouveau ». Mais encore faut-il compater ces idées à la réalité yougoslave. Djilas affirme que, dans le P.C.Y., on ne croit pas au principe d'infaillibilité des chefs. Quelle critique a été proférée contre la politique du B.P. sortant au 6° Congrès du Parti 2 Djilas affirme que la liberté d'opinion existe dans le P.C.Y. Quelle opinion divergente de celle du B.P. a été développée au 6º Congrès du P.C.Y.? La belle liberté de discussion estelle donc d'application seulement pour les poètes et les peintres et non pour les communistés ?
Il y a trois ans, Pijade parlait des dirigeants soviétiques comme ne « haissant rien autant que la fidélité aux principes et la discussion basée sur les principes ». Quelle fidélité aux principes peut-on découvrir dans la façon doni le P.C.Y. traite à son Congrès les problèmesde la révolution coloniale, du mouvement d'émancipation en cours pour un milliard et demi d'êtres humains, de l'aboutissement socialiste (d'après l'exemple yougoslave !) de ce mouvement d'émancipation ? Quelle discussion « basée sur les principes » a eu lieu concernant l'attitude de la R.P.F.Y. vis-à-vis de la collaboration militaire avec l'impérialisme yankee, eu égard au dispositif mondial des
ER NATIONALE forces impérialistes contre la révolution coloniale ? Mais il ne l'ont pas discutée du tout. leur politique internationale actuelle à leur Congrès. Mais ils bavardent sur la démocratie alors qu'ils étouffent toute discussion politique véritable dans le Parti l L'article précité de Pijade était intitulé Les grands maîtres de l'hypocrisie 1 Nous craignons que l'image ne soit tout-à-fait appropriée à la situation.
Les mensonges et la calomnie contre Trotsky et le trotskysme vont de pair avec la conspiration du silence ou les calomnies contre la révolution coloniale. Djilas et ses partenaires se révoltent contre la voix du passé parce qu'elle avait annoncé la réalité du présent. Leur révolte contre l'histoire est l'expression de leur mauvaise conscience. L'appel théorique de Trotsky et du trotskysme - « retrouvez la voie de la fusion avec le mouvement révolutionnaire international, qui aujourd'hui monte sur les cinq continents contre les derniers remparts du capitalisme croulant » -rejoint l'appel réel et pathétique de centaines de millions d'esclaves coloniaux en révolte : « Ne mettez pas votre main dans la main rouge de sang de nos gardes-chiourmes ef de nos bourreaux 1 ». La lutte de Djilas contre l'histoire est une lutte sans lendemain, car l'histoire et son expression consciente, le trotskysme, seront les plus forts. Mais dans cette lutte, Djilas lui-même risque gros. Il risque de voir se vérifier pour son équipe cette terrible prédiction que Mosha Pijade a faite à ces autres Grands Maitres de l'Hypocrisie :
* Plus on ira loin sur la voie actuelle, plus sera terrible la débâcle morale et politique de ceux qui ont considéré qu'ils peuvent faire une expérience contre-révolutionnaire hideuse avec le mouvement ouvrier international révolutionnaire. » (Tanjug, builetin quofidien du 7 octobre (949.)