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La lutte anti-impérialiste des masses égyptiennes

S. Munir · Quatrième Internationale, vol. 10, n° 1 · janvier 1952 · p. 12-18 · 5 622 mots

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Les événements d'Egypte prouvent à nouveau qu'un essor énorme se produit depuis des mois dans le mouvement antiimpérialiste du Proche-Orient. La défaite de l'impérialisme britannique en Iran avait créé passagèrement une situation révolutionnaire, surtout au cours de la

Les facteurs fondamentaux qui ont produit cette situation aussi bien en Iran qu'en Egypte sont les suivants :

1° La hausse des prix de presque tous les produits de première nécessité : ab cours de l'année dernière, surtout depuis la guerre de Corée. Cette hausse a provoqué à nouveau une chute du niveau de vie des masses, surtout des ouvriers, à un rythme pareil à celui de certaines années de la dernière guerre. Mais à l'encontre de cette période, les gouvernements iranien et égyptien ne possèdent pas les moyens de tranquilliser temporaicement les masses, moyens employés par les autorités militaires alliées aussi longtemps que la paix sociale leur était nécessaire à la conduite de la guerre. C'est pourquoi les soulèvements nationaux et sociaux de la vague précédente ne se produisirent pas pendant la guerre mais seulement dans l'année 1946 (grève d'Abadan, mouvement d'Azerbaidjan, entrée du Parti Tudeh dans le gouvernement iranien, mouvement de février-mars 1946 au Caire, au cours duquel ouvriers et étudiants dominent la rue pendant plusieurs jours). La nouvelle aggravation des contradictions sociales des années 1950-51 a produit cette fois-ci des développements plus rapides.

2º L'affaiblissement de l'impérialisme britannique au cours de la deuxième guerre mondiale l'a obligé de passer dans plusieurs colonies de la domination directe à la domination indirecte (Indes. etc.), et a permis à l'impérialisme américain de l'éliminer de plusieurs positions (Arabie séoudite, Palestine). Les masses opnrimées du Proche-Orient, poussées l'action par leur niveau de vie déclinant, se dirigent en premier lieu contre les restes du système de domination britan12 grève des ouvriers d'Abadan; maintenant, la vague revolutionnaire a enveloppé toute lEgypte et a donne au mouvement anti-impérialiste égyptien une ampleur que celui-ei n'avait plus connue depuis 1946. nique, utilisant chaque nouvel affaiblissement de cet impérialisme.

3° La position des classes dominantes féodales et semi-capitalistes d'Iran et d'Egypte est énormément affaiblie depuis qu'elles ne peuvent plus se vouer à la protection de l'armée impérialiste britannique. Elles tremblent à chaque instant devant le danger que la nouvelle vague de luttes de masses ne se retourne tôt ou tard contre elles-mêmes, comme cela a été déjà le cas lors des vagues précédentes du mouvement anti-impérialiste. Elles n'ont donc pas d'autre choix que de se placer a la tête de ce mouvement pour briser son élan. D'autre part, elles essayent de se procurer contre la GrandeBretagne l'appui de l'impérialisme américain, dont elles espèrent une aide économique et un appui militaire plus vigoureux, et qu'elles considérent comme un garant contre le communisme. Les classes dominantes d'Iran ont iusqu'à maintenant remporté des succès par cette tactique. Il s'agissait en effet du pétrole, qui incitait les Américains à étendre leur protection à l'Iran, surtout parce que l'U.R.S.S. a une frontière commune avec ce pays et que les U.S.A. ne sont pas encore prêts à déclencher la guerre mondiale. Lorsque le Dr Mossadegh a déclaré à l'ambassadeur américain Grady: « Si nous devenons communistes. ce sera à la suite des fautes des Anglais et des vôtres », les Américains se sont laissés convaincre. Mais les pachas égyptiens ont moins de chance. Ici aussi, il s'agit d'une ligne de comunication importante pour les U.S.A., le canal de Suez, mais ceux-ci ne peuvent pas compter sans l'armée britannique dans leurs plans milifaires pour le Proche-Orient. C'est pourquoi Acheson a, dans ce cas, accordé son appui entier à la Grande-Bretagne.

LES ORIGINES DE L'ESSOR DU MOUVEMENT

ANTI-IMPERIALISTE

LES ORIGINES DE L'ESSOR DU MOUVEMENT

ANTI-IMPERIALISTE

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LA POLITIQUE DU W.A.F.D.

Les événements d'Iran n'ont pas peu contribué à accélérer l'éclatement du mouvement anti-impérialiste égyptien. Les masses laborieuses égyptiennes ont appris par l'exemple iranien que l'impérialisme britannique n'est plus en état de maintenir ses positions à l'aide de tanks et de baionnettes. Il n'est donc pas étonnant que les manifestants célébrèrent les 9 et 12 octobre au Caire, au lendemain de l'abrogation du traité angloégyptien, la « libération de l'Iran » ensemble avec l'action de l'Egypte. La popularité du mouvement iranien n'a pourtant pas été la seule raison qui a poussé les dirigeants du W.A.F.D. à faire rapidement la déclaration dramatique du 8 octobre. Jusqu'en 1950, le W.A.F.D. était le seul parti égyptien qui possédait lui-même une popularité auprès des masses égyptiennes, par suite de sa démagogie, sociale et de ses promesses de réformes sociales. Depuis son arrivée au pouvoir, il n'a pourtant tenu aucune de ses promesses (1). La chute du niveau de vie des masses à la suite de la hausse des prix; la chute énorme du prix du coton, qui a frappé durement de larges couches de fellahin et des classes moyennes ont affaibli la position du W.A.F.D. auprès des masses d'une telle manière, que celui-ci ne pouvait esperer obtenir un nouveau délai pour son régime qu'en prenant une decision dramatique dans le domaine de la politique étrangère, lui permettant de repousser au second plan pour un certain temps les questions économiques et sociales.

Voilà le sens de la déclaration du gouvernement égyptien du 8 octobre, abrogeant le traité anglo-égyptien de 1936 et laccord de 1899 sur l'établissement du

Mais Nahas Pacha s'est lourdement trompé quand il a supposé que le conflit anglo-égyptien resterait limité à des esca mouches diplomatiques. Au lendemain de l'abrogation du Traité, près de 60.000 ouvriers et étudiants descendirent dans les rues du Caire, réclamant des armes de Nahas Pacha. Une manifestation analogue se produisit à Alexandrie, sous les mots d'ordre: « A partir d'aujourd hui, plus d'impérialisme! » et « les travailleurs sont l'armée de la révolution ». Le jour suivant, ces manifestations se répétèrent, et les ouvriers du Caire et d'Alexandrie se rassemblèrent sous les drapeaux de leurs syndicats. Dans la zône du canal de Suez, le mouvement eut

(1) « Ponr des raisons de Sécurité publique », comme le déclara le ministre de l'mtérieur Serag Ed-Din, le gouvernement se vit obligé an printemps 1950 de promulguer une lot accordant des primes de cherte de vie anx salariés. En même temps. il envova sa police réprimer par la force des grèves qui voulaient imposer aux capitalistes l'application de cette loi.

condominium anglo-égyptien sur le Soudan. Les dirigeants du W.A.F.D., ce faisant, suivaient un calcul savant. Comme tous ceux qui connaissent la situation des troupes britanniques, ils savaionizone des troupes britanniques, ils savalent que • le commandant britannique de la du Canal pouvait facilement couper lapprovisionnement de l'Egypte en pétrole, qui dépend essentiellement de deux raffineries situées à Suez, ou même interrompre l'exportation du coton égyptien,

Ice qui provoquerait l'effondrement de l'économie égyptienne. Mais Nahas Pacha était sür que l'impérialisme britannique n'utiliserait pas ces moyens, étant luimême intéressé au maintien de l'ordre social actuel en Egypte, afin de ne pas y perdre sa propre influence politique et économique. Nahas Pacha comptait donc sur une « lutte » fictive entre son gouvernement et celui de la Grande-Bretagne, se limitant à la sphère des négociations diplomatiques et, dès que l'armée britannique dérangea la vie civile normale en Egypte, il déclara au gouvernement britannique :

« Si les approvisionnements ne sont ras rétablis dici peu de temps, l'eau, Vélectricité et les autres services publics cesseront de fonctionner. Cela provoquera des désordres et on manquera de pain, car les boulangeries ne pourront plus travailler... Si les Anglais pensent que ce moyen de pression nous fera changer de politique, ils se trompent; mais sans aucun doute les éléments communistes ne manqueraient pas de saisir cette occasion pour faire de l'agitation... » un caractère prolétarien prononcé; il était axé autour de la grève politique des ouvriers contre les troupes d'occupa tion britanniques. Au cours d'un mois, la majorité des 30 à 40.000 ouvriers, travaillant dans les camps militaires britanniques, entra en grève; les conducteurs de locomotives des trains spéciaux dans les districts militaires cessèrent le travail; les autres cheminots refusèrent de transporter des troupes britanniques ou le ravitaillement prevu pour ces troupes; les ouvriers du bâtiment refusèrent de continue la construction de champs d'aviation ; les dockers de Port-Saïd et les ouvriers des différentes compagnies maritimes du canal de Suez entrèrent également en grève. En raison du manque d'organisation centrale, on ne pouvait parler d'une grève générale, mais en fait tout le travail dans la zône du canal de Suez se trouva arrêté.

Des actions de solidarité d'autres couches ouvrières prirent aussi de l'ampleur; elles souffrirent cependant également du manque de direction centrale, ce qui leur donna le caractère d'actions partielles et sporadiques. Les ouvriers des usines

LE CARACTERE PROLETARIEN DU MOUVEMENT

LE CARACTERE PROLETARIEN DU MOUVEMENT

UA TRIEME IN T Shell, à Nefisha commencèrent une grève de solidarité, mais rentrèrent au travail apres une semaine, « dans l'intérêt national », comme on déclara du côté offciel. A Suez même, les dockers ne firent qu'une grève de protestation de vingtquatre heures et rassemblèrent des fonds pour les ouvriers qui avaient quitté les camps militaires britanniques. Des collectes semblables furent faites parmi les ouviers des compagnies pétrolières à Port-Said et parmi les fonctionnaires d'Ismailia. Le fractionnement organisationnel des syndicats égyptiens, produit des mesures de répression du gouvernement egyptien, ainsi que l'absence d'une direction politique et syndicale autonome des travailleurs, empêchèrent cette vague de grève de se transforme en une greve générale politique qui n'aurait pas seulement ébranlé la base de l'occupation militaire britannique, mais aussi les piliers du gouvernement égyptien et le regime social de la vallée du Nil. Néanmoins, le mouvement fut suffisamment puissant pour encourager à l'action les ouvriers des autres parties de l'Egypte. La compagnie des chemins de fer du Delta avait licencié comme d'ordinaire les porte-parole des ouvriers quand ceux-ci réclamèrent une amélioration des conditions de travail ; une journée de grève, le

Mais le W.A.F.D. ne se limita pas à fractionner ainsi le mouvement des mas-, ses et à briser son élan révolutionnaire. Partout où il en a été capable, il s'efforça même de briser les grèves. Il convainquait par exemple les ouvriers du canal de Suez à Port-Said de laisser passer par le canal un navire transportant des troupes américaines, alors que les ouvriers avaient d'abord refusé de servir ces alliés impérialistes de la GrandeBretagne. Les techniciens ' et employés qualifiés du dépôt d'armes britannique de Timsah reçurent, de l'Office du Travail égyptien, l'ordre de rester sur leurs lieux de travail et de ne pas faire grève.

Il en fut de même avec les manifestations. Le 12 octobre 1951, trois jours après qu'eiles eurent commencé, toutes les manifestations furent interdites. Les masses ne donnèrent aucune suite à cet ordre, et le 16 octobre Nahas Pacha était obligé de déclarer devant une manifestation monstre, rassemblée sous les mots d'ordre: Nous voulons des armes et le combat! et 4 bas le pacte méditerranéen !: « Je vous supplie, cesser de manifester!» Le lendemain, le ministère de l'Intérieur convoqua une conférence des rédacteurs de tous les journaux pour pullier une longue déclaration invitant le peuple à cesser toute manifestation (2). La presse du W.A.F.D. publia quotidien-

(2) Celte déclaration use comme prétexte dun « complot brilannique » pour « exploltar les manifeslations » afin de discréditer 1 Egypte. 14

ERNATIONALE 9 novembre 1951, suffit cette fois-ci à obtenir satisfaction sur toute la ligne, y compris le réembauchage des ouvriers licenciés ! Encouragés par les événements de la zône du canal de Suez, dix mille ouvriers et employés de l'armée britannique et de la R.A.F. au Soudan commencèrent même le 26 novembre une grève pour l'amélioration de leurs conditions de travail.

Cette avalanche qui se précipita sur lEgypte dès le lendemain de l'abrogation du traité anglo-égyptien, venait bien mal à propos pour le gouvernement égyptien. Celui-ci était si peu préparé à voir la lutte contre loccupation de la zône du canal de Suez prendre la forme prolétarienne de la grève, que 1.400 ouvriers qui avaient quitté les camps militaires britanniques durent y retourner parce qu'ils ne recurent pas l'emploi que le gouvernement leur avait promis. Dans • plusieurs villes du delta du Nil, il y eut même des démonstrations d'ouvriers qui avaient perdu leur emploi à la suite de la grève anti-impérialiste. La faiblesse de l'organisation syndicale rendait impossible le soutien de la grève par des fonds ouvriers. A cela s'ajoutait le fait que le gouvernement réussit à donner à la grève la forme d'un exode des ouvriers de la zone du canal de Suez. nement des mots d'ordre contre les manifestations, et le sheik de la mosquée Azhar appela les masses au calme. Le chei des jeunesses du W.A.E.D., M. Belal, crut même nécessaire de condamner spécialement dans une déclaration faite le 10 octobre l'utilisation du mot d'ordre « Révolution » dans les manifestations de masse...

Tout ceci ne suffit pas encore. Le mouvement révolutionnaire des masses commonçait à déborder les dirigeants du W.A.F.D. Quand les suppliques et les prières n'obtinrent pas gain de cause auprès du peuple, on appela la police et larmée à la rescousse pour réprimer le mouvement révolutionnaire des masses par la force des armes. Il y eut des victimes au Caire et à Alexandrie, mais ce fut surtout dans la zône du canal de Suez que la répression prit des formes draconiennes. Le 16 octobre, une foule égyptienne attaqua un camp militaire britannique. D'après le communiqué officiel, les troupes britanniques appuyées par la polce syptienne ouvrirent le feu sur les manifestants, tuant sept Egyptiens et en blessant de nombreux autres. Le 30 octobre, l'armée britannique arrêta un dirigeant ouvrier à Suez. Les ouvrie"s organisèrent une grande manifestation pour obtenir sa libération. Le gouverneur égyptien de la ville envoya immédiatement un important détachement de police sur place qui engagea une bataille avec les cuvriers et réussit à les repousser. L'organe de la Cité de Londres, The Economisi, put décrire ainsi la situation dans son numéro du 27 octobre :

COOPERATION ANGLO-EGYPTIENNE POUR REPRIMER

LE MOUVEMENT DES MASSES

COOPERATION ANGLO-EGYPTIENNE POUR REPRIMER

LE MOUVEMENT DES MASSES

RATIONALE

I N 1

UA TRIEME de siège. En fait, au moment où

« Dans la cône du Canal, le tanous écrivons, des rapports arribleau des relations entre egyptiens vent à Londres qui parlent d'une et Britannigues est loin d'être unibonne coopération entre la police forme. Les rapports entre les deux eauntienne et nos autorités miliarmées restent amicaux et lon peut difficilement parler d'un état taires ».

MANŒUVRES DE DIVERSION

ET PROVOCATIONS BRITANNIQUES

En même temps que le mouvement anti-impérialiste des masses égyptiennes, surtout les grèves et les manifestations etait brutalement réprimé, ouvrieres, des efforts furent entrepris pour tourner le mouvement sur une voie chauvine et terroriste. Différentes organisations et partis réactionnaires « les Freres musulmans » (Al-Ikhwan al-Muslimoun), le soi-disant « parti socialiste » (une organisation fasciste), le « parti constitutionnel-libéral » des grands propriétaires fonciers, et autres, constituérent un « comité pour une convention nationale » et formèrent des « troupes de combat » (« Kataib »), ayant pour tâche de déclencher la terreur individuelle contre les soldats britanniques la zone du canal de Suez et de dans surveiller le boycott contre les Anglais et tout ce qui est anglais. Un point important du programme des « Katab », c'est it quaintien de vos te à esteries c'est le maintien de Comme commandant de ces troupes de combat fut désigné le général Aziz elMasri. connu comme collaborateur de •VItalie fasciste durant la guerre. Ces troupes terrorireprésentent le détacheterroristes, dont les " Frères ment principal, ont commencé des acmusulmans tions terroristes contre les Anglais; quelques soldats furent attaques, tués et jetés dans les canaux ; on s'efforça d'exciter la population au cours des démonstrations contre tous les étrangers, et d'attaquer leurs demeures et leurs magasins au Caire et à Alexandrie; on lanca le mot d'ordre de boycott de tout ce qui est de provenance anglaise, y compris la culture anglaise. Les « Frères musulmans » s'efforcent donc de fractionner et de détruire le soulèvement révolutionnaire et anti-impérialiste des masses par des actions de terreur individuelle, par le chauvinisme et le fanatisme religieux En même temps, la direction centrale de l'organisation appuie la répression gouvernementale contre les ouvriers. Rien d'étonnant donc que le W.A.F.D., contrai ement à sa politique traditionnelle, ait legalisé les « Frères musulmans »

Il est évident pour tout communiste révolutionnaire en Egypte et à l'étranger au'il doit appuyer sans réserves le mot d'ordre des masses égyptiennes : el-Gala (Retrait des troupes britanniques de l'Egypte et du Soudan) et qu'il doit se trouver à la pointe de leur combat pour la libération de l'occupation impérialiste. En même temps il est de son devoir de soumettre à une critique violente la poet qu'il appuye les « Kataib », tout en les prenant par sécurité sous sa protection directe.

L'impérialisme britannique n'est pas hostile à voir le mouvement prendre une telle forme. La tendance au fanatisme religieux, combinée à la terreur individuelle, exclut toute possibilité de fraternisation avec les soldats britanniques, permet de déclencher une propagande anti-égyptienne à l'étranger, de passer completement sous silence le mouvement prolétarien et ouvre même la possibilité de détacher des ouvriers coptes de leurs frères de classe islamiques et de les ameuter contre ceux-ci. Comme la mort peint elmportaolde ts b: tamperilisme, quelques soldats britanniques n'a et qu'il voit de grands avantages à détourner les masses d'un mouvement de forme prolétarienne et à les .pousser sul une vole qui dolt aboutir a leffondrement de la lutte égyptienne anti-impérialiste, les impérialistes ont favorisé l'éclosion du terrorisme individuel par des provocations constantes, des perquisitions arbitraires, des operations de brigandage, des attaques sur les personnes et les biens. Il y a d'innombrables exemples de ces provocations britanniques (3). L'expression la plus claire de cette politique des troupes d'occupation se trouve dans la déclaration suivante (d'après une dépêche de l'agence U.P. du 27 novembre 1951) faite par le brigadier-general R.-B. Goldsmith, chef d'état-major du commandement des troupes britanniques dans la zône du canal de Suez, à une conférence de presse à Ismaila :

« Les incidents ont connu une courbe montante au cours des dernières quarante-huit heures. Mais nous sommes contents que ca rythme s'accroisse. Chaque fois que nous pouvons exercer des représailles contre les terroristes, c'est une bonne chose, parce que cela donne aux troupes l'expérience des choses auxquelles elles doivent être préparées. C'est un bon entrainement (!) pour de jeunes recrues.» litique soudanaise des dirigeants féodaux et capitalistes du W.A.F.D. et

(3) Un exemple parmi lant d'autres : le 17 octobre, le commandement britannique envova ue colonne d'antos blindées patrouiller dans la ville d'Ismailia, au moment ou s'y déroulait une manifestation de masse. Dans Témeute qui suivit, sept Egyptiens furent fues et quarante blessés par les Britanniques.

LE PROBLEME DU SOUDAN

LE PROBLEME DU SOUDAN

Q DATRI E d'autres partis égyptiens. Le « Condominium anglo-égyptien » avait été créé au

Soudan à la fin du siècle passé, après la conquête du pays par l'impérialisme britannique à l'aide de troupes égyptiennes, à la suite de l'insurrection du Mahdi, et dans le cadre de l'expansion impérialiste générale en Afrique. Le but de ce Condominium était de rendre lEgypte coresponsable de la domination impérialiste britannique, sans que ce pays y exérce un pouvoir effectif (le gouverneur general du Soudan a toujours été un

Anglais!). Depuis les années 1930, un mouvement national autonome sest developpe au soudan, qui s'est séparé en deux camps: d'une part le Parti Ashigga, ensemble avec le Congrès des étudiants sortis de l'Université Gordon, dont le centre de gravité se trouve dans les Villes du Soudan septentrional (aux elections municipales il y obtient toujours l'écrasante majorité des voix) ; d'autre part le Parti Umma sous la direction de Sir Abd el-Rahman al-Mahdi, un grand propriétaire foncier qui reçut de riches cadeaux des Britanniques, entre autres son domaine sur l'île du Nil près de Khartoum. Le Parti Ashigga et les troupes qui l'appuyent se sont prononcés pour l'évacuation du Soudan par les troupes britanniques et l'unification du Soudan avec l'Egypte sous la couronne égyptienne. Le Parti Umma lance le mot d'ordre de l'indépendance nationale du Soudan, mais il insiste toujours davantage sur l'indépendance par rapport à l'Egypte que sur l'indépendance par rapport à l'Angleterre. C'est pourquoi il jouit du soutien de l'administration britannique du Soudan, et collabore avec celle-ci dans l'établissement d'une

« Assemblée législative » et d'autres institutions pareilles à souveraineté fictive Celles n'ont pas le droit de voter le budget, et le gouvernement britannique peut casser leurs décisions par son simple veto). Le but de la politique britannique concernant le Soudan, c'est de passer lentement après de nombreuses années d' « éducation » de la domination directe à la domination indirecte, comme en Transiordanie par exemple. domination indirecte qui pourra s'appuyer sur de fidèles agents de la Grande-Bretagne, les dirigeants féodaux du Parti Umma et les chefs des tribus nègres du Soudan méridional.

Indépendemment de ces deux camps se mouvement syndical puissant, bien orgadéveloppe depuis 1947au Soudan nisé et militant, dont le noyau central est constitué par le svndicat des cheminots. Cette « fédération des syndicats ouvriers » a mené, au cours des années passées, une série de grandes grèves, dont les deux points culminants furent les grèves générales en avril et en août 1951, qui ont pratiquement paralysé toute la vie des villes du Soudan septentrional. L'organisation ouvrière fait également d'indépendance politique. Elle réclame l'indépendance du Soudan, la suppression du Condominium et l'évaruation du navs de toutes les troupes étrangères. Elle a participé activement 16

ERNATION AL aux grandes manifestations contre le plan de l' « Assemblée législative » tenues en avril 1948. Aussi bien le Parti

Umma que le Parti Ashigga se montrent méfiants envers le développement de ce mouvement ouvrier, et il n'est pas rare quils essayent de convaincre les dirigeants ouvriers de cesser des grèves par exemple en juillet 1947, ce qui fut une des causes de l'effondrement de la grève à ce moment).

Par ses grèves et ses actions militantes, le mouvement ouvrie: du Soudan a montré qu'il représente la seule force du pays, prête à lutter effectivement contre

'impérialisme britannique et capable de le faire. La coordination du mouvement anti-impérialiste des masses égyptiennes et de cette force (par exemple des actions prolétariennes de la zône du canal de Suez avec la grève des 10.000 ouvrie:s près de l'armée britannique au

Soudan) pourrait ébranler la domination britannique et mettre la libération de la vallée du Nil à l'ordre du jour. Mais la direction du mouvement national égyptien a suivi depuis trente ans une politique tendant à opposer le mouvement anti-impérialiste soudanais au mouvement égyptien. Les dirigeants du W.A F.D. déclarent toujours que le Soudar devrait revenir à l'Egypte pour des raisons historiques, et lors de leurs négociations avec la Grande-Bretagne, ils n'exigeaient en général ni plus ni moins que l'application effective du Traité de 1899, c'est-à-dire les mêmes droits de domination pour l'Egypte que possède la Grande-Bretagne sur le Soudan. Beaucoup de chefs égyptiens déclarent, a l'exemple des nazis, aue le Soudan représente « l'espace vital » égyptien. Le point culminant de ces aspirations psendo-impérialistes de la part d'une bourgeoisie coloniale qui, sans avoir ellemême conquis son indépendance, essaie d'imiter l'étape suprême la plus réactionnaire de l'impérialisme, est constitué par la déclaration de Nahas Pacha du 8 octobre de cette année. Après qu'il eût abrogé le Traité de 1899 sur le Condominium et qu'il ait proclamé Farouk, Roi d'Egypte et du Soudan, il a décrété ($ 4 de l'Arrêté Royal) que les Soudanais auront le droit d'élire leur propre gouvernement de façon « démocratique », mais que toutes les matières de politique étrangère, de défense nationale et de finances resteront réservées au Roi, selon la Constitution égyptienne.

Cette déclaration permit à nouveau à l'impérialisme britannique d'isoler mouvement anti-impérialiste au Soudan de celui de l'Egypte. Alors qu'au lendemain du 8 octobre 1951, le Caire et Alexandrie étaient secoués par d'immenses manifestations, les habitants de la capitale soudanaise. Khartoum, selon une dépêche du journal égyptien

Al-Ahram, du 11 octobre, vaquaient paisiblement à leurs occupations. Ce n'est cu'à la fin d'octobre qu'eurent lieu des démonstrations au Soudan, déclenchées presque exclusivement par les étudiants des écoles secondaires, sans participation ouv-ière. La grève aux installations militaires men-

INT

A T R TEME I IN tionnée ci-dessus n'éclata qu'en fin novembre, alors que le mouvement prolétarien en Egypte même avait déjà nettement perdu de son élan et que la terreur individuelle du « Kataïb » était passée au premier plan. Les dirigeants du Parti Ashigga pro-égyptien, confus et divisés entre eux, se turent pendant plusieurs jours, puis se rendirent au Caire pour que les chefs du W.A.F.D. y arbitrent leurs querelles. Par contre, le Parti Umma publia en long et. en large des déclarations contre l'impérialisme égyptien (sans mentionner naturellement l'impérialisme britannique :) et critiqua justement et en détail l'absurdité de « l'auto-détermination » du Soudan telle qu'elle avait été proposée par l'Egypte (sans mentionner que | « auto-détermination » proposée par le gouvernement britannique était tout aussi absurde !). Le principal profit politique que le gouverneur britannique du Soudan a su capitaliser grâce à la déclaration de Nahas Pacha du 8 octobre, ce fut le brusque tournant de Sir Ali el-Mirghani, principal rival politique et religieux de Abd el-Rahman al-Mahdi, qui avait jusqu'alors appuyé l'Egypte et le Parti Ashigga, et qui se prononça maintenant en faveur des plans britanniques. Dans cette atmosphère, il n'était guère difficile au gouverneur britannique de faire ar-

La politique de zig-zag bien connue des staliniens envers les mouvements nationaux dans les colonies s'est exprimée et s'exprime encore sous une forme aigüe chez les staliniens égyptiens. Pour eux les dirigeants du W.A.F.D. sont ou bien « passés définitivement dans le camp de l'impérialisme », ou bien représente « les combattants révolutionnaires contre l'impérialisme ». La politique léniniste envers les mouvements nationaux dans les colonies, qui consiste à « marcher séparément et frapper ensemble », qui appuie toute action anti-impérialiste effective tout en critiquant les véritables intentions des dirigeants du W.A.E.D. et en éduquant les masses a ce sujet; une telle politique « de soutien du W.A.F.D. comme la corde soutient le pendu » tout en maintenant l'indépendance de l'organisation prolétarienne, leur reste totalement inconnue. Pour ne donner qu'un petit exemple de la politique d'après-guerre du stalinisme égyptien : le 13 mars 1946, l'organe stalinien ElFagr el-Gadid écrivait : « ...Les éléments droitiers se sont emparés de la politique du W.A.F.D. et y déterminent l'orientation. Le résultat en est que le W.A.F.D. est aujourd'hui plus enclin que par le passé à arriver à un compromis avec limpérialisme. Cette position nous montre que le W.A.F.D. est devenu le représentant de la bourgeoisie (?), qui a per-

Uses possibilités révolutionnaires ». Mais deux. mois plus tard, le 22 mai 1946, la même revue écrit au sujet d'une déclaration du W.A.F.D. sur les pourparlers avec la Grande-Bretagne : « Cette

E R NATIONAL rêter le 21 novembre des dirigeants du

Parti Ashigga, sans qu'il y ait des manifestations de protestation de la part des masses, qui se sont toujours produites jadis à Khartoum et à Oundourman dans de telles conditions.

Les syndicats soudanais se sont limités dans ces circonstances à publier une déclaration, dans laquelle ils appuient labrogation du Traite de 1899 sur le

Condominium et réclament la fin immédiate de ce Condominium ainsi que • le droit d'auto-disposition du peuple soudanais « comme il est inscrit dans la charte de l'O.N.U. ». Cette déclaration faible et vague est à la fois le produit de la politique égyptienne, isolant les masses soudanaises des masses égyptiennes, et le produit du manque de coordination et d'organisation commune des mouvements ouvriers et syndicaux égyptien et soudanais. Seule une telle organisation, combattant à la fois pour lévacuation des troupes britanniques et pour la cessation de la domination anglaise sur l'Egypte et le Soudan, ainsi que pour le plein droit d'auto-détermination des masses soudanaises, tout en les invitant à lutter coude-à-coude avec leurs frères égyptiens contre l'impérialisme, seule une telle organisation peut effectivement infliger une défaite à limpérialisme. declaration exprime une tendance nationale ...et nous la considérons comme un tournant de la politique du W.A.F.D. à l'égard de l'impérialisme britannique. C'est le devoir de tous les progressistes et de toutes les organisations démocratiques de soutenir le W.A.F.D... ».

Le même tournant d'une position ultragauche vers une position droitière s'est produit également au cours des derniers mois. Alors qu'il n'y a pas si longtemps, les organisations staliniennes se seindèrent souvent lors d'exclusions de membres ou de groupes accusés de « tendance pro-W.A.F.D. », la déclaration du & octobre a provoqué une tempête d'acclamations dans les rangs staliniens. Les déclarations et tracts staliniens contenaient des « félicitations au gouvernement du W.A.F.D. et à sa position grandiose »; on y dit qu' « une époque nouvelle était ouverte », dans laquelle « toutes les aspirations se réunissent pour chasser l'impérialisme ». Le « comité pour la paix » stalinien d'Egypte a également célébré dans une déclaration « la grandiose action historique nationale entreprise par le gouvernement » et il y voit la « réalisation des aspirations anciennes et toujours renouvelées du peuple ». Plus encore: « Le comité voit dans la déclaration de Son Excellence le President du Conseil et Son Excellence le Ministre des Affaires étrangères la juste compréhension (!) du rôle que l'Egypte doit jouer pour maintenir la paix mondiale » (Al-Mistri, 13 octobre 1951). La seule revendication que les staliniens ont avancé contre le gou-

LA POSITION DES STALINIENS

T

LA POSITION DES STALINIENS vernement fut celle de la libération des prisonniers politiques.

Ces adulations staliniennes n'ont naturellement pas empêché le gouvernement du W.A.F.D. de réprimer par la force les manitestations ouvrières et les grèves, et de coopérer au cours de cette « action nationale historique » avec l'armée impérialiste britannique! Elles n'ont pas non plus empêché le ministre de l'Intérieur Serag el-Din de déclarer à un journaliste étranger, que rien n'est changé dans l'attitude de l'Egypte envers le communisme depuis l'abrogation du Trai-

Les derniers événements d'Egypte ont à nouveau montré l'élan révolutionnaire énorme du prolétariat égyptien, qui s'était déjà manifesté lors de la vague grèviste du printemps de 1950. Ils ont à nouveau confimé que, malgré l'état arriéré de l'industrie égyptienne, le prolétariat égyptien, grâce à son haut degré de concentration dans les ports, les chemins de fer, les installations pétrolières et les camps militaires, représente une force révolutionnaire qui pourrait devenir décisive dans la lutte pour la libération nationale et sociale du ProcheOrient. D'autre part, ces derniers événements ont confirmé la leçon des grèves de printemps 1950 : l'absence d'une direction centrale coordinatrice amène l'élan révolutionnaire dans une impasse et empêche que ne soient obtenues des victoires décisives, Sans une telle direction, les actions grandioses de solidarité ouvriers éclatent successivement dans les différentes entreprises et dillérentes villes au lieu d'éclater toutes ensemble, ce qui affaiblit fortement leur effet. Par manque d'une direction révolutionnaire internationaliste, le mouvement anti-impérialiste des masses n'a pas entrepris des mouvements de fraternisation avec les soldats britanniques et ne s'est pas adressé au prolétariat international pour lui demander son aide. C'est ainsi cu'il a été possible aux dirigeants féodaux et capitalistes égyptiens de refouler le caractère prolétarien du mouvement et de détourner celui-ci dans la voie chauvine et stérilisante du terrorisme. individuel. Ceci à son tour, permet à l'impérialisme britannique de cacher à l'opinion publique mondiale le véritable contenu du mouvement anti-

ERNATIONALE té de 1946. Elles n'ont pas non plus empêché la police d'arrête à nouveau des communistes ou de les faire condamner par des juges égyptiens. Ce que cette politique stalinienne a contribué à empêcher, par manque d'une critique sérieuse du décret transformant le Soudan en une province du royaume d'Egypte, ce fut l'unification des masses laborieuses soudanaises avec leurs frères égyptiens pour une lutte commune contre l'impérialisme britannique et contre les aspirations des féodaux arabes d'imiter l'impérialisme et le fascisme. impérialiste des masses égyptiennes et de le représenter comme une explosion fanatique d'instincts religieux primitifs.

Les derniers événements en Egypte ont à nouveau confirmé la justesse de la revendication des groupes de la IV° Internationale, de convoquer un Congrès pour la constitution d'une Fédération des Syndicats et de toutes les organisations ouvrières de tous les pays du Proche-Orient. A part quelques démonstrations d'étudiants à Beyrouth et à Damas, le mouvement égyptien n'a eu que peu d'échos dans les autres pays arabes. Des grèves de solidarité de la part d'organisations ouvrières ont fait complètement défaut. Or, c'est là la seule voie pour vaincre l'impérialisme. Une position juste sur la question du Soudan est d'importance primordiale pour l'organisation du prolétariat égyptien, car aussi longtemps que la lutte des masses égyptiennes et soudanaises n'est pas organisée en commun, Timpérialisme britannique gardera sa base dans le Soudan, d'où il peut étrangler le mouvement révolutionnaire en Egypte. Pour aboutir à cette unité d'action, il faut combattre le mot d'ordre de « l'union de la vallée du Nil sous la couronne égyptienne », il est nécessaire de combattre en même temps au Soudan la politique du Parti Umma, qui ne Tait que masquer un appui à la domination britannique.

Telles sont les tâches concrètes posées à l'organisation de la IV* Internationale en Egypte et dans le Proche-Orient, et qui sont à nouveau inserites à l'ordre du iour par les derniers événements en Egypte.

Fin novembre 1951.

L'importance du mouvement ouvrier montant au Soudan est attestée par l'information suivante :

La Confédération des Syndicats du Soudan a décidé d'organiseé une série de grèves générales, durant chacune trois jours et se succédant chaque quinzaine, mour imposer ses revendications (augmentation des salaires de 75 % et semaine de travail de trente-neuf heures). Les Anglais craignent que les quatre-vingt mille ouvriers industriels et fonctionnaires syndiqués suivront tous ce moi d'ordre, (A.T. Steele, New York Herald Tribune, 7 janvier 1952).

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