Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 9, n° 8-10

Où va l'Angleterre ?

Quatrième Internationale, vol. 9, n° 8-10 · août-octobre 1951 · p. 9-10 · 1 068 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

La crise de l'impérialisme britannique se précipite, Mortellement atteint dans ses assises coloniales par le puissant mouvement d'émancipation des masses qui lui enlève lune après l'autre ses positions-clés en Extrême-Orient, Londres doit d'autre part faire face à l'écrasant fardeau que constitue le programme d'armement pour les ressources diminuées de l'économie britannique en déclin.

Son déficit en dollars roule à nouveau à la cadence de plus de 150 millions par mois, et ce n est pas naturellement la perte du pétrele d'Abadan — ayant à lui seul assuré en 1950 une balance de paiements favorable à l'Angleterre — qui diminuera cette cadence.

Pour faire face à ce déclin accéléré, le capitalisme britannique a recouru immédiatement après la fin de la guerre à un puissant effort intérieur, développant au maximum possible la production et la productivité de léconomie britannique ainsi que sa capacité de concurrence sur les marchés étrangers.

La victoire travailliste en 1945 avait rendu possible cet effort en galvanisant l'énergie des masses populaires et en leur imposant un sévère régime de restrietions et de discipline que les Tories ne leur auraient jamais fait accepter volontairement. A ce point de vue, les deux gouvernements travaillistes qui se sont succédé depuis cette date ont en réalité permis au capitalisme anglais de tirer le meilleur parti possible des ressources qui lui restaient encore disponibles, et ont mérité plus que n'importe quel autre gouvernement de Sa Majeste le titre gouvernement « national ».

Aidées par cette expérience inestimable d'un gouvernement qu'elles considéraient comme le leur, et sous la pression des réalités d'un régime capitaliste amende mais toujours debout en Angleterre qui se lançait à nouveau dans la course à la guerre, les masses prolétariennes anglaises ont parcouru depuis 1945 un long chemin d'éducation et de maturité politique fondamentales. Les événements récents confirment à tout point de vue la constatation maintes fois faite dans Quatrième Internationale de la radicalisation et de la politisation acerues du mouvement ouvrier anglais qui détient dans ses mains le sort de l'Angleterre, et qui constitue en même temps un des plus grands espoirs pour l'évolution socialiste et démocratique de l'ensemble du mouvement ouvrier international.

A côté de la vague de grèves « sauvages », déclenchées au cours de toutes ces dernières années, contre les directions bureaucratiques des syndicats, et dirigees le plus souvent par des Comités de grèves démocratiques, des remeus n'ont pas cessé d'agiter le Labour Party, reflétant la formation et la montée d'une puissante aile gauche.

La démission de Bevan cet été et son opposition déclarée à l'ampleur donnée au programme d'armement, furent le signe le plus formel du mécontentement qui sévissait dans les masses au sujet de la politique de guerre pour laquelle la direction réformiste du LP. avait opté.

Peu après, lors du Congrès des Trade Unions, la puissance du mouvement de gauche qui se développe actuellement dans les rangs du L.P. fut manifestée dans des votes massifs obtenus par les résolutions contre le réarmement, la reconnaissance da Franco, l'abolition de la gratuité de certains services de la sécurité sociale, ainsi que par l'esprit animant les interventions de plusieurs congressistes.

C'est en tenant compte partiellement de la menace constituée par cet esprit nouveau qui règne dans la base du L.P. qu'Attlee décida de précipiter les nouvelles élections générales au 25 octobre, à peine 18 mois après le dernier appel

Devant la perspective d'une nouvelle détérioration certaine des conditions de vie des masses que provoqueront l'accentuation du programme d'armement et les nouveaux « sacrifices » demandés à Ottawa par Washington, la direction travailliste semble avoir perdu le goût du pouvoir et préféré chercher un refuge dans l'opposition. Mais il n'est pas exelu que, malgré les pronosties généralement favorables aux Tories - un nouveau lager glissement de l'opinion

(de 2 % supérieur à celui des élections de juin 1950) leur assurerait une conforen leur faveur le sort de ces élections votent en leur majorité Labour et lui assurent la victoire. table majorité aux Communes — les masses encore indécises qui détermineront

Il est possible en effet que les considératiens d'ordre international influent sur ces électeurs et déterminent leur choix, s'ils considèrent le Labour comme étant plus capable de garantir la paix que les Teries, entraînés par Churchill, l'homme de la guerre. Dans ce cas, le nouveau cabinet travailliste aura à compter avee la résistance nettement exprimée des masses à toute poursuite de sa politique de guerre, et plus particulièrement à toute accentuation de cette politique.

qu'un cabinet du Labour Party, verront se dresser puissamment les masses an- La défaite n'arrêtera également pas ce processus et les Tories, plus encore glaises contre leur politique, Churchill semble l'avoir bien compris, en esquissant déjà la perspective d'un gouvernement « national » de coalition.

La Conférence annuelle du L.P. à Scarborough, malgré la compression de ses l'approche des élections, n'a pas manqué de confirmer la réalité et la puissance travaux et son caractère formel « d'unité devant les Tories » occasionné par de la résistance des masses anglaises à la politique de guerre de leur bourgeoisie.

L'élection triomphale des quatre « bevanistes », Bevan lui-même largement en tête, parmi les sept membres du Comité Exécutif élus par les 611 délégués, disposant de 1.470.000 voix des 588 organisations politiques élection survenue à la veille de l'évacuation complète d'Abadan par le personnel du Labour Party, britannique de l'Anglo-Iranian, est hautement significative de l'état actuel du mouvement ouvrier anglais et en particulier de son aile organisée dans le LIP.

Autrefois cette « défaite humiliante » (Times, 3-10-51) de l'Angleterre aurait joué complètement en défaveur des candidats à lExécutif se déclarant opposés à l'élargissement du programme d'armements et aux aventures colonialistes. Aujourd'hui ces mêmes candidats surelassent de loin leurs adversaires de droite et font perdre a Shinwell, ministre de la Défense, sa place dans l'Exécutif.

L'Angleterre de demain sera ce que fera d'elle l'aile gauche en marche du liser — une véritable transformation socialiste de ce pays, en lui ouvrant des mouvement travailliste. Seule elle peurra avoir comme programme - et réaperspectives et des possibilités concrètes, dans une coopération économique avec les colonies libérées et avec la Chine, les démocraties populaires, T'U.R.S.S., la Yougoslavie. L'Angleterre industrielle pourra se consacrer à l'équipement de ces pays et lier son destin à l'évolution commune de tous ces pays qui seront débarrasses du capitalisme et de l'impérialisme.

Cette coopération facilitera d'autre part l'élimination de la bureaucratie soviétique et le libre développement du socialisme partout.

Une erreur sur cette page ?