Tes préparatifs de la troisième guerre mondiale ne consistent pas seulement en un armement-matériel gigantesque. Pour mobiliser le maximum de monde au service de l'impérialisme, les pensées et les argumentations plus diverses sont mises en louvre, traduisant les extraordinaires pressions matérielles et idéologiques qui. pèsent sur les individus et les organisations. Quelques rêveurs peuvent encore songer à une neutralité impossible. Les bourgeois d'Europe occi-
Use désespèrent d'avoir à suivre dentale les directives de Washington mais ne peuvent rien faire d'autre. Le conflit qui se prépare aura une telle ampleur qu'il fait déjà craquer des traditions séculaires. La conception de la patrie bourd'hommes sont allés à la mort au cours geoise — pour laquelle des millions des deux guerres mondiales précédentes — ne peut plus servir à tromper grand monde en Europe. Il faut des idéologies plus subtiles, ou parfois le simple attra-
"Capitulation dev
Le ge Congrès Mondial des trotskystes a défini clairement les positions de notre mouvement dans la guerre qui vient.
Nous sommes dans le camp de l'U.R. S.S., de la Chine, des démocraties populaires contre le camp de l'impérialisme. Cette position n'a pas surgi inopinément. Elle est dans la ligne traditionnelle de notre mouvement. Elle fut nôtre au cours de la deuxième guerre mondiale. Elle fut particulièrement soulignée et précisée depuis le début de la guerre de Coree, depuis que la preparation de la troisième guerre mondiale a pris un caractère intensit.
Cette position a soulevé une levée de boucliers. Elle nous a valu d'être l'objet d'une accusation qui a été lancée presque périodiquement contre nous : nous capitulons devant le stalinisme! Pour les uns nous sommes même des instrument du Kominform. Pour d'autres, bonnes âmes, la IV" Internationale qui aurait pu jouer un si grand rôle dans l'histoire s'est mise sur la pente fatale qui la conduit à sa perte. On nous enterre une fois de plus, avec ou sans fleurs. A vrai dire, Staline et les siens qui avaient d'autres moyens contre nous se sont targués si souvent de nous avoir pe-nigaud du « totalitarisme stalinien ». En tout cas ,dès maintenant chacun prend plus ou moins franchement place dans le combat. Les Kravtchenko choisissent « la liberté » pour s'enrôler sous l'uniforme américain, avec l'espoir de rétablir la propriété privée en U.R.S.S. En même temps le monde bourgeois se voit abandonné non seulement par la plus grande partie des masses travailleuses dans une série de pays, mais aussi par de larges couches d'intellectuels. Même des bourgeois abandonnent leur classe. Y a-t-il symbole plus frappant du déclin de la bourgeoisie que le cas de ces fonctionnaires du Foreign institution sélectionnée entre toutes, lâchant leur monde? Mais dans les mieux de lavant-garde ouvriere et révolutionnaire ou qui revendiquent une place dans cette avant-garde, le combat se mène également, les reclassements s'y opèrent aussi. ant le stalinisme" tués et en ont été pour leurs frais, que nous ne nous émeuvons guère d'entendre prononcer notre oraison funèbre. On nous enterre périodiquement parce que, périodiquement, des gens éprouvent le besoin d'enterrer le vrai marxisme.
Nous ne dirons rien ici de ceux qui, dans la classe ouvrière, se sont placés ouvertement, sans ambage, dans le camp de l'impérialisme américain, tels en France les collaborateurs de cette revue qui s'intitule encore par dérision la Révolution prolétarienne. Nous voulons nous occuper de ceux qui ont défendu et défendent encore la, position dite d'un « troisième camp » ou d'un « troisième front », de ceux qui préconisent indépendance égale à l'égard des une deux camps en presence, et une lutte dirigée à la fois contre l'un et l'autre de ces camps.
A vrai dire, l'idée d'une « indépendance » à l'égard des deux camps ou des deux blocs se trouve non seulement dans les rangs se revendiquant de la classe ouvrière, mais aussi dans certaines couches bourgeoises; certains gouvernements bourgeois même prétendent suivre une politique internationale dictée par une telle considération. Nous ne
N T nous occuperons que des organisations ou militants se réclamant de la classe ouvrière. On peut y observer que idées se trouvent des courants allant en sens divers. Récemment une déclaration commune a été signée par les Partis socialistes du Japon et des Indes en faveur d'une politique indépendante des deux bloes. Ces formations ne sont, de toute évidence pour ceux qui ont suivi leur évolution, nullement cristallisées sur des positions bien déterminées. Elles ont rompu ou sont en voie de rupture avec la bourgeoisie et avec les ailes droitières qui exprimaient en leur sein directement la pression de la bourgeoisie. Nous ne devons ni juger ces partis sur ces déclarations ni juger ces positions en fonction de ces partis. La signature par ces partis d'une telle déclaration exprimait une étape d'une progressive, bien qu'insuffiévolution sante, inachevée et encore grosse de dangers. Il faut nous tourner, pour voir les dangers inhérents à cette position de « troisième camp », soit du côté des organisations comme le P.C. Yougoslave qui, après une incursion vers la gauche, est passée par cette position au cours de son évolution vers la droite, soit du côté d'organisations ou de courants jusqu'à présent relativement cristallisés politiquement, comme le PoUM et schachtmaniens, qui ont été et sont encore les plus systématiques défenseurs d'un « troisième camp ».
Il n'y a vraiment pas à insister au sujet des Yougoslaves. Au lendemain de leur rupture avec le Kominform, ils ont fait visiblement un effort théorique pour s'orienter politiquement. Puis, quand la pression de la situation internationale est devenue trop forte et qu'ils ont vu leur seul espoir dans une aide matérielle importante, sont rappelés qu'ils avaient appris à l'école stalinienne que les principes étaient faits pour être bafoués et qu'il y avait toujours des théoriciens pour justifier au nom du marxisme les pires compromissions. Tito découvre les bienfaits de l'Occident, passe un pacte militaire avec les U.S.A. condamne toute idée d'un « troisième camp ».
Pour communistes yougoslaves dont l'inquiétude nécessite quelques exAvec qui peut-on faire et ne
Rendons justice au POUM que, de toutes les organisations centristes .qui ont vu le jour entre les deux premières guerres mondiales et parmi lesquelles il était associé sans réserves sérieuses jusqu'en 1940, il est le seul à subsister. Echaudée par ses expériences avec les Bureau de Londres, Front Ouvrier International et autres créations éphémères auxquelles le POUM donna son appui, la direction de cette organisation avait pratiquement renoncé à être partie intégrante d'un mouvement international
Use contentait d'assister à titre d'« observateur » à toutes réunions pos20
ERNATIONALE plications théoriques, Djilas proclame la bureaucratie une nouvelle classe l'U.R.S.S. un capitalisme d'Etat; si cela ne suffit pas, l'Etat yougoslave « en vole de dépérissement » possède certainement quelques arguments plus puissants en la personne de Rankovitch. Mais l'évolution de la diplomatie yougoslave est des plus frappante. Rompant avec Staline, les Yougoslaves prétendaient au début fort justement avoir le droit de décider par eux-mêmes leur politique au sein du camp anti-impérialiste. La pression du gouvernement soviétique et de ses satellites devenant plus difficile à supporter, ils déclarèrent adopter une position « indépendante » et, pendant quelque temps, ils avancèrent sur corde raide. Incontestablement leur situation était très pénible. Mais, Mais, renonçant à se tourner vers les ouvriers et ayant beaucoup plus confiance dans les avions à réaction qui pouvaient leur venir de Washington, ils lui vendirent leurs principes en même temps que leurs marchandises. Ils abandonnèrent la Corée devant l'agression américaine. Ils viennent à la dernière session de I'O.N.U. de renier même le principe de l'égalité de toutes les nations, petites et grandes, pour lequel ils avaient osé se rebeller contre Staline. Dans son discours, Kardelj, pour la première fois, s'est prononcé pour un Pacte entre grandes puissances... afin d'assurer la paix, alors que jusqu'alors les Yougoslaves avaient dénoncé ce genre d'accord com-
Use faisant aux dépens des petites nations, sans aucun profit pour la cause de la paix. Plus encore, ce n'est pas n'importe quel pacte entre n'importe quels « Grands » que les Yougoslaves sont prêts à accepter. Kardelj veut bien
« Pacte à quatre », comme Washington pourrait peut-être l'admettre, mais pas d'un « Pacte à cinq » que réclame Moscou qui veut associer Chine • à son jeu. Dans cette politique yougoslave actuelle, les principes n'ont pas grand'chose a faire.
Une « position indépendante », « troisième camp » sont bien difficiles à occuper quand on a un Etat à diriger ; aurons-nous plus de chances en nous tournant vers ceux qui n'ont que des responsabilités moindres ou pas de responsabilité à assumer? • pas faire le front unique ? sibles. Il pouvait y avoir à celles-ci de violents débats, les « observateurs » du POUM restaient silencieux. La Batalla publiait ensuite des informations avec aussi peu de commentaires politiques que possible, la direction du POUM semblant se trouver au-dessus de toutes ces contingences qui accablent les organisations ouvrières et socialisantes.
Mais l'approche de la guerre a entraîné quelques changements. Sur le Congrès Mondial de la v° Internationale, La Batalla s'exprina sans détour :
Les trois résoltions votées et de facon générale Jutes les décisions adop-
Q U ATRIEME I N T tées viennent confirmer que le mouvement trotskyste a modifié radicalement la ligne suivie depuis des mois et s'oriente vers une politique de capitulation devant le stalinisme (10 octobre 1951).
Capituler devant le stalinisme? L'accusation pourrait mener loin non les trotskystes à qui elle a déjà été lancée à plusieurs reprises, depuis Madame Paz jusqu'aux Yougoslaves, mais ceux qui la lancent. Car il va de soi qu'à moins d'être politiquement inconséquent, doit adopter la même attitude envers ceux qui capitulent devant le stalinisme qu'envers les staliniens - et nous verrons plus loin que le POUM a une attitude bien déterminée sur ce dernier point.
Une Conférence nationale du POUM tenue récemment en Espagne a pris un certain nombre de positions. Sur la guerre qui vient, la Conférence se prononce à la fois contre Washington et Moscou. La troisième guerre mondiale ne sera pas, selon cette Conférence, ce que disent les trotskystes, à savoir une guerre civile internationale, mais « la lutte pour la domination mondiale » entre le capitalisme yankee et la bureaucratie russe. Dans le mouvement ouvrier, les socialistes qui, dans certains pays (Belgique, Allemagne, pays norarques), se sont renforcés aux dépens des stalniens, agissent, à de rares exceptions près, comme une aile du capitalisme occidental. De leur côté, les P.C. se conduisent comme ce qu'ils sont, des instruments dans la stratégie politique et militaire du Kremlin.
Quant au POUM, il se fixe les taches suivantes:
1) Intervenir d'une façon active dans toutes les actions et tous les mouvements indépendants contre la guerre ; 2) Collaborer étroitement avec toutes les forces indépendantes du capitalisme et du stalinisme; 3) Soutenir le rassemblement des tendances et des organisations socialistes révolutionnaires.
Nous ne trouvons dans le document du POUM aucune base théorique sur laquelle repose cette position (1), et nous ne voulons pas chicaner sur « l'intervention active » des observateurs du POUM dans des mouvements « indépendants » que le POUM aura de plus en plus de difficultés à trouver, à en juger
(1) Dans La Batalia, plusieurs feuilletons ont été consacrés à la question du « capitalisme d'Etat » par un des dirigeants du P.O.U.M., pini detors si, selon etesens, il eton vol Iglesias. On se demande pourquoi que : « Les rapports de propriété ne sont pas les caractéristiques principales mais secondaires dans un ordre économique » (La Batalla les partis gul, dans (La Batalla, n° 103, 12 novembre 1951).
De tous le monde se revendiquent du marxisme, le P.O.U.M. est un des rares qui aient inscrit le mot « marxiste » dans son titre. Ce n'est pas une raison pour traiter aussi cavalièrement Ele marxisme.
ERNATIONALE par son attitude envers nous. Mais pour mieux apprécier la position du POUM, voyons comment elle se prolonge sur le plan national. Car les « marxistes » du POUM ne nous contesteront certainement pas quil y a un lien entre la politique internationale et la politique nationale d'une organisation comme d'un Etat. La résolution de cette Conférence sur la situation espagnole donne cette directive:
Constituer un organisme d'unité d'action avec toutes les organisations ouvrières et républicaines, à la seule exception des staliniens.
A la seule exception des staliniens ! Une barriere infranchissable est dressée - qui d'ailleurs rendra le plus grand service aux staliniens espagnols. Mais dans je même numéro de la Batalla qui publie les résolutions de cette Conférence, se trouve un article critiquant les sociaux-démocrates espagnols pour avoi: fait un pacte avec les monarchistes, et dans leguel on peut lire :
Les monarchistes ont forgé le soulèvement militaire de juillet 1936, soutenu le plus fortement Franco, se sont confondus et nême identifiés avec le franquisme. Cependant, on pourrait pour le moment mettre tout cela de côté, sans d'ailleurs toublien jamais, en vue de constituer mec eux un front commun de lutte contre Franco et son régime, en espérant que les forces progressives dépasseraient plus tard les objectifs des monarchistes. Mais tous les monarchistes, depuis le prétendant jusqu'au dernier d'entre eux, n'ont jamais montré le moindre désir de lutter, d'agir, de vouloir renverser le franquisme...
Ainsi, selon la direction du POUM, le front unique qui doit englober toutes les organisations ouvrières et républicaines (à la seule exception des staliniens) pourrait même s'imaginer avec les monarchistes s'il y avait chez ces derniers la moindre velléité de lutte, et ce parce qu'on pourrait espérer « que les forces progressives dépasseraient plus tard les objectifs des monarchistes ». Mais nous qui sommes pour un front unique avec les staliniens (dont on doit dénoncer les objectifs, mais dont on ne peut dire qu'ils ne luttent pas), « en espérant que les forces progressives (surtout les ouvriers) dépasseraient plus tard les obsectes styles, apations à casse de jectifs » des chefs staliniens, nous, vulcela devant le stalinisme. Vous pourrez invoquer les exemples de Yougoslavie et de Chine où la lutte de classe sous la direcrion de chefs staliniens est allée au delà des plans du Kremlin ; rien à faire, la direction du POUM enfermée dans ses frontières nationales ne reconnaît pas le P.C. espagnol comme un parti ouvrier.
Pourquoi la direction du POUM a-telle quelques faiblesses envers le camp bourgeois et une intransigeance absolue envers les staliniens lozsqu'il s'agit de l'Espagne, et manifeste-t-elle sur le plan international une rigueur également grande à l'égard des deux camps ? Les amis politiques du POUM, notamment Shachtman comme nous le verrons plus
R
U sont loin d'être aussi « équidistants » sur le plan international. Mais il lo1u1. ne faut pas oublier que Washington s'obstine à soutenir Franco et non les républicains et autres démocrates avec les-
Shachtman é
Le « Troisième camp » à l'état pur, si l'on peut dire, c'est Shachtman lui même. Depuis qu'il a rompu avec le trotskysme, il a échafaudé de multiples théories sujets, il a renoncé création de l'organisation large embrasmultiples sant tous les courants de la pensée révolutionnaire pour le rôle beaucoup plus modeste d'éducateu: de la classe ouvrière, sans ambitions politiques ; il donne d'ailleurs de nombreux avis aux militants ouvriers et autres à travers le monde entier, avis qui ne leur servent guère. Mais dans toute sa gymnastique depuis plus tante : il est resté fidèle au « troisième de dix ans, reconnaissons-lui une conscamp » (bien que celui-ci ait eu plusieurs variantes en vieillissant), et il a eu la ténacité de defendre cette idée contre ceux des siens qui, a intervalles a peu près réguliers, le lâchaient pour passer ouvertement au camp de l'impérialisme, renonçant à jamais à bâtir un «troi-
» afin de combattre leur sième camp ennemi numéro un, le stalinisme.
Au cours de la deuxième guerre monmondiale. Shachtman avait pris une attitude que nous avons condamnée sur la question de la défense de l'U.R.S.S. et des pays coloniaux impliqués dans cette guerre. Pour lui, celle-ci faisait un tout indivisible, TU.R.S.S., la Chine et les Indes se battant pour la cause des impérialistes. Il était par suite défaitiste pour ces pays. Mais, en dépit de cette erreur et à défaut de construire un « troisième front » hypothétique, il avait eu une attitude d'hostilité intransigeante à la bourgeoisie de son pays; et c'était là incontestablement quelque chose à son crédit, car, c'est toujours dans son propre pays qu'il est plus difficile d'être révolutionpressions qui s'exercent dès maintenant naire. Malheureusement pour lui, en vue de la guerre future sont incomparablement plus fortes que celles qui se sont exercées tout au long de la deuxième guerre mondiale. Cela ne peut surprendre ceux qui comprennent qu'il s'agit avant tout cette fois d'une guerre civile internationale et non d'une guerre interimpérialiste, dans laquelle fut entraînée l'U.R.S.S. Quelques années après la fin de la guerre, avant même qu'on puisse même établir un semblant de paix,. le front impérialiste s'est ressoudé : l'Italie avait retrouvé le chemin de la famille au cours même des hostilités ; l'Allemagne et le Japon l'ont fait un peu plus fasd. Mais au cours même de la guerre, pendant les plus beaux jours de l'alliance
" Grands » contre l'hitlérisme. les •des frictions ne manquérent pas entre l'U.R.
S.S. et ses « amis » capitalistes.
Soumis à des pressions beaucoup plus fortes, le champion du « troisième quels la direction du POUM ne demande qu'à s'entendre. Il y a pour le moment un mur infranchissable, tout comme du côté des staliniens, mais c'est Washington et non le POUM qui la édifié. rudie Lénine camp » est amené, par suite de sa faiblesse idéologique, dès aujourd'hui à un glissement qui ne peut presager que le pire pour l'avenir. Dans les numéros de mai-juin et juillet-août 1951 de sa cevue New International il a exposé ses positions dans un article long de 22 pages, intitulé « La politique socialiste et la guerre » qui constitue plus qu'un recul marqué par rapport à ses positions antérieures, plus que la continuation de la marche arrière qu'il poursuit: la capitulaiion devant l'impérialisme y est virtuellement inscrite.
L'article — comme généralement tous ceux de Shachtman - suit des méandres extraordinaires, il est assez pénible d'y retrouver le fil de la pensée de l'auteur. Première observation : tout en reproduisant « Pour être marxiste, on doit juger chatermes de Lenine : que guerre séparément et concrètement », Shachtman ne se livre à aucun moment à une analyse approfondie du caractère sorial des forces et mouvements en présence. La comme question est traitée, tantôt pour toutes, elle était déjà tantôt réglée par comptent pas beaucoup dans tout l'arquelques remarques brèves qui ticle. Plus de la moitié de celui-ci est consacré aux précédents historiques. Plus particulièrement Shachtman se jette sur la première guerre mondiale et rappelle les positions défendues par Lenine à cette époque. De là il fait un bond prodigieux et saute à la troisième guerre mondiale, cubliant totalement qu'il y a eu une deuxième guerre mondiale et qu'au début de celle-ci il a été quelque peu en divergence avec Trotsky sur l'attitude envers IU.R.S.S. et sur la question • du
« troisième camp ». Les souvenirs, historiques de Shachtman sont capricieux.
Mais revenons à Lenine et à la première guerre mondiale. Après tout, ce n'est pas mauvais de se replonger dans
" Contre le Courant », dans ces articles qui ont été à la base de l'éducation des générations de révolutionnaires d'après 1920. On y trouve là des idées qui furent à la base des positions principielles de l'Internationale communiste dans ses meilleurs jours. Shachtman, au bout de longues dissertations, rappelle les principales conclusions politiques de Lenine dans cette première guerre interimpérialiste: le défaitisme révolutionnaire, la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Mais. avant dit cela,
Shachtman se lance soudainement dans un très long développement: Lenine en
1917. après février, s'est réorienté !
Après la révolution de février, il a abandonné la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Shachtman
U A TRIEME IN T indique sans tirer aucun enseignement que Lenine ne fit alors aucune concession aux « défensistes révolutionnaires c'est-à-dire à ces prétendus socialistes qui demandaient aux masses de continuer à se faire massacrer pour « defendre » la démocratie, alors que — comme Lenine le soulignait vigoureusement — le gouvernement provisoire ne faisait que continue: à servir les mêmes intérêts impérialistes que ceux défendus jusqu'alors défendus par le tsarisme abattu. Mais, Lenine montrait que pour les masses le problème devait être posé sous une autre forme. Les masses avaient commencé à réaliser la stratégie léniniste, c'est-a-dire a « transcivile », ce dont Shachtman n'a pas l'air forme: la guerre impérialiste en guerre de s'apercevoir dans son artiele. De ce fait cette stratégie nécessitait une formulation appropriée aux circonstances nouvelles. Il s'était établi dans l'ancien empire des tsars un « double pouvoir », celui de la bourgeoisie (le gouvernement provisoire) et celui des masses (le soviet, sous une direction de mencheviks et de socialistes révolutionnaires, désireux de collaborer avec la bourgeoisie). Ces deux pouvoirs commencèrent une coexistence éminemaux débuts de la révolution, ment instable. La tâche des révolutionnaires consistait à aider les masses à leur propre expérience de cette faire dualité de pouvoir tant sur le plan de la politique intérieure que sur celui de la guerre (que la bourgeoisie voulait pourSuivre tandis que les masses aspiraient à la paix) ; il fallait favoriser l'expérience jusqu'a pouvoi passer à une nouvelle étape de la révolution, dans laquelle la dualité de pouvoir serait liquidée au profit d'un pouvoir des ouvriers, des paysans et des soldats. Mais Shachtman, qui a cité la phrase de Lenine sur
« le concret », ne s'en souvient pas plus qu'il ne se préoccupe des caractères très particuliers de cette dualité de pouvoir. Il n'a apporté cet exemple que pour en sa tactique, renonçant à la transformaretenir une chose : Lenine a modifié tion de la guerre impérialiste en guerre civile. Nous ne comprendrons que plus loin dans son article pourquoi il a été cherché cet exemple (2). L/histoire ayant ainsi été évoquée, suivons Shachtman quand il passe à la troisième guerre mondiale.
Celle-ci serait ainsi définie :
Les puissances qui domineront et dirigeront la troisième guerre mondiale sont celles qui en dominent les préparatijs, les Etats-Unis et la Russie. Leurs rapports rendent le conflit inévitable. Le conflit est impérialiste des deux côtés et c'est ce qui détermine le caractère prédominant de la guerre qu'elles mèneront (et qu'en un sens elles mènent déjà). (page 105).
Ici vient se placer ce qui sert d'analyse à Shachtman. On y trouve quelques
(2) Nous laisserons tout à fait de côté la tendance extrêmement accusée chez Shachtman de représenter mocrate », dans le sens le plus vulgaire du terme. Cela correspond à l'usage réformiste, comme nous le verrons, que shachtman veut faire du fondateur du parti bolchevik.
ERNATIONALE pages pour démontrer que les Etats-Unis
Run pays impérialiste. Il est quelquefois bon d'enfoncer une porte ouverte pour paraitre fort. Quant au stalinisme, voici ce que nous trouvons comme analyse sociale :
L'impérialisme des Etats collectivistesbureaucratiques est différent de celui des Etats capitalistes. Mais les forces motrices économiques qui sont derrière l'un ne sont pas moins puissantes que celles qui sont derrière l'autre. Seuls des ignorants - des gens qui ne connaissent rien de l'histoire et rien de la théorie de 'impérialisme de Lenine — peuvent concevoir l'impérialisme comme un phénomène spécifique à la société capitaliste (page 200).
Nous avions appris à distinguer les société en fonction de leur mode de production et de leurs rapports de propriété, nous connaissions la société esclavagiste, la société féodale, la société capitaliste et nous ne pensions pas qu'on pouvait utilement mettre sous la même dénomination d' « impérialisme » la Rome antique, le St-Empire romain germanique et la Grande-Bretagne. Nous voulons bien reconnaître notre ignorance, mais nous prions Shachtman de bien vouloir attribuer celle-ci à Lenine car, dans son livre sur « L'impérialisme » nous avions relevé le passage suivant:
La politique coloniale et l'impérialisme ont existé déjà avant la phase contemporaine du capitalisme, et même avant le cupitalisme. Rome, fondée sur Vesclavage, faisait une politique coloniale et réalisait l'impérialisme. Mais les raisonnements « d'ordre général » sur Pimpérialisme, éliminant ou reléguant à larvière-plan la différence essentielle des formations économiques et sociales, dégénèrent infailliblement en banalités creuses ou en rodomontades comme la comparaison de la « Grande Rome » et de la « Grande-Bretagne ». Même la politique coloniale du capitalisme dans ses phases antérieures se distingue foncièrement de la politique coloniale du capital financier. (Chapitre VI, Le partage du monde entre les grandes puissances.)
Bien qu'averti qu'il allait dégénérer infailliblement en banalités creuses ou en rodomontades, Shachtman s'est engagé sur une vole ani, comme nous allons le voir, le fait dégénérer bien autrement.
On ne peut toutefois pas en vouloir à
Shachtman d'avoir des souvenirs lointains et confus sur cette œuvre de Lenicar son cerveau tend à tout confondre. Quelnues pages après avoir écrit que la troisième guerre mondiale serait une guerre impérialiste « des deux côtés », il en donne une définition quelque peu différente :
La troisième guerre mondiale différera radicalement de la première et même de la dennième en ce que les deux principaux belligérants voient Pun dans T'autre non seulement des rivaux impérialistes mais des ennemis de classe représentant des sustèmes sociaux antagonistes (page 201).
Ce sera donc autre chose qu'une guerre interimpérialiste au moins de l'avis des
A E M E IN belligérants, car la formulation de Shachtman est pour le moins ambigue, En tout cas on verra s'affronter deux systèmes reposant sur des formes de propriété différentes. Ceci étant reconnu, Shachtman dit que quand la classe dirigeante américaine parle de guerre contre le communisme, ce n'est « pas si stupide » de son point de vue; mais que c'est « archistupide » du point de vue shachtmanien, car « il n'y a rien de commun entre le communisme et le stalinisme » (p. 202). Shachtman entend par là les sociétés, la société de ses rêves et la société russe. Il n'y a rien de commun entre elles, sauf « la centralisation des moyens de production et la production et la distributron planifiées » (page 200); mais seul un trotskyste peut rester fidèle à la conception marxiste qu'à des rapports de production et des rapports de propriété donnes, il correspond un seul régime social et non deux. Pour Shachtman, les rapports de production, les rapports de propriété, ce n'est pas très concret, sinon on serait obligé d'accepter la théorie trotskyste de l'U.R.S.S., Etat ouvrier.
Mais, à défaut d'analyse fondamentale, Shachtman détermine sa politique par des affirmations d'ordre psychologique et subjective:
Surpassant tous les autres obstacles à la réalisation de l'objectif impérialiste
A ce point, quiconque aura suivi Shachtman dans ses tribulations intellectuelles sera amené à conclure: il faut soutenir les Etats-Unis pour vaincre l'impérialisme soviétique, après quoi on pourra songer à lutter pour le socialisme. Shachtman lui-même soulève cette question, qui se pose si logiquement qu'elle explique pourquoi l'organisation shachtmanienne a surtout été un couloir de passage entre le camp ouvrier et le camp impérialiste. Il commence par concéder qu'une victoire de l'impéria isme américain ne serait pas tellement désastreuse :
Si les Etats-Unis gagnaient la guerre, cela ne signifierait très probablement pas Pétablissement automatique et immédiat du régime totalitaire qui résulterait directement d'une victoire du stalinisme. Il est loin d'etre certain mais il est bien probable qu'une victoire américaine laisserait au moins un certain degré de démocratie dans lequel la classe ouvrière et les mouvements socialistes pourraient comtinuer à se développer avec une liberté plus ou moins grande (page 200).
Est-ce une liberté du type de celle que connaissent les Coréens du sud ou du type promis par le fameux numéro de Collier's ? Shachtman ne nous le dit nas mais il n'est pas prêt (pas encore prêt) à aller jusque là. Il ne veut pas, prétend-il, marcher avec l'impérialisme américain car celui-ci s'appuie sur les pires forces de réaction à travers le monde. Faute d'arguments plus nombreux, Sha-
R NATION A E américain qui n'est rien moins que la domination mondiale, se trouvent tes forces du stalinisme. Sans hésitation ni ambiguité, nous pouvons dire que le seul désastre plus grand que la guerre ellemême que l'humanité pourrait swbir.. serait la victoire du stalinisme à l'issue de la guerre (page 198).
Nous répétons: on ne peut connaître te mois mend désastre en te que ta vec de plus grand désastre en rapport avec toire du stalinisme... Jusqu'a ce qu'il ait été complètement détruit comme force politique, la victoire de la classe ouvrière est impossible (page 200).
Shachtman est obnubilé par la possibilité d'une victoire mondiale du stalinisme, au point de penser que le capita-
One peut être vaincu par la classe lisme ouvrière dans le monde entier sans que soit d'abord renversé Staline. Il n'a tiré. aucune leçon des luttes révolutionnaires qui ont marqué le monde depuis 1943. Il n'a rien vu de ce qui s'est passé en Yougoslavie, de la nature des rapports entre le Kremlin et la Chine. Ce qui se passe dans les pays de l'Europe orientale est sans importance. Il ne voit pas la montée révolutionnaire des masses conger intérieurement les assises du stalinisme au sein des Partis communistes. Tant que Staline sera là, pas de victoire de la classe ouvrière (3). chtman va nous définir dans les trois dernières pages de son article sa position de la façon suivante:
(3) Nous avons renoncé à suivre Shachtman dans toutes ses promenades « theoriques ». Cependant, Il serait dommage de laisser passer les lignes suivantes :
• Le stalinisme est ime force sociale puisenracinée et se développant dans le décadence de la société capitaliste qui est incurable, et dans la decadence du mouve ment ouvrier qul, neureusement, n'est pas du tout incurable... Le stalinisme reste une force non ébranlée dans des pays comme -le France et Italie parce que la bourgeoisie est incapable de prendre des mesures sérieususe capisaistent quente mouan sur une ses pour vrier non-stalinien (le Parli sociallste et les syndicats réformistes en France, par exemple) reste un appendice ou un allié de la bourgeoisie; tandis que le stalinisme est une force insignifiante dans un pays comme l'Angleterre parce que, bien que la bourgeoisie n'ait pas pu résoudre la crise sociale à sa façon, le mouvement ouvrier officiel a pris des mesures sérieuses, bien qu'hésitantes et inadéquates, pour la résoudre sur une voie anticapitaliste. Avec tous les changements nécossaires, la même explication peut être donnée en ce qui concerne la différence entre la situation aux Indes et la situation en Chine, ou même en comparant les situations en Indonésie et en Indochine » (pages 201-202).
La direction droitière du Labour Party, les bourgeoisies des Indes et d'indonésie, voli les voies de guérison de la décadence de la classe ouvrière ! Ce qui est vraiment incurable, c'est le déclin de Snachtman.
Shachtman veut transformer la guerre impérialiste en guerre démocratique
Shachtman veut transformer la guerre impérialiste en guerre démocratique
Le mouvement ouvrier dans ce pays est aujourd hui politiquement une minorité. Les socialistes sont une minorité beancoup plus petite. Nous avons nos responsabintes ; la classe dirigeante a ses responsabilités (page 204).
Shachtman a une appréciation de la classe ouvrière américaine un peu sommaire et très statique. Mais allons plus loin :
Ln bourgeoisie est à la tête de la nation. Elle est vraiment préoccupée de la défense de la nation. Mais elle la conçoit de la seule façon dont elle peut le faire : comme identique à la défense de la propriété capitaliste et de la puissance impérialiste (page 204).
La classe ouvrière est également préoccupée de la défense de la nation. A Ta différence de la bourgeoisie, elle na Pidentirie pas en premier heu avec la défense de la propriété capitaliste et de la puissance impérialiste. Son patriotisme est d'un typa fondamentalement différent, si lourdement recouvert d'idéologie bourgeoise soil-il. Il identifie la défense nationale essentiellement rvec ses intérêts de classe : la préservation de ses organisations. de son standard de vie relativement élevé, ses droits démocratiques péniblement conquis, ainsi que le droit de diriger en tant que nation libre et indépendante. Une des différences saillantes entre la guerre qui vient et la première yuerre mondiale est que toutes les choses que la classe ouvrière identifie à la déJense nationale sont réellement menacées par le stalinisme. Le triomphe des armées staliniennes changerait totalement le régime social et politique aux EtatsUnis; nous pouvons laffirmer avec autant de force que Lenine insistait sur le contraire en ce qui concernait les belligérants de la guerre de 1914. Nous, socialistes, faisons un avec la classe ouvrière dans son désir de résister à cette menace et de la vaincre. Nous différons de la classe ouvrière, telle qu'elle est maintenant, en ce que nous ne pouvons soutenir et ne soutiendrons pas le camp capitaliste américain qui. lui-même, vise à violer les droits et l'intégrité des autres peuples. La politique socialiste dans la guerre qui vient, donc, ne met pas en avant des mots d'ordre tels que le « détarisme révolutionnaire » ou la « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile (page 205).
Ainsi les organisations ouvrières américaines sont menacées non par l'impérialisme américain (oui vise seulement « les droits et l'intégrité des autres peuples »), mais par le stalinisme; et le régime social et politique des Etats-Unis - le répime canitaliste -_ sombrerait dans une défaite des armées du capitalisme américain. Autrement dit, les organisations ouvrières américaines et le capitalisme américain ont un petit quelque chose en commun : ils ont un même ennemi, le stalinisme. Si celui-ci fait la guerre, un ouvrier américain ne peut vouloir la défaite de son patron. Shachtman le précise d'ailleurs en termes tout à fait clairs:
. Poursuivre la lutte de classe d'une manière telle qu'elle mettrait clairement
« en péril la position du gouvernement, meme au point où il pourrait etre défait par l'ennemi et perdre la guerre » serait, dans les conditions, de la troisième guerre mondiale, désastreuse pour la classe ouvrière et pour le socialisme. Au contraire, la politique socialiste doit etre basée sur Vidée de transformer la guerre impérialiste en une guerre démocratique, c'est-adire l'adoption d'une façon large des vues mises en avant par Lenine en 1917, avec tous les changements exigés par les différences entre la situation d'alors et maintenant, et la propagande pour la faire adopter par le mouvement ouvrier dans son ensemble (page 205).
On comprend maintenant pourquoi Shachtman avait commencé par chercher un exemple de Lenine. Mais il le prend d'une façon large, bien large. Dans quelles conditions Lenine avait-il medifié sa position ? Ecoutons :
Nous avons propagé la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, et maintenant nous avons changé. Mais nous devons nous rappeler que la première guerre civile en Russie s'est terminée; nous avançons maintenant vers la seconde guerre, la guerre entre Pimpérialisme et le peuple armé. Dans cette période transitoire, aussi longtemps que les armes sont dans les mains des soldats, aussi longtemps que Milioulou et Gutchov n'ont pas recours à la violence, cette guerre civile se transforme pour nous en une propagande de classe pacifique, étendue et patiente. Parler guerre civile avant que le peuple ne soit parvenu à en réaliser la nécessité, c'est indiscutablement tomber dans le blanquisme (Conférence du Parti bo chevik, avril 1917).
La guerre impérialiste ayant commencé à se transformer en guerre civile, les masses étant armées, parler de guerre civile, ce n'est plus une stratégie, cela devient un mot d'ordre, c'est faire appel à la lutte armée contre le gouvernement ; on ne peut le faire avant d'avoir gagné masses. Lenine renonce provisoirement à parler de guerre civile, à titre de mot d'ordre d'action au moment où « ce sont les soldats et non les capitalistes qui sont en possession des fusils et des canons » (Lenine), et où les bolcheviks sont en minorité dans la classe. Shachtman y renonce comme stratégie au moment ou, selon lui, « le mouvement ouvrier est une minorité politique ». où l'impérialisme américain massacre les révolutionnaires de Corée, des Philippines, aide à massacrer ceux du Vit-Nam et s'apprête à plonger le monde entier dans la guerre. Pour tenir compte d'une différence de situation aussi énorme. Shachtman change encore un peu Lenine. Celuiei voulait proposer « une paix démocratique à toutes les nations » pour favoriser l'expérience des masses au suiet du gouvernement provisoire. Shachtman veut organiser « une guerre démocratique » contre l'U.R.S.S. et les nations qui se trouveraient alliées à T'U.R.S.S.
Non seulement on ne peut piétiner la. pensée de Lenine avec plus d'impudence, mais il n'est pas difficile de retrouver/
U "A T E IN dans Shachtman les idées des sociaux-patriotes et des centristes que Lenine fustigeait au cours de la première guerre mondiale. Quand Shachtman parle des droits démocratiques et des organisations ouvrières qu'il veut défendre contre le stalinisme, ce n'est qu'un écho tardif des sociaux-démocrates allemands d'alors, qui trahissaient sous prétexte de protéger leurs organisations contre le tsarisme, et des socialistes français à la Guesde, qui trahissaient sous prétexte de défendre les traditions révolutionnaires de leur pays contre le kaiser. Quand Shachtman dit que son gouvernement a une politique condamnable, mais ou'il ne faut pas entraver ses opérations militaires, il réédite la position des kautskystes qui trouvaient que la guerre était un mal, mais qu'il ne fallait rien faire contre elle.
Comment Shatchman va-t-il « transformer la guerre impérialiste en guerre démocratique » ? Il demande au mouvement ouvrier de se faire le défenseur d'une série de mesures économiques et politiques, telles que le contrôle de la production, de la distribution des marchandises, des prix, des profits, la cessation de toutes mesures de discrimination raciale, l'aide économique aux pays arriérés, etc. Et, ajoute-il, comme seul gouvernement ouvrier pourrait réaliser ce programme :
Un tel gouvernement pourrait mobiliser une force internationale — la force à laquelle nous nous référons comme le troisième camp - telle qu'on pourrait compter sur elle soit pour différer le déclenchement de la troisième guerre mondiale, ou si celle ci était précipitée par un stalinisme désespéré, pour lamener a
Du "troisième camp"
Nous avons eu l'occasion de relever passablement d'incohérence dans les pensées de Shachtman, mais son évolution et celle de ses conceptions sur le «_troisième camp » ne sont pas du tout incohérentes. Pendant longtemps il. fut avee nous, dans le camp ouvrier, dans le camp de cette classe qui, avec tous ses défauts et faiblesses, et en dépit de ses directions temporaires les plus grossières et les plus malfaisantes, se dirige vers le socialisme par un combat de plus en plus grandiose contre le capitalisme: il il défendait alors inconditionnellement P'U.R.S.S., indépendamment de la politique de son gouvernement. Quand de grandes pressions commencèrent à s'exercer, c'està-dire au début de la deuxième guerre mondiale, quand la petite bourgeoisie sous la pression du grand capital américain - s'indigna du pacte Hitler-Staline, il se prononça pendant quelques semaines pour une « défense conditionnelle » de VU.R.S.S., et invita les masses polonaises à organiser une insurrection à la fois contre Hitler et contre Staline. C'est alors ou'il inventa son « troisième camp », et abandonna la conception trotskyste de YU.R.S.S. pour adopter la théorie du « collectivisme bureaucratique ».
T E RNATIONAL une fin rapide, démocratique et progressive (page 206).
Le troisième camp est ainsi apparu pour la première fois dans les vingt dernières lignes de l'article de Shachtman : ce sont ces peuples qui à ce jour ne sont pas prêts à mourir pour Wall Street. Shachtman offre une politique pour les enrôler sous la bannière étoilée.
Mais si, une chose est claire, dans cette à savoir que Shaichman est politique, contre l'U.R.S.S., il a omis de nous dire décidé à faire la guerre jusqu'au bout nous dire comment, par quels moyens, il pense remplacer le gouvernement capitaliste de Washington par un gouvernement ouvrier ? Nous savons qu'il ne veut pas pousser la lutte de classe au point de déranger les plans du Pentagone. Nous savons qu'il a renoncé à la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, c'est-à-dire à la évolution, car « la révolution en temps de guerre, c'est la guerre civile » (Lenine). Alors? Dans l'histoire du mouvement ouvrier international, nous n'avons entendu parler que de deux voies: la voie révolutionnaire (réaliste) et la voie réformiste (utopique), pour l'accession de la classe ouvrière au pouvoir. Shachtman renonce à la voie révolutionnaire: faut-il penser qu'il a trouvé une « troisième voie » comme il a inventé un « troisième camp » ? Non, il a sombré dans un réformisme honteux, qui ne veut pas se l'avouer à lui-même. Son « troisième camp › l'a amené pratiauement à capituler devant l'impérialisme américain, à qui il ne veut faire nulle pein• sérieuse en temps de guerre et qu'il tente d'amender graduellernent. au camp impérialiste que Burnham lui avait soufflée. Puis, quand Staline et Roosevet s'allièrent, son « troisième camp » dut se réorienter. Ne pouvant décemment pas se conipromettre avec Staline, incapable de discerner entre la guerre que menait l'U.R. S.S. et celle que menaient les Etats-Unis, il se réfugia dans l'abstention. Maintenant qu'une lutte à mort se développe enle capitalisme mondial rassemblant ses forces pour une épreuve décisive et les masses organisées conduites par des directions bureaucratiques, son « troisième camp » subit une nouvelle trans formation : ce « troisième camp » est lui aussi pour une lutte à mort contre I'U.R.S.S., mais il ne doit pas mettre en danger les décisions et les actions de la Maison-Blanche et du Pentagone, il doit attendre que ce camp américain ait reçu une couche de peinture démocratique. On retrouve derrière cette porition, comme en 1939, et avec une intensité plus grande, la même force sociale : cette petite bourgeoisie libérale qui renâcle aux formes peu ragoutantes qu'endosse l'histoire et rêve d'un développement social, pas nécessairement idéal, mais dans lequel il y aurait du moins un camp bien propre, toujours bien nettoyé, dans lequel on peut s'installer sans risquer de se salir ; cette partie libérale de la petite bourgeoisie américaine, incapable de déterminer la marche de l'histoire, mais suffisamment puissante pour pousser Shachtman dans le camp de l'impérialisme.
Le « troisième camp » de Shachtman a connu une évolution rapide dans le cas du R.D.R. en France où la situation ne se prête guère aux équivoques, lente aux Etats-Unis, aussi longtemps que la guerre ne prit pas une figure précise ; mais, rapide ou lente, cette évolution a mené inexorablement dans le camp de limperialisme. Le cas Shachtman illustre, à une échelle microscopique, les évolutions inévitables que provoquent et provoqueront les forces énormes qui s'exercent actuellement et qui vont croissant. Sous prétexte de ne pas « capituler devant le stalinisme », et cédant à la pression de l'opinion publique petite bourgeoise, pour qui le socialisme n'a de mérite que s'il représente un vague idéal moral et devient odieux quand il prend la forme d'une attaque aux fondements de
TERNATIONALE la société capitaliste, ces prétendus revolutionnaires qui ne peuvent s'accommoder d'une classe ouvrière qui n'est pas habillée à la mode qui leur plait, s'engagent dans le « troisième camp » qui les fait capituler dans le camp de l'impérialisme. Les recherches de citations de Lenine, les subtilités de pensée ou prétendues telles pour étayer une théorie du « troisième camp » qui abandonne la conception marxiste fondamentale des deux principaux camps entre lesquels se mène la lutte de classe, et part d'une conception purement ideelle, toutes ces acrobaties verbales ont mené et mèneront inévitablement ceux qui s'y laissent prendre dans les bras de la bourgeoisie. Ne vaincront le stalinisme, qui n'est pas un systeme social mais une direction ultraréactionnaire de la classe ouvrière, que ceux qui resteront indéfectiblement dans le camp ouvrier et n'auront peur ni du stalinisme en soi ni de se souiller en combattant en front unique avec lui.
Le 15 décembre 1951.